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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 05:06

LE TRACTEUR À CHENILLES

Il tombait une pluie de jours fériés sur la ville, très

fine, continue, durable, bénigne apparemment.

La veille, on avait remis des prix aux élèves du

collège et les voisins n’avaient cessé de faire du bruit

durant toute la nuit. Vers l’aube, des voitures avaient

longtemps sillonné les quartiers et des voix ivres

avaient chantonné à tue-tête.

– C’est pas parce qu’on t’a pas remis un bon livre

que tu veux pas manger, dit le père en français !

L’enfant était assis face à la fenêtre dont la bordure

de base, large, lui tenait lieu de table. De temps à

autre il passait un doigt sur la vitre pour rendre le

dehors plus visible.

– Si c’est le premier c’est le premier, dit la mère,

elle aussi en français.

Elle se tenait debout derrière son fils. Elle portait

une robe très courte. L’enfant se taisait puis écouta sa

mère quitter la pièce et se diriger vers la cuisine.

Monsieur Rivet arriva sur l’autre trottoir,

accompagné de son fils, tenant son parapluie fermé à

la main. Ils pressaient le pas. Le fils avait un gros

livre sous le bras. Le père et le fils cognèrent à leur

porte. La porte s’ouvrit. Une tête de jeune femme

apparut… Madame Rivet.

– Regardez, regardez, cria l’enfant !

Le père ouvrit la fenêtre dans un geste saugrenu et

lança au voisin : « bonjour Monsieur Rivet, bonjour

Monsieur Rivet… le petit ça va ? ».

Son fils à lui vit passer sa pauvre petite silhouette,

devant l’estrade d’une classe de collège face à une

autre silhouette très ample et qui avait tout le corps

affalé sur le bureau, qui clamait : hé ! bonjour

monsieur du corbeau !

Monsieur Rivet tourna une tête blafarde, ridée au

front, vers ce voisin un peu singulier, de sa main

poussa sa femme et son fils et fit claquer derrière eux

la porte.

– Il m’a salué d’un clin d’oeil, dit le père en

refermant la fenêtre, d’une voix basse. Puis

considérant son fils : pour moi tu es le premier, et

c’est l’essentiel pour toi ; et puis – il passa une grosse

main d’ouvrier sur la tête de l’enfant – c’est ton

camarade, Alain ; c’est un bon élève aussi…

– C’est pas vrai, cria l’enfant ! Même les

professeurs savent que je lui montre en tout !

– Fallait pas lui montrer, dit la mère d’une voix

grêle depuis la cuisine.

– L’essentiel pour nous, coupa le père, c’est que tu

sois meilleur vis-à-vis de tes camarades arabes.

– Le fils des Guitane, il a reçu quelque chose,

demanda la mère, toujours depuis la cuisine ?

– Rien, grogna le fils.

– Voila dit le père ; on demande pas plus ; on

demande pas plus ; puis il glissa une pièce d’argent

dans la main de l’enfant.

L’enfant rabaissa son regard vers sa paume ouverte

puis laissa glisser sur le sol les dix francs.

Le père ramassa son argent. Il restait debout, un

peu en retrait de la fenêtre. Lui aussi regardait le

dehors.

Les grains de pluie se remirent à battre férocement

le carreau. Quelque chose gronda du côté de la

montagne. L’enfant pensa à son cousin Ali qui

habitait la campagne et qui faisait passer, dit-on, des

jeunes vers le maquis…

Toute la vitre semblait fondre comme de la cire

quand Monsieur Rivet sortit de chez lui et se mit à

courir sous la pluie.

Un long moment passa. Puis de la gauche, en file

indienne, apparurent des chars, qui avançaient sous

une pluie de plomb, le canon oblique.

Le père était debout derrière l’enfant et aussi la

mère qui semblait grelotter dans cette minuscule

robe ; tous trois observaient le défilé.

– Le professeur de géographie a dit qu’un tracteur

à chenilles n’a pas le droit de traverser une route

goudronnée, cela esquinte le bitume.

– Oui, murmura le père, mais ces engins-là sont

très légers.

– Ils sont fait d’aluminium, ajouta la mère et ses

talons tambourinèrent le sol.

