Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 07:05

BEKRISi ton village est une caserne
Non un nid pour les hirondelles
Si ta maison est une caverne
Si ta source est un mirage
Si ton habit est ton linceul
Si la mort est ton mausolée
Si ton Coran est un turban
Si ta prière est une guerre
Si ton paradis est enfer
Si ton âme est ta sombre geôlière

Comment peux-tu aimer le printemps ?

"Afghanistan", VI, in Si la musique doit mourir

 

 

 

 


 
COQUELICOTS POUR LA COMPLAINTE DE BETHLÉEM

Si ton char tue ma prière
Si le canon est ton frère
Si tes bottes rasent mes coquelicots
Comment peux-tu effacer ton ombre
Parmi les pierres?

Si mon église est ton abattoir
Si tes balles assiègent ma croix
Si mon calvaire est ton bougeoir
Si les barbelés sont tes frontières
Comment peux-tu aimer la lumière?

Si ta haine par-dessus le toit de ma maison
Confond minaret et mirador
Si ta fumée sature mon horizon
Si tes haut-parleurs assourdissent mes cloches
Comment peux-tu honorer le levant.

Si tes griffes mordent mon sanctuaire
Si tes casques sont tes ceillères
Si tu arraches mon olivier
Ses rameaux pour ton fumier
Comment peux-tu retenir la puanteur des cendres?

Si Jenine en arabe est fœtus et embryon
Que tu enterres vivant oublieux de l'Histoire
Si la poudre est ton encensoir
Si tes fusées blessent ma nuit sombre
Tes dalles se consolent-elles d'être mes décombres?

Si le mensonge est ton épine dorsale
Si tu nourris tes racines de mon sang
Si tu caches mon cadavre
Pour étrangler le cri de la terre
Comment peux-tu prétendre qu'elle est ta terre?

 
MAÎTRE DE LA POUSSIÈRE

II hurle comme un loup à la lune
Je suis Néron Attila Gengis Khan Tamerlan
L'œuf du serpent dans les forêts noires
Du blé j'aime la paille morte
Les autodafés mes lampes la nuit ma tanière

Les roses écorchent ma vue
Les merles m'aveuglent d'être si noirs
A moi les barbelés les miradors les chars
Je vomis les luths les kôras les mimosas en fleurs
Mes amours tranchées macchabées et cimetières

De vos fleuves je ferai des caniveaux
Toute la mer une pissotière
Les oiseaux migrateurs pour les grands brasiers
L'acier est mon frère dans les ciels de fer
Mes crocs pour déchirer toute la terre

Je suis l'aigle le vautour par-dessus vos jours
Mes berceuses grenades et bottes d'enfer
Mes griffes contre vos muguets vos arcs-en-ciel
Les fraternels rameaux les mille soleils
Ivre de sang je me nourris de tonnerres


SALAM SUR GAZA

Dans les bras de la lumière
Et la beauté du monde

En dépit du plomb durci
A la barbe des sanguinaires

Ces flocons de neige
Pour apaiser la terre

Du feu qui lui brûle les lèvres
Pourquoi aimez-vous tant les cendres

Quand la braise nourrit mon cœur
Tendre dans les cours des rivières

Pourquoi détruisez-vous mon limon
Réduit en poussière

Le soleil vous fait-il peur
De voir votre propre ombre.


L'EPOPEE DES NUS

Ils arrivèrent sombres et nus
Aux portes des villes repues
Le ciel sourd aux étoiles
Les mouettes pour seules compagnies
Et des rêves comme des mirages
Remplis d’or et de défi
Ils échouèrent sur le large des côtes
Où le partage a couleur d’oubli
Où ton nom
Déroule sa houle
Dans les affres du sable humilié sans merci
O vieil océan
Quel gouvernail pour attendrir les vagues
Quelle mer pour recevoir les fleuves et les rivières
Mêler sel et douce source
Sans bois morts
Sans eaux troubles
Mais le limon
Fertile et fraternel.


OUED, GABES

Dis-moi si l'eucalyptus endurcit
Ton écorce si la pierre écoute
Toujours le vent si le sable retient
Nos demeures dans l'ardent souvenir
L'attente des eaux entremêle absence
Et retour des mirages Sur les bords ravinés
Se dessèchent les ans comme figuiers avares

Ami des crues las des rives monotones
Noué dans le lit des lauriers amers
Tu cries aux vallées ingrates à pleine gorge
J'emporte vos échos chants bravant l'orage
Noces de feu dans les ciels sauvages
Cette palmeraie née de mes entrailles
Debout entre mes yeux et là mer.


GOLFE DE GABÈS

Et dans la palmeraie de l'enfance l'insouciance
Reine des fins d'après-midi d'école
Ravissait nos retours désinvoltes
Parmi les talus aux épines alertes
Cahiers dans les couffins et plumes rares
Nos petits corps à la poursuite des troupeaux
Endiablés attisés par le bouc sonore.


C'ETAIT LE TEMPS...

C’était le temps des jarres remplies de dattes
Dans les cabanes aux toits de palme
La lampe à pétrole notre trésor
Les citronniers parfumaient nos demeures
Guêpes et abeilles pour la meilleure aigreur
Dans les treilles se confondaient raisins et étoiles

La nuit tombait céleste comme une figue noire.


SEGURA, MURCIA

Combien de fleuves dois-tu porter
Dans la naissance des jours
Par-delà les pont qui se souviennent
Par-delà les matins frémissants
Les silences des lauriers surpris de tes pas
Ici et là lettres dérobées à la nuit
Dans les murailles séditieuses

Te revoilà fleuve inlassable confident
Ni le sapin ne console tes cours
Dans l'allante mémoire
Ni la mer n'embrasse tes vieux souvenirs
Emportés par l'infidèle source
Laissant là la noria de ton cœur à nu
Suspendue sur les seguias de l'éphémère.


SONGE À TRIESTE


Te revoilà vieille mer
Remplie de mes ancres
Ni la vague absente
Ni le silence de la lumière
Ne disent à la mouette
Soit douce
Pour mes voiles
Combien de rides
Cordes offertes à l'errance
Faut-il au soleil
Pour être sourd aux canons
Voici mes mâts
Ja1ousant les insouciants sapins
Plus inquiets que les collines
De trop aimer les clochers
Sarajevo brûle
Que n'as-tu aboli les frontières
Dans les veines du vent
Ulysse
Aux secrètes amours
Dérobées à l'horizon.

Te revoilà épuisée mer
Des pas alourdis
Sur les quais
Ni le port
N'a ravi les corsaires
Ni la pierre
N'a sauvé les neiges
Les souvenirs
Portés par les écumes
Le sel blesse leurs ailes
La nuit vole leurs vols
Cime après cime
Tu crains les aigles
Leurs griffes comme des balles
Dans les brumes sonores
Que n'as-tu imploré les rochers
La désinvolte hirondelle
Mer meurtrie
Pour étreindre la frivole eau
Dans les bras du soir écarlate
Et éteindre tous ces incendies.


PAYS MÊLÉ, MARTINIQUE

Et l'île retenait son trou au diable
Ses arbres à pain ses larmes
Ses bananiers ses cannes à sucre ses flancs
Ce flamboyant comme amant sur braise
Pour consoler la pluie à verse soudaine
Dans les bras du fleuve si rutilants
L'acajou égrenait les siècles marrons

Et le soleil ivre dédiait à la mer
Ses chaînes ses blessures ses victoires
La tête si lourde d'ombrages
Les merles dans les manguiers perdaient
Patience Le volcan disait aux cimes
Brumeuses Soyez colères noires
Ou amoureuses mères-courage.


DE GUERRE EN GUERRE

La mer ne sait d’où lui vient toute cette eau
Au large des déserts assoiffés de tant de fleuves

Une aile toute seule ne peut suffire à la mouette
Pour apaiser les brûlures de la vague et du sable

Toutes ces feuilles qui tombent sous la tyrannie
De l’hiver n’empêchent l’oiseau de se poser

Sur les branches libre et indomptable
Son chant nourri des neiges et du soleil

Qu’a-t-elle donc la terre pour gémir ainsi
Sous les décombres la palme percée par le tonnerre

De tant de nuits déchirées par les éclairs
Les primevères rasées par les bottes d’enfer

Je vous reconstruis saisons des veines
Des arbres, du sang de la lumière

Par-delà les frontières par-delà les murs
Si vous tremblez vous remuez ma poussière

Comment peut-on laisser l’enfant se nourrir
De galettes d’argile parmi les larmes du crocodile

Visages d’ombre chiffres sans nombre
Tours d’orgueil hippopotames lourds dans la boue

J’ai de toi île la colère de l’orange verte
Toutes ces failles dans la fêlure du vent

Comme une fissure béante dans la césure
À moi bourgeons contre tous ces cimetières.


EPOPÉE DU THYM DE PALESTINE

Mahmoud Darwich en mémoire


J’embaumais collines et plaines
Nourri de l’éclat de la lumière
Et tenais compagnie aux pas des errants
Dans le sacre de la terre
Tous ces dômes clochers et temples
Offrandes pour mille prières

Cette pluie soudaine pour mêler
Mes fragrances à l’endurance des pierres
Toujours aux aguets des fissures béantes
Les roches retenant mes chutes
Au crépuscule des siècles qui se couchent
Dans la fosse de l’Histoire

Je t’aimais rumeur de la mer si près
Qui consolais mes frémissements
Alliés aux flûtes bercées par les oliviers solaires
Ils sont venus de nuit avec leurs chars
Reptiles aux chenilles aiguisées raser mes brins
Piliers du songe bâti comme une rivière

Et je vous revois enfants brûlés au phosphore
Les cendres noircies par les nuages blanchis
De sang et de lâche poussière
Sous les ciels blessés par le plomb durci
Les hôpitaux saignés par cent obus
Les écoles comme des cimetières

Et je n’oublie la course du vent
Pour éteindre vos torches sans génie
Comment prétendre que le fusil se cache
Dans la farine les fusées dans la cuisine
Quand les lits sont éventrés sur les corps
Endormis les seuils souillés par l’infamie

Comment ne pas vous voir chauves-souris
Dans la cécité de la nuit
Bottes conquérantes qui marchez sur mes étés
Lavés de citronniers séculaires
Comment ne pas vous reconnaître corbeaux
Dans les drones sans cerveaux

Et l’hiver couvert par les pleurs des sirènes
Les maisons comme des tombes sans sépultures
Parmi les cris sombres parmi les décombres
Je consolais les étoiles réveillées en sursaut
Affolées par les traînées de vos poudres
Mes feuilles tendres martyres de vos incendiaires

Je vous le dis le thym c’est pour parfumer
Le pain à l’huile d’olive pétri de mes feux
Non pour allumer les brasiers
Ni le romarin compagnon de mes cyprès
Ni l’eau détournée de sa source
Ne pardonneront à votre mémoire ses trous

Je vous le dis le thym c’est pour les chemins
Augustes et fiers non pour les vautours
Le thym c’est pour le repos des oiseaux
Libérés de leur peur et de leur détresse
Non pour affamer les arbres et les nids
Non pour punir les mères et leurs berceaux

Je vous défie hyènes et vous casques
Le thym même cerné par le Mur
Percera la mer le ciel et la terre
Tant d’armées pour une herbe
Ne pourront empêcher mes arômes
D’être dédiés aux humains à bras ouverts.

TOMBEAU DE MAHMOUD DARWICH

Tu disais à la pierre inconsolée
Sur cette terre
Maîtresse de la terre
Il y a ce qui mérite la vie
Le sapin sourd à la prière
Le thym reclus aux frontières de l’oubli
Combien de murs
Combien de fils barbelés
Faut-il détruire pour confier à la colline
Ceux qui confisquent les oliviers
Et séquestrent la lumière
Sombrent dans la cécité du cimetière.


LISBONNE, TOMBEAU DE PESSOA

La ville qui monte
La ville qui descend
Et toi
Le passé qui remonte
Le présent qui redescend
Sans Tage
Sans Port
Tu attends
A Alfama
En suspens
Que se pose
Sur le toit de ton coeur
Peut-être une colombe
Ou la parole qui lève l’ancre
Ou que se lève le vent
Sans voiles
Ni statues
Ta barque
Toujours l’océan.

Portugal, 2000.



SENGHOR A BEL-AIR

Qui dira à la mer la douleur de l’écume
Le silence de la tombe sous nos fronts émus
Fleurs en plastique ciment encore frais
Oraisons sous l’œil de la tourterelle farouche
Inconsolée sur les branches nues
Cette herbe sauvage pour seule compagnie
Comme pour bercer l’élégie majeure
Et nos pas tremblants pour te voir ami
La parole dans l’indifférence du cimetière
Assourdissante dans le trouble des acacias
Perdue nouée dans nos gorges avares
De tant d’oubli
Fallait-il au rêve
Poète aux Chants d’ombre
Tant de vicissitudes pour célébrer la farce solennelle
La visite inattendue des oiseaux migrateurs
Et répandre la sombre nuit à midi
Bel Air et sourd à la pluie!
Que n’as-tu écouté le vent
Le gémissement des palmes sans abri
Les affres du soleil cloué anonyme
Bafoué sans merci
Avais-je frère du ficus solitaire
Une flûte une darbouka ou une kamanja
Que tu chérissais tant au bord de l’azur
Qui souriait de ses millions de lèvres de lumière
Pour réveiller ta kôra sans tam-tam
Sous le ciel du continent endormi
De Dakar à Carthage
Nos paupières ouvertes et si meurtries.

2005



LIBAN, MA ROSE NOIRE


Ils redoublent de férocité
Et crient aux cèdres

Nous sommes les seigneurs de la guerre
Nous fermons la mer le ciel et la terre
Et pissons sur vos prières
Nous mangeons les collines et les montagnes
Nous détournons les fleuves
Volons les lacs les plateaux et les arbres
De chiffres sans nom
Nous remplissons vos cimetières

Nous sommes les nouveaux aigles
Nous aimons les ruines et les décombres
Le sang des chevaux éventrés
Les larmes des murs
Les enfants sous les pierres

Nous sommes les bâtisseurs de vos cauchemars
Coupeurs de routes
Coupeurs de ponts
Démolisseurs d’aéroports
Brûleurs de vos réserves
La farine est notre ennemie
Votre pain poudre pour notre canonnière
Nous mettons l’air à genoux
Le vent à feu et à sang

Nous sommes les ravageurs de centrales hydrauliques
L’eau c’est pour laver vos morts
Nous sommes la nuit de votre détresse
Destructeurs de centrales électriques
Amis des chauves-souris
La cécité guide nos cœurs
Assoiffés de vos linceuls sans cercueils

Nous sommes les rois de la lumière
Nous tuerons la lune s’il le faut
Pour disperser vos cendres
Dans les trous de notre mémoire
Nous prierons Dieu pour ouvrir son Enfer
Croix et croissant pour nourrir nos brasiers
Et nous ferons de vos frontières nos pissotières

La bannière étoilée est notre chandelier
Dans le ciel déchiré par nos mâchoires.

 

 

 

 

LES DITS DU FLEUVE...Extrait

Il y a longtemps que je n’ai vu la mer
Et tes yeux mouillés à l’aube
De cette douleur
Me crucifient aux sept rumeurs
Celle du printemps nourri du silence des arbres
Celle de la transe des années
Rythmées au son des cornes de brume
Perdues au loin
Brûlées fumées sans flammes
Celle du nuage lourd de ses pluies
Corps et âmes
Ne jetez pas toute cette neige sale et piétinée
Dans mes fonds
Je ne suis ni le dépotoir de vos moteurs fielleux
Ni la poubelle de vos couchants
Mais le feu ardent et libre
Amant fait de tous bois
Je languis de la mer
A l’épreuve des tempêtes
Mes bras caressant tes écumes
Dans l’insaisissable flux et reflux
Pour bercer le large pressé et impénitent.
.

TAHAR BEKRI

 

 

 

PALESTINE SALAM...Extrait

".../...
    Si Jénine en arabe est fœtus et embryon
    Que tu enterres vivant oublieux de l’Histoire
    Si la poudre est ton encensoir
    Si tes fusées blessent ma nuit sombre
    Tes dalles se consolent-elles d’être mes décombres ?
    .../..."
.


TAHAR  BEKRI

 

 

MARCHER SUR L'OUBLI...Extrait

Te revoilà vieille mer
Remplie de mes ancres
Ni la vague absente
Ni le silence de la lumière
Ne disent à la mouette
Soit douce
Pour mes voiles
Combien de rides
Cordes offertes à l'errance
Faut-il au soleil
Pour être sourd aux canons
Voici mes mâts
Ja1ousant les insouciants sapins
Plus inquiets que les collines
De trop aimer les clochers
Sarajevo brûle
Que n'as-tu aboli les frontières
Dans les veines du vent
Ulysse
Aux secrètes amours
Dérobées à l'horizon

Te revoilà épuisée mer
Des pas alourdis
Sur les quais
Ni le port
N'a ravi les corsaires
Ni la pierre
N'a sauvé les neiges
Les souvenirs
Portés par les écumes
Le sel blesse leurs ailes
La nuit vole leurs vols
Cime après cime
Tu crains les aigles
Leurs griffes comme des balles
Dans les brumes sonores
Que n'as-tu imploré les rochers
La désinvolte hirondelle
Mer meurtrie
Pour étreindre la frivole eau
Dans les bras du soir écarlate
Et éteindre tous ces incendies

.

TAHAR BEKRI

.

 

SALAM SUR GAZA

Dans les bras de la lumière
Et la beauté du monde

En dépit du plomb durci
A la barbe des sanguinaires

Ces flocons de neige
Pour apaiser la terre

Du feu qui lui brûle les lèvres
Pourquoi aimez-vous tant les cendres

Quand la braise nourrit mon cœur
Tendre dans les cours des rivières

Pourquoi détruisez-vous mon limon
Réduit en poussière

Le soleil vous fait-il peur
De voir votre propre ombre
.
TAHAR  BEKRI

 

 

Si ton char tue ma prière
    Si le canon est ton frère
    Si tes bottes rasent mes coquelicots
    Comment peux-tu effacer ton ombre
    Parmi les pierres ?

 

Si mon église est ton abattoir
    Si tes balles assiègent ma croix
    Son mon calvaire est ton bougeoir
    Si les barbelés sont tes frontières

 

Si ta haine par-dessus le toit de ma maison
    Confond minaret et mirador
    Si ta fumée sature mon horizon
    Si tes haut-parleurs assourdissent mes cloches
    Comment peux-tu honorer le levant ?

 

Si tes griffes mordent mon sanctuaire
    Si tes casques sont tes œillères
    Si tu arraches mon olivier
    Ses rameaux pour ton fumier
    Comment peux-tu retenir la puanteur des cendres ?

 

Si Jenine en arabe est fœtus et embryon
    Que tu enterres vivant oublieux de l'Histoire
    Si la poudre est ton encensoir
    Si tes fusées blessent ma nuit sombre
    Tes dalles se consolent-elles d'être des tombes ?

 

Si le mensonge est ton épine dorsale
    Si tu nourris mes racines de ton sang
    Si tu caches mon cadavre
    Pour étrangler le cri de la terre
    Comment peux-tu prétendre quelle est ta terre ?

 

Tahar Bekri

 

 

LE LABOUREUR DU SOLEIL...Extrait

"J'ai pris
tes cheveux un à un
j'ai tissé une barque

Dans la brise de tes yeux
j'ai navigué vers les îles
aux tulipes bleues

Il neigeait
sur les coquelicots
de tes lèvres

Triste
était l'enfant
qui avait faim

Il pleuvait
des étoiles
sur le toit de mon coeur

J'ai pris
ta main de lune
et j'ai fait un pain"
.

RETOUR A NOUAKCHOTT...Extrait



Je te retrouve dans le souffle du vent
Exsangue brûlé par le sable sans relâche
Tant de dunes impatientes le long de ma route
Surgissent des limbes de l’inconsolé mirage

Les caravanes portées par la distance d’antan
Immobiles et langoureuses l’ombre aussi rare
Que l’acacia sec et endurci sous le soleil de plomb
Mon chant comme prière implorant le firmament

J’ai de toi désert la soif affranchie des frontières
Le rêve qui s’enlise ensablé habillé de lumière
Tout l’océan aimant chargé de lourdes pirogues
Butin d’arc-en-ciel pour des frères noirs et blancs

Où as-tu égaré fleuve ton limon pour nourrir la terre ?

.

TAHAR  BEKRI

 

 

 

 

Qui dira à la mer la douleur de l’écume
Le silence de la tombe sous nos fronts émus
Fleurs en plastique ciment encore frais
Oraisons sous l’œil de la tourterelle farouche
Inconsolée sur les branches nues
Cette herbe sauvage pour seule compagnie
Comme pour bercer l’élégie majeure
Et nos pas tremblants pour te voir ami
La parole dans l’indifférence du cimetière
Assourdissante dans le trouble des acacias
Perdue nouée dans nos gorges avares
De tant d’oubli
Fallait-il au rêve
Poète aux Chants d’ombre
Tant de vicissitudes pour célébrer la farce solennelle
La visite inattendue des oiseaux migrateurs
Et répandre la sombre nuit à midi
Bel Air et sourd à la pluie !
Que n’as-tu écouté le vent
Le gémissement des palmes sans abri
Les affres du soleil cloué anonyme
Bafoué sans merci
Avais-je frère du ficus solitaire
Une flûte une darbouka ou une kamanja
Que tu chérissais tant au bord de l’azur
Qui souriait de ses millions de lèvres de lumière
Pour réveiller ta kôra sans tam-tam
Sous le ciel du continent endormi
De Dakar à Carthage
Nos paupières ouvertes et si meurtries

.

TAHAR  BEKRI

.

 

L'EPOPEE DES NUS

 

L’épopée des nus

Ils arrivèrent sombres et nus
Aux portes des villes repues
Le ciel sourd aux étoiles
Les mouettes pour seules compagnies
Et des rêves comme des mirages
Remplis d’or et de défi
Ils échouèrent sur le large des côtes
Où le partage a couleur d’oubli
Où ton nom
Déroule sa houle
Dans les affres du sable humilié sans merci
O vieil océan
Quel gouvernail pour attendrir les vagues
Quelle mer pour recevoir les fleuves et les rivières
Mêler sel et douce source
Sans bois morts
Sans eaux troubles
Mais le limon
Fertile et fraternel

.

TAHAR BEKRI

.

OUED, GABES

Golfe de Gabès

Et dans la palmeraie de l'enfance l'insouciance

Reine des fins d'après-midi d'école

Ravissait nos retours désinvoltes

Parmi les talus aux épines alertes

Cahiers dans les couffins et plumes rares

Nos petits corps à la poursuite des troupeaux

Endiablés attisés par le bouc sonore.

Dante, vespérales

Et dire à Béatrice

La mer est feu et flamme

Noirs et blancs

Paradis et enfer

L'errance est ma demeure

Libres sont les rêves aurifères.

Journal d'océan

Les chênes cachaient ma peine

De n'être pas née voile

Ou vague dans le vent

Les hortensias détournaient mon cartable

De l'orthographe si lourde à porter

Tourmentée écolière

Que les champs ramenaient à la mer

Lentement entre haies de fusain

Et vieilles chaumières.

TAHAR BEKRI

 

C'ETAIT LE TEMPS...

C’était le temps des jarres remplies de dattes
Dans les cabanes aux toits de palme
La lampe à pétrole notre trésor
Les citronniers parfumaient nos demeures
Guêpes et abeilles pour la meilleure aigreur
Dans les treilles se confondaient raisins et étoiles

La nuit tombait céleste comme une figue noire

Tahar Bekri

 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 06:42

CHAMBAZS'il fallait renvoyer chez eux
Les mots arabes ou arabo-persans
Ça ferait du monde
Et un drôle de vide sur notre carte de séjour :
Azur hasard
D'algèbre à zénith
Jupe (ce serait dommage) & matelas & nuque (mon amour)
Abricot & sirop & sorbet & sucre & tambour
Sans oublier la famille (tambourin
tambour battant) & guitare lilas luth nénuphar orange
Maboul comme azimut qui va bien & comme
Zéro qui nous résume
Et on serait bien ennuyé

 

(séquence 620) 
 
la nuit nous avons traversé 
en train 
ta minuscule république 
toi fils des huns descendu de l’altaï 
qui as choisi 
pour mettre au bas de tes poèmes 
ce nom 
aïgui 
« celui-là même » 
qui va avec les roses-neiges et les bouleaux-fleurs 
de ce pays-clairière 
où se taisent les anges 
et les 
mendiants 
 
 
(séquence 686) 
 
cent dix mille phoques sont tristes 
                   . . . 
car leurs yeux sont humains 
et il en fut tué en si grand nombre que 
velimir vladimirovitch khlebnikov 
s’en attriste 
à l’époque de la guerre des révolutions de février et d’octobre 
pourquoi pas 
il n’y a pas que les oiseaux 
kalmouks 
et les bolcheviks dans la vie 
 
 
(séquence 687) 
 
y revenir 
aller de l’autre côté 
vers ulan-ude 
vers la république bouriate vers le delta vers les montagnes 
un été 
pour les fleurs 
violettes et en février 
quand le lac sera gelé et que je pourrai 
m’asseoir dessus faire un trou et pêcher des poissons 
 
 
(séquence 688) 
 
pour moi aussi tout est épithète, ajoutée par expérience ou intuition, destinée à qualifier ce que je vois (le lac gelé), ce que je devine (les fleurs violettes) ce que je présume (la tristesse des phoques), mais épithète a minima.  
 
 
(séquence 700) 
 
à quel futur se fier, aucun, ou alors tout est bon comme chez khlebnikov, adossé aux nombres et aux papillons, sa volonté de tracer une route sous-marine aux murs de verre qui réunirait les deux rives de la volga, son projet de monter dans un bloc de verre de métal et de pensée qu’il nomme courvolplongeur afin d’étudier les visages des hirondelles et des mouettes, l’idée que la poésie tient du sortilège d’amstramgram et qu’elle est aussi simple à comprendre qu’une enseigne dans la rue 
                             pareil aïgui, adossé au bouleau au champ d’avoine au framboisier dans le crépuscule au violon aux bibliothèques, acéré, aérien, accompagnant les prés quand ils montent aux cieux et les étoiles quand elles descendent au milieu d’une clairière, ardent, disparaissant en sommeil en mort en framboisier, reparaissant avec les suprêmes qui permettent de voir comme du ciel, montrant la voie par un dernier cercle au-dessus de la volga 
                             me donnant l’accolade, à moi, adossé à notre petit m-pêcheur, adossé au vieux monde, assis à regret pour remplir d’un beau nom ce grand espace vide puisque

C’est  
                                              la mort 
                                          qui l’emporte 
                                            sur le mot

 

Bernard Chambaz, Été II, Flammarion, 2010, pp. 71, 103, 104, 109

(séquence 588) 
 
comme tout va par glissement 
et par failles comme 
tout disparaît 
disappear 
magenta monmousseau 
juste 
monmousseau 
le mot 
 
     . . . 
l’absence de tout bouquet 
     . . . 
car chaque mot choisi 
vient confirmer notre abandon considérable 
aujourd’hui désappointé 
mot anglais venu de français et revenu en français 
par les airs 
(destitué) 
 
(séquence 589) 
 
rengaine 
petit m-pêcheur 
absent encore de tous bouquets 
car si la philosophie hésite entre 
     /tu/n’es/plus 
     /tu/as/été 
la poésie les confond 
comme dans les histoires de vieux rois et la poésie 
affirme notre pouvoir de faire apparaître les choses 
en tant que disparues. 
Je n’y peux rien 
tu restes le sujet 
 
(séquence 590) 
 
   « bonjour les enfants ». c’est du mallarmé, il y a encore tes initiales – S M – Sa Majesté, ta couronne de roi déchu, bonne à jeter aux orties, tu es le roi déchu d’anatole et madame mallarmé est une reine déchue et il n’y a rien à faire, tout juste écrire si on peut, des feuillets ou des séquences, où on croise le fer avec les mots de tous les jours sous leur lumière étrange et où on croise tout court pas mal de rois qui traînent leurs basques dans ce territoire désolé, il y a aussi Paul Oiseau et Toto et Gogh et Cantor, on les retrouve, ils nous accompagnent bon gré mal gré dans ce tollé général 
 
[...] 
 
(séquence 595) 
 
   Paul Oiseau Paul les Oiseaux Paul la Neige Paul les Chevaux Paul la Rose de Personne Paul à l’infini Paul et si à la fin du chant V j’étais l’avion bœing ici je suis Paul Oiseau je suis Gogh Les Belles Grolles je suis Totor à l’asile de Halle, je suis où je veux quand je veux, oui, et je ne suis pas fou, je suis à la fenêtre et je fume, je balade ma carcasse dans les rues de la capitale et des faubourgs, je suis glorieux, c’est Toto qui l’écrit et il a mille fois raison et sous un certain angle il est le frère de schéhérazade et il ajoute : À moi le monde. il corrige. Non pas le monde. Mais ce tout petit point dans l’esprit. 
          c’est ça la vie 

          c’est ça la vie 
     c’est ça aussi la mort 
           donc 
         les mots 
     qu’elle terrasse 
 
Bernard Chambaz, Été II, Flammarion, 2010, pp. 52, 53 et 56

février

Comme au jeu de cosmail
La densité le partage
Stockholm accomplit Melbourne
La nuit s'arrête
Joviale Quito fait le tour du monde
(mais Thèbes mais Thèbes)
Philéas Fogg était poète pour la seule Yokohama

épode :
…comme celui qui s'asseyant sur la terre s'étonnait, le premier, qu'elle continuât à tourner.

….

Si froid
Que la folie le gagnait
…désir nuitamment….ce fleuve
Qui rêve des orangers
Montés sur de grands chevaux de neige
Rebroussant les portes d'une ville désertée
Où beuglait le tocsin
Comme buffles des rizières

épistrophe
dite épistrophe des silence) :
L'Ob –, et toute l'histoire des Russies. Cet admirable vernis que nous portons, nous qui sommes passés par hic & nunc puis naguère par les bords d'Alaska de Jutland et de Marne : vous tracez une ligne de Nantes à Amiens, montez dans le transsibérien et parvenez à…Strogonoff –  me souffle-t-on (alors que je déchaussais mes belles bottes verstes).


Bernard Chambaz, & Le plus grand poème par-dessus bord jeté, Seghers, 1983, p. 14 et 15

séquence 220)

et pourquoi en toute chose un rien me ramène à toi ?
pourquoi chaque mot plié ou déplié
est un gong qui retentit
pas seulement la litanie des évidences
que je pourrais multiplier à l’envi
(mots du temps d’avant comme ceux du temps d’après)
clarinette triple-saut magie sourire été zéro la lettre m
et au-delà des mots
les choses mêmes
le vent
dans les herbes
une douce lumière qui s’amenuise le soir entre les chênes

[...]

à chaque seconde de notre vie
ce pendule imperceptible qui nous heurte
je pourrais en permanence
tout relire tout reconstruire
à partir de ça (n’importe quel mot n’importe quelle
image n’importe quel rien de n’importe quelle chose)
pourquoi ?
je n’imagine pas de réponse que je ne connaisse
déjà plus ou moins et qui ne confirme la part radi-
calement inconsolable du deuil

Bernard Chambaz, Été, Flammarion, 2005, p. 126

séquence 65)

Mobile. Au moins tant qu’on peut.
Mobile (Alabama)
Mobile : La Divine Comédie n’est jamais loin. Songer au coup des constellations, comment composer un livre.
Mobile. La matière est mobile.
Mobile (question de mécanique : soit un m – p se déplaçant au ras de l’eau à la vitesse de v).
Mobile un équilibre jamais définitif d’oiseaux ou de poissons au-dessus de ton lit et il suffit que tu souffles pour que ça se mette en mouvement.
Mobile comme dans My creative method : aller tout de suite au fait. A chacun d’y aller comme il peut.
Mobile : le perpétuel.
Mobile. Menuiserie autour d’une charnière, sur des gonds, fenêtre, temps, cœur.
Mo(derato canta)bile
Mobile de nos actions.
Mobile. Voir léger, nomade, vif, fragile.
Mobile poétique.
Mobile (amoureux).
Mobile : le roi Lear Artaud Van Gogh Goya Eliot Mao Conrad William Carlos Williams Cummings Malherbe Ponge Cendrars AnToine, CléMenNT, Coltrane etc.
Bernard Chambaz, Eté, p. 43.

séquence 211, extraits)
rien
difficile à tenir
pari risqué
(rayer les Pensées, les infinis époustouflants
la redoutable mécanique du pop-corn céleste)
mais rien à gagner ou rien à perdre ?
[...]

(séquence 213)

Rien est un univers en soi.
Il y a un (des) univers dans rien : rien que le ciel immense, rien que toi
                             rienquelecielimmensedanstesyeuxverts
                                                                                    les mondes qu’on
aperçoit ou traverse ici et là, un "nitchevo" qui claque comme un browning
dans un grenier à Moscou, rien est un anagramme de nier.
Les références ne désarment pas. En géométrie, elles constituent un sys-
tème d’axes et de points par rapport auquel on définit la position d’un point
grâce à ses coordonnées. Je ne saurais mieux dire.
Bernard Chambaz, Été, Flammarion, 2005, p. 123.

séquence 155)

tout relire du point de vue du nuage
par exemple Cummings
quand ça se met à chanter
oiseaux ponctuation des années vingt à soixante
ça)Ça va ça
Va venir
quoi ?
la mort inusable et les vers worms en américain
sous un tapis de tulipes jonquilles roses lilas herbes &
nuages à côté de baisers
amour préféré
à tout ce qu’il y a dans le ciel dit-il
my most beautiful darling
e.e.
monamoursnuageuxauxyeuxverts
la poésie est être
et non pas faire dit-il encore et à moi de me débrouiller
avec ça dans un chant
intitulé praxis

Bernard Chambaz, Été, Flammarion, 2005, p. 90.

Ce que la nuit brasse comme paysage d'immensité

Comme noir qui se creuse

Où nous devinons mais c'est assez

Pour avancer

Les rochers bordant le ciel

La sagesse d'un ange le trône

Et les feux qui vacillent dans leur niche

A cause du vent d'est

Avant que tu ne voies, le premier, le jour

Te révéler les courbes en contrebas du mont Sinaï.

 

 

Entre-Temps (Flammarion, 1997, 202 pages)

Murmure encore murmure, je rentre lundi
N'oubliez pas
Mes chaussures violettes pourles glaciers les pierriers ni
Que j'aimerais bien
Faire une partie de tennis avant de partir
Et qu'Anne prépare les pâtes. Merci
D'avance
Alors mardi mercredi les alpages la neige
Les éclats de rire au chalet Les Violettes
Avec les Flambé voilier
Et les myrtilliers qui se partagent
Entre un criquet à ailes rouges et un criquet à ailes bleues
Je vous embrasse
Etc

(Poème publié dans "Echoir", Flammarion, 1999, page 179.

 

 

Tombeau de Mallarmé
(quasi-citation)


sentir éclater en nuit
le vide immense produit par ce qui serait sa vie
ô s'il mourait
jamais

tombeau, souvenir, vieillard (qui parle)
injuste pour celui qui reste là-bas
et est en réalité privé
de tout ce à quoi nous l'associons

l'esprit pur DIS-TU
trône en nous - survivants
ET SUR LUI le temps pivote et se refait

quoi, ce que je dis est vrai -
ce n'est pas seulement musique
etc

_________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mon mousseau
encore
le souffle non moins ténu qu'au chant III
côté rue le monde des vivants
...
côté cour le monde des morts
veillé la nuit par les arbres bouffés à l'acide
par les drapeaux bleu-blanc-rouge par la cheminée orientale
du colombarium. urbi
et orbi. un mur
d'enceinte
en pierre sépare les deux mondes. on entend le train
par vent d'est. on voit les couronnes de fleurs déborder
des poubelles. chaque fois
on a le coeur
qui se dérobe

 

 

________________________________________________________

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 07:12

Jacques DARRASJacques Darras

MACBETH ÉMEUTIER


Poème extrait de L'Embouchure de la Maye dans les vagues de la Manche, Ed. « Le Cri, In'Hui », 2000.


Il faudrait trop d'appuis pour soulever les vagues

Il faudrait capturer la lune pour en faire un levier

Il faudrait délivrer la chaîne des planètes -

On ne renverse pas la mer par un coup d'état !

L'armure simple de la mer avec ses mailles d'eau

L'étroite cuirasse grise où elle s'épouse elle-même

Qu'aucune lame ne pourra dissocier d'aucun corps

Tant le corps de la mer fait corps avec ses lames,

Demeure le rempart le plus sûr des féodalités.

Démence de croire pouvoir mettre à raison la mer !

Démence de prétendre l'enrégimenter dans l'émeute !

D'émeute contre soi l'éternelle émeutière,

Pour qui le soulèvement est une seconde nature,

Est d'autant moins capable qu'elle en est coutumière.

S'ameuter pour la vague c'est à l'exemple d'une meute

Courant échine contre échine sous des fanes vertes

Pendant des milliers et milliers d'hectares d'heures.

Mais quel est le gain à la seconde où le soleil tombe,

Baignant comme un chevreuil flasque dans son sang

Dont on maintient les pattes pour les lier deux à deux,

De quel souffle d'animal esoufflé la mer la sueur ?

De quel pouls s'amplifiant sous les côtes l'amplitude ?

Tant d'images ensemble se pressent dans sa course

Qu'une réplique d'elle-même se dédouble forêt

Plus fluctuante que l'autre au for de ses lisières

Spectre d'arbre debout avec son tronc rigide

Couché à plat, fuyant selon le sens de l'horizon

(Extrait de Irruption de la Manche, Le Cri, Bruxelles, Janvier 2012)

RETOUR DE TOKYO

J’ai soixante-six ans
Je suis dans un avion
Je rentre de Tokyo
J’ai soixante-six ans soixante-six fois un an
Je compte jusqu’à soixante-six
Cela prend tout au plus une minute
Six secondes
Je pourrais tout aussi bien prendre mon pouls
Me tenir le poignet droit avec la main gauche
Le pouce l’index
Soixante-six pulsations par minute
Plutôt bien pour un homme de soixante-six ans
Les chiffres
Qu’avons-nous à faire des chiffres ?
La parole chiffrée s’appelle un poème
J’ai soixante-six ans
J’imagine le steward m’apporter un gâteau
Soixante-six bougies
Panne d’électricité
Chœur des passagers Japonais
Reprenant en anglais
Happy birthday to you !
Happy birthday to you !
J’ai soixante-six ans je ne dis rien à personne
Je ne dis rien à moi-même
Je ne dis rien à rien
Je ne me représente pas naissant
Il y a soixante-six ans
Je ne suis pas ma mère
Je ne suis pas la sage-femme
Onze décembre 1939 à seize heures
On attend quelqu’un
Quelqu’un va entrer dans le monde
A-t-il bien choisi son heure ?
Ne pourrait-il pas différer son entrée ?
Ne devrait-il pas attendre quatre ou cinq ans ?
11 décembre 2005
Soixante-six ans plus tard
L’avion vole au-dessus de la Sibérie
Quelque part entre Khabarovsk
Et Arkhangelsk
Quelque part entre Michel Strogoff
Et Blaise Cendrars
Quelque part entre Tchékov
Et Soljenitsyne
J’ai soixante-six ans je rentre de Tokyo
Je rentre de Corée
Je rentre de Russie
Je rentre de Finlande
Je suis dans le ventre d’un avion
Je suis bien au chaud dans le ventre d’un avion
Siège 35 J
Je suis assis près de l’issue de secours « Exit »
Je déplie mes soixante-six ans jambes tendues devant moi
Je lis les premières pages du Voyage au bout de la Nuit de Céline
Céline m’ennuie
Céline le geignard
Céline qui n'en finit pas de revenir de la guerre
De la nuit
De nulle part
Je laisse tomber Céline
J’aime le présent
J’aime les journaux
J’aime la littérature chiffrée la poésie
J’aime le chiffre soixante-six
J’aime que le six soit assis à côté du six
J’aime être douze à moi tout seul
Je suis l’alexandrin de moi-même
Je suis mon apostolat douze fois
Le grand oiseau rugisseur m’emporte sur ses ailes
Je suis avec d’autres dans le ventre métallique de la vérité
Nous ne sommes pas nés
Nous survolons la Sibérie il ne fait pas froid
Nous dormons au présent
Nous rêvons au présent
Le présent est une bête aviaire avec des moteurs qui rugissent
Roaring sixties
Le présent se raconte sa propre fable
J’ai soixante-six ans plus dix mille kilomètres de neige
Nous pourrions fondre tous d’un coup dans l’espace
Nous deviendrions flocons
Nous neigerions sur la Sibérie par moins soixante-six degrés
J’aurais soixante-six ans par moins soixante-six
Calculez !
Trouvez-vous la solution ?
J’ai soixante-six ans je ne me considère pas comme un problème
Je me résouds à avoir soixante-six ans
Je suis comme la neige
Je suis essentiellement soluble
Je sais qu’un jour je me résoudrai totalement
J’aurai quatre vingt-huit ans
J’aurai quatre vingt dix-neuf ans
J’aurai cent onze ans
J’aurai trois cent trente-trois ans
Je rendrai tous les chiffres que j’ai empruntés
Je n’aurai plus rien
D’ailleurs je n’ai jamais rien eu


(extrait d'Irruption de la Manche. Poème avec dix-huit gouaches, Le Cri, Bruxelles, Janvier 2012)

il y a de l’humain dans la voix du courlis
il y a certes de l’humain aussi dans la querelle des mouettes
il y a de l’humain dans la dispute sur la répartition des épluchures
il y a de l’humain dans la revendication des opprimés
il y a de l’humain dans la question de savoir qui opprime qui
il y a partout la musique batailleuse des humains des oiseaux
il y a aussi il y a surtout l’inimitable voix du courlis
il y a cette raucité qui tombe du ciel comme un éclair de son
il n’y a aucune voix humaine semblable en bas sur le sable
il n’y a aucun instrument de musique capable de reproduire le son
il n’y a aucune clarinette ni hautbois ni cor ni vent ni cuivre
il n’ y a aucune modulation d’onomatopée vocale approchante
il n’y a aucun miaulement d’arrière-gorge enrouée qui mime le cri
Il y a certes le sifflet stratégique des chasseurs avec les lèvres
il y a l’appel des lèvres faisant l’appeau contre les deux pouces collés
il y a une inouïe musique humaine dans sa ponctualité criante
il y a une déchirante déchirure retardée par la courbure du bec
il y a comme l’arrachement d’une portion de ciel broyée avec du sable
il y a de la terre s’appelant terrestrement depuis les hauteurs
Il y a l'inépuisable convocation d'une image d'au-delà les images
il y a ce chanter faux naturel qui nous demande de chanter vrai
il y a cet écho d’humanité douloureuse au fond de l’animal inhumain
Il y a nous par-delà nous avec les autres à la voûte de la grande volière
il y a notre discorde sonore d’avec tout ce que nous ne sommes pas
il y a du courlis impérieux dans nos voix d’hommes


Extrait de » Moi j’aime la Belgique » (L’Arbalète/ Gallimard 2001/ Réédité dans « La Maye réfléchit » ( Le Cri Bruxelles 2009)

Physiologie microcosmique de la moule bruxelloise.



Comment la dire?

La prendre, ne pas la dire.

La prendre avec les mains avant de la prendre avec les mots.

La nourriture, les mots viennent ensuite.

Le poème, la cuisine du souvenir.

De l’épice, de l’épice, de l’échalotte, de l’oignon, de l’ail, etc...etc...

Pouvez-vous peler un poème sans pleurer?

Oui, par endurcissement à la réalité.

Oui, parce que le coeur d’un poème affleure.

Nous aimons que la réalité soit dure.

Dure et tendre tout à la fois.

Mâle et femelle, yin et yang.

La moule, l’emblème de la plus vieille philosophie chinoise.

La moule, un haïku dans mon assiette.

La nacre bleue du ciel, l’intimité de ma bouche, je bois la sagesse de la mer.

Un poème naturel populaire, la moule.

Car le peuple est naturellement chinois, multiple et simple.

La moule une fois, la moule deux fois.

La moule autant de fois qu’il y a de fois pour la compter.

Comment, étant partis de Belgique, nous retrouvons-nous en Chine?

Par l’exotisme inhérent à la Nature et au poème.

Le poème est l’exote de la Nature, la Nature son hôte.

J’ôte une moule d’un caquelon de moules, l’océan ne frémit pas.

Je ne changerai pas l’ordre des vagues.

Je n’ébranlerai pas l’impassibilité du rocher.

Je pose la moule dans mon assiette et je retiens mon souffle.

Entendez-vous le bruit de la mer?

Distinguez-vous le bleu de nacre du ciel?

Cueillir, la fonction de cueillir est le sommet de l’étrangeté.

Faisons une déclaration à la moule avant de l’engloutir:

Moule, je vous ai choisie, vous serez pour toujours mon infini.

La moule, plus réaliste, n’en croit rien.

La moule ne croit pas au discours amoureux.

Elle sait qu’elle doit écarter ses coques ses cuisses de moule.

Elle s’y apprête elle se laissera faire.

Ses défenses coupantes sont une protection symbolique.

La moule, la poésie est une épice qui ne l’enflamme pas.

Appelons prose le rapport de la moule à son environnement.

La moule est une scientifique consciente.

Ne l’intéresse que ce que l’on connaît de son espèce

Miracle, elle, d’avoir été cueillie choisie sélectionnée?

C’est la faiblesse du mollusque humain de le croire.

Lui qui secrète les mots comme les larmes dans le désordre des glandes.

Attention! le calcaire peut gagner, pourrait finir par gagner.

La poésie est une dureté faussement tendre.

Par exemple je suis Normand,j’élève des naissins au bout de ma falaise.

L’à-pic, l’abrupt de mes certitudes crayeuses est devenu mon exotisme.

Je le visite tous les jours verticalement.

Mon nom, Gustave Flaubert, j’ai la respiration bi-valve.

Je méprise mon espèce, je pleure mon singulier.

La moule n’est pas romantique, absolument pas.

Cinquante litres d’eau traversent une moule en une journée.

Une moule, imaginez cinquante bouteilles d’Évian à côté d’elle sur une table.

Cela fait une belle publicité télévisée, n’est-ce pas.

Pour qui?

Pour la moule belge, l’eau de source du Mont Blanc?

Indiquez la direction à nos regards, s’il vous plaît.

Ne nous laissez pas le choix entre la prose, le poème, le poème en prose!

Nous sommes incapables de choisir, de cliquer sur la bonne flèche.

Toutes ces réflexions nous nous les faisons à Bruxelles.

Bruxelles est nom de lieu de tout lieu de l’univers où des moules se mangent.

La moule, où que vous soyez vous êtes à la mer à la plage.

La moule, contact direct avec la Zélande Zeeland.

Flamande par la provenance, wallonne par l’assonance.

Bi-valve bi-lingue je plonge le nez dans le dictionnaire de la moule.

Je disparais entre ses coques, ma bouche suçotte lèche aspire mordille.

Se fend d’une conversation sacrée avec sa fente.

Mon confessionnal janséniste provisoire, la moule.

Tête sortie de l’Évangile, mes joues fument, s’empoivrent, s’écrevissent.

Je me suis enchalotté aillez-vous en!

Ah! comme pécher est bon, ma soeur ma soeur laissez-moi vous pêcher!

Avec les mains d’abord, je vous élis je vous ai lue vous si ronde si gironde.

Le Moselle Mademoiselle la moule vous va bien vous moule si fruiteusement.

C’est une émulation, vous et moi, vous m’échappez je vous happe.

Nous conversons sans les frontières je vous dépointille pointilleusement.

Vous déshabille de vos byssus abyssalement.

L’habit salé l’Abyssinie de vos salures je m’y abîme profondément.

De mes plongées aux bénissures je sors mouillé comme un naissant.

J’ai bu la mer dans son entier vous divisée par deux moitiés etc...etc...

Telle la chaleur lyrique qu’inspire quelquefois la moule au consommateur (…)





(Inédit)
SITUATION DU PEINTRE EUGÈNE LEROY. POST-SCRIPTUM


J’écris à ma table mon clavier
Je suis dans un Dunoyer de Segonzac
Un Cézanne posthume
Un Pissaro un Utrillo
Par la fenêtre devant ma table deux grands carreaux symétriques découpés chacun par deux étais égaux
Je vois un jardin d’hiver un prunier sans ses feuilles
Je vois les hampes désséchées de roses-trémières elles attendent patiemment le 21 Mars pour refleurir
Je vois un mur en pierre
Je vois une haie voisine
Le voisin a fermé les volets violets de sa résidence secondaire
Au-dessus du toit je vois d’autres petites tuiles plates rouges
Au-dessus des tuiles l’horizon de mon œil monte jusqu’au clocher entièrement en ardoise
Girouette du coq pivotant selon le vent heures sonnant demie comprise
Au-dessus de l’église dans la moitié supérieure de la fenêtre je vois le ciel
À la seconde même d’ouest en est passent des nuages ventre gris sommet jaune pâle sous la voûte entièrement bleue d’hiver
Au fond du tableau (tableau d’extrême dix-neuvième siècle ai-je dit)
Dépasse à peine des toits dans la longueur l’esquisse l’esquive de plusieurs forêts plusieurs lisières
Bleu noir bleu vert sombre que je peindrais fauvement outremer eussè-je des gouaches un pinceau
Au lieu des mots que j’aligne sur l’écran
En forme de vers-phrases paresseusement rythmées
Nous sommes dans un Ségonzac, répétons-le, Van Gogh est à Auvers plus loin vers l’Oise vers l’ouest
Nous nous appelons Île-de-France lisière méridionale de la Picardie
Il va falloir un effort pour monter jusqu’aux Flandres au ciels de Terre d’Eugène Leroy
Il faudra franchir d’une enjambée de l’œil plus d’un siècle
Passer par l’Amérique New-York Rauschenberg la Suisse Tinguely l’Allemagne Baselitz Kieffer Richter
Il faudra beaucoup de béquilles métalliques ponts de Brooklyn de Kline de Kooning & Co.
Pour tomber à distance respectueuse d’un Flamand d’Europe directement issu de chez Rembrandt corrigé Ensor
Corrigé Ensor ? Où sont les masques ?
Mais tout est masqué, cher Cézanne d’Île-de-France, c’est le paysage qui est masqué, le paysage est une femme à sa toilette en train de refaire sa beauté dans l’intimité de son nu ---Suzanne, plus les vieillards
Impressionnant ! Il n’y a donc plus rien d’anecdotique ?
L’anecdote est enfouie l’a dit redit sans cesse Eugène Leroy!
Tout ce qui est enfoui doit repousser repoussera un jour non ?
Nous ne nous prononcerons pas pour le moment, cela dépend du climat.
Qui est pourquoi je vais au maritime absolu
À Auvers sur Oise ?
D’Auvers ou d’Orry à la Seine par l’Oise jusqu’au Havre (Baudelaire Monet adieu !) je remonte à Ostende (monsieur Spilliaert vous allez prendre froid la nuit sur la plage !) puis dépassant Anvers (Rubens quel entrepreneur !) j’arrive à Veere dans l’île Flevoland, je fais tout à l’envers (oui il y a un jeu de mots !) et là, quelques encablures plus loin que le port de Rotterdam réfléchissant à notre histoire occidentale, l’extinction de nos fossilisations pétrolières, je franchis Veere-meer, me fais passeur de Veere, de vers, Spinoze de la lunette, me frotte l’âme contre le corps et, en attendant les étincelles, Frisonne avec René (Descartes, ja !), galopant sur les sables d’Egmont-ap-Zee en compagnie de Hals, De Hoogh, Ruysdael, Hobbema et Rembrandt (quel Ajax !)
Une Heineken, à ce stade ?
Non merci, j’emporte mes réserves de Nuits Saint Georges avec moi !
Vous êtes Bourgogne ?
Totalement ! En peinture comme pour le vin, clarté des rouges, réalité en surplus d’elle-même, navigation au vers ----santé !

 

___________________________________________________________

1.

Je m’appelle Laurence Sterne.

Mon nom sonne Français.

Laurence en français est féminin.

Sterne aussi est féminin.

Sterne est l’hirondelle de mer.

Je suis hirondelle de mer.

Je vole au ras des vagues de la Manche ou de la mer du Nord.

Je zigzague sur les crêtes et les creux de la langue.

J’appartiens à la faune phonétique migratrice.

Sterne veut aussi dire les étoiles en allemand.

Je suis une petite hirondelle de mer naviguant selon les étoiles.

Joli n’est-ce pas ?

2.

Mon nom sonne français.

Je suis Anglais.

Je ne suis pas vraiment Anglais.

Je suis Irlandais.

3.

Les Irlandais ont la réputation d’être bavards.

Je ne ferai rien pour contredire.

Contredire demande plus de paroles que dire.

4.

Un Irlandais qui parle le français en France demande explication.

5.

L’explication est simple.

J’aime les frontières.

J’aimerais pouvoir vivre dans une frontière.

Non pas à cheval sur.

Dans.

6.

Dans la géographie du temps.

Vivre simultanément.

Dans la simultanéité de plusieurs espaces.

Plaines collines vallées montagnes.

Se recouvrant.

Se chevauchant.

7.

Chevalier de la simultanéité.

8.

Géologue de l’actuel.

Préhistorien du présent.

Boucher de ses pertes.

(Ceci est un jeu de mots)

 

 

April 10, 2012 Off

Position du poème

il est assis
il a les genoux pliés
il voit le monde
il voit des fleurs de trèfle blanches
il voit un toit de tuiles rouges
il voit un carré de ciel gris
il ne voit pas le monde
il est le monde à lui tout seul
il peut changer de place
il peut se lever
il pourrait s’éloigner de sa table
il irait dans la cuisine
parmi les couteaux métalliques
parmi les fourchettes acérées
parmi les casseroles bouillantes
il se couperait une tranche de monde
il mordrait dans le monde à belles dents
ici il voit le monde avec les doigts
il compte le monde sur un clavier
il écrit une partition
la partition s’appelle le monde
c’est une partition en sol mineur
en ciel majeur en tuiles diésées
en trèfle blanc
en genoux pliés
les touches du clavier sont noires
ne touchez pas aux touches s’il vous plaît
le poème est assis
le poème est en train de s’écrire
il est interdit de parler au poème
do not disturb
non ce n’est pas de l’anglais
le poème est écrit en français
le clavier est fabriqué en allemagne
made in germany
c’est un clavier adler
mais le poème est français
cela se reconnaît
à la façon dont le poème est assis
le poème n’est pas assis sur le monde
le poème est assis dans son fauteuil
on voit le fauteuil
on voit un coin du monde
mais on voit aussi le fauteuil
on voit surtout le fauteuil
c’est un cadot picard
c’est un cadot traditionnel en paille tressée
c’est un cadot paysan
il n’y a plus de paysan
ceux qui restent préfèrent le formica
les statistiques sont formelles
les paysans d’aujourd’hui préfèrent le formica
une statistique n’est pas un poème
le poème est une fausse statistique
les statistiques sont une salle d’attente
les statistiques attendent qu’on les appelle
si personne ne les appelaient les statistiques ne bougeraient pas
les statistiques ont besoin d’un docteur
attention le poème va se lever
les statistiques se soignent
attention le poème se lève
ne restez pas dans ses jambes
le poème est sorti
le poème laisse son fauteuil vide
à la place du poème on voit ce qu’il voyait
on voit des fleurs de trèfle blanches
on voit un toit de tuiles rouges
on voit un carré de ciel gris
on voit le monde
tout à coup on voit passer le poème
on le voit passer de sa place
de la place où il s’assied
il ne nous voit pas
il ne voit pas qu’on est assis à sa place
il ne voit pas qu’on le voit
le poème est dehors
le poème est derrière la vitre
on ne sait pas ce qu’l voit
on le saura à son retour
le poème revient
le poème ne s’éloigne pas
on ne connaît pas de poème qui soit jamais parti
définitivement
pour toujours
cela ferait un vide
le poème est domestique
le poème est sauvagement domestique
il ne tient pas en place
il tourne sur place
il tourne sur lui-même
attention le poème va rentrer
le poème rentre
il a l’air d’un poème qui a pris l’air
il est inspiré
il plie les genoux
il se carre dans son cadot
la paille crisse
il pose les doigts sur le clavier
on entend la musique des touches
c’est un ravissement
je ne connais rien de plus beau que la musique des touches
écoutez

Jacques Darras, “Position du poème” in Anthologie de la poésie française du XXe siècle, tome 2, Gallimard 2000, pp. 509-510

 

 

 

« Jacques Darras "La conjugaison des places amoureuses". proses poétiques. »

Jacques DARRAS

.

extrait :

Plus au Nord, dans une ville au-delà la frontière, existe une célèbre place au sol descendant de manière accentuée en sens oblique sans qu’aucne rivière, du côté latéral le plus incliné, commande ou justifie une telle inclinaison. C’est la folie de la communauté seule qui est responsable de cette disposition. Ici les pignons sont coiffés d’or peint à même les moulures ou sculptés en forme d’animaux tels que cygne ou chevaux ailés emportant quelque empereur à la conquête chimérique des nuages. Vue d’au-dessus, la société d’en bas, c’est-à-dire la foule sur la place, faite de touristes des quatre coins du globe déambulant au milieu des bouquets de fleurs, glaïeuls ou chrysanthèmes, ainsi que de coulons roucoulant dans leurs cages, l’œil arrondi en forme de rêve, a, en vérité, la tête en bas, cependant que son image corrigée dans le droit sens de la hauteur se promène dans la proximité des cimes, dans un hétéroclite jardin composé d’un mobilier de vasques, de vases et de statues de déesses florales ou vertumnales, pesamment immortalisées dans le marbre. Si l’on ajoute que devant telle balustrade entourant le perron de l’ancien Hôtel qui fut construit, face à la Maison Communale, par les très extravagants Grands Ducs d’Occident, rivalisant en folie et en largesse avec les bourgeois des corporations, eurent lieu directement à l’épée quelques décapitations fameuses comme celle du comte d’Egmont, on comprendra que la tête, au milieu d’un tel décor, perde très spontanément sa prééminence dans l’ordre de la hiérarchie statuaire mais aussi bien statutaire pour occuper plusieurs autres postes possibles d’excentricité. Vicerégale déléguée aux colonies lointaines, elle ouvre une vacance dont le reste du corps profite, installant une sorte d’aristocratie désordonnément égalitaire à sa place. Mais derrière cette folie de façades, comment expliquer que la Ghilde des estaminets à bières de soleil ou cafés noirs comme une prophétie, donne le sentiment d’un dilatement et d’un tournoiement de danse où chacun simultanément tiendrait la place du roi ?

*

C’est au Nord que la Folie a été faite femme. C’est dans la proximité du tremblement de la petite aiguille magnétique que l’amour a été encagé dans cette intempestive boussole au bas du ventre de la femme, cette petite boîte noire par laquelle tous les granits masculins sont affolés. Résister à l’aimantation est non seulement chimérique mais une folie encore moins raisonnable que celle qui consiste d’avance à ne pas résister. Ici au Nord commence le royaume de la Folie, aussi démocratiquement ouvert à chacun et à tous que l’une de ces innombrables places publiques s’ouvrant de toute leur philosophie communale au cœur de la Cité. Commune ! Commune ! retentit tout à coup l’alarme sous les arcades, et les esprits traduisent instantanément dans la langue archaïque amoureuse, que c’est la Maladie des Ardents, l’ardente fièvre qui aura éclaté. Défendus contre elle ils ne le sont, ne le furent, ni ne le seront sans doute jamais aucunement. Ils la connaissent par ouï-dire et par légende sachant seulement qu’elle revêt à chaque siècle de nouvelles formes plus mortelles. Ainsi raconte-t-on à son propos que dans l’ancienne ville d’Arras où est cette merveilleuse suite de Places articulées entre elles comme par un Jeu, deux trouvères ennemis furent convoqués par le truchement d’une vision, naguère, à la cathédrale, et en compagnie de son évêque y jeûnèrent jusqu’à temps que la Vierge en personne leur apparût à tous trois, à l’heure de minuit. Itier le Wallon, Normand le Béthunois, pliant leur intimité à la prédiction mariale virent donc la Vierge descendre dans un rayon de lumière vers eux, portant à la main un Cierge dont la cire miraculeuse diluée dans l’eau, leur dit-elle, les aiderait à soigner la Fièvre des Ardents. Sortis du songe les deux trouvères firent comme enjoint et guérirent un hôpital de gueux de leur tourment, excepté – car la Folie bien entendu se doit en toute circonstance de garder son Fief relativement intègre – excepté donc tel esprit fort qui préféra sa bouteille de vin à la potion cireuse de Notre Dame et en mourut.

___________________________________________________

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 06:40

Claude Vigée « Et la nuit,
où vont-elles,
les vives hirondelles ? »
demande Evy à sa chère Anne,
en suivant de son doigt
les cercles qu’elles tracent, –
élargissant leurs cris
au-dessus de nos toits
dans le ciel rose et brumeux de Paris.
Mon Evy siffle-t-elle aujourd’hui dans le noir,
dès que les belles hirondelles
dansent au ciel avec le soir ?

Claude Vigée
Paris, le 24 juin 2007

****

L’eau des sombres abysses

Evy, si tu m’entends encore là-bas, où tu n’es plus,
sache que tout me manque de toi, ton corps, tes yeux, ta voix et ta vive présence,
mais sache aussi que je tente de faire ce que tu m’avais dit
quelques semaines à peine avant de t’en aller dans le noir :
« Quand je serai partie, tu finiras ton livre,
tu en commenceras d’autres, si Dieu t’en donne envie,
car du puits secret de la vie jaillit la neuve poésie,
et souvent répond le génie à l’appel muet du destin.
Si je l’entends là-bas, j’en aurai du plaisir ;
mais quand viendra l’instant de glisser dans la nuit,
laisse-moi doucement, sans cris, sans mots, partir :
chacun de nous doit boire seul l’eau des sombres abysses. » *

Claude Vigée
Paris, le 30 juin 2007

* Poème écrit après l’écoute du second mouvement (lent) de la symphonie n° 41, dite Jupiter, de Mozart, dirigée par Bruno Walter.

****

La jetée déserte

Revu ce soir à Trouville, au soleil couchant, sous l’envolée des mouettes rieuses, la jetée en bois ancienne couronnée par son petit phare, que coiffe un dôme bulbeux peint en rouge vif. Elle est couverte de planches étroites, disjointes et noircies par les ans, posées sur une charpente de tréteaux géants rongés par l’eau agitée de la Manche. Dans les interstices de ces planches, je vois bouillonner les vagues sombres de la mer à marée montante. C’est ainsi que elles tournoyaient jadis sous nos pieds, pendant que nos genoux se frôlaient, se touchaient tendrement, se caressaient en silence, ce matin d’hiver 1940 où nous avons essayé de nous dire pour la première fois, en marchant côte à côte, ce que les mots n’arrivaient pas à exprimer : « Alors, qu’est-ce que tu en penses ? » Tu avais dix-sept ans, et moi dix-neuf tout juste… Maintenant je reviens seul sur la jetée déserte, pendant que la marée haute envahit le petit port ensablé où la Touques s’enlise depuis un siècle, sans parvenir à mourir tout à fait dans le flux.

Mais je ne suis, en vérité, ni veuf ni solitaire,
car je survis à deux dans mon coin d’outre-terre..
Depuis que tu n’es plus, je vis dans ta pénombre :
Seul l’éclat de ta nuit rend mon réveil moins sombre.