*

* *

En bas, coule la rivière. Invisible, mais là.

Imperceptible aussi. Mais là. La fenêtre est oblongue.

Il se penche. Mais la rivière reste invisible. Il se

penche un peu plus. Jusqu’à ressentir le verre froid

contre un sourcil. En bas, de la bonne terre dans son

champ de vision. Un tracteur à chenilles en son

centre. Le tracteur vient de délimiter le grand champ.

Une bande jaunâtre dans une tache ocre. Il dit : il va

pleuvoir ! la pluie ! la pluie ! L’odeur de paille lui

frôle les narines. Il s’étonne. Les carreaux de la

fenêtre étant fermés. Il écoute les deux autres se

verser du thé dans de petits verres. Ils sont toujours

attablés. Et parlent dans un mélange d’arabe et de

français. La guerre ! dit l’un. La guerre ! dit l’autre.

La guerre ! reprend le premier. Comme lui, ils ont dû

recevoir le télégramme. Et sont venus ici s’escrimer

avant le débat. Le tracteur quitte le champ et prend

par la gauche. Il pleut… Le Nationalisme, fait l’autre.

De biais les grains de pluie frappent au carreau de la

fenêtre. En bas, la rivière doit avoir une couleur de

limon. Charriant de vagues nuits. Le ciel se dégage.

Se creuse. L’un des deux, le plus gros sûrement,

raconte une histoire. Qui doit se rapporter à la

guerre… Un colloque, on ne peut plus absurde. Le

télégramme stipule : vous invitons à assister à notre

colloque en tant qu’ancien combattant. Sujet : ce qui

vous a personnellement poussé à rejoindre les

rangs…

Des enfants revenus de l’école traversent le champ.

Ils vont très lentement. Puis se mettent à courir. De

gros nuages s’enfuient par delà le champ sur d’autres

montagnes. Pluie encore ! Dessus un essaim de

gosses. Dans un moment l’un des garçons de l’hôtel

dira : je vais prendre quelques jours de repos pour

m’occuper de mes enfants qui seront en vacances à

partir de demain. Les deux autres commandent du

café. Ils doivent être étrangers à cette région de

Kabylie. Ils se sont trompés plusieurs fois de chemin

pour arriver jusqu’ici et rient de leur mésaventure. On

a vieilli ! On n’a plus nos vingt ans ! D’après le

waeh… l’un doit être de l’Ouest. Chta chefna… chta

tmermedna… Il parle de l’Ouarsenis. Des Aurès.

– Quelle année, s’enquiert le deuxième ?

– 1959, fait le premier !

– Tu as dû sûrement connaître Lahcene Kherfi !

– Que Dieu ait son âme ! fait le premier et il

s’épongea le front d’un minuscule mouchoir.

Le deuxième : nous étions ensemble dans les

monts de Beni Salah avant qu’il ne fût dans les Aurès.

Le premier : un baroudeur !

En bas, la rivière charriant des couleurs de nuits.

Sa mère parlant de métal. Son père saluant Monsieur

Rivet. Il sent l’odeur de paille mouillée à travers le

carreau. Quelqu’un de dessous sa propre peau lui

conseille de laisser un mot : le mensonge familial

m’avait poussé à rejoindre les rangs, puis de partir.

Mais il se ravise.

Puis il se remet à écouter ces deux voisins de table.

– Je ne te crois pas, souffle le premier !

– Si ! si !

– Si tu cherches bien, tu trouveras un motif.

– Sur la tête des martyrs !

– Ce n’est jamais sain de jurer ou de raconter une

guerre, commence l’autre. On ajoute sûrement. On

retranche parfois. Sa voix est très calme. Celle de

quelqu’un qui se penche sur la margelle d’un puits, qui

a déjà bu, qui observe le noir d’eau, qui hume le tout :

briques, liquides, feuilles d’arbres flottant… Nous

possédions beaucoup de terres. Vinrent les roumis.