30 juillet 2007

****

Jamais plus

« Douce est la lumière, et les yeux se délectent de voir le soleil. »
Ecclésiaste, XI, 7

Voilà plus de sept mois qu’Évy s’est éclipsée. Elle s’est glissée toute nue hors de frontières de notre monde ancien, absentée pour longtemps de la demeure close d’ici et de maintenant. Le mal d’être avec elle sans elle s’est creusé sournoisement un puits d’ombre dans mon corps. Déjà il se tait plus qu’à moitié : il fait la taupe en moi.
Allons, pour t’occuper gentiment chaque matin au réveil tu auras beau dire et faire, questionner, écouter, écrire, regarder partout autour de toi. Où que tu ailles dans ce monde-ci, où que tu t’arrêtes pour fuir, pour explorer, pour oublier le présent, même si tu es en train de dormir ou de rêver les yeux ouverts, jamais plus, jamais plus il n’y aura d’Evy.
Pour toi, comme pour elle, être ici, tête contre tête, c’est fini. Nous ne rirons plus ensemble une seule fois au lit, tous les deux. Mais moi, je veille seul avec le soleil du soir qui incendie le parquet et rampe au bas des murs, en cette longue soirée de fin d’été complice de tous les songes, dans cet appartement parisien soudain devenu suspect, presque trop familier, qui se fait chaque jour plus vide et plus silencieux.
Évy, ce n’est pas seulement toi que je pleure encore ce soir dans mon coin muet de Paris. C’est toute la vie que je pleure, cette vie qui s’en est allée avec toi et ne reviendra plus vers moi. Reste là un vieil homme désolé, qui écoute en ce moment le quintette pour clarinette tardif de Brahms pour traverser la nuit : le chant de ton absence, le clair et merveilleux appel en mineur de la lumière qui s’abîme si doucement dans le noir.

(25 août 2007, vers minuit)

****

L’accalmie
(Windstille)

Revisitant ce soir, au début de l’automne,
les bosquets du vieux parc qu’envahira la nuit,
j’ai murmuré devant ton prunellier d’Asie :
« Douce petite Evy, la nuit déjà revient plus tôt ;
vis, du mieux que tu peux, car ce sera juste pour nous deux,
ou sans moi s’il le faut, dans le ciel profond tout là-haut
où germent brume et vent qui tombent en septembre.
Seul ton ample manteau de feuilles d’un roux sombre
étincelle encore, un instant sans fin, sur ma tête blanche
dans la voie lactée des ténèbres.

(5 septembre 2007)

Le mot de passe
(Un chanson écoutée dans le noir)

Que la voix de ta poésie
tantôt sanglote et tantôt rie,
même si par temps de souffrance
dans la nuit souvent elle crie :

pourvu qu’en rêvant
elle prie,
pourvu qu’à l’oreille
elle danse,
pourvu qu’au réveil
elle chante,

afin que, dans les pleurs, son sourire t’enchante...

(16 septembre 2007)

laude Vigée : Poèmes

30 septembre 2009

par Claude Vigée

 

Par là-bas, quelque part

i.m. Evy

Sous l’horizon glacé des bouleaux et des hêtres

chemin pierreux du jour
sentiers en velours de la nuit
te rejoignent peut-être

déjà nulle part, dans le vide :
perdus à l’autre bout du Ried,
dans ton noir infini.

Soir du 19 avril 2009, Hasensprung, en Alsace

***

La double voix

J’emprunte au destin, tour à tour,
chemins terreux du jour,
sentiers de velours dans la nuit,
pour me rapprocher de la source intime
qui luit au cœur du roc, où bruit
le fin murmure de la clarté muette.

7 mai 2009

***

Passant près d’un banc vide

Bonsoir, petite Evy, bonsoir comme autrefois,
toi qui, depuis de si longs jours déjà,
demeures loin de moi.

Bonsoir dès que je passe à côté de ton banc
dans le parc étranger où nul ne va s’asseoir,
où personne dans le noir ne dresse les oreilles
quand le silence sur nous s’étend dans les buissons,
et que, très lentement, avec la nuit qui tombe,
s’éteint dans la pénombre le murmure de mes mots :

entre plaisir et peine,
à travers deuil et joie,

bonsoir, petite Evy, bonsoir et à bientôt,
comme alors, mon Evy, serrés l’un contre l’autre,
à deux sur ce vieux banc.

Parc du Ranelagh, Paris,
le 12 mai 2009

Claude Vigée : Poèmes

1er mai 2008

par Claude Vigée

 

Lu dans le ciel après minuit

De la génération d’Adam à la dernière,
ainsi court la rumeur de l’humain dans la pierre :

De nos spermes chacun est un astre orphelin
qui se perd dans le noir sans y laisser de trace,
comme un vol de perdreaux dispersés par le vent
pour repeupler la nuit dans les lits de l’espace !

Dès qu’ils ont percé l’œuf niché
au creux du ventre obscur et chaud,
pour naître de nouveau frère et sœur s’y retrouvent,
enfants incestueux qu’emporte un même fleuve.

De nous deux qu’incendia l’éclair de la rencontre,
qui gémira dehors, qui dans sa geôle danse ou crie ?
Lui seul il est joyeux, il rit,
il est comblé de cent fils, notre père :

« Maintenant, je te prie,
parle pour moi au roi :
passé minuit, David ne s’oppose plus guère
à ce que je sois toi. » *

Ainsi chante le chœur des oiseaux sous la terre.

(22 avril 2008, en humant longuement le parfum des lilas.)

* Samuel II, 13, v. 13. Ce matin, Evy aurait eu 85 ans.

« L’origine, c’est cette saisie de soi toujours recommencée au sein de la parole et de la temporalité, […] qui trouve dans l’extériorité les correspondances nécessaires à l’expression de l’inouï. » (Anne Mounic, « Les risques du poème », 2008.)

***

Au poteau les artistes

Que sont maintenant devenus
nos doux et gentils musiciens ?
Je ne vois et je n’entends plus
de tous côtés que bruit-siciens.
Plutôt que leur affreux raffut,
mieux vaut cent fois n’écouter rien.
Aujourd’hui le silence est mon souverain bien.

31 octobre 2007

A la belle enseigne : « Züem iserne Mànn »

La cendre est le bon lieu
où guérit toute chair,
la pharmacie de Dieu
que garde nuit et jour
le vieil homme de fer,
place du Jeu des Enfants à Strasbourg :
en enfer…

Pour la plus grande peur
de la petite Evy,
dans sa cotte de maille
qui nous glace le cœur
on coffre pour toujours,
à l’étroit dans la nuit
au-dessus du portail,

dès qu’elle désobéit
l’insouciante marmaille :
celle qui court et qui braille,
qui sème la pagaille,
celle qui n’est pas sage,
qui fait pipi au lit,
et recrache son potage
en plein dans ton visage !

novembre 2007

***

La gravité perdue

Plutôt que somnambule, – c’est bien trop dangereux ! –,
le seul métier qui s’ouvre à une jeune morte,
c’est de se faire, un soir, danseuse-étoile au ciel.

Comme ballait le Christ le soir du samedi saint
après tant de souffrance et la brève agonie,
délivrée à jamais de toute gravité

mais devenant soudain
divinement légère,
ma morte, pour danser,
pèse un peu moins
que l’air.

24-28 février 2008

:

 

Choix de textes

 

Les pas des oiseaux dans la neige

 

Deux étoiles filantes

sur la montagne obscure :

déjà leur cœur de braise

agonise et s'éteint.

Que reste-t-il de nous

quand le temps se retire ?

à peine une buée, ce souffle qui s'efface

sur le miroir brisé.

L'œil ne suit que la trace

du vent dans les nuées;

Et pourtant nous y danserons,

chanteurs au bec léger,

crânes d'oiseaux en fête

aux frêles osselets

déjà remplis de rien :

un peu de cendre blanche

sur la langue muette.

 

Le dernier espoir

"Le nom de Dieu est : Peut-être." (Tikkounéi-Hazohar 69)

 

Que reste-t-il de nous deux à la fin,

sinon peut-être

 

Ce maigre feu de broussailles mal éteint

qui fume encore tout bas en hiver certains soirs

entre deux souches de saules gris et noirs,

 

derrière le petit-bois de sureaux et de hêtres

enseveli par les lourds marais du Vieux-Rhin

sous un linceul de lune, dans l'éternel brouillard.

 

(printemps 2004)

 

Petite musique d'automne

 

On va chiper des pommes

on va gauler des noix,

par-dessus les rigoles

les chats font de grands sauts ;

raidissant leurs pattes mouillées

les chiens transis marchent sur des échasses,

dans les fossés pleins d’eau hoquettent

de bonheur les derniers crapauds :

l’averse tombe des nuits entières

sur le sol gras du cimetière -

silencieusement il pleut, l’automne,

dans la bouche des jeunes morts...

 

Extrait de Aux portes du labyrinthe, Ed. Flammarion 1996

L'amandier sous la lune

 

La semence nocturne a mûri dans ma tête,

dans mon nom j'ai scellé l'inconnu sans visage.

Croyant saisir le fruit, l'insecte, l'arc-en-ciel,

et sucer dans le roc l'huile vierge ou le miel,

j'ai glissé vers la nuit sur le miroir des sons :

l'écureuil encagé tourne seul sur sa roue,

au fond du puits rit le silence

où l'abîme s'ébroue.

 

Sur l'infime épaisseur des mots nous patinons

à reculons depuis l'enfance; nous chantons, nous dansons

vers l'infini sans regard et sans nom.

À peine un éclair sur la glace,

dans une poésie est inscrite la trace

de l'oiseau qui raya la fragile surface.

 

Parfois je crois surprendre un écho dans l’oreille

de ces mots murmurés,

que des voix de jadis, depuis longtemps perdues,

disaient presque en silence :

ainsi suinte la pluie de campagne en automne

à travers les feuilles mortes, avec tant de patience,

à la lisière du petit-bois de chênes gris et touffus

où le Ruisseau-Rouge chuchote,

puis elle s’enfuit goutte à goutte dans la terre,

à pas de souriceaux, comme fait la semence,

par le chemin profond, la sente aux orties noires.

 

Extrait de Les orties noires, Flammarion 1982

 

L'Art de la fugue

 

Mourir, c'est retrouver la terre désirée,

S'endormir dans les eaux de l'origine,

Téter le sein nourricier de la nuit.

Mourir, c'est embrasser le monde bien-aimé.

Qui n'aime pas devient

La lande abandonnée.

Qui ne s'est pas ouvert

Sera pierre fermée.

Qui méprisa rejoint

La cendre secouée.

 

Mourir, c'est perdre pied sur le bord de l'écueil,

Puis chavirer dans la mer étrangère :

S'enliser dans le marais du silence.

Mourir, c'est passer dans le monde mal-aimé.

 

Chaque homme se destine

A la mort qui lui plaît.

Mourir, c'est s'accomplir,

Mourir, c'est s'engloutir.

La mort est ta patrie,

La mort est ton exil.

 

Mourir, c'est devenir le monde où tu vivais.

 

Extrait de La Corne du Grand Pardon, Ed. Pierre Seghers 1954

 

Le défi du poète

 

Chus dans le puits creusé sous les cristaux du ciel,

nous revêtons au monde une tunique rouge

tissée avec la glaise opaque de l'oubli.

 

Si le cœur aimant parle au cœur

il n'a nul besoin d'une bouche:

l'oreille ouverte lui suffit.

 

Comme un noyau de feu pulsant dans l'ombre verte,

j'écoute rire encore au plus vif de ma chair

la source rayonnante et noire de tous les moi.

 

Qu'est donc lire un poème ? C'est voir danser ma voix

pour entendre tes yeux chanter avant les mots

en miettes d'autrefois, dans nos lettres muettes.

 

Par le chant nous brisons l'amère nuit d'attente :

mais il sera toujours temps de nous taire

quand nos bouches béantes seront bourrées de terre.

 

Lorsque Satan déchu rêve d'amour au bagne,

il joue à qui perd gagne son âme d'ange triste

que brûle, en la glaçant, le feu de l'améthyste.

 

« Qui me détruit, sinon autrui ?

Je ne suis qu'un vieux clown rieur,

trop plein de pleurs à l'intérieur.

 

Mon esprit souterrain, en quête de l'éveil,

dans l'épaisseur sourde du roc souffre

et creuse sa nuit ».

( 2004)

 

À bout de souffle rit l'extase


I
À travers les mélodies d'exil captées dans son miroir

que la lune errante tisse avec le silence,

se trame et se dénoue le jeu de la question.

Elle demeure sans réponse, et pourtant revient et perdure

comme font les dix voix ailées d'une fugue noire de Mozart :

plaie lancinante creusée dans l'éclat minéral

de la parole glacée, - celle qui éblouit et divise

le cœur resté sans dieux, abandonné au vide, fuyant

toujours ailleurs qu'au ciel. Où cesse le désir d'un homme ?

L'infini nous épargne peut-être par pitié.

 

II

Avec la lune qui danse derrière la fenêtre ouverte,

soulevée par la respiration du large fleuve nocturne

au souffle haletant, renouvelé sans nul repos de la pensée

comme s'aère le poumon d'une jeune nageuse,

me voici porté vers l'avant par ce flux

surgi de l'amont indicible,

offert au battement sourd de la rivière souterraine

à travers la boue restée vivante malgré tout.

Et retraversé par la lumière des profondeurs

jusqu'au dernier murmure : le mal-être divin

où l'agonie se transfigure en musique miraculeuse.

Oui, malgré tout flambe sur nous dans le ciel opaque en hiver

le nuage blessé du soir, l'Ève pétrie d'argile et d'eau de source ardente

qui chante sans espoir l'amer savoir de vivre.

 

III

Toujours la lumière sans défense cachée au cœur du buisson

jette sa transparence de beauté noire

sur tant de jeunes morts à la voix oubliée

cendres terrées en nous sans noms et sans visages.

Est-ce pour nous permettre de dire à leur place

une seule fois encore : bouvreuil, perce-neige, écureuil ?

Pourtant nous n'avions nulle chance de gagner

à ce jeu de mots pipés d'avance par la tristesse :

vaine est, pauvre poète, l'enflure de ta voix,

inutile sa dissonance ! À bout de souffle rit l'extase.

 

IV

De retour enfin au lieu nu de l'origine

où se tissent les nœuds défaits du temps, de retour

dans les maisons désertes assises aux frontières

où fleurissaient les enfants singuliers,

frères de lait, frères de mai, venus de nulle part,

oh mes ombres aimées de jadis, surgies dans la lucarne obscure

comme dix rangs de pommiers droits et ronds

plantés vifs dans la tapisserie volante de l'espace.

 

V

Persiste une faible pulsation de lumière verte

égarée dans la neige, comme une trace où s'allument

la joie et la détresse qui peuplent cette vie unique.

Au détour du chemin, Partout, nous guettons le chaos :

mais jamais nous ne serons de sa compagnie.

dans notre fragilité extrême, l'ultime don du corps,

à la lueur naïve qui, d'esprit, le couronne.

Jusqu'à sans fin nous resterons, vieux jardiniers de l'avenir,

fidèles à la rose blanche qui empourpre nos nuits.

 

(mars 2004)

 

L'adresse égarée "Je rumine l'implacable."

 

Chaque soir j'attends encore,

en retenant mon souffle,

le léger frôlement de la porte qui s'ouvre

comme elle fait tous les soirs, chez nous,

depuis soixante années,

dans la pénombre amie du corridor.

Mais rien ne bouge là-dehors,

Evy ne revient plus chez nous, à la maison ;

en vain j'écoute encore un peu,

chaque soir, en silence.

Comme c’est étrange : les morts de l'ancienne saison ~

oublient donc de rentrer ?

Ont-ils perdu l'adresse ? différé le retour ?

Seraient-ils donc distraits, au point de ne plus vivre ?

 

Malgré mon désarroi d'enfant abandonné,

tous les matins sa place au petit-déjeuner,

à table devant moi, dans la clarté muette,

reste une chaise, dos au mur : sans bouger, vide et nette.

Paris, le 16 février 2007

 

 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 23:07

Henri MeschonnicHenri Meschonnic : poèmes

par Henri Meschonnic

 

des cheveux tremblent sur des pierres

je vois les confondus en terre

les gestes creux

les ventres de la vie

dans un sol où se fondent des os

une terre écorchée de légende

les cris de ces yeux

gouttent sur l’herbe

je plonge mes bras dans le vivier

des morts

***

tous ces corps déversés

sont une pluie tarie

la peau des cris est une plaie

près de leur bouche

et mes yeux de jeunesse

une mer ensemencée

de ces cheveux collés

***

les mots me vieillissent ou me font jaillir

ils me mêlent aux autres

ils liment nos solitudes

pour nous rejoindre

***

on n’a pas fini de naître

on crie en sursis

les lèvres suspendues

à des mots qui ne sont pas dits

***

je rouvre les doigts de mon enfance

sur des yeux couverts de cris

le bonheur a peu de place

le soleil mange des larmes

le jour cache sa vermine

dans mes paumes je vois

ceux qui comptent leur vie

***

je vois

les lèvres écrasées des mains

les morfondus leurs supplices

sur le dos

leurs sourires sont des bêtes

qui se retournent dans leur gorge

l’exode est un arbre brûlé fuir

***

je marche mon exode

il n’y a plus de chants

je ne demande plus rien

je suis la plaie où les mensonges brûlent

c’est sous ma peau que remue le monde

la peur tremble embourbée

on avance

je marche derrière ma vie

comme un esclave

je ne supporte pas

le spectacle de mon visage

***

fuir

de tout mon visage

fuir

vivre

la terre lourde de cris

emplit mes oreilles mes mains

comme un sommeil

où est ma sagesse

on pouvait boire dans ma joie pour un désert

le mur de mes amours

ne me protège plus

immobile dans le désordre de ma peur

je tends mes douleurs

j’émigre mes tortures

je suis lui et lui elle et lui

***

je montre mes mains de paix

j’ai perdu le compte des douleurs

les cris sont une mère

les morts n’ont pas besoin de draps

je palpe la vie

de mon rire

le soleil

colle les mouches sur ma peau

les gestes de ma misère

pressent ma peur

contre ma peau

le visage de la guerre

a pris la forme de mes os

***

les hommes ressemblent à leurs fables

ils ont l’uniforme des victimes

la lumière est la complice de leur faim

quand ils reçoivent le soleil

***

L’Improviste, 1999

les morts sont couverts de mots

mes mots sont pour ceux qui vivent

ils ne ferment pas une vie

je ne fais que commencer

de les dire des bouts de mots

qui sortent à peine de nos bouches

tant ils sont mêlés à nous

que la phrase à dire c'est nous

elle n'est pas pour les pierres je

ne sais pas ce qu'elle dit elle

continue si on s'arrête

se tait si on parle trop

on avait enterré un cimetière

pour le sauver

les pierres plus

fragiles que nous depuis

qu'on les dresse vers le ciel

pour qu'elles tournent avec les astres

qu'elles nous portent dans les temps

nous n'avons pas ce temps mais

nous sommes le temps du temps et

les pierres ne portent plus que

des mots dont l'air s'est perdu

on les déchiffre on écoute

l'absence

c'est nous sans nous

la force de ce qui n'est pas

écrit la main touche les lettres

et passe

oui

c'est moi

qui manque aux mots

non les mots qui me manquent j'ai

dû dormir quand il ne

fallait pas je n'étais pas

présent quand on leur a fait

dire ce que je ne voulais pas

depuis je travaille pour le silence

j'amasse l'absence des mots

je laisse une place vide dans

tout ce qui est dit c'est la

place du mot à dire pour que

la mer s'arrête

les pierres montent

je suis le vide

de ce mot

nous du temps que nous parlions

aux pierres

nous avons pris leur

sens leur temps et maintenant

leur mémoire est en nous elle

marche dans nos pas elle bouge

dans notre chaleur nous ne

faisons plus la différence

entre ce qu'elles disent et nous

le temps des pierres c'est nous et

nous sommes pleins de cris que nous

laissons sur nos passages comme

des pierres

en nous tenant l'un à l'autre

pour trouver parmi elles notre

chemin

Recueil « Puisque je suis ce buisson »

Arfuyen 2001

puis le monde

a fait encore

un tour tour tour

j’ai cru qu’il était le même

j’ai cru que j’étais le même

mais mon sommeil est ma veille

comme avant

mes mots sont mon

visage mes yeux ma bouche tout

ce qui m’entend et les autres

l’entendent

alors ce qui change

compte si peu qui sait même

si personne l’a vu si

moi-même j’en ai rien su

maintenant je suis chaque autre

moi et toi lui elle et lui

je suis le recommencement

du monde

des lieux sont plus pleins d’attente

que d’autres

des têtes

plus pleines

d’un feu

du temps que d’autres c’est une

histoire qui marche en dormant

j’ai reçu un talisman

de l’autre bout de l’attente

je dors le temps

depuis que

je brûle sans

me consumer

puisque je suis ce buisson

le monde

n’a pas commencé

puisqu’il ment

nous cherchons

le commencement

oui avec moi

oui par toi

les mots ne savent pas le dire

ils ne savent pas ce qu’ils disent

c’est pourquoi nous commençons

le monde

depuis tout ce temps

Recueil "Tout entier visage"

Arfuyen, 2005

des mots deviennent hors de prix

la vie augmente

on ne va

bientôt plus pouvoir dire je

suis ici ou j’étais là

on est chassés de l’espace

on est poussés hors du temps

le langage n’a pas prévu

ces choses depuis qu’on invente

que les cris remplacent les mots

et des bouches de silence

mâchent l’air

on n’entend plus

rien d’autre

ce silence approche

et ma voix à quoi sert ma

voix si je ne sais plus les mots

s’ils s’en vont de nous aussi

un vent d’il y a d’autres mondes

tourne les oiseaux les gens

j’entre en moi toutes mes vies

toutes les vies que je vois

sont mes vies

oui je suis dans plusieurs mondes

à la fois

c’est pourquoi on a du mal

à se trouver retrouver

mais

je cherche je passe mes vies

de rencontre en désencontre

et je nous vois et revois

nous nous tenons par le temps

nos paroles une seule écoute

qui invente des jours

aucun

compte ne les connaît

nous oui dans le dos du temps

un visage

mais chaque visage

est la forme de ma vie

et je visage de toi

comme tu visages de moi

plus profond que toute la peau

jusqu'au-dedans où les tristes

retrouvent

la matière

des joies

Recueil « Et la terre coule »

Arfuyen 2006

et la terre coule

c’est du sang

tant les paroles

sont mêlées

en elle

depuis

qu’on les passe

pour la vivante

la riante

qui est là toujours en nous

chaque main

je nous regarde

chaque passant

que je marche

puisque le temps

qui nous passe

c’est

le sommeil

veille

pour nous

et les cris font du silence

puisqu’un cri

étouffe un cri

et les paroles

maintenant

sont du sang qui sort des bouches

et quand on veut

parler jour

c’est de la nuit

qui nous parle

et quand on croit qu’on boit mange

c’est de la terre

qu’on recrache

celle qui coule

tout ce sang

j’ai toutes les vies dans ta vie

je te tiens par toute la terre

je suis la nuit

pour te dormir

je suis le jour

pour te voir

et nous tournons

autour du monde

le sommeil dans la main

mais les yeux veillent

tous les yeux

sont du voyage

c’est à ne plus pouvoir

dormir

tant il fait clair

cette nuit

de sommeil en sommeil on

marche couché debout c’est

les jours les heures qui nous pensent

pendant que nous volons de

branche en branche

oui nous faisons

de drôles d’oiseaux il y en a

même qui voulaient s’envoler

par les toits pendant que les

tueurs font un feu de Dieu

à chaque jour suffit sa haine

moi la vie

je marche

de soleil en soleil

de chevelure en nuage

un arbre d’odeurs

dans les bras

j’entends toutes les fleurs

je suis dans tout ce qu’on dit dans

tout ce qui n’est pas dit

je déborde des paroles

même quand elles ne veulent rien dire

on ne me vend pas d’histoires

au nom de

et au nom de

ces histoires vivent la mort

tous mes mots

sont pour la vie.

 

 

 

 

et la terre coule
c’est du sang
tant les paroles
sont mêlées
en elle
depuis
qu’on les passe
pour la vivante
la riante
qui est là toujours en nous
chaque main
je nous regarde
chaque passant
que je marche
puisque le temps
qui nous passe
c’est
le sommeil
veille
pour nous
et les cris font du silence
puisqu’un cri
étouffe un cri
et les paroles
maintenant
sont du sang qui sort des bouches
et quand on veut
parler jour
c’est de la nuit
qui nous parle
et quand on croit qu’on boit mange
c’est de la terre
qu’on recrache
celle qui coule
tout ce sang

----------------------------------------------------

 

 

j’ai tellement regardé regardé
les autres qu’ils sont une part
maintenant de mon regard
ma peau tout entière est regard
mes mains sont des yeux
mes yeux
sont des mains
et je marche visage
de vie en vie
être le monde n’a pas de fin
à mon plaisir
j’avance sans savoir
plus je suis en moi moins je
me fais à l’idée que j’ai de moi
tellement j’entre chez tous
ceux que j’aime
que je suis en chemin d’infini

 

----------------------------------------------------

 

moi la vie
je marche
de soleil en soleil
de chevelure en nuage
un arbre d’odeurs
dans les bras
j’entends toutes les fleurs
je suis dans tout ce qu’on dit dans
tout ce qui n’est pas dit
je déborde des paroles
même quand elles ne veulent rien dire
on ne me vend pas d’histoires
au nom de
et au nom de
ces histoires vivent la mort
tous mes mots
sont pour la vie

Extraits de « Et la vie coule » (Arfuyen, 2006

 

marche temps

marche vivre

pas un mot





j’apprends une phrase qui n’a pas
de fin je me la redis
jour après jour ainsi je
me ressemble davantage
mot après mot
notre histoire
peu à peu entre le temps
et nous
plus de différence



marche temps
marche vivre
pas un mot
aujourd'hui pas davantage



je nous rencontre
je me viens
par toi vers moi
un peu plus



aujourd'hui j’ai rencontré
une petite joie je me suis
fait aussi petit qu'elle pour
être l’instant qui en est plein



je sais
à côté
j'écoute
à côté des mots
à côté du temps
pour être
en toi par toi
dans ma vie

___________________________________________

 

j’ai toutes les vies dans ta vie
je te tiens par toute la terre
je suis la nuit
pour te dormir
je suis le jour
pour te voir
et nous tournons
autour du monde
le sommeil dans la main
mais les yeux veillent
tous les yeux
sont du voyage
c’est à ne plus pouvoir
dormir
tant il fait clair
cette nuit


Henri Meschonnic,
Et la terre coule, Arfuyen, 2006, p. 24.


nous ne savons pas si

nous ne savons pas si nous sommes venus dans
un envers de l’histoire que des
formules qu’on ne comprend pas ont
recouvert si
nous avons été rêvés ou
si nous appelons sans
savoir ce que nous appelons puisque
ce qui nous arrive
nous enlève
les mots de la bouche pour
nous les redonner mais
les mots sont changés et
nous ne pouvons plus dire de qui
nous sommes un événement mais la peau
a sa mémoire
nous nous serrons
pour ne pas oublier


Henri Meschonnic, Voyageurs de la voix, Verdier, tirage de tête sur vélin d'Arches, avec deux pointes sèches originales de Gérard Titus-Carmel, 1985, p. 14. Prix Mallarmé 1986.


« un visage
mais chaque visage
est la forme de ma vie
et je visage de toi
comme tu visages de moi
plus profond que toute la peau
jusqu’au-dedans où les tristes
retrouvent
la matière
des joies »


Henri Meschonnic, Tout entier visage, Arfuyen, 2005, page 73.

 

 

 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 22:27

Abdellatif LaâbiTRIBULATIONS D'UN RÊVEUR ATTITRÉ

 

Ce n’est pas une affaire d’épaules
ni de biceps
que le fardeau du monde
Ceux qui viennent à le porter
sont souvent les plus frêles
Eux aussi sont sujets à la peur
au doute
au découragement
et en arrivent parfois à maudire
l’Idée ou le Rêve splendides
qui les ont exposés
au feu de la géhenne
Mais s’ils plient
ils ne rompent pas
et quand par malheur fréquent
on les coupe et mutile
ces roseaux humains
savent que leurs corps lardés
par la traîtrise
deviendront autant de flûtes
que des bergers de l’éveil emboucheront
pour capter
et convoyer jusqu’aux étoiles
la symphonie de la résistance

 

Vaccin

Paris Orly
Tu es aux premières loges
du tapis roulant
à guetter la valise rouge
que tu as étrennée pendant ce périple
Quand elle sort après longue attente
tu as de la peine à la reconnaître
On dirait qu’elle a traversé
les boyaux d’une mine de charbon
De plus elle est toute déglinguée
Quel inquisiteur s’est plu
à la visiter sans aménité
alors que tu avais mis tes poèmes
à l’abri dans ton bagage à main ?
Allons, arrête ton cinéma
te ravises-tu
l’inquisition d’aujourd’hui enfile des gants
et utilise les rayons
Elle a d’autres martels en tête
Toi, tu t’es rasé la barbe à temps
et ne penses plus que la révolution
est pour demain
Après-demain peut-être, si tu réussis
à mettre au point
dans ton laboratoire secret
un vaccin de cheval
contre la bêtise triomphante

(Éditions de la Différence, 2008)


MON CHER DOUBLE

 

Mon double
une vieille connaissance
que je fréquente avec modération
C’est un sans-gêne
qui joue de ma timidité
et sait mettre à profit
mes distractions
Il est l’ombre
qui me suit ou me précède
en singeant ma démarche
Il s’immisce jusque dans mes rêves
et parle couramment
la langue de mes démons
Malgré notre grande intimité
il me reste étranger
Je ne le hais ni ne l’aime
car après tout
il est mon double
la preuve par défaut
de mon existence

 

 

Avec lui
je perds mon humour
qui paraît-il
réjouit mes amis
Fustiger la bêtise
la sienne y comprise
et tous les jours que diable fait
n’est donné
qu’à une poignée d’élus
Pourtant
et c’est là que réside mon orgueil
je pense que ma candidature
n’est pas usurpée
J’ai découvert cette propension
sur le tard
et suis navré de la voir réduite
à la portion congrue
à cause d’une ombre
fantasmée si ça se trouve
Alors que faire ?
comme disait le camarade Lénine

 

 

Cultiver mon unicité ?
Cela ne me ressemble pas
Consulter ?
Rien à faire
Me mettre en chasse de mes sosies
les attraper au filet tel un négrier
et les enfermer dans une cale ?
Non
je n’ai pas cette agressivité
Écrire des petits poèmes
sur les fleurs et les papillons
ou d’autres bien blancs et potelés
pour célébrer le nombril de la langue ?
Très peu pour moi
quand les cornes du taureau
m’écorchent les mains
et que le souffle de la bête
me brûle le visage
Autant crier à mon double
en agitant devant lui la muleta :
Toro
viens chercher !