Cinquante ans après, mes arrière-grands-parents

commencèrent à vendre aux colons des lopins… Ces

transactions continuèrent avec mon grand-père puis

avec mon père. Apres la deuxième guerre mondiale,

s’installèrent les maladies et la misère et ce dernier,

pour subvenir à nos besoins, se remit à céder de la

bonne terre pour quelques francs et à déboiser

jusqu’aux coins les plus reculés du domaine. Et il

vendait. Il vendait. Pour quelques sacs de blé. Pour une

vache. Pour rien du tout… À la fin, nous dûmes quitter

la vieille bâtisse des ancêtres qui se trouvait sur le

dernier bon morceau de terre et construire un gourbi

près du cimetière où étaient enterrés depuis des siècles

les morts de notre tribu. J’avais vingt ans en ce tempslà.

Un matin nous venions de déboiser un pan d’un

versant de montagne, et à notre retour à la chaumière,

nous vîmes le colon lui même, sur son tracteur à

chenilles, en train de labourer le cimetière. Nous

l’observâmes un bon moment en silence. Enfin, il

consentit à descendre de sa machine et à venir vers

nous : c’est pour rattacher le tout, Messaoud ! Puis il

ajouta : tu bougeras pas la baraque ; je te payerai ce

morceau aussi…

Mon père ne dit rien. Le soir, ni moi ni mon père

ne touchâmes au dîner. Le sommeil ne me gagna pas,

non plus, cette nuit-là. Vers l’aube – il faisait une

pleine lune sur la terre de Dieu – je sortis de la hutte

et me dirigeai vers le carré de terre retournée. Il y

avait beaucoup d’ossements.

Beaucoup d’ossements…

Il se tut un moment puis ajouta : le lendemain je

tuai le colon et rejoignis le maquis.

 

 

 imagesCATH5UXG

 

                                              

 

 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:35

البلد الحبيب

 

 

البلد الحبيب يهجرنا

الآن

لنخلع جلدنا

لنجلس القرفصاء

فليقول أحدنا

النارجيلية يا ولد

البلد الحبيب

بزيتونه

دروبه

غنائه

حكاياته

أود ياءه

يهجرنا

لقد هجرنا يوم ولدت أنت

بكرة في دير ياسين

بكرة في كفر قاسم

الآن

فلندخن

لنضحك بإحتشام

ثم لنغطس في مياه نيل

في مياه سيبوس ما

 

 

اليوم السابع( عدد     264    )

سنة     1989

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 11:46

LA QUESTION

– Et après ? fit le gendre. Il venait d’allumer une

Bastos et soufflait par les narines deux longs jets de

fumée.

– Le troisième jour, on me poussa dans la

baignoire. Et des questions. Des questions.

Toujours des questions. Les mêmes. On les

reprenait par un bout. Mais c’étaient toujours les

mêmes.

Le vieil homme était assis sur un petit banc au

milieu de la salle. Debout, en face, se tenait son

gendre. Sa fille était assez en retrait, le dos contre le

mur. Elle regardait à travers la fenêtre ouverte de

l’autre mur les collines qui couraient à perte de vue

vers les grandes montagnes de Beni Salah qu’elle

distinguait mal tant elles étaient entourées d’un halo

de poussière de lumière et de légers nuages accrochés

aux cimes. À ses pieds un chien était couché.

– Tu n’as pas parlé bien sûr, fit le gendre.

– Non ! répondit le vieil homme. Il remua sur son

petit banc et avait à présent l’air hébété. Son regard se

fixait par moment et plus d’une minute sur le chien.

    – Non ! non ! cria-t-il soudain, en sursautant sur

son banc.

Le gendre le toisa longuement puis dit avec

amabilité : c’est rien si tu n’as pas parlé. Puis il leva

les yeux vers sa femme qui était toujours adossée au

mur et qui était trop pale. C’est rien, ajouta-t-il dans

un souffle, comme pour lui-même.

Lundi passé les forces locales firent arrêter trente

miséreux qui travaillaient chez le colon Perrier à leur

sortie du champ de coton vers le soir. Mine de rien on

les avait poussé vers le centre correctionnel de bordj

Deikha. Le lendemain, à l’aube, on relâcha la plupart

pour ne garder que six personnes…

– Le chien ! cria Ammi Salah.

– Avance-lui le chien, ordonna Aziz à sa femme.

La femme, qui pleurait en silence, poussa le chien

devant son père.