(Éditions de la Différence, 2007)


ŒUVRE POÉTIQUE I

 

LE RÈGNE DE BARBARIE (1980)

à bout portant et profane l’Inviolé    Chante Oum Kalthoum en pleine cybernétique    Chante le Nil    Les barrages spectaculaires    Tes pyramides et les nôtres    Les cœurs de siècles descendants    L’amour fou    Suspendues quaternaires    Ne crains pas d’accumuler les clichés    Ma gazelle aux niagaras de parfums   L’oubli semant son chapelet de romances    Les traces du campement et la monture    L’œil monte    Eclate en regards de tarentules vitreuses    Abîmes tailladés en robinets de miel    En tuyaux de lait sacramentel    Chante un peu si ce n’est pour l’ordre funèbre ce sera pour le cortège    Chante que j’écrive le Livre des morts    Le testament oral des races soumises    Que je désemmièvre la malédiction qui nous a frappés au sommet de la greffe    Que j’ordonne à la Création une déroute exemplaire    Que j’insolence la misère touffue des jungles intérieures    Chante ta voix nous pourfend et nous fait rire au summum de la jouissance
 
 
« les peuples se sont arrêtés pour attester comment dans mon unicité j’édifie les bases de la gloire »
 
 
Chante le Croissant aride    Chante le mur des lamentations moi je côtoie le mur de la honte    Chante étoile déterreuse d’Orient tombé en panne   Chante un peu que je te donne mes yeux    Ton amour fétiche à l’orteil agile de l’Afrique violée en cérémonies cycliques    Chante l’impossible du bras appréhendant l’outil    L’impossible de la main appréhendant le corps    L’impossible orgueil de ta race défaite
 
 
Cri du rossignol des poètes imbéciles    Cri de la rage clignotante d’aérolithes sarclés    Cri de la tripe à l’orée des abattoirs    Cri du gâchis séculaire intimant l’Arrêt
cri des concentrations boulimie de l’argent
cri des trésors miraculés suspendus aux sorciers
cri charlatanerie docte à la suite du pouvoir
cri salué des flancs du génocide
cri médiéval lumière des époques obscures
cri je patine sur les rails du chaos
cri le vent s’arrêtera changé criquets à la gesticulation
cri tassé à la lie de la mémoire devenue organe
cri de Continent le tam-tam nous couvre des voix
cri gosier tu ne contiens que la plus dérisoire de mes détonations
cri je suis plus qu’homme quelque chose quelqu’un en tragique expansion
cri coulée mienne incandescente
cri je noierai cette planète d’une poésie asphyxiante
marteau-piqueur gaz bruts que je réserve
cri je sais parler mais pas aux puissants
cri     o  b  j  e  c  t  e  u  r
cri la trahison de l’ami     du déporte-parole
cri les dégueulades tournées du marasme
cri la bile renvoyée en quadrilatères hissés
cri prostitution du musicien singe à se tordre
cri la morgue philosophale criticaillante
nous enterrant en notre nom vivants
cri qu’on foute la paix aux salauds que nous sommes
cri Assez
 
 
impudique chanteuse    Vieille hétaïre    Nous scalpant dans le sang fébrile    Nous embobinant    Nous lâchant fétu et paille à la fraternité du délire sensitif    D’un lyrisme que nous pétons mutations de toutes facultés    Nous tapant sur les cuisses et les dos mutuels    Ronronnant l’imbécile refrain de la fraternité d’exclusion    Chante Oum Kalthoum ta voix nous pourfend et nous fait rire au summum de la jouissance
 
 
 
fossile carnivore    Sœur du mammouth surpris    Mais incalculable
f  o  r  c  e


 

SOUS LE BAÎLLON LE POÈME (1981)

À mon fils Yacine

Mon fils aimé
j’ai reçu ta lettre
Tu me parles déjà comme une grande personne
tu insistes sur tes efforts à l’école
et je sens ta passion de comprendre
de chasser l’obscurité, la laideur
de pénétrer les secrets du grand livre de la vie
Tu es sûr de toi-même
et sans le faire exprès
tu me comptes tes richesses
tu me rassures sur ta force
comme si tu disais : « Ne t’en fais pas pour moi
regarde-moi marcher
regarde où vont mes pas
l’horizon, l’immense horizon là-bas
il n’a pas de secrets pour moi »
Et je t’imagine
ton beau front bien haut
et bien droit
j’imagine ta grande fierté

Mon fils aimé
j’ai reçu ta lettre
Tu me dis :
« Je pense à toi
et je te donne ma vie »
sans soupçonner
ce que tu me fais en disant cela
mon cœur fou
ma tête dans les étoiles
et par ce mot de toi
je n’ai plus peine à croire
que la grande Fête arrivera
celle où des enfants comme toi
devenus hommes
marcheront à pas de géant
loin de la misère des bidonvilles
loin de la faim, de l’ignorance et des tristesses

Mon fils aimé
j’ai reçu ta lettre
Tu as écrit toi-même l’adresse
tu l’as écrite avec assurance
tu t’es dit, si je mets ça
papa recevra ma lettre
et j’aurai peut-être une réponse
et tu as commencé à imaginer la prison
une grande maison où les gens sont enfermés
combien et pourquoi ?
mais alors ils ne peuvent pas voir la mer
la forêt
ils ne peuvent pas travailler
pour que leurs enfants puissent avoir à manger
Tu imagines quelque chose de méchant
de pas beau
quelque chose qui n’a pas de sens
et qui fait qu’on devient triste
ou très en colère
Tu penses encore
ceux qui ont fait les prisons
sont certainement fous
et tant et tant d’autres choses
Oui mon fils aimé
c’est comme ça qu’on commence à réfléchir
à comprendre les hommes
à aimer la vie
à détester les tyrans
et c’est comme ça
que je t’aime
que j’aime penser à toi
du fond de ma prison

 

Quatre ans

Cela fera bientôt quatre ans
on m’arracha à toi
à mes camarades
à mon peuple
on me ligota
bâillonna
banda les yeux
on interdit mes poèmes
mon nom
on m’exila dans un îlot
de béton et de rouille
on apposa un numéro
sur le dos de mon absence
on m’interdit
les livres que j’aime
les nouvelles
la musique
et pour te voir
un quart d’heure par semaine
à travers deux grilles séparées par un couloir
ils étaient encore là
buvant le sang de nos paroles
un chronomètre
à la place du cerveau

 

 

 

C’est encore loin le temps des cerises
et des mains chargées d’offrandes immédiates
le ciel ouvert au matin frais des libertés
la joie de dire
et la tristesse heureuse

C’est encore loin le temps des cerises
et des cités émerveillées de silence
à l’aurore fragile de nos amours
la fringale des rencontres
les rêves fous devenus tâches quotidiennes

C’est encore loin le temps des cerises
mais je le sens déjà
qui palpite et lève
tout chaud en germe
dans ma passion du futur

 

DISCOURS SUR LA COLLINE ARABE (1985)

Le tortionnaire s’est réveillé
Près de lui
sa femme dort encore
Il se glisse furtivement hors du lit
revêt sa tenue de jungle
et sort
Sur le chemin du réduit
où l’attendent ses instruments
et ses victimes du jour
il pense aux choses ordinaires de la vie
les prix qui grimpent
la maison qui sera trop exiguë
quand viendra le cinquième enfant
les pluies qui tardent de nouveau cette année
le dénouement du dernier feuilleton qui passe à la télé
Il pointe au bureau des entrées
se dirige vers le réduit
ouvre la porte
Les corps sont recroquevillés dans la pénombre
toussotements
puanteur
Lève-toi fils de pute !
crie-t-il
en lançant une ruade
au plexus du premier prévenu
que son pied rencontre

 

L'ÉCORCHÉ VIF (1986)

Le poète arabe
se met devant sa table rase
s’apprête à rédiger son testament
mais il découvre qu’il a perdu
l’usage de l’écriture
Il a oublié ses propres poèmes
et les poèmes de ses ancêtres
Il veut crier de rage
mais se rend compte
qu’il a perdu l’usage de la parole
De guerre lasse
il s’apprête à se lever
mais il sent qu’il a perdu
l’usage de ses membres
La mort l’a précédé
là où il devait abdiquer
devant la vie

 

TOUS LES DÉCHIREMENTS (1990)

Cette lumière
n’est pas à décrire
elle se boit
ou se mange

 

Le jaune attend le bleu
qui s’attarde avec le vert
le blanc sourit
à cette scène ordinaire
du dépit amoureux

 

Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
Il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

 

Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
Il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

 

La rosée
ce n’est que de l’eau
mais c’est une eau amoureuse

 

Je ne le nie pas
l’écriture est un luxe
mais c’est le seul luxe
où l’homme
n’exploite que lui-même

 

Le prophète détruit les idoles
le tyran
édifie des statues

 

J’ouvre la fenêtre
de mon jardin secret
Les prédateurs ont tout saccagé
ils ont emporté
jusqu’au secret de mon jardin

 

Souvent
je me sens diminué
fautif quelque part
quand on vient me féliciter

 

Je n’attends rien de la vie
je vais
à sa rencontre

(Éditions de la Différence, 2006)


ÉCRIS LA VIE

 

La terre est si patiente
Elle attend son chantre
qui tarde un peu
puis se présente
Beau flatteur
il se fait vite pardonner
C’est qu’il est un peu musicien
et peintre mettant la main à la pâte
avec des mots
qui connaissent le chemin du cœur
Le voici
entonnant avec des accents sincères
sa vieille antienne
que la terre fait semblant
d’entendre
pour la première fois

 

 

La vie s’ingénie
aux offrandes inestimées
et pour les recevoir de sa main
mieux vaut être averti
de l’intention
du code de la cérémonie
des ablutions morales
devant être accomplies
des mots de trop
— comme ces stupides merci —
de la délicatesse du geste
et de la révérence digne
Et puis
au moment de se retirer
surtout ne pas se précipiter
comme ces vainqueurs qui n’ont d’autre hâte
que d’aller exhiber à la foule des frustrés
leur trophée

 

 

C’est une maison
où nous avons reçu à profusion
la saveur et l’odeur des êtres
les couleurs tactiles des éléments
la beauté pudique des arbres
Nous y avons mangé de préférence
avec l’étranger
bu avec le commensal le plus désespéré
et veillé de nuit comme de jour
avec nos fantômes avisés
Nous y avons conçu les enfants libres
de nos rêves
Tout cela
en gardant une oreille suspendue à la porte
pour capter les pas hésitants
de l’inespéré

(Editions de la Différence, 2005)


RUSES DE VIVANT

 

Même innocents
du sang de notre prochain
il nous arrive
de tuer
la vie en nous
Plusieurs fois
plutôt qu’une

 

 

Le voile
qui nous recouvre les yeux
et le cœur
Les barricades
que nous dressons
autour du corps suspect
La lame froide
que nous opposons au désir
Les mots
que nous achetons et vendons
au marché florissant du mensonge
Les visions
que nous étouffons dans le berceau
La sainte folie
que nous enfermons derrière les barreaux
La panique
que nous inspirent les hérésies
La surdité
élevée au rang d’art consommé
La religion
largement partagée
de l’indifférence

 

 

Bien des messagers
frapperont encore à notre porte
Y aura-t-il quelqu’un
dans la maison ?

 

 

Dites-moi
vers quel néant
coule le fleuve de la vie
C’est quand
la dernière fois
que vous vous y êtes baignés ?

(Éditions Al Manar, 2004)


LES FRUITS DU CORPS

 

Dans les fruits du corps
tout est bon
La peau
le jus
la chair
Même les noyaux
sont délicieux

 

Misérables hypocrites
qui montez au lit
du pied droit
et invoquez le nom de Dieu
avant de copuler
De la porte
donnant sur le plaisir
vous ne connaîtrez
que le trou aveugle
de la serrure

 

Je peine à lire
les traités d’érotologie
La gymnastique m’ennuie

Si l’amour
n’était pas
création
œuvre personnelle
j’aurais déserté son école

(Éditions de la Différence, 2003)


L'AUTOMNE PROMET

 

Ces carnets s’achèvent
je le sens

Que ne suis-je musicien
et virtuose
pour interpréter le final
naturellement au violoncelle
et par ma voix travaillée
déployer le chant tremblé
que voici :
Homme de l’entre-deux
qu’as-tu à chercher
le pays et la demeure
Ne vois-tu pas qu’en toi
c’est l’humanité qui se cherche
et tente l’impossible ?

Homme de l’entre-deux
sais-tu que tu es né
dans le continent que tu as découvert
Que l’amour t’a fait grandir
avant que la poésie
ne te restitue ton enfance ?

Homme de l’entre-deux
ta voile
ce sont les voiles qui se dressent encore
sur ton itinéraire
Appartenir dis-tu ?
Tu ne t’appartiens même pas
à toi-même

Homme de l’entre-deux
accepte enfin de te réjouir
de ta liberté de parole
et de mouvement
Les miracles se fêtent
surtout quand ils s’accomplissent
au détriment des tyrans

Et maintenant
quelle autre promesse
veux-tu arracher à l’automne
Juste l’énergie pour le livre suivant ?
Soit
Adjugé
et bon vent !

(Éditions de la Différence, 2003)


PETIT MUSÉE PORTATIF

 

L’arbre est féminin
au grand dam
de la langue française
Elle arbore ses seins nus
au grand dam des barbus
musulmans de la dernière heure
Elle est la source antique
protégée par les cierges
le scorpion
et le damier du destin
Le ciel en est ébloui
et les oiseaux préfèrent ses branches
aux replis mièvres de l’azur
L’Eden à ses pieds
dispense son eau de jouvence
aux baigneurs en conciliabule
De quoi peuvent-ils débattre
sinon de la douce folie
de la Créatrice ?

 

On ose à peine s’y mirer
Le reflet risque de brouiller
les noms de l’Eternel
et de son Messager
Pauvre artisan
probablement pieux
qui a amoureusement façonné
cette œuvre du diable

 

Un bout d’ivoire
échoué sur la table
Le sage-fou
s’appuie sur sa barbe
Il pose
devant les poèmes qui passent

(Éditions Al Manar, 2002)


POÈMES PÉRISSABLES

 

Je recueille bout par bout
ce qui subsiste en moi
Tessons de colère
lambeaux de passion
escarbilles de joie
Je couds, colle et cautérise
Abracadabra !
Je suis de nouveau debout
Pour quelle autre bataille ?

 

Quand le quotidien m'use
je m'abuse
en y mettant mon grain d'ironie
Voici le chat
et voici la souris
Auteur méconnu de dessins animés
je suis

 

Laver son cœur
le faire sécher
le repasser
le suspendre sur un cintre
Ne pas le replacer tout de suite
dans sa cage
Attendre
la clé charnelle de la vision
l'impossible retour
le dénouement de l'éternité

 

De cette feuille
dite vierge
que sortira-t-il
Un bouton de seringa
ou une fleur carnivore ?

C'est moi qui tremble

(Éditions de la Différence, 2000)


FRAGMENTS D'UNE GENÈSE OUBLIÉE

 

 

Il est temps de se taire
de ranger les accessoires
les costumes
les rêves
les douleurs
les cartes postales


Il est temps de fermer la parenthèse
arrêter le refrain
vendre les meubles
nettoyer la chambre
vider les poubelles


Il est temps d'ouvrir la cage
des canaris qui m'ont prodigué leur chant
contre une vague nourriture
et quelques gobelets d'eau


Il est temps de quitter
la maison des illusions
pour le large d'un océan de feu
où mes métaux humains
pourraient enfin fondre


Il est temps de quitter l'enveloppe
et s'apprêter au voyage


Nos chemins se séparent
ô mon frère l'évadé


J'ai de la folie
mon grain propre
Un choix autre
de la séparation


J'ai ma petite lumière
sur les significations dernières
de l'horreur


Une fois
une seule fois
il m'est arrivé d'être homme
comme l'ont célébré les romances


Et ce fut
au mitan de l'amour


L'amour
quoi de plus léger pour un havresac


Alors je m'envole
sans regret
j'adhère au cri
l'archaïque
rougi au feu des déveines
et je remonte d'une seule traite
la chaîne des avortements


Je surprends le chaos
en ses préparatifs


Je convoque à ma transe noire
le peuple majoritaire des éclopés
esprits vaincus
martyrs des passions réprouvées
vierges sacrifiées au moloch de la fécondité
aèdes chassés de la cité
dinosaures aussi doux que des colombes
foudroyés en plein rêve
ermites de tous temps
ayant survécu dans leurs grottes
aux bulldozers de l'histoire


Je ne me reconnais d'autre peuple
que ce peuple
guéri du rapt et du meurtre
du vampirisme des besoins
des adorations
des soumissions
et des lois stupides


Je ne me reconnais d'autre peuple
que ce peuple
non issu de la horde
nuitamment nomade
laissant aux arbres leurs fruits
aux animaux la vie sauve
se nourrissant du lait des étoiles
confiant ses morts
à la générosité du silence


Je ne me reconnais d'autre peuple
que ce peuple
impossible


Nous nous rejoignons dans la transe


La danse nous rajeunit
nous fait traverser l'absence


Une autre veille commence
aux confins de la mémoire

 

(Paroles d'aube, 1998)


LE SPLEEN DE CASABLANCA

 

Je tire les rideaux
pour pouvoir fumer à ma guise
Je tire les rideaux
pour boire un verre
à la santé d'Abou Nouwas
Je tire les rideaux
pour lire le dernier livre de Rushdie
Bientôt, qui sait
il faudra que je descende à la cave
et que je m'enferme à double tour
pour pouvoir
penser
à ma guise

 

 

Les gardiens sont partout
Ils règnent sur les poubelles
les garages
les boîtes aux lettres
Les gardiens sont partout
dans les bouteilles vides
sous la langue
derrière les miroirs
Les gardiens sont partout
entre la chair et l'ongle
les narines et la rose
l'œil et le regard
Les gardiens sont partout
dans la poussière qu'on avale
et le morceau qu'on recrache
Les gardiens croissent et se multiplient
A ce rythme
arrivera le jour
où nous deviendrons tous
un peuple de gardiens

 

 

Mère
ma superbe
mon imprudente
Toi qui t'apprêtes à me mettre au monde
De grâce
ne me donne pas de nom
car les tueurs sont à l'affût

Mère
fais que ma peau
soit d'une couleur neutre
Les tueurs sont à l'affût

Mère
ne parle pas devant moi
Je risque d'apprendre ta langue
et les tueurs sont à l'affût

Mère
cache-toi quand tu pries
laisse-moi à l'écart de ta foi
Les tueurs sont à l'affût

Mère
libre à toi d'être pauvre
mais ne me jette pas dans la rue
Les tueurs sont à l'affût

Ah mère
si tu pouvais t'abstenir
attendre des jours meilleurs
pour me mettre au monde
Qui sait
Mon premier cri
ferait ma joie et la tienne
Je bondirais alors dans la lumière
comme une offrande de la vie à la vie

(À la mémoire de Brahim Bouarram, jeune Marocain qui fut poussé et noyé dans la Seine, à Paris, le 1er mai 1995, par une bande de skinheads qui venait de se détacher d'une manifestation du Front national.)

 

(Éditions de la Différence, 1996)


L'ÉTREINTE DU MONDE

 

La langue de ma mère

Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans
Elle s'est laissée mourir de faim
On raconte qu'elle enlevait chaque matin
son foulard de tête
et frappait sept fois le sol
en maudissant le ciel et le Tyran
J'étais dans la caverne
là où le forçat lit dans les ombres
et peint sur les parois le bestiaire de l'avenir
Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans
Elle m'a laissé un service à café chinois
dont les tasses se cassent une à une
sans que je les regrette tant elles sont laides
Mais je n'en aime que plus le café
Aujourd'hui, quand je suis seul
j'emprunte la voix de ma mère
ou plutôt c'est elle qui parle dans ma bouche
avec ses jurons, ses grossièretés et ses imprécations
le chapelet introuvable de ses diminutifs
toute l'espèce menacée de ses mots
Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans
mais je suis le dernier homme
à parler encore sa langue

 

 

Deux heures de train

En deux heures de train
je repasse le film de ma vie
Deux minutes par année en moyenne
Une demi-heure pour l'enfance
une autre pour la prison
L'amour, les livres, l'errance
se partagent le reste
La main de ma compagne
fond peu à peu dans la mienne
et sa tête sur mon épaule
est aussi légère qu'une colombe
A notre arrivée
j'aurai la cinquantaine
et il me restera à vivre
une heure environ

 

Abrégé d'éternité

Sur le radeau, j'allumerai un cierge
et j'inventerai ma prière
Je laisserai à la vague inspirée
le soin d'ériger son temple
Je revêtirai de ma cape
le premier poisson
qui viendra se frotter à mes rames
J'irai ainsi par nuit et par mer
sans vivres ni mouettes
avec un bout de cierge
et un brin de prière
J'irai ainsi
avec mon visage d'illuminé
et je me dirai
ô moitié d'homme, réjouis-toi
tu vivras si tu ne l'as déjà vécu
un abrégé d'éternité

(Éditions de la Différence, 1993)


LE SOLEIL SE MEURT

 

 

Qui parle
de refaire le monde ?
On voudrait simplement
le supporter
avec une brindille
de dignité
au coin des lèvres

 

 

L'époque est banale
moins étonnante que le tarif d'une prostituée
Les satrapes s'amusent beaucoup
au jeu de la vérité
Les déshérités se convertissent en masse
à la religion du Loto
Les amants se séparent
pour un kilo de bananes
Le café n'est ni plus ni moins amer
L'eau reste sur l'estomac
La sécheresse frappe les plus affamés
Les séismes se plaisent à compliquer
la tâche des sauveteurs
La musique se refroidit
Le sexe guide le monde
Seuls les chiens continuent à rêver
tout au long des après-midi et des nuits

 

 

Il y aura une grande attente
avant la dite résurrection
Et le fils de l'homme
rendu à l'illusion
s'écriera : Qu'ai-je ?
Et les anges
peseurs du bien et du mal
s'écrieront : Qu'a-t-il ?
Et le ciel restera muet
comme au temps de la grande attente

 

 

Il y aura ce grand feu de veille
qui éloigne les fauves
et rassemble ceux
qui vont découvrir l'outil
Et le griot aux paroles qui blessent
se lèvera et frappera sept coups
au gong en bois de la mémoire
Et l'homme qui va faire fondre le métal
bondira et crachera au visage du griot
Et la femme aux sept maris reconnus
jettera au feu l'enfant disputé

(Éditions de la Différence, 1992)


 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 22:11

Salah StétiéEROS GRAMOPHONE

 

 

Comme est douceur un très vieux disque
Voix tournoyante, fatiguée, et qui s'efface
Ô tout ce noir amour ! C'est lui
Qui tourne dans la rue, c'est lui qui passe
Et la rue est de neige et les couleurs s'effacent
Rutilantes couleurs, tous vos drapeaux s'endorment !




S'endorment ; puis revivent. Le temps du rouge :
C'est le midi du jour et c'est rouge et c'est louve
– Cette blessure au plus féminin du soleil.
La voix, la voix chantait.
La voix chantait comme est douceur un très vieux disque
D'avant mourir, d'avant l'oreille fermée de cire.
Cela après l'été dans ses éclaboussures,
Et, aussitôt,
Le corps avec le corps inventa le printemps




Cela chanta, puis s'éteignit : un couple
Avait perdu sa tête unique. Il la chercha.
La retrouva. La reperdit. Ô mal d'amour !
Les amoureux ont la vie dispersée
Leur mort aussi, leur mort est dispersion.
Leur disque seul continue son noir sillon.

L’ODEUR  DE  L’EAU

 

La paix, je la demande à ceux qui peuvent la donner
Comme si elle était leur propriété, leur chose
Elle qui n’est pas colombe, qui n’est pas tourterelle à nous ravir,
Mais simple objet du cœur régulier,
Mots partagés et partageables entre les hommes
Pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie
La pluie dans le regard de ceux qui s’aiment 


La haine. La haine.
Ceux qui sont les maîtres de la paix sont aussi
      les maîtres de la haine
Petits seigneurs, grands seigneurs, grandes haines toujours.
L’acier est là qui est le métal gris-bleu
L’atome est là dont on fait mieux que ces compotes
Qu’on mange au petit déjeuner
Avec du beurre et des croissants


Les maîtres de la guerre et de la paix
Habitent au-dessus des nuages dans des himalayas,
      des tours bancaires
Quelquefois ils nous voient, mais le plus souvent
      c’est leur haine qui regarde :
Elle a les lunettes noires que l’on sait


Que veulent-ils ? Laisser leur nom dans l’Histoire
À côté des Alexandre, des Cyrus, des Napoléon,
Hitler ne leur est pas étranger quoi qu’ils en disent :
Après tout, les hommes c’est fait pour mourir
Ou, à défaut, pour qu’on les tue 


Eux, à leur façon, qui est la bonne, sont les serviteurs d’un ordre
Le désordre, c’est l’affaire des chiens – les hommes, c’est civilisé
Alors à coups de bottes, à coups de canons et de bombes,
Remettons l’ordre partout où la vie
A failli, à coups de marguerites, le détraquer


À coups de marguerites et de doigts enlacés, de saveur de lumière,
Ce long silence qui s’installe sur les choses, sur chaque objet,
      sur la peau heureuse des lèvres,
Quand tout semble couler de source comme rivière
Dans un monde qui n’est pas bloqué, qui est même un peu ivre,
      qui va et vient, et qui respire…


Ô monde… Avec la beauté de tes mers,
Tes latitudes, tes longitudes, tes continents
Tes hommes noirs, tes hommes blancs, tes hommes rouges,
      tes hommes jaunes, tes hommes bleus
Et la splendeur vivace de tes femmes pleines d’yeux et de seins,
      d’ombres délicieuses et de jambes
Ô monde, avec tant de neige à tes sommets et tant de fruits
      dans tes vallées et dans tes plaines
Tant de blé, tant de riz précieux, si seulement on voulait
      laisser faire Gaïa la généreuse
Tant d’enfants, tant d’enfants et, pour des millions
      d’entre eux, tant de mouches
Ô monde, si tu voulais seulement épouiller le crâne chauve
      de ces pouilleux, ces dépouilleurs
Et leur glisser à l’oreille, comme dictée de libellule,
      un peu de ta si vieille sagesse


La paix, je la demande à tous ceux qui peuvent la donner
Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes
      violents et froids
Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore
      des souvenirs d’enfance, une mère aimée,
      un très vieux disque qu’ils ont écouté jadis
      longtemps, longtemps


Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux
      avec un bouquet de violettes !
Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée
L’odeur de l’eau et les fumées de l’aube sur la lune

AUBE

 

 

L'intuition dit verdure
Mais l'arbre où le saisir ?
Vidé de sa substance absent du ciel et pierres
Ni vallée ni rivière à douceur avant voix
  vers lui à disparaître
Au coin du paysage, qu’il emporte ses noix !
Liant en lui et déliant désert et souffle

 

Mais rien que presque étoile à rayons et rayures

 

L’intuition est assise avec ses jeunes filles
Anxieuses étonnées sous sa première feuille
Ouvertes endormies
Enfin  –  rien  –  mais  –  lui  –   s’ébroue

 

Il faut l’écrire avec ses oiseaux dans la mort

 

PETITE MONNAIE DES MORTS

 

Mille roses pour l’épine
Mille regards pour l’aveugle

Au bout de ses doigts le bruit de ses yeux
Ainsi que ruisseau de la préhistoire

Quelques bêtes venues pour le cataclysme
Les fiancés ont préféré dormir sous l’arbre
Ils n’ont pas connu le nom de l’arbre
Non plus que le nom du nom, ni leurs prénoms

Au bout de chacune de leurs mains aveugles
Des doigts de doigt :
Refermé, meurtri,
Un œil refermé.
C’est la main qui voit avec l’œil du centre

Les amants voient en levant la main
Leur paume est miroir

Autour  ––––––  les insectes
Les mouches les abeilles les guêpes les libellules
Les papillons ne sont pas les moins féroces

Le ruisseau marmonne un chant de préhistoire
Elle, dévastée par la tyrannie,
Préhistoire, la fin des mots commence

Le mot qui dit la rose n’existe pas
Tout est possible : il signifiera le crabe
Le crabe, l’irrationnel mangeur de roses.
Rose et raison. De raison nous sommes.
Nous, les inaccomplis, les ombreux, les inexistants.
L’irrationnel peut-être est-il baleine ou fleur
Requin bleu ou feu de la salamandre

La rose aussi n’existe.
Quelle rose dans cette pestilence d’excrément ?
Pestilentiels les chats, pestilentiels les amants et tous leurs chiens.
La porcherie d’amour n’est pas loin.
Jamais les gestes aussi las, aussi lents…

La main regarde avec l’œil du centre ; regarde
Tomber le paysage, les Alpes insonores
Tout cela ne serait ni grave ni terrible
Si quelqu’un vraiment regardait, voyait.
Si nous n’avions, debout, les pieds dans les fourmilières

Un glaçon dans le céleste ciel, la lune :
Orpheline et dévorée de banlieues, claire aux tramways !
« L’histoire a-t-elle commencé ? », demande-t-on.
« Elle est déjà finie », répond Nietzsche.

Les amants, les fiancés ne sauront pas qu’ils vont mourir.
On échangera leurs bras contre des artichauts
Leurs pieds contre des navets, leur cœur contre un chou rouge
Leurs mots feront partie d’économies secrètes, d’une monnaie inconnue

LE BLEU DE LA QUESTION

 

 

L’homme est fait de la matière de l’arc-en-ciel

Il est couleur

Le jaune le bleu nilotique le noir le rouge d’Amérique

Le blanc, le blanc aussi, est couleur

D’autres couleurs existent que je ne connais pas

Qui sont à l’intérieur dans les cœurs et les âmes

Couleurs qui paraissent qui transparaissent

Dans les beaux yeux des femmes les yeux des hommes

L’iris et le frais cristallin des enfants

Iris bleu iris violet iris marron iris vert

Iris noir, tout ce champ de fleurs naïves

Tourné en grand jardin vers le soleil visible

Transparence de l’air feu de l’orage

Et l’invisible aussi

Que l’homme voit si même il dit ne pas le voir

Cela qui fait de nous l’humanité

Celle qui rêve et qui vit qui crée et souffre

Qui souffre et s’interroge

Et qui est vraie de la vérité des vraies racines

Hommes et femmes ayant rendez-vous de parole

Sous l’arbre des prairies

Leurs passions leurs récits leurs fables leurs poèmes

Conduits comme un troupeau vers la trompe d’Eustache

Mots chanteurs nidifiant

Puis, tout quitté, l’incompréhensible vache

Laboure avec ses cornes le bleu de la Question


Et de grands papillons sont tombés dans la mort
Dans les défroissements de l'origine
Ils ont des yeux pour regarder la mort
Pour regarder le feu et les sommeils
Cela qui fait de la violence de leurs ailes
Soleil et nuit dans le multiple songe
De ces jardins incendiés d'oubli



Un homme est traversé par des couleurs
Et je le vois dormir dans sa paix retenue
Au-dessus de sa vie est le plus sobre ciel
Avec l'enfant de l'araignée pour tout recoudre
Musique et dispersion de ces pollens sonores
Qui deviendront nuage et rage de l'esprit
Contre cela qui tend sa main réelle
Comme une barque immense de l'esprit
Brûle et se tait


Papillons de joie pure
Papillons de substance
Le grand désir de vos corolles vous dévêt
Comme seront dans le miroir les ombres filles
Dénudées par les arbres
Et remirant leur feu à des feux de prairie

Les papillons sont les témoins de la substance
Voilée de plis et de replis ô corps d'amour
Les sources de ta vie sont dressées dans les branches
Et c'est champ d'asphodèles
Sous la lumière écartelée reprise
Dans les surgissements et les débris
Ce qui va ce qui vient
C'est toi Cœur et c'est battements de ce cœur


Il y a dans la saison d'été d'autres prairies
Que les prairies prêtées à la lumière
L'argile en toi est la saison de mort
Sur qui s'étend, en ombre noire, un frais nuage
Aux mille éclairs de papillons, aux lampes nulles,
Et la lumière aussi est feu d'exil


Ô papillons voici pour nous le temps et l'heure
Refermez vos amours, rouvrons notre souci
Sur ce qui est grisaille et longue cendre
Dans ce pays qui n'a de vérité qu'instable
Avec l'immensité des arbres, les rivières
Et le cou des jeunes collines, les enfants
Ayant dormi dans les rosées vieillies


J'irai jusqu'à l'ultime porte du désir
Avec les liserons bleuis d'une pensée
Debout dans les immaculés du temps
Cet air dehors qui tremble aux interstices
Comme une perle est un soleil tranquille
Au-dessus des liquidités d'un lac
Lui-même obscur et vaporeux déjà
Sur lui est la cérémonie promise
De deux insectes

 

 

 

EXTRAITS

Pauvreté est désert, pauvreté est déserte
Ayant perdu l’herbe de tout visage
Et ses mains imprimées sur le chemin des trembles
Qui est chemin réel
Et ses mains imprimées dans le feu malléable

Anneau de ce feu pur
Autour du bras de la féminité réelle
Dans ce terrible bois d’illusions champ de trèfle
Pour protéger contre le vent d’étoiles
Qui sont débris de nos mythologies réelles
Ta face et ses parties défigurées

Anneau comme une barque avec l’oiseau
Tous deux dans leur habit de silence
Sur une plage où je marche et rêve et siffle
Sous le ciel sans visite
Allant vers de miroitantes ensanglantées
Filles de Moi, mes tourterelles


- - - - -

Bois des cerfs –

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Puis cela est retombé comme une robe
Arrachée à ce qui fut, rendue à la splendeur matérielle.
Le corps qui fut rêvé avant d’être pensé
Avant d’être saisi, avant d’être.
Un temps il fut lumière, un temps il fut.
Je poursuis ma promenade, ma vaine promenade sous les arbres
La gorge nouée et terriblement couverte.

Puis quelque chose, un non-jardin arrive, on sort
Dans la cohue des jours, leurs lambeaux de couleur
Aux grilles dorées de la nuit, nuit extrême.
On a laissé son chapeau sur la commode, on est seul dans la pauvreté du monde
Puis une grande neige incertaine est tombée à son tour
Broutant, brûlant les racines de l’herbe
Et voilant au cœur de la maison les carreaux d’un soleil lacéré

(…)

Je traîne avec moi, dans ma pensée, un bestiaire, toute une foule
Animaux de théière et enfances, violons, fleurs et branchages
Et je ne cherche pas à savoir où j’en suis
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dehors
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dedans

(…)

J’ai aimé et je suis triste, et la vie
N’est plus qu’un dernier verre avec de l’eau
A demi-bue et ce qui reste est pour le somnifère
Il ne faut pas l’avaler tout de suite, il faut savoir profite de l’ultime infini oiseau du jardin
Et du dernier rebond de la lumière avant la nuit qui sera nuit d’automne

(…)

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Comme une locomotive entrant en gare est la fin de la vie
Elle a traversé des pays, des villes, des bois amoureusement mouillés
Et maintenant elle vient dormir près de moi
Endormi et sur le cheval de ma tête
S’est déployé le bois des cerfs
Bêtes effrayantes d’être si poursuivies

- - - - - - -

Presque nuit

Et de grands papillons sont tombés dans la mort
Dans les défroissements de l’origine
Ils ont des yeux pour regarder la mort
Pour regarder le feu et les sommeils
Cela qui fait de la violence de leurs ailes
Soleil et nuit dans le multiple songe
De ces jardins incendiés d’oubli

Un homme est traversé par des couleurs
Et je le vois dormir dans sa paix retenue
Au-dessus de sa vie est le plus sobre ciel
Avec l’enfant de l’araignée pour tout recoudre
Musique et dispersion de ces pollens sonores
Qui deviendront nuage et rage de l’esprit
Contre cela qui tend sa main réelle
Comme une barque immense de l’esprit
Brûle et se tait

(…)

J’irai jusqu’à l’ultime porte du désir
Avec les liserons bleui d’une pensée
Debout dans les immaculés du temps
Comme une perle est un soleil tranquille
Au-dessus des liquidités d’un lac
Lui-même obscur et vaporeux déjà.
Sur lui la cérémonie promise
De deux insectes.

- - - - - - - -

Pauvreté est désert, pauvreté est déserte
Ayant perdu l’herbe de tout visage
Et ses mains rassemblées sur le chemin des trembles
Qui est chemin réel
Et ses mains rassemblées dans le feu de matière

Anneau de ce feu pur
Autour des bras de la féminité réelle
Femme réelle, et bras, et corps réel
Au liseré d’un bois d’eau longue et de rivière
Brise durcie, larme durcie, brise dure
Qui sont débris de nos mythologies
Pour protéger contre le grand chaudron d’étoiles
Ta face et ses parties défigurées

Anneau pourtant, anneau d’un fil de sang
Avec l’oiseau, l’étoile ébouillantée,
Tous deux dans un résidu de goudron
Sur une plage où je rêve et crie et siffle
Sous un ciel sans visite
Allant vers elles, mes miroitantes, mes vives,
Filles de Moi, mes tourterelles.

EXTRAITS

II
De pierre elle est, lampe, et puis d’air. Blanche est la pierre, et noire la lampe. Contre son verre éblouissant, ce sont des colonies d’insectes. Ils tuent le sens, l’instinct de la lumière. On les voit venir de très loin, de la mort, assise sur sa chaise, assise et qui regarde avec étrangeté le dieu du vide.
Parfois les insectes s’écartent, laissant filtrer un peu, à peine, le lait abstrait du songe.
La lampe est pourtant source. Il suffit pour cela de tourner la page du livre, de laisser l’eau revivre. Elle chante pour elle-même en demi-sphère du cœur meurtri. Qu’elle chante encore, lampe de pierre et de verre, idole aux yeux fermés, établie sur la table même où fut posé, par la main dévêtue, le vieux violon ! Qui se fera, la nuit venue, racine et fleurs. Toi, lampe, l’éclair d’un marteau te réduira, dans le temps déjà né, en fagot de poussière.

(…)

IV
Puis se fit une neige.
La lampe qui l’habille est une étrange pierre. Et qui lui est tombe définitive. Le feu comme l’épée flambera dans les arbres.
Cette épée, nous la portons entre nos cils. Elle tranche dans le vif. La lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne l’avait dit.
… Et seulement les retombées de la neige, habillée de miroirs et de volutes. Désir de ce très pur moment quand la main grandira comme un enfant aveugle pour cueillir à même le ciel un fruit miré, et qui n’est rien. C’est alors que la lumière retournera au sol pour s’endormir, immense, dans ses linges. Pour apaiser sa fièvre, et pour, dans la cascade torsadée, éteindre, avec la rosée, sa crinière.

(…)

VI
La lampe, mon amour.
Je te revois dans ce jardin de feuilles. La lune y est légère. Et toi, d’oiseaux tes mains. Amande immatérielle, où es-tu, ma très nue ? Et ce violon de rien, posé sur un très pur lit, fils de la pierre. Nous dormirons ensemble. Entre nous ce violon démesuré. Et qui sera détruit.
Ta lumière enfin enlacée à la mienne comme sont, de cuivre et corde, les objets de la mer. Le temps va se lever. Je n’oublie rien de cela qui nous fut dit entre dentelle et fruit. Ni je n’oublie, quand eut cessé l’orage, le retrait de ta rose chaude, jusqu’aux larmes.

(…)

IX
Tout ce qui compte, tu le sais, est liseré, lisière. Je pense à ce qui tremble. Ce gibier-là, soyeux, est de peau transparente sous l’œil dur des fusils. Le sang aussi, facile à prendre. L’oiseau nous oubliera.
Mais toi, dans ce pays. Noire et dorée comme est la moisson de l’orage. L’épée du vent divisera le sel. Tu seras, mon amour, entrebâillée. Ton sang qui flue garnira l’obscure lampe, irradiera. Tu parleras la langue.
On ne saura jamais ce qui fait la nuit s’éclairer à la noirceur. Un ange est là, avec son dos terrible. Pour protéger nos dos.
Et la rivière aussi est-là, enfouie avec ses ruches. Le temps est au silence.
L’abeille est brève entre l’aube et la fleur.

(…)

XIV
La résorption de la lumière dans l’huile, de l’huile dans l’olive : secret de lampe. Mais la lumière dénude la lampe et s’envole. La lampe alors – (on l’imagine) – se fait absence. La lumière s’en va rejoindre l’olive là où l’olive est en voie de se former. Par effraction, elle s’introduit dans la maison de l’olivette qu’elle vêtira sobrement, puis qu’elle tuera.
La lampe attend sans lampe une idée qu’on se fait d’elle. Elle est – si elle est – obscure par vérité. Entre ces deux objets, olive et lampe, hésite un papillon, celui, toujours à naître, de la lumière … Vérité de ces trois exils dont durement se forme une lampe paradoxale : la poésie, sa lampe jamais prouvée, huile et lumière, et qui, le froid venu, s’effacera.

La dormeuse cernée



La poupée est dormante.
Autour d’elle est la battue des vents.
Tous ces bras arrachés, tous ces pieds, cet entrecroisement de pas nocturnes
Dans la très sombre rue par temps de neige
Cernant un champ couvert de chevaux
Ils entourent la poupée écarlate, écartelée, l’enfant de sept ans avec qui j’ai joué, qui fut violentée et violée, et qu’on a retirée du jeu,
Tous ces faussaires ! La poupée était peut-être un peu vivante encore …
Non pas le pneu crevé qu’on garde longuement ombragé pour rien sous des branches dans des pays de fermes,
Patiente éternité des socs et des fers,
Mais autre éternité de caoutchouc, ces pneus, tous ces pneus dans la ville.
La poésie, on l’a retirée du jeu, on l’a tuée.

La poupée est dormante.
Il y a plusieurs jardins dans sa rue.
Elle y va avec ses terribles doigts devant ses yeux, cachant ses yeux,
Autour d’elle les pommiers sont en fleurs, leur neige est à ses pieds.
Dentelle pour les mille fiancées à venir
Qui seront bloquées à leur tour dans le temps durcissant.

Mais que seulement elle ouvre les yeux ! qu’elle regarde
L’énorme illusion verte, la forteresse engrappée d’étoiles !
Qu’elle marche avec ses pieds nus sur le sable
Car la mort n’est pas son vrai nom d’oiseau mythique
Face à la haute peine tombée sur la noirceur des jours
Dans ce monde duquel le soleil s’est, à pas lents, retiré.

Qu’elle regarde, puis se rendorme un peu.
Que la poésie, cristal de mon amour, se rendorme
Avant l’arrivée ombreuse de la neige, ce rien du rêve,
Ce rien où vont d’autres poupées les yeux rivés sur des densités mortes
Comme en pays du sud on boit à la vaine cruche une eau vaine
Près des raisins de la saison et de ses figues.
Ailleurs aussi, je le sais, il y a des poupées de soie et d’asphalte
Autour de qui les papillons voltigent par amour de l’or dans le temps
- " Pourquoi avoir créé tant de poupées ? " se demande, non sans anxiété, Michel-Ange.

Pourquoi tant de poupées, de poupées – et la dormante seule ?
Elle attend de ce qu’elle est, durement, son pur éveil.
Entre éveil et réveil est le temps qu’elle respire, l’irrespirable,
Elle, assise à sa toilette et de rien ses mains sont
Sur les os du clavier, son très dur chant d’aveugle dans l’oreille,
Visant d’une très aiguë flèche l’ange archaïque
Et tout le soleil fixe de sa face.

Elle pleure, inhabitée.
Dehors il y a la rue avec ses autos la ville
Au bout des rues la mer avec ses barques
Elle voudrait boire un peu de thé dans l’une de ces barques – dit Schehadé.
Elle voudrait marcher vers cela qui l’attend depuis toujours,
Acheter du pain et des œufs,
Mais elle est tranchée par l’épée, par le talent fort de l’épée,
Elle est l’inexpérience, l’inespérance
Dans ce très long pays très vert où elle est seule à genoux sous les arbes.

Ma seule, mon aimée
Je te reçois comme une enfant de sarcophage
Dans des bleus d’oliviers qui ont d’immenses peines
Parce que rien de toi ne s’égare au profit des hauts, très hauts nuages
C’est ici ton pays qui est l’avers et le revers des feuilles,
Les deux béliers de ton exil.

 

 

MÉDITATION SUR LA MORT D’UNE FIGUE
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Les oiseaux sont de jour
Les oiseaux sont de nuit
Figue puissante et belle
Et de beau blanche et de peau noire es-tu
Selon ta race étrange
A peine ouverte avec du sec avec du lait
Et dans ton corps d’infante
Fendu sous le duvet
Le feu de ta féminité nature
Attire écarte épuise
Les oiseaux fous de la lumière de la lune
Aux pièges de l’Angelico
Fermés, réels


- - - - -



Beauté saveur l’éclat des étamines
Tes fibres tes fibrilles
Quand tu t’ouvrais cela qui savait rire
Etait bouche avec bouche
La couleur de ta chair chargée de lèvres
Et ta langue profonde
Déchirait les tissus et retissait
Le corps comme une langue ou flamme
Ou langue
Profanatrice, langue de profanation


- - - - -



La mamelle est ridée
L’outre du vent splendide
A libéré le ciel de tous ses pleurs
Il y a eu le soleil et il y a eu la lune
Pour aider la plus figue à devenir si ronde
Pour aider la plus fille à devenir suave
Pour aider l’une et l’autre à mélanger leurs pleurs
A mélanger leurs peaux d’amour jusqu’aux sucs


- - - - -



Tu es présente dans l’esprit ultime vulve
Que remplira le sable de l’esprit
Et qui disparaîtra, non pas figue,
Mais femme avec des drapés de silencieuse
Dans un Orient vieilli de vieux raisins
Pleurant on ne sait qui, le nom perdu,
Femme qui fus
Suprême dans tes voiles
Et ces voiles ont brûlé aussi, et tes cheveux


- - - - -




A pleuré, cette femme, elle a pleuré
Et dans ses doigts l’objet lacrymatoire
Celle étendue dans le dessèchement
Ses jambes resserrées sur ce qui
Fut
Cela fut cela fut
Comme un jeune aigle tendre
Eventant de ses ailes
Le nid très haut placé de son désir


- - - - -



Il n’y a plus de peau d’amour mon amoureuse
Bien-aimée, belle humaine
Je pense à toi je pense à toi je pense
A ta robe oubliée
Ta vie tendre et souillée
A ton corps retourné de nuit par la pensée
Pour illustrer de l’intérieur le feu
Qui n’est rien ni personne
La figure ayant figuré, la pourriture
Ayant dormi dans la corbeille entrelacée
Sous le jasmin blanc des amants

CHEMINS TOUTES CES TRACES
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003

J’annonce la folie l’étonnement
L’imbrûlé de la lune
Dont la lumière est blanche autour des cerisiers
Entourant la fillette illuminée
Fillette avec ses attributs de femme
Son front penché vers l’enfant mis à ses pieds
Celui qui rêve et parle
Et dans sa main le feu de deux cerises

Non, mon amour, je ne conterai pas d’histoire
Si dans mon cœur il y a le sang versé
La pureté et la compassion nocturne
Sont assises et elles se tiennent aux avant-bras
Face à face elles pleurent
Ô mon enfant leurs larmes sont devenues colombes
Souillant de leur déjection le lit illustre
Où me voici couché à mon tour
Attendant l’arrivée des pluies très vaines
Et dans ma bouche en train de se former le dernier mot


- - - - -



Le ciel comme un grand coup d’archet : la transparence
Est l’ombre du dieu clair de ces chemins
Volubilis nocturnes
Ils sont éparpillés dans l’univers
Partout et déchirés lambeaux du vent
Ô tigres de l’épée qui les attend
Chemins toutes ces traces
Le sable ensommeillé la nuit dormant
Dans ses dix bras la nuit comme une enfant

Il y avait le lieu pur de cette épée
Sur la gorge, à l’intérieur de la gorge,
Comme un noueux rosier noué de brume
Rosier enraciné dans ces poumons
Sur tout cela qui est musique et sang
Qui est musique et sang
Musique et sang


- - - - -



A la fillette à la bleue à l’ouvragée
A la déchirée par l’épée physiologique
Je dis les grands oiseaux de son visage
Comme statues brutales de l’île de l’être
Et je lui dis : ô mon amour tu n’as qu’à souffler un peu
Sur la lampe et sur la vapeur des liserons
Pour que le miroir de ton sein s’ouvre
Que ta maison reprenne au ciel ses nuages
Et que tu sois selon tes désirs la plus seule

Moi je chemine avec le soleil rouge
J’ai appris l’alphabet
Des oiseaux sont venus se poser sur ma langue
Pour y manger mon blé
Ils sont partis mon âme s’est endormie
Homme gras comme un scribe
Ma poésie est déjà tombée dans l’automne
Déjà l’été s’avance avec des larmes
Quand j’aurais laissé mes ultimes lunettes
Sur le bois de la table tremblée
Un dernier mot jusqu’ici resté fidèle
Comme un fils dépossédé par l’antiquité du monde
S’en ira
Fermant la dernière porte

 

 

NUAGE AVEC DES VOIX


Près des fourmis de ces montagnes
Sous la beauté de l’esprit sous le malheur
De l’esprit et sous l’arbre

Etabli dans la viduité du vide
: Plus silencieux que silence le corbeau
N’a plus de nom dans la nullité
Nulle

Dieu des fourmis dans la rougeur
D’une contrée Dieu d’agneau beau
Aux portes éclatées


- - - -


L’esprit – de terre
Brûle
Yeux de larmes

Aurore,
Enseigne ce peu d’eau


*

Et quel esprit
Au tranchant des violettes ?

Précise, respirante

Ô pluie
A vérifier le loup !

*

Tranchant de l’œil
: verdoiement du souffle
, et nœuds d’herbe


- - - - -



Dieu d’herbe , et d’herbe
( :et la rivière d’herbe)
(Servante au sexe d’herbe)

Pour le fils du nuage
Ecartelé sur le bois du silence
Avant l’esprit

: Signe fidèle et frais de noire étoile
Au déliement de l’idée fille
Endormie, et ses genoux, dans le cri



- - - -




La robe de prière
Epouse au brûlant corps
Espérant le tranchant

Toute beauté
Costumée dans l’esprit
Par l’insecte des larmes

Comme une lampe incréée presque nocturne
Pour l’épousée de terre

 

 

 

 

VISAGE EN TROIS
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Quand l’attente menace
Dans la chambre du seul l’éclat des seuils
Ce qui vient sera gouverné

Quelques-uns ont l’intuition de la cendre
Dans la nuit fine affinée de cristaux
Ceux-là disent des mots sous le risque

Etoile et tour et lion
Nous défendrons contre le château de leurs plumes
Tombé sur nous avec ses murs et l’ombre froide



- - - - -



Bientôt la fin. Bientôt dira la bouche
Ce que le puits. Qui a les lèvres pures
On le saura. Les mots décideront.
Nous serons allongés dans le simple.

Les uns et puis les autres. Il n’y aura
Personne pour nous toucher. Et si les linges s’usent
Ce sera par des nœuds faits et défaits
Sans nous, sous le vent couvert de pierres

Et qui dira les mots sera ce jour l’aimant
Pour attirer le corps du feu. Et qui
Ne dira rien sera habillé par les mots
D’un autre, dits pour le sauver



- - - - -



Voici la mort : elle a le visage en trois,
Illuminée par l’eau
Et entourée de fruits
Dans le sommeil de l’ensommeillement
Sous la beauté de l’air

A toute soif une ombre de ramier
Dans le miroir et le renversement
Colombe de la nuit de ce côté
Où les nuages dorment

SEIZE PAROLES VOILEES

Servantes de ma tête ô vous
Couronnées d’eau ô vous
Qui me donnez l’habit
Pour l’attentat contre les nœuds transparents

Je cherche les sanglots de vos joues noires
Dans ces buissons de feu. Je me souviens
D’avoir goûté la paix
Des pommes

Personne ne m’interdira plus d’entrer ici

 

 

 

 

 

FIANÇAILLES DE LA FRAICHEUR
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Les Conversants –

Nous avons donc parlé sous la tonnelle
De la diversité concertante des anges
Des fourmis affairées dans le jardin
Où l’eau brillait parmi ses catégories
Jusqu’au lointain des cruches

La poésie dormait dans ses racines d’arbre
Depuis l’antiquité comme une jeune fille
Agrippée au désastre de la parole
Pour ce naufrage où la terre est consolatrice

La terre était l’enfant de nos viscères
Où déjà des fleurs de formaient préparant
Notre silence vide le plus intime
Sous le ciel dur invisiblement défait
Par la mêlée des grues et des nuages


- - - - -


Eclairement des tables –

Je pense à des coquelicots dans le souffle
Car la maison est encore maison du souffle
Sur eux tombent les papillons de l’origine
Comme si un moteur respirait

Nous entrerons par la porte des arbres
Maisons et tables éclairées
Les plus purs s’inquiéteront des libellules
Leurs cils dormeurs veillant
Les autres dormiront à même les racines par goût de l’eau

Les enfants crieront les hommes regarderont le ciel
Qui moud le temps sans jamais produire de farine
Et seuls sous le bosquet noir du champ
Fermeront les yeux, pour rêver, les amants myopes
Leur tête à vif entrelacée de serpents


- - - - -


Liens –

Dans toute voix, ma voix, il y a sans doute
Un cygne fait de larmes
Près des gorges de l’eau, près de cet arbre,
Si noir d’automne et rouge
Si noir et si noué
Avec le fil étincelant du sang

Pour ce sou de l’aimée, pour ses blessures
L’arbre écrit sa limpidité sur la route
Où sont des soldats ligotés par le vent
La flamme ouverte de leur main sur des champs
Couverts évasivement de lampes vives
Eclairées par des rencontres de colombes
Qui vont dormir quand ils disparaîtront


- - - - -


Limpide –

Ma maison est blessée ma maison est de pluie
Sous tous les toits du vent
La mort ô mon amour est un cheval
Sa tête et ses naseaux sont vin et grappe
Personne ô mon amour n’a mesuré l’intensité des arbres
Avec, servant la fable,
Les voix tremblantes du matin l’ambiguïté de la lumière

Poésie ô très décidée ô lent moteur
Brillant partout dans tes rotations vides
J’ai des secrets que je ne dirai plus
Ni même au rat dont les dents sont si serrées
Qu’il mange seul maïs et blé

Ville oublieuse, oubliant de sauver l’opium de ta tête
Sous les ramiers ramant
Et dans leur bec d’oiseau un drapeau mort
– Déchirée ô si déchirée pureté
Comme est la rose surgissant de la main droite


- - - - - -


Fabrique du bleu –

Parfaitement est le nom de l’imparfait
Brillant dans la complication des liserons
Debout, ce jardin de herses – pierres
Suspendues dans le froid léger le vent très haut
Singeant l’arbre et le feu de l’arbre, c’est très bleu
La conscience, bleu du bleu, l’apport des pierres
A la lune et à cela qui lui est nombre
Façonnant de tresses nouées les fleuves

Ce qu’ils disent : c’est la terre ici, ses respirs,
Son thorax, ses os iliaques se défaisant,
Dans ce pays qui paisiblement brûle
Sur des couples d’autorité, laurés, phalliques,
Endormis dos à dos sous l’arbre et ses monnaies
(Détachées, souriantes)
Homme et femme est donc ce doux monstre en ses beaux membres
Debout dans la poussière
Puis couché, recouché,
Entre pur et impur
Se refaisant


- - - - -


Inscription de l’aigle –

Aigle, rose, éclair
Invités de ma table d’humilité
Je n’ai que de l’eau claire à vous donner
Ainsi que la nudité de ma chemise

Ceux qui croient que les morts vont habiter la lune
Avancent dans la ville avec les arbres
Le silence au-dessus d’eux est un fruit
Eclairant la chasteté de leur blessure

Chemise habillant l’oiseau
Sur qui la rosée tombe
Notre sang, là, est celui qui veille et brille
Dans la chambre avec la lampe des choses
Inscrite et inquiète


- - - - -


Grâce et buée –

Elle a refusé de couper les ongles du mort
Malgré l’injonction du soleil et de la lune
Dans le jardin c’est foule
Dans le jardin soudain c’est foule
Tulipes, actes de verre, roses, rosiers, amandes
Tout un nuage arrivé brusquement pour voler l’herbe
La couleur hésite avant de se poser
Puis se pose, grâce et buée, près du rouge-gorge

Avec ses ongles non coupés il s’en va
Sa tête consolidée sur ses épaules
Il monte et il descend les escaliers de sa propre folie
Comme un ruisseau oublieux de la physique
Bondissant dans la haute inexplorée montagne
Longtemps, longtemps, dilapidant son souffle
Puis le voici, le parlant plus, habillé de ce souffle même
Par lui rendu visible

Elle a refusé de lui couper les ongles
Malgré l’injonction


- - - - -

Renarde –

Les renards, les grands doux renards des montagnes
Voilés par leur sommeil
Ils sont venus vers la parole en cycle
Devançant les forêts disloquées, devançant
Les affolées montagnes
Affolées par leur cargaison de violettes
Pas à pas elles marchent
Dans l’univers qui n’a ni mains ni pieds

Levons-nous, mon cheval, nous avons sommeillé
Nous aussi sous le grand arbre avec ses feuilles
Voici que la pluie tombe
Sur le malheur de nos maisons dans ce village
Cerné de blé, de maïs, de durs chasseurs

C’est ici le rocher du monde, mon amour
Ô mauvaise épousée voilée d’insectes
Te voici sans enjolivement, sans cils, sans ciel
Rôdant, mauvais renard, autour de la maison
Où je lis en seconde lecture le tome II

 

 

 

 

NE PARLANT QU’À LA PIERRE

(très long poème de plusieurs pages
publié dans les
Fiançailles de la fraîcheur,
Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003 ;
dont quelques strophes sont ici présentées)


Celle qui va contre le vent l’épaule courbe
Elle est nocturne avec le cheval de ses jambes
Brisant la flamme enracinée en agonie
De centre et de pur sable et de racines
Les étoiles tenant avec leurs mains la grille
Et regardant le froid tomber sur l’herbe noire
Touchée du feu, herbe aimée de la nuit vive
Sous la poussière céleste qui va s’éteindre
Puis mourir pour laisser briller l’esprit
Plus pur enfant que sa prison ses yeux de larmes
Dominant le Néant enfin néant le monde
Enfin livré à des armées passantes
Autour de la lampe restée dans la maison
Abandonnée et ne parlant qu’à sa pierre

(…)

Rêveuse est celle-là
A l’ombre du grand sable
Et son corps d’oasis est brouillé par la vent
Le lac profond de ce qu’elle est est dans la pierre
Et donne aux anges du feu leur nom de pluie
C’est ici l’oasis ô femme ô veine herbeuse
Avec l’aisselle herbue et la rivière
De ta joie forte et ce fracas d’emmêlement
De durs roseaux absolus par le désir
Ardeur de ces roseaux majeurs rompant la femme

Je salue le temps l’océan sa main de cuivre
Car il finira lui aussi par s’effacer
Toutes villes, ivres d’absence, le salueront
La femme absente marchera sous le vent dur
L’amande ouverte de son ventre désœuvrée
Impurement elle aura des mains de neige
Et son épaule aussi sera de fille impure
Fille rêvant d’un grand cheval surgi du feu
Où flambe sa crinière aussi de femme grande
En lieu de sable et de désir sous l’amandier
Blanchi par le hennissement des terres

(…)

Et pourtant mon amour il y avait ce cheval
Avec son long hennissement d’azur
Et toi tes jambes fortes
A nouveau les voici marchant dans les prairies
Par les rues de la ville
Ni toi ni moi ni le cheval de cette ville
N’avons rencontré le poète et son enfant
Je porte en moi ô mon amour cet enfant mort
Comme un bouquet un fagot un enfant mort
Pour le donner aux rusées constellations
Qui vont bientôt s’éteindre

(…)

Beauté abstraite des falaises de tes jambes
Avec le long jasmin de leur malheur
Dans ce pays de rossignols près de la mer
Et le rossignol est un aigle : il parlera
Langage d’aigle avec le vent des sables
Au sommet de la dune
Où tient le point de l’écroulement du sable

" Quand la mémoire va au bois, cela fut dit,
Elle ramène un joli fagot "
Ici tout est mémoire
Ici ici tout est enfin mémoire
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue

 

 

 

 

Les poèmes de Djaykoûr



(cliquez sur la photo pour acquérir le livre)

EXTRAITS

Chanson du mois d'août

Tammouz à l'horizon meurt,
son sang bu par le crépuscule
en nocturne caverne. L'obscur
est civière d'ambulance noire.
Nuit qu'on dirait troupeau de femmes :
le kohl et les vêtures noires.
La nuit est tente.
La nuit est un jour en impasse.

J'ai appelé des enfants la noire nourrice :
voici que la nuit vient, Morjâne,
allume la lampe, et quoi donc ? J'ai faim.
Et … quoi encore ? N'est-il un air ?
Cette radio, qu'est-ce qu'elle ressasse ?
A Londres, c'est musique de jazz, ô Morjâne,
allons vers elle, je suis joyeuse,
le jazz est pour le sang cadence.
(…)

- - - - - - -

Le retour à Djaykoûr

Sur la blanc coursier du rêve
j'ai traversé de nuit les collines
les fuyant, fuyant la ligne longue de leurs crêtes
et le marché aux mille négoces
et le matin exténué
et la nuit d'abois aux passants
et la lumière ténébreuse
et le dieu que lave le vin
et la honte parée de fleurs
et la mort allée sur le fleuve
marchant sur ses remous dormeurs.
Ah ! si en lui s'éveillait l'eau,
Si la Vierge venait y boire,
et le sanglant soleil du soir
s'il venait se mouiller aux rives et s'y lever,
et si les branches de l'obscurité prenaient feuilles,
et le bordel, s'il se fermait aux survenants !
(…)

 

 

 

 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 17:40

Jacques Réda 


POUR UN VERGER 
 
Poème : le seul lieu comparable à ce trouble 
Heureux qui ressaisit, le soir, près d'un verger, 
Ifs et roses, l'espoir souvent déchiré, double 
Lumière qui s'éloigne et veut nous héberger.  
Infaillible refuge, et pourtant illusoire : 
Pentes au loin plus délicates qu'un bleuet, 
Pures voix des enfants dans l'air lavé d'histoire, 
Et le mot "mort" comme un oiseau soudain muet 
Jugeant du recoin sombre où rien n'en fait accroire 
A la nuit qui sourd et déjà, dans la clarté,  
Crachait son encre sur la page dérisoire – 
Cris en bas, soubresauts du jour décapité. 
Or nier l'ombre affaiblirait cette lumière 
Timide qui résiste et semble sur nos mains 
Trembler tel un reflet d'étoile dans l'ornière. 
Elle appelle. Comme une voix sur ces chemins 
Troués de mots qui n'ont pas pu la garder prisonnière.  
 
Jacques Réda, Premier livre des Reconnaissances. Fata Morgana 1985, p. 33. 

 

 

 

 

 

Je crois comprendre que, voici plusieurs millions d'années,
   Soit bien avant que la nôtre apparût,
Beaucoup d'espèces aujourd'hui toujours déterminées
   Proliféraient, et qui n'ont pas décru.

Des moustiques et des fourmis restés confits dans l'ambre
   En sont la preuve. Et leur race, dit-on,
Va durer quand, de nos efforts, ne resteront que cendre,
   Énigmes de granit ou de béton,

Carcasses de métal, monceaux de papier, de plastique
   Sur la planète où le Vieil Océan
Malade bercera de son roulis automatique
   L'épave de quelque dernier géant

Navire insubmersible avec passagers, équipage,
   Os grelottants, tout avenir vomi.
De notre épisode, le vent aura tourné la page
   Et soufflera sans troubler la fourmi.

Douces mains, chers beaux yeux, sourires, soupirs d'aise,
   Amours aux irréfutables instants,
N'avez-vous donc été que mirages, hypothèse
   Dans le chaos du possible et du temps ?

Alors tourbillonnez, remous ; valsez, ondes houleuses ;
   Trous noirs, gobez ; carbonisez, quasars ;
Amas, croulez ; prélassez-vous un instant nébuleuses,
   Et puis oubliez-nous, dieux des hasards.


Jacques Réda, Démêlés, poèmes 2003-2007, Gallimard, 2008, p. 17-18.