– Voilà Dada ! voilà !

– Laisse-lui l’animal tout près, dit Aziz à sa femme.

Le vieux passa ses deux mains sur tout le corps de

l’animal à la manière d’un aveugle.

Le chien se mit à grogner.

– Chutt ! fit le gendre. Couché ! cria-t-il.

La bête se coucha de tout son long sur le parterre.

– Rex ! fit le vieux du bout des dents en plissant

les lèvres sur les gencives.

– Devant toi, Dada, devant toi, murmura sa fille, la

voix entrecoupée par les pleurs.

Les yeux du vieux allaient un peu partout dans

l’enceinte et c’était comme s’il observait plusieurs

chiens à la fois.

    – Mangé ?

– Il a mangé… il a plus que mangé, fit sa fille.

– Bu ?

– Bien sûr, bien sûr, fit sa fille.

Le gendre se mit à marcher dans la grande salle.

Le temps d’allumer et de fumer une nouvelle Bastos.

Puis il ordonna à sa femme de choisir un minimum

d’affaires et de les nouer dans un linge. Ils allaient

partir après le coucher du soleil.

Alors, la jeune femme se jeta devant son père et

lança un long sanglot.

Le mari se baissa et fit relever sa femme d’une

poigne forte.

– Ton père a parlé, lui murmura-t-il.

– Le chien ! vociféra le vieux. Le gendre comprit

que c’était la une sorte d’insulte vindicative.

Le vieux chien se renversa en un soubresaut et se

mit à frotter le poil contre le sol. Des sons d’une bête

à l’agonie lui sortaient à travers le cou.

– Dépêche-toi, fit le mari à sa femme.

Maintenant le vieux tiraillait le chien par la queue

en courant presque d’un bout à l’autre de la pièce. Il

riait. Le turban, défait sur sa tête, lui cachait les yeux

et tombait sur ses épaules. Il riait.

– Viens ! dit le gendre, y a plus rien à faire pour

ton père.

– Rex, ricanait le vieux qui avait une étrange

expression sur le visage.

– Je vais peut-être chauffer de l’eau pour ses pieds,

dit en hoquetant la femme.

– C’est là que ça se passe, dit Aziz en touchant sa

tête, c’est pas ses pieds.

    La femme alla chercher quelques vêtements dans

l’autre pièce qui était contiguë à la grande salle tout

en hoquetant. Le mari dut lui-même faire le baluchon

en deux ou trois gestes. Puis il fit endosser à sa

femme une grande vareuse, jeta son burnous, qu’il

décrocha à un clou du mur, sur l’épaule et poussa

Zahra vers la sortie.

Quand Aziz ouvrit la porte un arbre faillit pénétrer.

Ce n’était, à vrai dire, qu’une branche de l’immense

eucalyptus que quelque ancêtre avait tenu à planter à

deux doigts du seuil de la maison et qui, quand

soufflait le vent comme ce soir, entrait en transe et

embrassait la bâtisse en se collant à la façade et à la

porte d’une partie de sa ramure touffue aux feuilles

larges…

Tante Zahra, veuve et ancienne combattante,

devait révéler des années plus tard : ce n’étaient

jamais les mêmes personnes qui venaient chez nous.

En ce temps là, bien avant que je ne rejoigne le

maquis pour devenir infirmière, mon rôle se limitait à

préparer le dîner dans l’autre chambre. J’étais très

timide et c’était mon propre père qui les servait. Déçu

par son ancien parti populaire, touché par la mort de

ma mère lors de ma naissance, il fermait parfois son

foyer et venait habiter pendant des semaines chez

nous. Je me souviens que c’était mon propre mari qui

m’apprit, une année après notre départ, avant qu’il

ne tombât lui-même à Sakiet Sidi Youcef que mon

père avait brûlé notre propre maison et s’était mis à

sillonner la région, accompagné d’une dizaine de

chiens ; il n’avait plus de rapport avec les

maquisards et fut abattu par l’un des gérants qui le

surprit entrain de mettre le feu aux locaux

administratifs de la ferme…

    Jusqu’à minuit, les voisins purent entendre Ammi

Salah ricaner et hurler après le chien et la pauvre bête

pousser des cris qui n’étaient plus déjà des

aboiements.