 

Chants des gravitons

 

Nous, modestes gravitons,
Sans répit nous gigotons
Pour que ta planète évite
D’oublier qu’elle gravite
Autour de l’astre Soleil
Et qu’il demeure en éveil,
Guide et pivot de la ronde
Qu’avec tout son petit monde
(Terre, Jupiter, Vénus,
Pluton, Neptune, Uranus,
Saturne, Mars et Mercure)
À travers la nue obscure
Il mène, ainsi balançant
L’effet de cinquante, cent,
Mille, dix mille, innombrables
Autres systèmes semblables.
Cependant nous orchestrons,
Mieux que dans les synchrotrons
Occupés du minuscule,
Ce bal géant qui circule
En valsant par l’infini
Dancing. Ni le proton ni
Le gluon qui nous copie
(Sinon, le quark en charpie
Tomberait) ni l’électron
Quelque jour n’égaleront
Notre tâche en importance.
On dit que notre existence
Resterait à démontrer.
Ce sont propos d’illettré.
Tel autre, plus équivoque
Ou perfide, nous provoque :
« Qui vous meut, ô gravitons ?
— Mais vous, et vos dubitons ? »
Que ce railleur se rencogne
Sans troubler notre besogne,
Nous qui sommes le ciment
Éthéré du firmament,
le fil vibrant de la toile
Qui réunit chaque étoile
Aux autres, et les amas
entre eux, navires sans mâts
Qui vers l’inconnu font voile

 

Jacques Réda, La Physique amusante, Gallimard, 2009, p. 51 ;

Damnation de Dante

 

J’entrai par une porte d’ombre dans les cieux.
On ne m’avait pas dit « frappe d’abord », ou « sonne » :
Elle était entrouverte et donc j’entre. Personne.
À tout hasard je chuchote « bonjour messieurs ».

 

J’aurais dû cependant aussi penser aux dames
Car un vague parfum dans l’air neutre flottait
En même temps qu’un son d’orgue (quelque motet
De l’Ars nova). C’était bien loin des mélodrames

 

Que l’on m’avait décrits : un fracas, des veilleurs
Ailés avec leur glaive à laser qui foudroie,
Un portier redoutable. Rien. J’étais en proie
Néanmoins au désir de me trouver ailleurs

 

Qu’entre ces murs d’un blanc sévère de clinique.
Rêvais-je ? Étais-je mort ? Plongé dans un coma ?
J’attendais, n’en menant pas très large, comme à
L’école, quand un geste, un accent ironique

 

Me faisait envoyer chez le Père Recteur.
Fallait-il demeurer en silence, poursuivre,
Appeler ? Mais ma voix eût fait l’effet d’un cuivre
Incongru sur ce fond d’orgue.
Et vers quel secteur

 

Me diriger ? En haut ? En bas ? À gauche ? À droite ?
Comment en décider dans l’éblouissement
Du ripolin céleste ? Et, certes, en fumant,
On patiente, mais j’avais perdu ma boîte

 

D’allumettes.Était-ce un péché de fumer ?
Et m’en punissait-on de surcroît par malice
Sans m’ôter le tabac qu’avec plus de délice
On roule si l’on songe aux doigts de Mallarmé ?

 

(...)

 

Jacques Réda, Démêlés, Gallimard, 2008, p. 34-35.

La deuxième chambre

 

L’arbre qui frémit devant notre fenêtre
Est comme une autre chambre où nous ne pénétrons
Qu’au moment de dormir et dans les environs
Du rêve, quand il est malaisé de connaître
Ce qui distingue l’âme du corps, et la nuit.
Alors nous devenons peu à peu ce feuillage
Qui chuchote sans cesse et peut-être voyage
Avec notre sommeil qu’il héberge et conduit
Dans la profondeur même où les racines plongent,
Où vague sous le vent le sommet des rameaux.
Nous dormons, l’arbre veille, il écoute les mots
Que murmure en dormant l’arbre confus des songes.

 

Jacques Réda, Retour au calme, Gallimard, 1989, p. 138

Tramways à Bobigny

 

Le long d’un boulevard désert, par un soir soucieux,
    J’ai vu venir les beaux tramways silencieux.
    L’un, grandissant comme une étoile qui miroite,
    Venait de l’avenir sur une ligne droite.
    En sens inverse l’autre a surgi d’un tournant
Parmi des arbres et des fleurs, énorme et patinant
    De tout son poids mais souplement contre l’asphalte.
Ils se sont arrêtés ensemble au niveau de la halte.
    Leurs portes à coulisse ont manœuvré sans bruit
Pour laisser descendre ou monter quelques dames parées
Comme des reines de Saba : vertes, mauves, dorées.
    Au même instant cinq cent fenêtres ont relui
    Du haut en bas des grands immeubles : un nuage
S’était déchiré dans le ciel et j’ai levé les yeux.
    Quand je suis revenu sur terre, le virage
    Et l’infini des rails avaient, jusqu’au sillage,
    Absorbé les deux beaux tramways silencieux.

 

Jacques Réda, La Course, nouvelles poésies itinérantes et familières (1993-1998), Gallimard, 1999, p. 53.

Dans ce lieu caverneux qu'est l'âme du grand âge
On revoit sans arrêt sur la paroi du fond
Les mêmes souvenirs danser - ainsi font font
Marionnettes et pantins, pauvre héritage

D'une vie où l'on hoche, à la fin, du siphon.
Néanmoins ce malheur offre quelque avantage :
Ce qui revient paraît nouveau dans le potage
Insipide des jours. Et s'il nous étouffe, on

Reprend au même endroit la bande dévidée :
Même bonheur, même remords ou même idée
Représentés à neuf comme sur un plateau.

Mais comment ressaisir la chose transformée
Et reflet du reflet d'un image, fumée
Où s'égara peut-être aussi le vieux Platon.

Jacques Réda, La Course, Gallimard 1999, page 103.

L’INSPECTION
Au dieu qui me délègue à des fins de contrôle,
Je peux dire : c’est bien, encore un coup les fleurs
Fleurissent, les bourgeons éclatent, les douleurs
S’apaisent ce matin au joint de mon épaule.
Sans billet dans ce train (tout se coalisa
Contre moi), je m’expose à payer une amende.
N’importe : entre les bois aux tons pâles d’amande,
On voit déjà flamber le souffle du colza
Et courir les frissons du jeune blé.
                                                 J’essuie
Mes lunettes, la vitre, et regarde au travers
sous un ciel orageux les jaunes et les verts
D’avril illuminer des monuments de pluie,
Sans oublier ma tâche absorbante : je dois
tout voir et tout décrire, et que pas une branche,
Une fibre n’échappe à mon œil.
[…]
Jacques Réda, L’adoption du système métrique, poèmes 1999-2003, Gallimard 2004, p. 7.

 

 

 

NOSTALGIE DE L’HIVER

C’est facile d’aimer les printemps, les automnes,
Et de se souvenir des lumineux étés.
Mais les hivers par rime et raison monotones,
Plus d’une fois aussi je les ai regrettés.

Les jours, les ans auront tourné comme un manège
De plus en plus rapide (il est devenu fou)
Et j’aimerais revoir, rime, tomber la neige
Sur l’heure qu’elle endort, l’espace qui se fout

Alors d’être une rue ou les plaines d’Asie,
Car il est devenu pleinement ce qu’il est,
Tandis que l’âme sous la blanche anesthésie
Rit de ne plus sentir la pointe du stylet
[…]
Jacques Réda, L’adoption du système métrique, poèmes 1999-2003, Gallimard, 2004, p. 71.

L’HABITANTE ET LE LIEU
L’âme semble un couloir où des pas hésitants résonnent,
Mais personne jamais ne vient. Dehors, l’ombre qui tremble
Dans les encoignures de porte et sous les escaliers,
C’est l’âme encore, quand la nuit fige le long des murs
Les flots d’eau pâle et froide où l’on est heureux de descendre.
Et qui donc parlait de salut ou de perte pour l’âme,
Alors qu’elle est blottie en son frisson et cependant
Toujours plus dénudée au vent qui souffle en ce couloir ?
Qu’elle se cache ou rôde, écoute : elle s’égare, étant
L’habitante et le lieu d’une solitude sans nom.
Jacques Réda, Amen, Gallimard, 1968, , p. 24.

 

LE VISAGE CACHÉ

Ces visages qui tout à tour m’auront brûlé,
Que voilaient-ils, de quelle invisible figure
Etaient-ils le symbole ou la caricature,
Ou bien la vérité changeante et vouée à l’oubli ?
Mais quand je les revois, surgis de ces replis
Où la cendre à présent voisine avec la roche,
Ne laissant plus au feu qu’un médiocre aliment,
Je redoute un peu moins l’ombre qui se rapproche
Et le souci du vrai s’endort en moi comme un enfant
Fatigué du voyage.

Jacques Réda, Retour au calme, Gallimard, 1989, p. 29.

JANVIER

Ce que j'aime en hiver, c'est l'élan nu des branches
Contre un ciel sombre ou bien à peine lumineux
Où le jour assourdit encore ses nuances
En les mêlant de gris pâles, fuligineux,
Pour faire avec ce noir un saisissant contraste.
On imagine une écriture au sens secret
Dont l'encre indélébile imprime sur le chaste
Horizon le poème obscur de la forêt.
Mais ce n'est qu'une vieille image. Une autre encore,
De croire que la branche inerte, sans couleur,
Se dresse comme un bras de malheureux implore
Et se tord sous le vent pour dire sa douleur.
En vérité l'hiver est la saison parfaite
Où chaque branche emplit la forme exactement
D'une branche; rien d'autre. Et, fixe, elle projette
Sa présence accomplie entre le fond dormant
De l'espace et le flot sans rumeur des nuages.
Non: pas même un élan, ni la tranquillité;
Aucun enseignement caché, pas de présages -
Mais là, droite dans l'air qui semble inhabité,
Pur comme on l'est parfois d'espérance ou d'images.



Jacques Réda
photo : Frédéric Batier


LE CHARPENTIER

Ce poème s'écrit sous l'oeil d'un charpentier
Qui s'active au sommet de la maison voisine
Avec des bruits de clous, de brosse et de mortier.
Peut-être me voit-il (et la petite usine

Que font ma cigarette, un crayon, la moitié
D'une feuille où ma main hésitante dessine)
Comme un échantillon d'un étrange métier
Qu'on exerce immobile au fond de sa cuisine.

À chacun son domaine. Il faut dire pourtant
Que, du sien, mon travail n'est pas aussi distant
Qu'il peut le croire: lui, répare une toiture

Tuile à tuile, et moi mot à mot je me bâtis
Une de ces maisons légères d'écriture
Dont je sors volontiers, laissant là mes outils,

Pour aller respirer un peu dans la nature.

Jean-François MASSERON

 

 

images.jpeg

Une théologie des oiseaux

 

Chaque soir, aux grands arbres noirs, mon église assemblée

Accroche des fruits d'encre et, pour le Qui-b'a-pas-de-nom,

Broie et fait écumer sa diphtongue dans un vacarme.

Krrâô n'est pas le nom du Sans-nom, mais exécration

De l'insensé, de l'orgueilleux et du pervers qui nomment,

Krrâô sur celui qui m'approche et croit m'effrayer quand,

De ces dortoirs conventuels descendu dans le siècle

Pour mendigoter et, d'un bec terreux comme un sabot,

Crailler l'unique t rauque argument de ma scolastique,

D'un pas pesamment circonspect, j'arpente, réfléchis,

Songe à rétablir l'ordre et, pour qui veut entendre, enseigner.

 

Je m'adresse d'abord à toi, virtuose siffleur

Qui, malgré notre sort commun : toujours sur le qui-vive,

Te perches seul le soir au faîte illuminé des toits

Et, vocalisant sans livret, rythme ni mélodie,

Fends l'écorce dorée autour du fruit mûr de l'instant.

Il n'en resplendit plus que cette pulpe incorruptible

Dont le feu s'infuse au plus noir des gisements du cœur.

Jamais deux fois le même trait, ô perroquet mystique,

Miroir sonore des propos disparates des dieux,

Et nul ne saurait syllaber l'émoi de tes mélismes,

Ni le hoquet réitéré d'extase du loriot.

Mais, n'auriez-vous pas un cerveau d'une demi-noisette,

Pourriez-vous concevoir Celui qui demeure sans nom ?

Vous croyez-vous élu pour moduler l'imprononçable,

Dans le concert des pépiements et des cocoricos ?

Un nom est le chiffre d'un seul ou de toute une espèce

Et c'est pourquoi, race Krrâô, nous n'avons que ce nom

Pour nous désigner entre nous quand d'autres zinzinulent,

Gloussent, trissent, ramagent, vont roucoulant, pupulant,

Mettant en musique le chiffre exact de leurs limites.

En quoi nous passons le savoir des sans-plumes balourds

Où chacun, prisonnier du nom dont il se glorifie,

Confond absence de limite et muraille du flou.

[...]

 

Jacques Réda, Démêlés, poèmes 2003-2007, Gallimard, 2008, p. 41-42.

 

 

Au fond des distances béantes

Que peuplent des mondes éteints,

Les étoiles ont des destins

Différents : naines ou géantes

Selon leur grosseur et leur poids.

Et plus une étoile est massive,

Plus tôt son ardeur la lessive

Car elle carbure cent fois

Plus vite qu'une plus petite :

Économes de leurs moyens

Ces astres finiront foyens

De l'Univers.

Pour notre site

Dont l'agrément dépend de lui,

Le Soleil est d'une envergure

Simplement honnête. On mesure

Qu'à présent il a déjà lui

Environ cinq milliards d'années

Et qu'il devrait en vivre autant.

Le présent est réconfortant :

Ses ambitions effrénées

Auront peut-être alors conduit

Notre inquiète fourmilière

Sur quelque boule hospitalière,

Dans un éternel aujourd'hui

D'où nous verrons, comme au spectacle,

Le tableau final du Soleil

Gonflant d'un volume pareil

À cent fois son vieil habitacle,

Devenir rouge, cramoisi,

Dévorer tout de son système :

Planète, lune, ce poème

Qu'il faut achever. Allons-y :

 

Donc, notre astre, géante rouge,

Consommé tout son carburant,

Bientôt se ratatine au rang

De Naine Blanche où rien ne bouge

Qu'un durable rayonnement

Qui pourtant aussi s'exténue :

En naine noire il diminue

Et s'efface du firmament.

 

Qu'en est-il de la Naine Brune ?

Elle n'est pas l'enfant métis

De cette Blanche au teint de lis

Et de la Noire. Ce n'est qu'une

Étoile ratée en raison

De sa faible masse. Elle éclaire

Faute de thermonucléaire

Activité, moins qu'un tison.

N'est-elle pas des plus heureuses ?

Souvent des brunes m'ont séduit.

Dans la pénombre du déduit,

Ce sont d'ardentes amoureuses.

Je voudrais, loin dans l'Univers,

Auprès d'une Brune secrète

(Naine, soit, nulle n'est parfaite),

Partir mon temps d'anachorète

Entre son amour et mes vers.

 

Jacques Réda, Lettre au physicien, La

Physique amusante II, Gallimard, 2012,

p. 33-35.

 

Tombeau de mon livre

 

Livre après livre on a refermé le même tombeau.

Chaque œuvre a l’air ainsi d’une plus ou moins longue allée

Où la dalle discrète alterne avec le mausolée.

Et l’on dit, c’était moi, peut-être, ou bien : ce fut mon beau

Double infidèle et désormais absorbé dans le site,

Afin que de nouveau j’avance et, comme on ressuscite —

Lazare mal défait des bandelettes et dont l’œil

Encore épouvanté d’ombre cligne sous le soleil —

Je tâtonne parmi l’espace vrai vers la future

Ardeur d’être, pour me donner une autre sépulture.

Jusqu’à ce qu’enfin, mon dernier fantôme enseveli

Sous sa dernière page à la fois navrante et superbe,

Il ne reste rien dans l’allée où j’ai passé que l’herbe

Et sa phrase ininterrompue au vent qui la relit.

 

Jacques Réda, L'herbe des talus, Gallimard, 1984, p. 208.

 

 


L’AURORE HÉSITE


« Les arbres penchés dans le brouillard immobile
Écoutent le cri de l’oiseau sans patrie.
On passe avec effroi par le chemin de terre :
La haute plaine au-delà n’existe plus,
Les buissons et les pierres sont en exode.
Au milieu du jardin tombé en déshérence,
La source rentre sous l’argile et pas un brin
D’herbe ne bouge. Mais on parle à mots couverts
Derrière la clôture où s’attarde l’odeur
D’un feu mouillé qui rôde. Est-ce vraiment l’aurore ?
Dans le brouillard qui s’épaissit luit le tranchant
Des faux laissées sur la pelouse obscure. Cependant,
Je marche d’un bon pas sous le cri mat de l’oiseau
Et les arbres enchaînés m’accompagnent. »


Jacques Réda, Lente approche du ciel in Amen, Récitatif, La Tourne, Gallimard, Collection Poésie, 2002, page 43

 

 

 

JUIN 44


«  Maintenant que le fil se détend et s’embrouille
(Et la mémoire écrit avec un crayon blanc),
Je reviens en arrière à tâtons, rassemblant
Les divers rescapés de ma longue patrouille.

Je retrouve la porte aux craquements de rouille
Qui donnait sur le fleuve où je palpe le flanc
De ma barque ; j’entends ronfler un monoplan
Piper Cub, et je vois éclater la citrouille

De la lune sur les jardins criblés d’obus.
Quelle étrange saison, favorable aux abus
Des vivants quand la mort rôdait sous les cerises.

Je ramais, je cueillais pour Janine en piqué
Blanc- tous ses mouvements étaient pleins de surprises
Dans l’ombre qu’à midi mitraillait en piqué
Le soleil. »

Jacques Réda, La Course, Nouvelles poésies itinérantes et familières (1993-1998), Gallimard, 1999, page 78

 

 



« J’aime le bas d’ici : je ramasse un caillou
Quelconque. Il a déjà cinq cents millions d’années
Et survivra longtemps aux races condamnées –
À la nôtre. Partir ? Vous voulez qu’on aille où ?

Je tiens ce bout de rien dans ma main peu-de-chose.
Je le palpe, le flaire, en très lointain neveu
Des durs qui l’ont cogné pour en tirer du feu,
Mais il reste confit dans sa lourde ankylose.

Je le médite. Il se réchauffe. Je dirai,
Quand j’entendrai tonner : « Qu’as-tu fait pour ton proche ? »
- Seigneur, j’ai réchauffé cet orphelin de roche,
Quelque part dans un terrain vague. Mais juré :
C’est lui qui m’a jeté quand il a vu ma poche. »


Jacques Réda, « L’homme et le caillou », L’Adoption du système métrique, Gallimard, Collection blanche, octobre 2004, page 97.

 

 

Elégie de la petite gare - Jacques Reda

Elégie de la petite gare

Même quand je serai plus vieux, ou si la mort me pince,
Je t'attendrai dans ces quartiers des gares de province
Qui sont identiques partout : des villas, des jardins
Avec des haricots, des lis et des tas de rondins
Autour de hangars dispersés dans la plate étendue
Où n'apparaît jamais au loin que la flèche perdue
De Sainte-Quelque-Chose dont le retable est fameux,
Ou souvent rien : le proche est nul, les lointains sont fumeux,
Le nom de la localité suppose une rivière,
Mais où coule-t-elle ? - le pont est sombre, ferroviaire,
Et par-delà des toits trop bleus, trop rouges, qu'y a-t-il
Sinon le même air à la fois inerte et volatil
Où le passant aventureux en un moment s'égare ?
De sorte qu'il vaut mieux rester au café de la gare
Sous un parasol jaune et vert, ou peut-être au buffet,
Devant les quais ou le soleil solitaire refait
Les cent pas entre deux poteaux de fer dont l'ombre dense
Tourne vers l'heure d'une improbable correspondance.

Oui, c'est là que je veux attendre. Et si tu ne viens pas,
Dans les traces du soir muet j'irai mettre mes pas.
Je l'accompagnerai le long des plates avenues
Qui cherchent le centre et n'y sont encore parvenues
Que par hasard après des virages et des détours
Par les ronds-points fleuris déroutants pour les carrefours
Où l'abribus toujours désert lui-même se résigne.
Un boulevard d'arbres chétifs retrouvera la ligne
Du chemin de fer, et j'aurai manqué le dernier train.
Alors j'attendrai de nouveau : demain, après-demain.
C'est très facile, dans ces lieux qui n'existent qu'à peine,
Pour quelqu'un qui n'existe plus, ou si peu. La semaine,
Les mois puis les ans passeront et, lorsque tu viendras,
Je sais qu'en transparence enfin tu me reconnaîtras.

Jacques REDA

 

 

Personnages dans la banlieue »

Vous n’en finissez pas d’ajouter encore des choses,

Des boîtes, des maisons, des mots.

Sans bruit l’encombrement s’accroît au centre de la vie,

Et vous êtes poussés vers la périphérie,

Vers les dépotoirs, les autoroutes, les orties ;

Vous n’existez plus qu’à l’état de débris ou de fumée.

Cependant vous marchez,

Donnant la mai n à vos enfants hallucinés

Sous le ciel vaste, et vous n’avancez pas ;

Vous piétinez sans fin devant le mur de l’étendue

Où les boîtes, les mots cassés, les maisons vous rejoignent,

Vous repoussent un peu plus loin dans cette lumière

Qui a de plus en plus de peine à vous rêver.

Avant de disparaître,

Vous vous retournez pour sourire à votre femme attardée,

Mais elle est prise aussi dans un remous de solitude,

Et ses traits flous sont ceux d’une vieille photographie.

Elle ne répond pas, lourde et navrante avec le poids du jour sur ses paupières,

Avec ce poids vivant qui bouge dans sa chair et qui l’encombre,

Et le dernier billet du mois plié dans son corsage

J r

 

 

Le pèse-lettre
L'un des objets que j'ai le plus apprécié dans ma vie
Est-ce pèse lettre qu'un jour lointain tu m'as offert.
J'entretenais alors une correspondance active,
J'expédiais même à l'étranger des plis assez divers.
Et, tout en m'accordant le plaisir d'aller à la poste,
J'avais celui de calculer d'abord exactement,
A mon guichet, le coût des paquets et des enveloppes
Où, munis du tarif, je portais l'affranchissement.
J'utilise moins maintenant cet appareil très simple,
Gradué par des petits traits jusqu'au demi-kilo,
Car mes envois n'exigent pus en général qu'un timbre
Ordinaire. Ainsi la poussière a couvert le plateau
En métal poli mais sans que, même de façon infime,
Le curseur qui, sur le cadran, marque en rouge le poids,
Ait bougé. Pourtant à la longue on devrait, j'imagine,
Relever une différence et voir combien les mois,
Les saisons écoulées depuis la pensée précédente
Valent en termes de poussière. Or juste ce matin,
Ayant été soudain saisi d'une crise effrayante
( Annuelle ) de nettoyage à quoi n'échappe rien,
J'ai rendu l'inox du plateau légèrement concave
A son lisse éclat de miroir quelque peu déformant.
Il a reflété tout le ciel où couraient des nuages
Et j'ai ou constater que l'espace ne pèse pas plus que le temps

 

J r

 

.

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 22:20

Z2GAMESH1هدبة بن الخشرم

 

طَرِبتَ وأَنتَ  أَحياناً    طَروبُ        وَكيفَ  وَقَد  تعَلّاكَ     المَشيبُ
يُجِدّ النأَيُ ذِكرَكِ  في    فؤَادي        إِذا ذَهِلَت عَنِ  النأي    القُلوبُ
يؤَرِّقُني  اكتِئابُ  أَبي     نُمَيرٍ        فَقَلبي   مِن    كآبَتِهِ      كَئيبُ
فَقُلتُ  لَهُ  هَداكَ   اللَهُ   مَهلاً        وَخَيرُ القَولِ ذو اللُّبِّ   المُصيبُ
عَسى الكَربُ الَّذي أَمسَيتُ فيهِ        يَكونُ  وَراءَهُ   فَرَجٌ     قَريبُ
فَيأَمنَ   خائِفٌ   ويُفَكَّ   عانٍ        وَيأَتي  أَهلَهُ  النائي     الغَريبُ
أَلا  لَيتَ  الرياحَ     مُسَخَّراتٌ        بِحاجَتِنا   تُباكِرُ   أَو     تَؤوبُ
فَتُخبِرنا   الشَمالُ   إِذا     أَتَتنا        وَتُخبِر  أَهلَنا   عَنّا     الجَنُوبُ
فإِنّا  قَد   حَلَلنا   دارَ     بَلوى        فَتُخطِئُنا  المَنايا  أَو     تُصِيبُ
فإِن يَكُ صَدرُ هَذا اليَومِ    وَلّى        فإِنَّ   غَداً   لِناظِرِهِ      قَريبُ
وَقَد عَلِمَت سُليَمى أَنَّ    عودي        عَلى الحَدَثانِ ذو  أَيدٍ    صَليبُ
وأَنَّ   خَليقَتي   كَرَمٌ      وأَنّي        إِذا  أَبدَت  نَواجِذَها    الحروبُ
أُعينُ عَلى مَكارِمها    وَأَغشى        مَكارِهَها  إِذا   كَعَّ     الهَيوبُ
وأَنّي في  العَظائِمِ  ذو    غَناءٍ        وأُدعى    لِلفعالِ    فأَستَجيبُ
وأَنّي لا يَخافُ الغَدرَ    جاري        وَلا  يَخشى  غوائِلي  الغَريبُ
وَكَم مِن صاحِبٍ قَد بانَ   عنّي        رُميتُ  بِفَقدِهِ   وَهوَ   الحَبيبُ
فَلَم أُبدِ الَّذي  تَحنوا    ضُلوعي        عَليهِ   وإِنَّني   لأَنا     الكَئيبُ
مَخافَةَ  أَن   يَراني     مُستَكيناً        عَدوٌ  أَو   يُساءَ   بِهِ   قَريبُ
وَيَشمَتَ  كاشِحٌ  وَيَظُنَّ     أَنّي        جَزوعٌ   عِندَ   نائِبَةٍ     تَنوبُ
فَبَعدَكَ  سَدَّتِ  الأَعداءُ    طُرقاً        إِليَّ   وَرابَني   دَهرٌ     يَريبُ
وأَنكَرتَ الزَمانَ  وَكُلَّ    أَهلي        وَهَرَّتني    لِغيبِتكَ     الكَليبُ
وَكُنتُ تُقَطَّعُ  الأَبصارُ    دوني        وإِن وَغِرَت مِنَ الغَيظِ   القُلوبُ
وَقَد أَبقى الحَوادِثُ مِنكَ    رُكناً        صَليباً  ما  تؤَيِّسُهُ     الخُطوبُ
عَلى  أَنَّ  المَنيَّةَ  قَد     توافي        لِوَقتٍ  والنوائِبُ   قَد     تَنوبُ

 

 

 

 

 

 

 

تَذَكَّرتَ شَجواً  مِن  شَجاعَةَ    مُنصِبا        تَليداً  ومُنتاباً   مِنَ   الشَوقِ     مُحلبا
تَذَكرتَ حيّاً  كانَ  في  مَيعَةِ    الصِبا        وَوَجداً  بِها   بَعدَ   المَشيبِ     مُعَقِّبا
إِذا   كانَ   يَنساها    تَرَدَّدَ      حبُّها        فَيالَكَ   قَد   عَنّى   الفؤادَ      وَعَدَّبا
ضَنىً  مَن   هَواها   مُستَكِنٌّ   كأَنَّهُ        خَليعُ   قِداحٍ    لَم    يَجِد      مُتَنَشَّبا
فَأَصبَحَ  باقي   الودِّ   بَيني     وَبينَها        رَجاءً   عَلى   يأَسٍ   وَظَنّاً     مُغَيَّبا
وَيَومَ  عَرَفتُ   الدارَ   مِنها   بِبَيشَةٍ        فَخِلتُ طُلولَ الدارِ في الأَرضِ   مِذنَبا
تَبَيَّنتُ  مِن  عَهدِ  العِراصِ     وأَهلِها        مرادَ   جَواري   بِالصَّفيحِ     وَمَلعَبا
وأَجنَفَ  مأَطور  القَرى  كانَ   جُنَّةً        مِنَ  السَيلِ   عالتَهُ   الوَليدَةُ     أَحدَبا
بِعَينيك   زالَ   الحَيُّ   مِنها      لنيَّةٍ        قَذوفٍ   تَشوقُ   الآلِفَ      المُتَطَرَّبا
فَزَمُّوا   بِلَيلٍ   كُلَّ   وَجناءَ      حُرَّةٍ        ذَقونٍ  إِذا  ما  سائقُ  الرَكبِ    أَهذبا
وأَعيَسَ    نَضّاخِ    المَقَذِّ     تَخالُهُ        إِذا   ما   تَدانى    بِالظَعينَةِ    أَنكَبا
ظَعائنَ  مُتباعِ  الهَوى  قَذَفِ    النَوى        فَرودٍ   إِذا   خافَ   الجَميعُ     تَنكَّبا
فَقَد  طالَ  ما  عُلِّقتَ  لَيلى     مُغَمَّراً        وَليداً  إِلى  أَن  صارَ  رأَسُكَ    أَشيبا
فَلا أَنا أُرضي اليَومَ مَن كانَ   ساخِطاً        تَجَنُّبَ   لَيلى    إِن    أَرادَ      تَجَنُّبا
رأَيتُكِ مِن لَيلى كَذي  الداءِ  لَم    يَجِد        طَبيباً   يُداوي    ما    بِهِ      فَتَطَبَّبا
فَلَمّا  اشتَفى   مِمّا   بِهِ   عَلَّ   طِبَّهُ        عَلى  نَفسِهِ  مِمّا   بِهِ   كانَ     جَرَّبا
فَدَع  عَنكَ  أَمراً  قَد   تَوَلّى   لِشأَنِهِ        وَقَضِّ  لُباناتِ  الهَوى   إِذ     تَقَضَّبا
بِشَهمٍ    جَديَليّ     كأَنَّ     صَريفَهُ        إِذا   اصطُكَّ   ناباهُ   تَغَرُّدُ     أَخطَبا
بَرى   أُسَّهُ   عِندَ   السِفارِ      فَرَدَّهُ        إِلى خالِصٍ مِن ناصِعِ اللَونِ    أَصهبا
بِهِ  أَجتَدي  الهَمَّ   البَعيدَ     وأَجتَزي        إِذا   وَقَدَ   اليَومُ   المَليعَ      المُذَبذَبا
أَلا    أَيُّهَذا     المُحتَدينا       بِشَتمِهِ        كَفى بيَ عَن أَعراضِ قَوميَ    مُرهَبا
وَجازَيتَ  مِنّي  غَيرَ   ذي     مثنويةٍ        عَلى  الدَفعَةِ  الأَولى  مُبِرّاً     مُجَرَّباً
لِزازَ  حِضارٍ  يَسبِقُ  الخَيلَ     عَفوهُ        وَساطٍ  إِذا  ضَمَّ  المَحاضيرَ     مُعقبا
سَجولٌ  أَمامَ  الخَيلِ   ثاني     عَطفِهِ        إِذا  صَدرُهُ   بَعدَ   التَناظُرِ     صَوَّبا
تَعالَوا  إِذا  ضَمَّ  المَنازِلُ  مِن    مِنىً        وَمَكّةُ   مِن   كُلِّ   القَبائِلِ      مَنكِبا
نواضِعُكُم    أَبناءَنا    عَن     بَنيكُمُ        عَلى خَيرِنا في الناسِ فَرعاً   وَمَنصِباً
وخَيرٍ  لِجادٍ  مِن   مَوالٍ     وَغيرِهِم        إِذا  بادَرَ  القَومُ   الكَنيفَ     المُنَصَّبا
وَأَشرَعَ في المِقرى وَفي دَعوَةِ النَدى        إِذا   رائِدٌ    لِلقَومِ    رادَ      فأَجدَبا
وأَقوَلنا   لِلضَّيفِ    يَنزِلُ      طارِقاً        إِذا  كُرِهَ  الأَضيافُ  أَهلاً     وَمَرحَبا
وأَصبرَ في يَومِ  الطِعانِ  إِذا    غَدَت        رِعالاً   يُبارينَ   الوَشيجَ      المُذَرَّبا
هُنالِكَ يُعطي  الحَقَّ  مَن  كانَ    أَهلَهُ        وَيَغلُبُ أَهلُ الصِدقِ  مَن  كانَ  أَكذَبا
وإِن تسأَموا  مِن  رِحلَةٍ  أَو    تُعَجِّلوا        إِنى  الحَجِ  أُخبِركُم   حَديثاً     مُطَنِّبا
أَنا  المَرءُ  لا  يَخشاكُمُ  إِن  غَضِبتُمُ        وَلا  يَتَوَقّى   سُخطَكُم   إِن   تَغَضَّبا
أَنا  ابنُ  الَّذي   فاداكُمُ   قَد   عَلِمتُمُ        بِبَطنِ    مُعانٍ    والقيادَ     المُجَنَّبا
وَجَدّي  الَّذي  كُنتُم   تَظلَّونَ   سُجَّداً        لَهُ   رَغبَةً   في    مُلكِهِ      وَتَحَوُّبا
وَنَحنُ  رَدَدنا  قَيسَ   عَيلانَ   عَنكُمُ        وَمَن   سارَ   مِن   أَقطارِهِ     وَتأَلَّبا
بِشَهباءَ  إِذ  شُبَّت   لِحَربٍ     شُبوبُها        وَغَسّانَ  إِذ  زافوا   جَميعاً     وَتَغلِبا
بِنقعاءَ   أَظلَلنا   لَكُم   مِن     وَرائِهِم        بِمُنخَرِقِ  النَقعاءِ   يَوماً     عَصَبصَبا
فَأُبنا   جِدالاً   سالِمينَ      وَغُودِروا        قَتيلاً    وَمَشدودَ    اليَدَينِ       مُكَلَّبا
أَلَم   تَعلَموا    أَنّا    نُذَبِّبُ      عَنكُمُ        إِذا المَرءُ عَن مَولاهُ في الرَّوعِ    ذَبَّبا
وَإِنّا    نُزَكِّيكُم     وَنَحمِلُ       كَلَّكُم        وَنَجبُرُ  مِنكُم  ذا   العيالِ   المُعَصَّبا
وَإِنّا   بإِذنِ   اللَهِ    دَوَّخَ    ضَربُنا        لَكُم مَشرِقاً في  كُلِ  أَرضٍ    وَمَغرِبا
عَلَينا   إِذا   جَدَّت    مَعَدٌ    قَديمَها        ليَومِ     النِجادِ     مَيعَةً      وَتَغَلُّبا
وَإِنّا  أُناسٌ  لا   نَرى   الحِلمَ     ذِلَّةً        وَلا العَجزَ حينَ  الجَدُّ  حِلماً    مَؤَرَّبا
وَنَحنُ   إِذا   عَدَّت   مَعَدٌ      قَديمَها        يُعَدُّ  لَنا  عَدّاً  عَلى   الناسِ     تُرتَبا
سَبَقنا   إِذا   عَدَّت   مَعَدٌ      قَديمَها        ليَومِ     حِفاظٍ     مَيعَةً        وَتَقَلُّبا
وَإِنّا  لَقَومٌ   لا   نَرى   الحِلمَ     ذِلَّةً        وَلا  نُبسِلُ  المَجدَ   المُنى     والتَجَلُّبا
وإِنّا  نَرى  مِن  أُعدِمَ  الحِلمَ    مُعِدماً        وإِن كانَ مَدثوراً  مِنَ  المالِ    مُترِبا
وَذو  الوَفرِ  مُستَغنٍ   وَيَنفَعُ     وَفرُهُ        وَلَيسَ   يَبيتُ   الحِلمُ   عَنّا     مُعَزَّبا
وَلا نَخذُلُ المَولى وَلا  نَرفَعُ    العَصا        عَلَيهِ وَلا نُزجي  إِلى  الجارِ    عَقرَبا
فَهَذي   مَساعينا    فَجيئوا      بِمثلَها        وَهَذا   أَبونا   فابتَغوا    مِثلَهُ      أَبا
وَكانَ فَلا تُودوا  عَنِ  الحَقِّ    بِالمُنى        أَفَكَّ    وأَولى    بِالعَلاءِ       وَأَوهَبا
لِمَثنى   المِئينَ   والأَساري     لأَهلِها        وَحَملِ الضياعِ لا  يَرى  ذاكَ    مُتعِبا
وَخَيراً  لأَدنى   أَصلِهِ   مِن     أَبيكُمُ        ولِلمُجتَدى  الأَقصى  إِذا  ما     تَثَوَّبا