Vers l’aube, des soldats poussèrent la porte – et

bien sûr l’immense branche de l’eucalyptus – et

pénétrèrent dans la vaste salle. Ils étaient six.

Dans l’enceinte, il y avait l’animal étendu sur un

côté, les yeux clos, montrant un bout des dents. Une

corde, grossie par l’eau, lui entourait le cou. Tout

près, le vieux, assis sur ses jambes croisées, un bâton

à la main, la tête nue. Entre le cadavre du chien et le

vieux, une grande bassine remplie à moitie d’eau.

Les soldats s’alignèrent, le dos contre le mur de la

fenêtre et observaient le vieux qui ne s’est point

aperçu de l’intrusion du groupe et qui continuait

comme dans un rêve, à cogner avec lenteur le sol de

son bâton et à dire avec de la lassitude dans la voix, à

répéter plutôt des propos qui s’éparpillaient sur le

pelage de l’animal.

Qui d’autres ? Qui collecte ? Étaient-ils quatre ?

Pour qui l’argent ? Combien par nuit ? Combien ?

Quand ? Chez qui vient-on ? À quelle heure arrive-ton

? Passent-ils la nuit ? Qui donne l’argent ? Pour

qui l’argent ? Pour qui l’argent ? Passent-ils la nuit ?

À quelle heure arrive-t-on ? Chez qui vient-on ?

Quand ? Par nuit combien ? Combien ? Pour qui

L’argent ? Étaient-ils quatre ? Qui collecte ? Qui

d’autres ?

 

chien



 

 

 














 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 21:38

 

AUTOCENSURE

 

 Moi et toi

 

Il pleut dans notre mémoire

 

Et le vent y passe comme passe le vent

 

Il pleut de la m… et nous sommes silence

 

Nous sommes morts de l’intérieur des os

 

Il pleut dans notre mémoire

 

Moi et toi

 

Et la neige nous pétrit les fesses

 

Et nous crachons nos entrailles comme si nous

 

soufflons des grains de sable – de froid

 

Le froid oblique, froid ricanant

 

Moi et toi

 

Mais déjà mes mots s’éparpillent

 

Ou trouver les mots

 

Quel pleur

 

Quel parchemin

 

Je prends des notes pour moi tout seul MONSIEUR

 

Maintenant Adda qui remontait le fleuve entre sable

 

et dune et mer et cailloux et chien et crotale et

 

bédouin portant un lithem de nylon  

 

 

ecrivain

 

 

 

 

مراقبة ذاتية

 

أنت و أنا

 

المطر في ذاكرتنا

 

وتمر بها الريح تماما  كما تمر الرياح

 

يمطر الخ...  و نحن نسيان

 

نحن ميتون من داخل العظام

 

المطر في ذاكرتنا

 

أنت و أنا

 

و هذي الثلوج  ثلوج دلاكة  أردافنا

 

حتى نبصق أمعاءنا  كمن ينسف  حبات رمل – من البرد

 

البرد المائل الصقيع  الساخر

 

أنت و أنا

 

آه من كلماتي المبعثرة

 

أي لفظ

 

أي دمع

 

أي قرطاس

 

ما أنا إلا مدون ملاحظات سيدي

 

الآن الآن هدى التي تصعد  النهر

 

بين رمال وكثب وبحار وحجر وكلاب وذات

 

قرنين وبدوي بلثامه من النيلون...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 04:48

fumeur

SEVE ET CHANT

Dans cette vie, il faut toujours savoir ce qu’on veut, déclara Brahim à sa femme.
Il se tut.
A l’intérieur de la chambre, sous quelque meuble crissait un insecte. Brahim l’écouta un peu plus qu’il ne fallait.

— C’est comme cet insecte ; il fallait pas laisser la porte ouverte ; et maintenant qu’il est là il s’agit de le faire sortir.
Le silence de nouveau. Dehors, la nuit noire cadenassait le village.
Sa femme hoqueta par deux fois près de la porte où elle était accroupie près du canoun. Il comprit qu’elle n’avait pas réfléchi à ce qu’elle avançait depuis quelques jours.