 

 

 

 

 

 

وَما  أَتَصَدّى  لِلخَليلِ  وَما     أَرى        مُريداً غِنى ذي  الثَروَةِ    المُتَقَطِّبِ
وَما  أَتبَعُ  الأَلوى  المُدَلّي     بودِّهِ        عَليَّ  وَما  أَنأى   مِنَ     المُتَقَرِّبِ
وَلَستُ بِمفراحٍ  إِذا  الدَهرُ  سَرَّني        وَلا  جازِعٍ  مِن  صرفِهِ    المُتَقَلِّبِ
وَلا  أَتمَنّى  الشَرَّ  والشَرُّ    تارِكي        وَلَكِن مَتّى أُحمَل عَلى الشَرِ أَركَبِ
وَحَرَّبَني  مَولايَ   حَتّى     غَشيتُهُ        مَتّى ما يُحَرِّبكَ ابنُ عَمِّكَ    تَحرَبِ
وَما  يَعرِفُ  الأَقوامُ  لِلدَهرِ    حَقَّهُ        وَما الدَهرُ  مِمّا  يَكرَهونَ  بِمُعتِبِ
وَلِلدَّهرِ  مِن  أَهلِ  الفَتى     وتِلادِهِ        نَصيبٌ  كَحَزِّ  الجازِرِ     المُتَشَعِّبِ

 

 

 

 

 

 

أَلا     عَلِّلاني     والمُعَلِّلُ      أَروَحُ        وَيَنطِقُ   ما   شاءَ   اللِسانُ     المُسَرَّحُ
بإجَّانَةٍ    لَو    أَنَّها     خَرَّ       بازِلٌ        مِن  البُختِ  فيها  ظَلَّ   للشِّقِّ     يَسبَحُ
وَقَاقُزَّةٍ   تَجري   عَلى   مَتنِ     صَفوَةٍ        تَمُرُّ    لَنا    مَرّاً    سَنيحاً      وَتَبرَحُ
رَفَعتُ   بِها   كَفّي    وَنادَمَني      بِها        أَغَرُّ    كَصَدرِ    الهُندوانّي      شَرمَحُ
مَتى  يَرَ  مِنّي   نَبوَةً   لا   يُشِد     بِها        وَما  يَرَ  مِن  أَخلاقي  الصِدقَ    يَفرَحُ
أَغادٍ    غُدوّاً    أَنتَ    أَم     مُتَرَوَّحُ        لَعَلَّ  الأَنى   حَتّى   غَدٍ   هوَ     أَروَحُ
لَعَلَّ    الَّذي    حاوَلتَهُ    في       تَئيَّةٍ        يواتيكَ  والأَمرَ   الَّذي   خِفتَ     يَنزَحُ
وَلِلدَّهرِ   في   أَهلِ    الفَتى      وتِلادِهِ        نَصيبٌ  كَقَسمِ  اللَحمِ  أَو   هوَ     أَبرَحُ
وَحِبَّ  إِلى  الإِنسانِ  ما  طالَ   عُمرَهُ        وإِن  كانَ  يُشقى  في   الحَياةِ     وَيُقبَحُ
تَغُرُّهُم    الدُنيا     وَتأَميلُ       عيشها        أَلا    إِنَّما    الدُنيا    غُرورٌ    مُتَرِّحُ
وآخِرُ   ما   شيءٍ    يَعولُكَ      والَّذي        تَقادَمَ    تَنساهُ    وَإِن    كانَ      يُفرِحُ
وَيَومٍ   مِنَ   الشِعري   تَظَلُّ      ظِباؤُهُ        بِسوقِ   العِضاهِ   عوَّذاً    ما    تَبَرَّحُ
شَديدِ  اللَظى  حامي   الوَديقَةِ     ريحُهُ        أَشَدُّ  لَظىً  مِن  شَمسِهِ  حينَ     يَصمَحُ
تَنَصَّبَ   حَتّى   قَلَّصَ   الظِلُّ     بَعدَما        تَطاوَلَ حَتّى كادَ  في  الأَرضِ    يَمصَحُ
أَزيزَ   المَطايا   ثُمَ   قُلتُ      لِصُحبَتي        وَلَم     يَنزِلوا     أَبرَدتُمُ       فتَرَوَّحوا
فَراحوا  سِراعا  ثُمَ   أَمسَوا     فَأَدلَجوا        فَهَيهاتَ  مِن  مُمساهُمُ  حَيثُ    أَصبَحوا
وَخَرقٍ   كأَنَّ   الريطَ   تَخفِقُ      فَوقَهُ        مَعَ  الشَمسِ  لا  بَل  قَبلُها    يَتَضَحضَحُ
عَلى حينَ يُثنى القَومُ خَيراً عَلى السُرى        وَيَظهَرُ  مَعروفٌ  مِنَ  الصُبحِ    أَفصَحُ
نَفى  الطَيرَ  عَنهُ  والأَنيسَ  فَما    يُرى        بِهِ   شَبَحٌ   وَلا   مِنَ   الطَيرِ     أَجنَحُ
قَطَعتُ    بِمرجاعٍ    يَكونُ       جَنينُها        دَماً  قِطَعاً   في   بَولِها   حينَ     تَلقَحُ
يَداها     يَدا      نَوَّاحَةٍ        مُستعانَةٍ        عَلى   بَعلِها   غَيرى   فَقامَت     تَنَوَّحُ
تَجودُ  يَداها  فَضلَ  ما  ضَنَّ     دَمعُها        عَليهِ     فتاراتٍ     تَرِنُّ       وتَصدَحُ
لَها    مُقلَتا    غَيرى    أُتيحَ    لِبَعلِها        إِلى  صِهرِها   صَهرٌ   سِنيٌّ     وَمَنكَحُ
فَلمّا    أَتاها    ما     تَلبَّسَ     بَعدَها        بِصاحِبها   كادَت   مِنَ   الوَجدِ   تَنبَحُ
فَقامَت  قَذورَ   النَفسِ   ذاتَ     شَكيمَةٍ        لَها    قَدَمٌ    في    قَومِها     وتَبَحبُحُ
يُخَفِّضُها    جاراتُها    وَهيَ      طامِحُ        الفؤادِ   وَعَيناها   مِنَ   الشَرِّ     أَطمَحُ
فَدَع ذا وَلَكِن  هَل  تَرى  ضوءَ    بارِقٍ        قَعَدتُ   لَهُ   مِن   آخرِ   اللَيلِ     يَلمَحُ
يُضيءُ   صَبيراً   مِن   سَحابٍ   كأَنَّهُ        جِبالٌ  عَلاها  الثَلجُ  أَو   هوَ   أَوضَحُ
فَلمّا   تَلافَتهُ   الصَبا    قَرقَرَت      بِهِ        وَأَلقى    بأَرواقٍ     عَزاليهِ       تَسفَحُ
طِوالٌ   ذُراهُ    في    البُحورِ      كأَنَّهُ        إِذا   سارَ   مَجذوذُ    القَوائِمِ      مُكبَحُ
سَقى   أُمَّ   عَمروٍ    والسَلامُ      تَحيَّةٌ        لَها   مِنكَ   والنائي    يَوَدُّ      ويَنصَحُ
سِجالٌ   يَسُحُّ   الماءَ   حَتّى     تَهالَكَت        بُطونُ   رَوابيهِ    مِنَ    الماءِ      دُلَّحُ
أَجَشُّ   إِذا   حَنَّت   تَواليهِ      أَرزَمَت        مَطافيلُهُ   تِلقاءَ    ما    كادَ      يَرشَحُ
فَلَم   يَبقَ   مِمّا   بَينَنا    غَيرَ    أَنَّني        مُحِبٌّ  وَأَنّي  إِن  نأَت   سَوفَ   أَمدَحُ
وَإِنَّ    حَراماً    كُلُّ    مالٍ      مَنَعتُهُ        تُريدينَهُ     مِمّا     نُريحُ      وَنَسرَحُ
وَعَهدي  بِها   والحَيُّ   يَدعونَ     غِرَّةً        لَها   أَن   يَراها   الناظِرُ      المُتَصَفِّحُ
مِنَ  الخَفِراتِ   البيضِ   تَحسِبُ   أَنَّها        إِذا   حاوَلت   مَشياً   نَزيفٌ      مُرَنَّحُ
وَفيما مَضى مِن  سالِفِ  الدَهرِ    لِلفَتى        بَلاءٌ      وَفيما      بَعدَهُ         مُتَمَنَّحُ
قَليلٌ  مِنَ  الفِتيانِ   مَن   هوَ     صابِرٌ        مُثيبٌ   بِحَقِّ   الدَهرِ    فيما      يُرَوِّحُ
عَلى  أَنَّ  عِرفاناً  إِذا  لَم   يَكُن     لَهُم        يَدانِ  بِما  لَم  يَملِكوا   أَن   يُزَحزَحوا

 

 

 

 

 

 

 

أَلا   عَلِّلاني   قَبلَ   نَوحِ      النَوائِحِ        وَقبلَ  اطِّلاعِ  النَفسِ   بَينَ     الجَوانِحِ
وَقَبلَ غَدٍ  يا  لَهفَ  نَفسي  عَلى    غَدٍ        إِذا  راحَ  أَصحابي   وَلَستُ     بِرائِحِ
إِذا  راحَ  أَصحابي  بِفَيضِ    دُموعِهِم        وغُودِرتُ  في  لَحدٍ  عَليَّ    صَفائِحي
يَقولونَ    هَل    أَصلَحتُمُ       لأَخيكُمُ        وَما الرَمسُ في الأَرضِ القِواءِ بِصالِحِ
يَقولونَ   لا   تَبعُد   وَهُم     يَدفِنونَني        وَليسَ  مَكانُ  البُعدِ   إِلا     ضَرائِحي

 

 

 

 

 

إِن تَقتلوني في الحَديدِ فإِنَّني        قَتَلتُ أَخاكُم مُطلَقاً  لَم    يُقَيَّدِ

 

 

 

 

عَفا ذو الغَضا مِن  أُمِّ  عَمروٍ  فأقفَرا        وَغَيَّرَهُ    بَعدي     البِلى       فَتَغَيَّرا
وَبُدِّلَ    أَهلاً     غيرِها       وَتَبَدَّلَت        بِهِ   بَدَلاً   مَبدىً   سِواهُ     وَمَحضَرا
إِلى   عَصَرٍ   ثُمَّ   استَمَرَّت     نَواهُمُ        لِصَرفٍ مَضى عَن ذاتِ نَفسِكَ أَعسَرا
وَكانَ  اجتِماعُ  الحيِّ  حَتّى     تَفَرَّقوا        قَليلاً    وَكانوا    بِالتَفَرُّقِ       أَجدَرا
بَل  الزائِرُ  المُنتابُ  مِن  بَعدِ     شُقَّةٍ        وَطولِ   ثَناءٍ   هاجَ   شَوقاً     وَذكَّرا
خَيالٌ سَرى  مِن  أُمِّ  عَمروٍ    وَدونَها        تَنائِفُ  تُردى  ذا   الهِبابِ     المُيَسَّرا
طَروقاً   وَأَعقابُ    النُجومِ      كأَنَّها        تَوالي   هِجانٍ   نَحوَ   ماءٍ    تَغَوَّرا
فَقُلتُ  لَها   أُبي   فَقَد   فاتَنا   الصِبا        وآذِنَ    رَيعانُ    الشَبابِ       فادبَرا
وَحالَت  خُطوبٌ  بَعدَ  عَهدِكَ     دونَنا        وَعَدّى  عَن  اللَهو  العَداءُ     فأقصَرا
أُمورٌ     وأَبناءٌ     وَحالٌ       تَقَلَّبَت        بِنا  أَبطُنٌ  يا   أُمَّ   عَمروٍ   وأَظهُرا
أُصِبنا بِما  لَو  أَنَّ  رَضوى    أَصابَها        لَسَهَّلَ   مِن   أَركانِها   ما      تَوعَّرا
فَكَم  وَجَدَت  مَن  آمنٍ  فَهوَ     خائِفٌ        وَذي    نِعمَةٍ     مَعروفَةٍ       فَتَنَكَّرا
بِأَبيَضَ   يُستَسقى   الغَمامُ      بِوَجهِهِ        إِذا اختيرَ  قالوا  لَم  يَقِل  من    تَخَيَّرا
ثِمالِ  اليَتامى  يُبرِىءُ  القَرحَ     مَسُّهُ        وَشَهمٍ   إِذا    سيمَ    الدِنيَّةَ      أَنكَرا
صَبورٍ عَلى مَكروهِ  ما  يَجشِمُ  الفَتى        وَمُرٍّ   إِذا   يُبغى   المَرارَةُ     مُمقِرا
مِنَ  الرافِعينَ  الهَمَّ   لِلذِكرِ     والعُلى        إِذا   لَم   يَنؤَ   إِلا   الكَريمُ     ليُذكَرا
وَريقٍ  إِذا  ما   الخابِطونَ     تَعالموا        مَكانَ   بَقايا   الخَيرِ    أَن      يَتأَثَّرا
رُزينا   فَلَم    نَعثُر    لِوَقعَتِهِ      بِنا        وَلَو  كانَ  مِن  حَيٍّ  سِوانا     لأعثَرا
وَما   دَهرُنا   أَلَّا    يَكونَ      أَصابَنا        بِثِقلٍ     وَلكِنَّا     رُزينا       لِنَصبِرا
فَزالَ   وَفينا   حاضِروهُ   فَلَم     يَجِد        لِدَفعِ    المَنايا    حاضِرٌ       مُتأَخَّرا
كأَن  لَم  يَكُن  مِنّا  وَلَم  نَستَعِن     بِهِ        عَلى   نائباتِ   الدَهرِ   إِلّا      تَذَكُّرا
وإِنّا   عَلى   غَمزِ   المَنونِ      قَناتَنا        وَجَدِّكَ  حاموا  فَرعِها  أَن     يُهَصَّرا
بِجُرثومَةٍ  في   فَجوَةٍ   حيلَ     دونَها        سُيولُ  الأَعادي   خيفَةً   أَن     تَنَمَّرا
أَبى   ذَمُّنا   إِنّا   إِذا   قالَ      قَومُنا        بِأَحسابِنا     أَثنوا     ثَناءً     مُحَبَّرا
وَإِنّا  إِذا  ما  الناسُ  جاءَت    قُرومُهُم        أتينا   بقرم   يَفرَعُ   الناسَ     أَزهَرا
تَرى   كُلَّ    قَرمٍ    يَتَّقيهِ      مَخافَةً        كَما  تَتَّقي  العُجمُ  العَزيزَ     المُسَوَّرا
وَمُعضِلَةٍ  يُدَعى   لَها   مَن     يُزيلُها        إِذا  ذُكِرَت   كانَت   سَناءً     وَمَفخَرا
دَفَعتُ  وَقَد   عَيَّ   الرِجالُ     بِدَفعِها        وأَصبَحَ  مِني  مِدرَهُ   القَومِ     أَوجَرا
أَخَذنا     بِأَيدينا     فَعادَ       كَريهُها        مُخِفّاً   وَمولىً   قَد   أَجَبنا   لِنَنصُرا
بِغَيرِ   يَدٍ   مِنهُ   وَلا   ظُلمِ      ظالِمٍ        نَصَرناهُ   لَمّا   قامَ   نَصراً   مؤَزَرا
فإِن نَنجُ مِن أَهوالِ  ما  خافَ    قَومُنا        عَلينا   فإِنَّ   اللَهَ   ما   شاءَ     يَسَّرا
فإِن  غالَنا   دَهرٌ   فَقَد   غالَ   قَبلَنا        مُلوكَ بَني  نَصرٍ  وَكِسرى    وَقَيصَرا
وآباؤنا    ما    نَحنُ    إِلّا      بَنوهُمُ        سَنَلقى  الَّذي  لاقوا   حِماماً     مُقَدَّرا
وَعَوراءَ مِن قَولِ امرىءٍ  ذي    قَرابَةٍ        تَصامَمتُها    وَلَو    أَساءَ    وَأَهجَرا
كَرامَةَ   حَيٍّ    غيرَةً      واصطِناعَةً        لِدابِرَةٍ   إِن   دَهرُنا   عادَ      اَزوَرا
وَذي   نَيرَبٍ   قَد   عابَني    لينالَني        فأَعبى  مَداهُ   عَن   مَدايَ     فأَقصَرا
وَكَذَّبَ   عَيبَ   العائِبينَ      سَماحَتي        وَصَبري إِذا ما الأَمرُ عَضَّ   فأَضجَرا
وَإِني  إِذا  ما  المَوتُ  لَم  يَكُ    دونَهُ        مَدى الشِبرِ أَحمي الأَنفَ  أَن    أَتأَخَّرا
وَأَمرٍ  كَنَصلِ  السَيفِ  صَلتاً    حَذَوتُهُ        إِذا الأَمرُ أَعيى مَورِدَ الأَمرِ    مَصدَرا
فإِن   يَكُ   دَهرٌ   نابَني      فأَصابَني        بِرَيبٍ  فما  تُشوي  الحَوادِثُ    مَعشَرا
فَلا   خاشِعٌ    لِلنَّكبِ    مِنهُ      كآبَةً        وَلا جازِعٌ  إِن  صَرفُ  دَهرٍ    تَغَيَّرا
وَقَد   أَبقَتِ   الأَيامُ   مِنّي      حَفيظَةً        عَلى جُلِّ  ما  لاقَيتُ  وآسماً    مُشَهَّرا
فَلَستُ   إِذا   الضَراءُ   نابَت    بِجُبّاً        وَلا  قصِفٍ  إِن  كانَ   دَهرٌ     تَنَكَّرا

 

 

 

 

 

 

أَلا   يا   لَقَومي   لِلنَّوائِبِ     والدَّهرِ        ولِلمَرءِ يُردي نَفسَهُ  وَهوَ  لا    يَدري
أَلا  لَيتَ  شِعري   إِلى   أُمِّ     مَعمَرٍ        عَلى ما  لَقينا  مِن  تَناءٍ  وَمِن  هَجرِ
تَباريحُ    يَلقاها    الفؤَادُ       صَبابَةً        إِلَيها  وَذِكراها  عَلى  حينِ  لا    ذِكرِ
فَيا  قَلبُ   لَم   يأَلَف   كإِلفِكَ     آلِفُ        وَيا حُبَّها لَم  يُغرِ  شَيءٌ  كَما    تُغري
وَما    عِندَها     لِلمُستَهامِ       فؤادُهُ        بِها إِن أَلَمَّت مِن  جَزاءٍ  وَمِن    شُكرِ
رأَيتُ  أَخا  الدُنيا  وإِن  كانَ    خافِساً        أَخا سَفَرٍ يُسرى  بِهِ  وَهوَ  لا    يَدري
وَلِلأَرضِ كَم  مِن  صالِحٍ  قَد    تَلمَّأَت        عَليهِ     فَوارَتهُ     بِلَمَّاعَةٍ        قَفرِ
فَلا    ذا    جَلالٍ    هِبنَهُ      لِجَلالِهِ        وَلا  ذا  ضَياعٍ  هُنَّ   يُترَكنَ     لِلفَقرِ
فَلَمَّا   رأَيتُ   أَنَّما    هيَ      ضَربَةٌ        مِنَ السَيفِ أَو إِغضاءُ عَينٍ عَلى   وِترِ
عَمَدتُ   لِأَمرٍ   لا    يُعيرُ      والدي        خزايتَهُ   وَلا   يُسَبُّ    بِهِ      قَبري
رُمينا   فَرامَينا    فَصادَفَ      سَهمُنا        مَنيَّةَ  نَفسٍ  في  كِتابٍ   وَفي     قَدرِ
وأَنتَ   أَميرُ   المؤمِنينَ   فَما      لَنا        وَراءَكَ مِن مَعديً وَلا عَنكَ مِن قَصرِ
فإِن  تَكُ  في  أَموالِنا  لا  نَضِق    بِها        ذِراعاً  وإِن  صَبرٌ  فَنَصبِرُ     لِلصَّبرِ
وإِن  يَكُ  قَتلٌ   لا   أَبالَكَ   نَصطَبِر        عَلى القَتلِ إِنّا في الحُروبِ أُلو    صَبرِ
وَكَم  نَكبَةٍ  لَو  أنَّ   أَدنى     مُرورِها        عَلى الدَهرِ ذَلَّت عِندَها  نوَبُ    الدَهرِ

 

 

 

 

 

 

مُقارَبَةُ  اللَيثِ  الهَصورِ   وَغَيرِهِ        مِنَ الأَفعوانِ الصِلِّ حينَ  يُساوِرُهُ
أَحَقُّ  وَأَحرى  أَن  تَبيتَ    لَدَيهُما        عَلى الأَمنِ في لَيلٍ تُخافُ غَوائِرُه
مِنَ الصَاحِبِ الفَردِ القَريبِ مُعادياً        إِذا كانَ في جيرانِ بَيتٍ    تُجاوِرُه
وَبُغيَتُهُ  إِتلافُ   روحِكَ     جاهِداً        بِكُلِّ  سَبيلٍ  مُرصَدٍ  لَكَ     عابِرُه

 

 

 

 

أَقِلّي  عَليَّ  اللَومَ  يا   أُمَّ   بَوزَعا        وَلا تَجزَعي  مِمّا  أَصابَ    فأَوجَعا
فَلا تَعذُليني لا  أَرى  الدَهرَ    مُعتِباً        إِذا ما مَضى يَومٌ وَلا اللَومَ  مُرجِعا
وَلَكِن اَرى أَنَّ الفَتى عُرضَةُ الرَدى        وَلاقي  المَنايا   مُصعِداً     وَمُفَرِّعا
وأَنَّ  التُقى   خَيرُ   المَتاعِ   وإِنَّما        نَصيبُ الفَتى  مِن  مالِهِ  ما    تَمتَّعا
فأوصيكِ  إِن  فارقتِني  اُمُّ     عامِرٍ        وَبَعضُ الوَصايا  في  أَماكِنَ    تَنفَعا
وَلا تَنكَحي  إِن  فَرَّقَ  الدَهرُ  بَينَنا        أَغَمَّ  القَفا  والوَجه  لَيسَ     بأَنزَعا
مِنَ  القَومِ  ذا  لَونَينِ  وَسَّعَ    بَطنَهُ        وَلَكِن   أَذَّياً   حِلمُهُ   ما      تَوَسَّعا
كَليلاً سِوى ما كانَ من حَدِّ   ضِرسِهِ        أُكَيبِدَ   مِبطانَ   العَشيّاتِ     أَروَعا
ضَروباً بِلَحَييهِ  عَلى  عَظمِ    زَورِهِ        إِذا  القَومُ   هَشّوا   لِلفَعالِ     تَقَنَّعا
وَلا قُرزُلاً  وَسطَ  الرِجالِ    جُنادِفاً        إِذا ما مَشى  أَو  قالَ  قَولاً    تَبَلتَعا
وَكوني  حَبيباً  أَو  لأَروَعَ     ماجِدٍ        إِذا  ظَنَّ  أَوباشُ  الرِجالِ     تَبرَّعا
وَصولٍ   وَذي   أَكرومَةٍ     وَحَميَّة        وَصبراً إِذا ما الدَهرُ عَضَّ   فأَوجَعا
وَأُخرى  إِذا  ما  زارَ  بَيتَكِ  زائِرٌ        زيالَكِ  يَوماً  كانَ  كالدَهرِ    أَجمَعا
سأَذكُرُ  مِن  نَفسي  خَلائِقَ     جَمَّةً        وَمَجداً  قَديماً   طالَما   قَد   تَرفَّعا
فَلَم   أَرَ   مِثلي    كاوياً    لِدَوائِهِ        وَلا  قاطِعاً  عِرقاً  سَنوناً    وأَخدَعا
وَما كُنتُ مِمَّن  أَرَّثَ  الشَرَّ    بَينَهُم        وَلا حينَ  جَدَّ  الشَرُّ  مِمَّن    تَخَشَّعا
وَكُنتُ أَرى ذا الضِغنِ مِمَّن   يَكيدُني        إِذا ما رآني فاتِرَ  الطَرفِ    أَخشَعا

 

 

 

 

 

لَقَد  أَراني  والغُلامَ     الحازِما

نُزجي المَطيَّ ضُمَّراً    سَواهِما

مَتى  تَظنُّ  القُلَّصَ    الرَواسِما

والجِلَّةَ    الناجيَةَ       العَياهِما

يَبلُغنَ   أُمَّ    قاسِمٍ      وَقاسِما

خَوداً  كأَنَّ  البوصَ    والمآكِما

مِنها   نقاً   مُخالِطٌ     صَرائِما

إِذا  هَبَطنَ   مستَحيراً     قائِما

وَرَجَّعَ  الحادي  لَها  الهَماهِما

أَرجَفنَ  بِالسَوالِف     الجماجِما

تَسمَعُ   للمَروِ    بِهِ    قَماقِما

كَما يَطنُّ  الصَيرَفُ    الدَراهِما

أَلا تَرَينَ  الدَمعَ  مِنّي    ساجِما

حِذارَ  دارٍ  مِنكِ  أَن     تُلائِما

قَد رُعتِ بِالبَينِ  جَليداً  حازِما

عَلى  نَجاةٍ  تَشتَكي     المُناسِما

غادَرَ مِنها النَصُّ وَجهاً ساهِما

تَطَبَّقُ    الأَخفافُ    والقَوائِما

واللَهِ لا  يَشفي  الفؤادَ  الهائِما

تَمساحُكَ   اللَبَاتِ      وَالمآكِما

وَلا  اللِمّامُ  دونَ  أَن    تُلازِما

وَلا  اللِزامُ  دونَ  أَن     تُفاقِما

وَلا  الفِقامُ  دونَ  أَن   تُفاغِما

وَتَعلوَ     القَوائِمُ      القَوائِما

 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article
27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 07:16

ZCRITU3أَلا  بانَ   بِالرَهنِ   الغَداةَ     الحَبائِبُ"        "   كَأَنَّكَ   مَعتوبٌ   عَلَيكَ      وَعاتِبُ
لَعَمرُ  أَبيكَ  الخَيرِ  لَو  ذا     أَطاعَني"        "   لَغُدِّيَ   مِنهُ   بِالرَحيلِ    الرَكائِبُ
تَعَلَّم  بِأَنَّ   الحَيَّ   بَكرَ   بِنَ     وائِلٍ"        " هُمُ العِزُّ لا يَكذِبكَ  عَن  ذاكَ    كاذِبُ
فَإِنَّكَ  إِن  تَعرِض  لَهُم  أَو     تَسُؤهُمُ"        "  تَعَرَّض  لِأَقوامٍ   سِواكَ     المَذاهِبُ
فَنَحنُ   غَداةَ   العَينِ   يَومَ    دَعَوتَنا"        "  أَتيناكَ  إِذ  ثابَت   عَلَيكَ     الحَلائِبُ
فَجِئناهُمُ    قَسراً    نَفودُ       سَراتَها"        " كَما  ذُبِّبَت  مِنَ  الجَمالِ    المَصاعِبُ
بِضَربٍ  يُزيلُ  الهامَ   عَن     سَكَناتِها"        " كضما ذيدَ عَن ماءِ الحِياضِ الغَرائِبُ

 

 

 

 

 

 