— Et maintenant que je viens de prendre contact avec les frères, avoua-t-il presque à lui-même !
La femme hoqueta deux autres fois, rapidement.
— Je ne crois pas qu’ils vont m’accepter dans les rangs ; peut-être même je vais essayer de ne pas partir, dit-il à la ronde ou à quelque auditoire invisible.

— Si…si… tu dois partir, pleurnicha Aziza !

— Et pourquoi pleurer dans ce cas, maugréa Brahim.

— J’ai peur, Brahim, j’ai peur… ton frère est mort avant même de quitter le village…
Brahim regarda sa femme dans les yeux et les trouva très rougis.

— C’était idiot ce qu’avait voulu faire mon frère ; tenter le diable ; il voulait faire de l’exploit ; les frères n’avaient jamais demandé à quelqu’un de s’attaquer tout seul à une caserne ; c’était faisable
aussi ; mais il fallait un peu de jugeote ; et puis c’était pas sa faute ; c’est ce vieux de vache…
— Rabaisse la voix, cria Aziza, tout en donnant des coups de vent au dessus du brasero ; il nous écoute dans l’autre chambre.
Depuis l’autre chambre une toux rauque parvint jusqu’à leurs oreilles et Brahim s’enflamma.
— Je me tais pas ! Je me tais pas !
Puis il se mit à pasticher son vieux père : Miloud attaque-moi ce vieux con de colon si t’es mon fils vrai de vrai Miloud de bonheur sur lui à bout portant si t’es mon fils vrai de vrai Miloud je
connais les colons avec des gifles tu pourras désarmer une compagnie j’ai fait leurs deux sales guerres fais-le pour moi si t’es mon fils vrai de vrai…

— Tais-toi ! tais-toi ! glapissait Aziza, je sens qu’il nous écoute…
Brahim se tut. Assis au milieu du lit, les jambes repliées à la manière turque, il fumait une petite cigarette pleine de sève et de chant…
Des années passèrent. L’une aussi longue que l’autre et Brahim n’arrivait pas à se décider à partir en guerre. Il lui fallait quelque brisure en soi, quelque déclic, mais rien ne se produisit. A la deuxième année son père mourut de chagrin et le chien avec, presque la même journée. A la troisième année sa vieille mère devint folle et se mit à déambuler dans les ruelles du matin jusqu’au soir et à crier aux gens laissez-le partir laissez-le partir, leitmotiv qui augmentait progressivement en intensité à partir de seize heures, moment du quartier libre de la caserne, elle qui l’avait vu maintes fois décidé à partir à la montagne le soir et qui l’avait retrouvé le lendemain matin à l’intérieur de la maison… Pendant cinq ans le monde continua à parler du départ de Brahim en guerre. Dans les rues, les enfants le saluaient et l’aidaient à porter le gros couffin quand il revenait du souk et cela jusque chez lui. Dans les cafés, les hommes, ceux qui portaient et ceux qui ne portaient pas la moustache, lui payaient sa boisson et lui tapotaient sur les épaules. Les colons qui le rencontraient sur leurs chemins évitaient son regard ou fuyaient carrément par les chemins de traverse pour ne pas être en butte à quelque inconvenance… Le vieux con de colon qui avait bu le sang de son père jusqu’aux os, se mit à lui ramener chaque jours des caisses de légumes et l’appelait Monsieur Brahim. Jusqu’aux femmes, qui, quand il
passait dans le quartier sanglé dans sa gabardine, se mettaient à lancer des youyous et à glorifier les martyrs. Enfin on le surnomma le Patriote.
Le Patriote – sept ans avaient passé très vite pour décider quelqu’un de la trempe de Brahim à partir en guerre - durant les premiers mois cruciaux de l’Indépendance, badigeonna les murs d’un grand OUI avec de la couleur rouge brique, organisa l’accueil des guerriers qui redescendaient la montagne, se fit photographier avec la plupart d’entre eux, en tenant bien haut deux armes en signe de victoire, marcha en long et en large dans le village des journées entières à la tête de plusieurs colonnes de ribambelles de gosses en chantonnant des hymnes patriotiques jusqu’à la rupture de ses cordes vocales…
Des années passèrent. L’une pluvieuse. L’autre sèche. Une première décennie. Une deuxième.
Une troisième.
Brahim a un peu vieilli. Voila qu’il vient de rouler sa petite cigarette pleine de sève et de chant.
Dans sa tête commencent à rouler des idées saugrenues.