آَذَنَتنا        بِبَينِها          أَسماءُ"        "  رُبَّ  ثاوٍ   يُمَلُّ   مِنهُ     الثَواءُ
آَذَنَتنا     بِبَينِها     ثُمَّ        وَلَّت"        " لَيتَ شِعري  مَتى  يَكونُ    اللِقاءُ
بَعدَ   عَهدٍ   لَها   بِبُرقَةِ      شَمّا"        "  ءَ   فَأَدنى   ديارَها   الخَلصَاءُ
فَمَحيّاةٌ      فَالصَفاحُ      فَأَعلى"        "   ذي   فِتاقٍ   فَغَاذِبٌ     فَالوَفاءُ
فَرياضُ   القَطا   فَأَودِيَةُ     الشُر"        "    بُبِ    فَالشُعبَتانِ      فَالأَبلاءُ
لا أَرى مَن عَهِدتُ فيها فَأَبكي ال"        "  يَومَ  دَلهاً   وَما   يَرُدُّ     البُكاءُ
وَبِعَينَيكَ    أَوقَدَت    هِندٌ      النا"        "  رَ  أَخيراً  تُلوي  بِها     العَلياءُ
أَوقَدَتها  بَينَ  العَقيقِ     فَشَخصَي"        "  نِ  بِعودٍ  كَما  يَلوحُ     الضِياءُ
فَتَنَوَّرتُ    نارَها    مِن      بَعيدٍ"        "  بِخَزارٍ  هَيهاتَ  مِنكَ    الصلاءُ
غَيرَ أَنّي  قَد  أَستَعينُ  عَلى    الهَ"        "  مِّ  إِذا  خَفَّ   بِالثَوِيِّ     النَجاءُ
بِزَفُوفٍ     كَأَنَّها     هِقلَةٌ       أَ"        "    مُّ    رِئالٍ    دَوِّيَّةٌ      سَقفاءُ
آَنَسَت    نَبأةً    وَأَفزَعَها      القَ"        " نّاصُ عَصراً وَقَد  دَنا    الإِمساءُ
فَتَرى خَلفَها  مِنَ  الرَجعِ    وَالوَق"        "    عِ    مَنيناً    كَأَنَّهُ       إِهباءُ
وَطِراقاً   مِن   خَلفِهِنَّ      طِراقٌ"        " ساقِطاتٌ  تُلوي  بِها    الصَحراءُ
أَتَلَهّى   بِها   الهَواجِرَ   إِذ     كُ"        "   لُّ   اِبنَ   هَمٍّ   بَلِيَّةٌ     عَمياءُ
وَأَتانا    عَن     الأَراقِمِ       أَنبا"        "  ءٌ  وَخَطبٌ  نُعنى  بِهِ     وَنُساءُ
أَنَّ    إِخوانِنا    الأَرَاقِمَ      يَغلو"        "  نَ  عَلَينا  في   قَولِهِم     إِحفاءُ
يَخلِطونَ البَريءَ  مِنّا  بِذي  الذَن"        "  بِ  وَلا  يَنفَعُ  الخَلِيَّ     الخِلاءُ
زَعَمُوا أَنَّ كُلَّ مَن ضَرَبَ    العَي"        "  رَ   مَوالٍ   لَنا   وَأَنّا     الوَلاءُ
أَجمَعوا    أَمرَهُم    بِلَيلٍ    فَلَمّا"        " أَصبَحُوا أَصبَحَت لَهُم    ضَوضاءُ
مِن مُنادٍ وَمِن مُجيبٍ وَمِن    تَص"        "  هالِ  خَيلٍ  خِلالَ  ذاكَ    رُغاءُ
أَيُّها   الناطِقُ    المُرَقِّشُ      عَنّا"        "  عِندَ  عَمرَوٍ  وَهَل  لِذاكَ    بَقَاءُ
لا   تَخَلنا   عَلى   غَرائِكَ    إِنّا"        " قَبلُ  ما  قَد  وَشى  بِنا  الأَعداءُ
فَبَقينا    عَلى    الشَناءَةِ    تَنمِي"        "   نا   حُصونٌ   وَعِزَّةٌ   قَعساءُ
قَبلَ ما اليَومِ  بَيَّضَت  بِعُيونِ    ال"        "   ناسِ    فيها    تَعَيُّطٌ    وَإِباءُ
وَكأَنَّ  المَنونَ   تَردِي   بِنا   أَر"        " عَنَ جَوناً  يَنجابُ  عَنهُ    العَماءُ
مُكفَهِراً  عَلى  الحَوادِثِ  لا   تَر"        "   توهُ   لِلدَهرِ   مُؤيِدٌ      صَمّاءُ
اَيّما     خُطَّةٍ     أَرَدتُم        فَأَدّ"        "  ها  إِلَينا  تَمشي  بِها     الأَملاءُ
إِن نَبَشتُم  ما  بَينَ  مِلحَةَ    فَالصا"        "  قِبِ  فيهِ   الأَمواتُ     وَالأَحياءُ
أَو  نَقَشتُم  فَالنَقشُ  تَجشَمُهُ     النا"        "  سُ  وَفيهِ   الصَلاحُ   وَالإِبراءُ
أَوسَكَتُم   عَنّا   فَكُنّا   كَمَن   أَغ"        "  مَضَ  عَيناً  في  جَفنِها   أَقذاءُ
أَو  مَنَعتُم  ما  تُسأَلونَ  فَمَن    حُ"        "   دِّثتُمُوهُ   لَهُ    عَلَينا    العَلاءُ
هَل   عَلِمتُم   أَيّامَ   يُنتَهَبُ   النا"        "  سُ  غِواراً  لِكُلِّ  حَيٍّ     عُواءُ
إِذ رَفَعنا الجِمالَ مِن سَعَفِ    البَح"        " رَينِ سَيراً حَتّى  نَهاها    الحِساءُ
ثُمَ   مِلنا   عَلى   تَميمٍ    فَأَحرَم"        "  نا   وَفينا   بَناتُ   مُرٍّ     إِماءُ
لا  يُقيمُ  العَزيزُ  في  البَلَدِ    السَه"        "  لِ  وَلا  يَنفَعُ   الذَليلَ     النِجاءُ
لَيسَ  يُنجي  مُوائِلاً  مِن     حِذارِ"        "  رَأَسُ   طَودٍ   وَحَرَّةٌ     رَجلاءُ
فَمَلَكنا    بِذَلِكَ    الناسَ      حَتّى"        "  مَلَكَ  المُنذِرُ  بِنُ  ماءِ    السَماءِ
وَهُوَ  الرَبُّ  وَالشَهيدُ  عَلى     يَو"        "   مِ   الحَيارَينِ   وَالبَلاءُ     بَلاءُ
مَلِكٌ   أَضلَعُ   البَرِيَّةِ   لا      يو"        "   جَدُ   فيها   لِما   لَدَيهِ     كِفاءُ
فَاِترُكوا  البَغيَّ   وَالتَعَدي     وَإِما"        "  تَتَعاشوا  فَفي  التَعاشي     الدَاءُ
وَاِذكُرُوا حِلفَ ذي المَجازِ وَما قُ"        "   دِّمَ   فيهِ   العُهودُ    وَالكُفَلاءُ
حَذَرَ الخَونِ  وَالتَعَدّي  وَهَل    يَن"        " قُضُ ما  في  المَهارِقِ    الأَهواءُ
وَاِعلَموا    أَنَّنا    وَإِيّاكُم     في"        " ما اِشتَرَطنا  يَومَ  اِختَلَفنا    سَواءُ
أَعَلَينا   جُناحُ   كِندَةَ   أَن      يَغ"        "   نَمَ   غازِيهُمُ   وَمِنّا     الجَزاءُ
أم  عَلَينا  جُرّى  حَنيفَةَ  أَو     ما"        "  جَمَّعَت  مِن  مُحارِبٍ     غَبراءُ
أَم  جَنايا  بَني  عَتيقٍ  فَمَن     يَغ"        "  دِر  فَإِنّا  مِن   حَربِهِم     بُراءُ
أَم عَلَينا  جَرّى  العِبادُ  كَما    ني"        "  طَ   بِجَوزِ   المَحمَلِ     الأَعباءُ
أَم عَلَينا  جَرّى  قُضاعَةَ  أَم    لَي"        "  سَ  عَلَينا  مِمّا   جَنوا     أَنداءُ
لَيسَ  مِنّا  المُضَرَّبونَ  وَلا     قَي"        "  سٌ  وَلا  جَندَلٌ   وَلا     الحَدَاءُ
أَم  عَلَينا  جَرّى  إِيادٍ  كَما     قي"        "   لَ   لِطَسمٍ    أَخوكُم      الأَبّاءُ
غَنَناً  باطِلاً   وَظُلماً   كَما     تُع"        " تَرُ عَن حَجرَةِ  الرَبيضِ    الظَباءُ
وَثَمانونَ    مَن    تَميمٍ      بِأيدي"        " هم  رِماحٌ  صُدُورُهُنَّ    القَضاءُ
لَم  يُخَلّوا   بَني   رِزاحٍ     بِبَرقا"        "  ءِ  نِطاعٍ  لَهُم   عَلَيهُم     دُعاءُ
تَرَكوهُم      مُلَحَّبينَ         فَآبوا"        "   بِنهابٍ   يَصَمُّ   فيهِ      الحُداء
وَأَتَوهُم   يَستَرجِعُونَ   فَلَم    تَر"        "  جِعُ  لَهُم  شامَةٌ  وَلا     زَهراءُ
ثُمَّ  فاءَوا   مِنهُم   بِقاصِمَةِ     ال"        "  ظَّهرِ  وَلا  يَبرُدُ  الغَليلَ    الماءُ
ثُمَّ خَيلٌ  مِن  بَعدِ  ذاكَ  مَعَ    الغَ"        "   لّاقِ   لا   رَأَفَةٌ   وَلا     إِبقاءُ
ما  أصابوا  مِن  تَغلَبِيِّ     فَمَطَلو"        "  لٌ  عَلَيهِ   إِذا   تَوَلّى     العَفاءُ
كَتَكاليفِ  قَومِنا  إِذ  غَزا     المُن"        " ذِرُ هَلِ نَحنُ  لابنِ  هِندٍ    رِعاءُ
إِذ   أَحَلَّ   العَلاَةَ   قُبَّةَ      مَيسو"        "  نَ  فَأَدنى   دِيارِها     العَوصاءُ
فَتَأَوَّت    لَهُم    قَراضِبَةٌ      مِن"        "   مُحلِّ   حَيٍّ    كَأَنَّهُم      أَلقاءُ
فَهَداهُم  بِالأَسوَدَينِ   وَأَمرُ     اللَ"        "  هِ  بَلغٌ   يَشقى   بِهِ     الأَشقياءُ
إِذ   تَمَنّونَهُم   غُروراً      فَساقَت"        "   هُمِ   إِلَيكُم    أُمنِيَّةٌ      أَشراءُ
لَم   يَغُرّوكُم    غُروراً      وَلَكن"        "  يَرفَعُ  الآلُ  جَمعَهُم    وَالضَحاءُ
أَيُّها    الشانِئُ    المُبلِّغُ       عَنّا"        " عِندَ عَمرَوٍ  وَهَل  لِذاكَ    اِنتهاءُ
مَلِكٌ  مُقسِطٌ   وَأَكمَلُ   مَن     يَم"        " شي وَمِن دونَ  ما  لَدَيهِ    الثَناءُ
إِرمي    بِمثلِهِ    جالَتِ      الجِنُّ"        "    فَآبَت    لِخَصمِها      الأَجلاءُ
مَن  لَنا  عِندَهُ  مِنَ   الخَيرِ     آيا"        "  تٌ  ثَلاثٌ  في  كُلِّهِنَّ    القَضاءُ
آيةٌ   شارِقُ   الشَقيقَةِ   إِذ    جا"        "  ءَوا  جَميعاً  لِكُلِّ   حَيٍّ     لِوَاءُ
حَولَ   قَيسٍ   مُستَلئِمِينَ     بِكَبشٍ"        "     قَرَظِيٍّ     كَأَنَّهُ        عَبلاءُ
وَصَتيتٍ  مِنَ  العَواتِكِ   ما   تَن"        "   هاهُ   إِلّا    مُبيَضَّةٌ    رَعلاءُ
فَجَبَهناهُمُ  بِضَربٍ  كَما     يَخرُجُ"        "   مِن   خُربَةِ   المَزادِ      الماءُ
وَحَمَلناهُمُ   عَلى   حَزمِ      ثَهلا"        "   نِ   شِلالاً   وَدُمِّيَ     الأَنساءُ
وَفَعَلنا   بِهِم   كَما   عَلِمَ      اللَ"        "  هُ  وَما   إِن   لِلحائِنينَ     دِماءُ
ثُمَّ  حُجراً  أَعني  اِبنَ  أُمِّ    قَطَامٍ"        "    وَلَهُ     فَارِسِيَّةٌ       خَضراءُ
أَسَدٌ  في  اللِقاءَ   وَردٌ     هَموسٌ"        "   وَرَبيعٌ   إِن   شَنَّعَت   غَبراءُ
فَرَدَدناهُم    بِطَعنٍ    كَما      تُن"        "  هَزُ  عَن  جَمَّةِ  الطَوِيِّ  الدِلاءُ
وَفَكَكنا  غُلَّ  اِمرِئِ  القَيسِ    عَنهُ"        "  بَعدَ  ما  طالَ  حَبسُهُ   وَالعَناءُ
وَأَقَدناهُ   رَبَّ    غَسانَ      بِالمُن"        " ذِرِ  كَرهاً  إِذ  لا  تُكالُ    الدَماءُ
وَفَدَيناهُمُ       بِتِسعَةِ         أَملا"        "  كٍ   نَدَامى   أَسلابُهُم     أَغلاءُ
وَمَعَ الجَونِ جَونِ  آَلِ  بَني  الأَو"        "   سِ   عَنُودٌ    كَأَنَّها      دَفواءُ
ما جَزِعنا تَحتَ  العَجاجَةِ  إِذ    وَ"        "  لَّت   بِأَقفائِها   وَحَرَّ   الصِلاءُ
وَوَلَدنا  عَمرو   بِن   أُمِّ     أُناسٍ"        "  مِن  قَريبٍ  لَمّا  أَتانا     الحِباءُ
مِثلُها   تُخرِجُ   النَصيحةَ    لِلقَو"        "  مِ   فَلاةٌ   مِن   دونِها     أَفلاءُ

 

 

 

 

يا  أَيُّها  المُزمِعُ  ثُمَّ     اِنثَنى"        " لا يَثنِكَ الحازي وَلا الشاحِجُ
ولا   قَعيدٌ   أَغَضَبٌ     قَرنُهُ"        " هاجَ  لَهُ  مِن  مَرتَعٍ    هائِجُ
قُلتُ  لِعَمروٍ  حينَ     أَرسَلتُهُ"        " وَقَد  حَبا  مِن  دُونِهِ    عالِجُ
لا  تَكسَعِ  الشَولَ   بِأَغبارِها"        " إِنَّكَ  لا  تَدري  مَنِ    الناتِجُ
قَد كُنتَ يَوماً تَرتَجي    رِسلَها"        "   فَأَطرِدَ   الحائِلُ     وَالدالِجُ
رُبَّ  عِشارٍ  سَوفَ   يَغتالُها"        " لا مُبطِئُ السَيرَ  وَلا    عائِجُ
يُطيرُها   شَلّاً   إِلى      أَهلِهِ"        "  كَما  يُطيرُ  البَكَرَةَ   الفالِجُ
بَينا الفَتى يَسعى  وَيُسعى    لَهُ"        "  تيحَ  لَهُ  مِن  أَمرِهِ   خالِجُ
يَترُكُ  ما  رَقَّحَ  مِن    عَيشِهِ"        "  يَعيثُ  فيهِ   هَمَجٌ     هامِجُ
وَاعلَم بِأَنَّ النَفسَ إِن    عُمِّرَت"        " يَوماً  لَها  مِن  سَنَةٍ    لاعِجُ
فاصبُب   لأَضيافِكَ    أَلبانَها"        "  فَإِنَّ   شَرَّ   اللَبَنِ     الوالِجُ
كَذاكَ  لِلإِنسانِ  في     عَيشِهِ"        "   غالِيَةٌ   قامَ   لَها     ناشِجُ

 

 

 

 

 

وَلَوَ  اِنَّ  ما  يَأوي     إِلَي"        " يَ أُصابَ مِن ثَهلانَ فِندا
أَو رَأسَ رَهوَةَ  أَو    رُؤو"        " سَ شَوامِخٍ  لِهُدِدنَ    هَدّا
خَيلي    وَفارِسُها      لَعَم"        " رُ أَبيكَ  كانَ  أجَلَّ    فَقدا
فَضَعي قِناعَكِ  إِنَّ    رَيبَ"        "   مُخَبِّلٍ    أَفنى      مَعَدّا
مَن   حاكِمٌ   بَيني   وَبَي"        " نَ الدَهرِ مالَ عَلَيَّ   عَمدا
أَودى     بِسادَتِنا     وَقَد"        " تَرَكوا  لَنا  حَلَقاً  وَجُردا
وَلَقد    رَأَيتُ      مَعاشِراً"        "  قَد  جَمَّعوا  مالاً  وَوُلدا
وَهُمُ     زَبابٌ       حائِرٌ"        " لا  يَسمَعُ  الآذانُ    رَعدا
فَاِنعَم   بِجَدٍّ   لا    يَضِر"        " كَ النُوكُ ما أُعطيتَ   جَدّا
عِش بِالجُدودِ  فَما    يَضرِ"        "   الجَهل    ما      أَوتيتُ
فالنوكُ  خَيرٌ   في     ظِلا"        " لِ العَيشِ مِمَّن عاشَ   كَدّا
هَل  يُحرَمُ  المَرءُ  القَوِيُّ"        " وَقَد  تَرى  لِلنّوكِ    رُشدا

 

 

 

لِمَنِ  الدِيارُ   عَفونَ   بِالحَبسِ"        "   آياتُها   كَمَهارِقِ      الفُرسِ
لا  شَيءَ  فيها  غَيرُ    أَصوِرَةٍ"        " سُفعِ الخُدودِ يَلُحنَ في الشَمسِ
وَغَيرُ  آثارِ  الجِيادِ    بِأَعراضِ"        "    الخِيامِ    وَآيَةِ       الدَعسِ
فَحَبَستُ فيها الرَكبَ أَحدُس فيُ"        " جُلِّ الأُمورِ وَكُنتُ  ذا    حَدسِ
حَتّى إِذا التَفَعَ الظِباءُ  بِأَطرافِ"        "  الظِلالِ  وَقِلنَ  في     الكُنسِ
وَيَئِستُ  مِمّا   كانَ     يُطمِعُني"        "  فيها  وَلا   يُسليكَ     كَاليَأسِ
أَنمِي   إِلى   حَرفٍ    مُذَكَّرَةٍ"        " تَهِصُ الحَصا  بمَواقِعٍ    خُنسِ
خَذِمٍ  نَقائِلُها  يَطِرنَ     كَأَقطاعِ"        "   الفِراءِ   بِصَحصَحٍ     شَأسِ
أَفلا    نُعَدِّيها    إِلى       مَلِكٍ"        "  شَهمِ  المَقادَةِ  حازِمِ   النَفسِ
فَإِلى ابنِ مارِيَةَ  الجَوادِ    وَهَل"        " شَروى أَبي حَسانَ في   الإِنسِ
يَحبوكَ بِالزَعفِ الفَيوضِ   عَلى"        "  هَميانِها   وَالدَهمِ     كَالغَرسِ
وَبالسَبيكِ    الصُفرِ       يُعقِبُها"        "  بِالآنِساتِ  البِيضِ     وَاللُعسِ
لا   مُمسِكٌ    لِلمالِ      يُهلِكُهُ"        "  طَلقُ  النُجومِ  لَدَيهِ  كَالنَحسِ
فَلَهُ   هُنالِكَ   لا   عَلَيهِ    إِذا"        " رَغَمَت  أُنوفُ  القَومِ    للِتَعسِ

 

 

 

 

 

 

أَعَمرو اِبنَ  فَرّاشَةِ    الأَشيَمِ"        " صَرَمتَ الحِبالَ وَلَم تُصرَمِ
وَأَفسَدتَ قَومَكَ بَعدَ الصَلاحِ"        " بَني يَشكُرَ  الصَيدَ  بِالمَلهَمِ
دَعَوتَ  أَباكَ   إِلى     غَيرِهِ"        "  وَذاكَ  العُقوقُ  مِن    مَأثَمِ
كَفى  شاهِداً   إِلى     الصَفا"        " إِلى مُلتَقى  الحَجِّ  بِالمَوسِمِ
فَهَلّا سَعَيتَ لِصُلحِ    الصَديقِ"        " كَسَعى ابنِ مارِيَةَ    الأَقصَمِ
وَقَيسٌ تَدارَكَ  بَكرَ  العِراقِ"        " وَتَغلِبَ مِن شَرِّها    الأَعظَمِ
وَأَصلَحَ  ما  أفسَدُوا    بَينَهُم"        " وَذَلِكَ  فِعلُ  الفَتى  الأَكرَمِ
وَبَيتُ  شَراحيلَ  مِن    وائِلٍ"        " مَكانَ  الثُرَيّا  مِنَ    الأَنجُمِ

 

 

 

 

 

 

 

طَرقَ الخَيالُ  وَلا  كَلَيلَةِ    مُدلِجِ"        "  سَدِكاً  بِأَرحُلِنا   وَلَم     يَتَعَرَّجِ
أَنّى اِهتَدَيتِ وَكُنتِ غَيرَ    رَجيلَةٍ"        " وَالقَومُ قَد قَطَعوا مِتانَ السَجسَجِ
وَالقَومُ  قَد  آنوا  وَكَلَّ     مَطِيُّهُم"        "  إِلّا  مُواشِكَةَ  النَجا     بِالهَودَجِ
وَمُدامَةٍ     قَرَّعتُها        بِمُدامَةٍ"        " وَظِباءِ محنِيَةٍ  ذَعَرتُ  بِسَمحَجِ
فَكَأَنَّهُنَّ       لآلِئٌ         وَكَأَنَّهُ"        " صَقرٌ  يَلوذُ  حَمامَةً  لَم    تَدرُجِ
صَقرٌ  يَصيدُ  بِظُفرِهِ     وَجَناحِهِ"        " فَإِذا  أَصابَ  حَمامَةً    بِالعَوسَجِ
وَلَئِن سَأَلتِ إِذا الكَتيبَةُ    أَحجَمَت"        " وَتَبَيَّنَت رُعبَ  الجَبانِ  الأَهوَجِ
وَسَمِعتَ وَقعَ  سُيوفِنا    بِرُؤُسِهِم"        " وَقَعَ السَحابَةِ بِالطَرافِ المُسرَجِ
وَإِذا  اللِقاحُ   تَرَوَّحَت     بِعَشِيَّةٍ"        " رَتكَ النَعامِ إِلى كَنيفِ    العَوسَجِ
أَلفَيتَنا  لِلضَيفِ   خَيرَ     عِمارَةٍ"        " إِن لَم يَكُن لَبَنٌ فَعَطفُ    المُدمَجِ
وَبَعَثتَ  مِن  وُلدِ  الأَغرِّ    مُعَتِّباً"        " صَقراً  يَلوذُ  حَمامُهُ    بِالعَوسَجِ
فَإِذا   طَبَختَ   بِنارِهِ     نَضَّجتَهُ"        " وَإِذا طَبَختَ بِغَيرِها لَم    يَنضَجِ

 

 

 

 

 

آذنتنا        ببينها           أسماء        رب   ثاوٍ   يمل    منه      الثواء

بعد   عهدٍ   لنا    ببرقة      شما        ء   فأدنى    ديارها      الخلصاء

فالمحياة      فالصفاح        فأعنا        ق    فتاقٍ     فعاذبٌ       فالوفاء

فرياض   القطا   فأودية      الشر        يب      فالشعبتان         فالأبلاء

لا أرى من عهدت فيها فأبكي الي        وم  دلهاً  و   ما   يحير     البكاء

و   بعينيك   أوقدت   هندٌ      النا        ر   أخيراً   تلوي   بها     العلياء

فتنورت    نارها    من       بعيدٍ        بخزارى  هيهات   فيك   الصلاء

أوقدتها  بين   العقيق     فشخصي        ن   بعودٍ   كما   يلوح     الضياء

غير  أني  قد  أستعين  على    اله        م   إذا   خف   بالثوي      النجاء

بزفوفٍ     كأنها     هقلةٌ        أ        م     رئالٍ      دويةٌ        سقفاء

آنست   نبأةً   و   أفزعها      الق        ناص عصراً و  قد  دنا    الإمساء

فترى خلفها من  الرجع  و    الوق        ع      منيناً      كأنه      إهباء

و  طراقاً   من   خلفهن     طراقٌ        ساقطاتٌ  ألوت   بها     الصحراء

أتلهى   بها   الهواجر   إذ      ك        ل    ابن    همٍ    بليةٌ      عمياء

و  أتانا  من  الحوادث  و     الأن        باء  خطبٌ  نعنى  به   و     نساء

إن    إخواننا    الأراقم       يغلو        ن   علينا   في    قيلهم      إحفاء

يخلطون البريء  منا  بذي    الذن        ب  و  لا  ينفع   الخلي     الخلاء

زعموا أن كل من  ضرب    العي        ر   موالٍ   لنا   و   أنا     الولاء

أجمعوا   أمرهم    عشاءً      فلما        أصبحوا  أصبحت  لهم    ضوضاء

من منادٍ و من مجيبٍ و من   تص        هال  خيلٍ   خلال   ذاك     رغاء

أيها    الناطق    المرقش      عنا        عند  عمروٍ  و  هل  لذاك     بقاء

لا   تخلنا   على   غراتك      إنا        قبل  ما  قد  وشى  بنا     الأعداء

فبقينا    على    الشناءة      تنمي        نا   حصونٌ   و   عزةٌ     معساء

قبل ما  اليوم  بيضت  بعيون    ال        ناس   فيها    تغيظٌ    و      إباء

و   كأن   المنون   تردي      أر        عن  جوناً  ينجاب  عنه     العماء

مكفهراً  على  الحوادث  لا     تر        توه    للدهر     مؤيدٌ       صماء

إرمي    بمثله    جاكت      الخي        ل   وتأبى   لخصمها      الإجلاء

ملكٌ  مقسطٌ   وأفضل   من     يم        شي  ومن  دون  ما  لديه    الثناء

أيما     خطةٍ     أردتم       فأدو        ها   إلينا   تشفى   بها     الأملاء

إن  نبشتم  ما  بين  ملحة    فالصا        قب   فيه    الأموات      والأحياء

أو  نقشتم  فالنقش   يجشمه     الن        اس   وفيه    الإسقام      والإبراء

أو  سكتم  عنا  فكنا   كمن     أغ        مض  عيناً  في   جفنها     الأقذاء

أو  منعتم  ما  تسألون  فمن    حد        ثتموه     له     علينا       العلاء

هل   علمتم   أيام   ينتهب     النا        س   غواراً   لكل   حيٍ     عواء

إذ رفعنا الجمال من  سعف    البح        رين  سيراً  حتى  نهاها    الحساء

ثم   ملنا   على    تميمٍ      فأحر        نا   وفينا    نبات    قومٍ      إماء

لا   يقيم   العزيز   بالبلد     السه        ل   ولا   ينفع   الذليل      النجاء

ليس  ينجي   الذي   يوائل     منا        رأس    طودٍ    وحرةٌ    رجلاء

ملكٌ   أضرع   البرية   لا      يو        جد    فيها    لما    لديه      كفاء

كتكاليف  قومنا  إذا  غزا     المن        ذر  هل  نحن  لابن  هندٍ    رعاء

ما  أصابوا  من   تغلبيٍ     فمطلو        لٌ   عليه   إذا   أصيب      العفاء

إذا   أحل   العلياء   قبة      ميس        ون   فأدنى   ديارها     العوصاء

فتأوت    له     قراضبةٌ       من        كلٍ     حيٍ      كأنهم        ألقاء

فهداهم  بالأسودين  و  أمر     الل        ه   بلغٌ   تشقى    به      الأشقياء

إذ   تمنونهم    غروراً    فساقت        هم     إليكم     أمنيةٌ       أشراء

لم   يغروكم   غروراً   و     لكن        رفع  الآل  شخصهم  و    الضحاء

أيها    الناطق     المبلغ       عنا        عند عمروٍ  و  هل  لذاك    انتهاء

من  لنا  عنده   من   الخير     آيا        تٌ  ثلاثٌ   في   كلهن     القضاء

آيةٌ   شارق   الشقيقة   إذ      جا        ءت   معدٌ   لكل    حيٍ      لواء

حول   قيسٍ   مستلئمين      بكبشٍ        قرظيٍ        كأنه           عبلاء

وصيتٍ  من   العواتك   لا     تن        هاه    إلا     مبيضةٌ       رعلاء

فرددناهم    بطعنٍ    كما       يخ        رج  من   خربة   المزاد     الماء

وحملناهم   على    حزمٍ      ثهلا        ن    شلالاً    ودمي       الأنساء

وجبهناهم    بطعنٍ    كما      تن        هز  في   جمة   الطوي     الدلاء

‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌‌  وفعلنا   بهم   كما   علم     الل        ه   وما   إن    للحائنين      دماء

ثم  حجراً  أعني  ابن  أم     قطامٍ        وله       فارسيةٌ          خضراء

أسدٌ  في   اللقاء   وردٌ     هموسٌ        وربيعٌ    إن    شمرت      غبراء

وفككنا  غل  امرىء  القيس    عن        ه  بعدما   طال   حبسه     والعناء

ومع الجون جون  آل  بني    الأو        س     عنودٌ     كأنها       دفواء

ما جزعنا تحت العجاجة  إذ    ول        وا  شلالاً  وإذ   تلظى     الصلاء

وأقدناه    رب    غسان      بالمن        ذر  كرهاً  إذ  لا   تكال   الدماء

وأتيناهم       بتسعة          أملا        كٍ    كرامٍ    أسلابهم       أغلاء

وولدنا   عمرو   بن   أم     أناسٍ        من   قريبٍ   لما   أتانا     الحباء

مثلها   تخرج   النصيحة      للقو        م   فلاةٌ    من    دونها      أفلاء

فاتركوا  الطيخ  والتعاشي     وإما        تتعاشوا   ففي   التعاشي      الداء

واذكروا حلف ذي المجاز وما   قد        م    فيه     العهود       والكفلاء

حذر  الجور  والتعدي  وهل    ين        قض  ما  في  المهارق     الأهواء

واعلموا    أننا    وإياكم       في        ما  اشترطنا  يوم  اختلفنا     سواء

عنناً   باطلاً   وظلماً   كما     تع        تر  عن  حجرة  الربيض    الظباء

أعلينا   جناح   كندة    أن      يغ        نم    غازيهم    ومنا       الجزاء

أم  علينا  جرى  إيادٍ   كما     ني        ط    بجوز    المحمل    الأعباء

ليس  منا  المضربون   ولا   قي        سٌ   ولا   جندلٌ   ولا      الحذاء

أم   جنايا    بني    عتيقٍ      فإنا        منكم     إن     غدرتم       برآء

وثمانون    من    تميمٍ     بأيدي        هم  رماحٌ   صدورهن     القضاء

تركوهم    ملحبين    و       آبوا        بنهابٍ    يصم    منها      الحداء

أم  علينا  جرى  حنيفة   أم     ما        جمعت   من   محاربٍ      غبراء

أم  علينا  جرى  قضاعة  أم    لي        س   علينا   فيما   جنوا      أنداء

ثم  جاؤوا  يسترجعون  فلم     تر        جع  لهم  شامةٌ  و   لا     زهراء

لم   يحلوا   بني   رزاحٍ     ببرقا        ء   نطاعٍ   لهم   عليهم      دعاء

ثم  فاؤوا  منهم   بقاصمة     الظه        ر   لا    يبرد    الغليل      الماء

ثم خيلٌ من  بعد  ذاك  مع    الفلا        ق   لا   رأفةٌ   و    لا      إبقاء

و هو الرب  و  الشهيد  على    يو        م   الحيارين   و   البلاء    بلاء

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by ahmed bengriche
commenter cet article

Présentation

  • : POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • : Pour les passionnés de Littérature je présente ici mes livres qui sont edités chez DAR EL GHARB et EDILIVRE. Des poèmes aussi. De la nouvelle. Des traductions – je ne lis vraiment un texte que si je le lis dans deux sens.
  • Contact

Profil

  • ahmed bengriche
  • litterateur et pétrolier
 je m'interesse aussi à la traduction
  • litterateur et pétrolier je m'interesse aussi à la traduction

Texte Libre

Recherche

Pages