— Dans cette vie, il faut toujours savoir ce qu’on veut, déclare Brahim à sa vieille femme.
Il se tait.
A l’intérieur de l’appartement, sous quelque meuble, crisse le vieil insecte. Brahim l’écoute un peu plus qu’il ne faut.

( in CORPS-MORTS)

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 18:16

Assidue

Comme un vieil homme qui regarde seul dans une chambre noire des serpents à la télévision

Belle

Comme une calligraphie

Un oiseau pâle ivre heureux qui chante

Elle se dénude parfois

A la lumière de la bougie

Et touche du coude et de l'avant bras les barreaux de sa fenêtre

Elle regarde moins que toute autre le dehors

Sa gorge contient un idiome indicible

Elle a peur

Elle a très froid

femefentre 

 

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 04:29

  wallass

« Poèmes »

Wallace Stevens

Traduit par Alain Cuerrier

 

 

Fabliau de Floride

La barque de phosphore

Sur la plage de palmiers.

S'éloigne dans le paradis,

Dans les albâtres

et les bleus de la nuit.

L'écume et les nuages font un.

Les monstres-lunes étouffants

Se dissolvent.

Emplis ta coque noire

Avec la blanche clarté de la lune.

Il n'y aura jamais de fin

À ce vrombissement des vagues.

 

 

Une autre femme en pleurs

Chasse le malheur

De ton coeur trop amer.

Que le chagrin ne pourra adoucir.

Le poison croît dans cette pénombre.

C'est dans l'eau des larmes

Que s'épanouissent ses fleurs noires.

La cause magnifique de l'existence.

L'imagination, la seule réalité

Dans ce monde imaginé

Te laisse

Avec celui dont nul fantasme ne surgit,

Et tu es transpercée par une mort.

 

 

 

 

De l'apparence des choses

I

Dans ma pièce, le monde dépasse ma compréhension ;

Mais lorsque je marche je vois qu'il est fait de trois ou

quatre

collines et un nuage.

Il

De mon balcon, je contemple l'air jaune.

Lisant là où j'ai écrit,

« Le printemps ressemble à une belle qui se dénude ».

L'arbre doré est bleu.

Le chanteur a rabattu sa cape sur sa tête.

La lune est dans les plis de la cape.

 

 

 

Les rideaux de la maison du métaphysicien

Il arrive que le flottement de ces rideaux

Soit plein de longs mouvements ; comme le lourd

dégonflement

De la distance ; ou comme les nuages

Inséparables de leurs après-midi ;

Ou le changement de luminosité, la tombée

Du silence, sommeil et solitude immenses

De la nuit, dans laquelle tout mouvement

Est inatteignable, comme le firmament

Qui, en s'élevant et s'effondrant, dénude

La dernière largesse, audacieuse à regarder.

 

 

 

Le thé au palais de Hoon

Pas moins parce que drapé de pourpre je descendis

Le couchant à travers ce que tu appelais

L'air le plus solitaire, pas moins étais-je moi-même.

Avec quel onguent avait-on aspergé ma barbe ?

Quels étaient les hymnes qui bourdonnaient près de

mes oreilles ?

De quelle mer s'agissait-il dont la marée m'a porté

jusque-là ?

Sorti de mon esprit l'onguent doré ruissellait,

Et mes oreilles produisaient les hymnes murmurés

qu'elles entendaient.

J'étais moi-même le compas de la mer :

J'étais le monde dans lequel je marchais, et ce que j'ai

vu

Ou entendu ou senti ne venaient que de moi ;

Et là je me suis senti plus réel et plus étrange.

 

 

 

 

Six paysages révélateurs

I

En Chine

Un vieil homme s'assoit

À l'ombre d'un pin.

Il voit un pied-d'alouette,

Bleu et blanc.

Bouger dans le vent,

À la limite de l'ombre.

Sa barbe bouge dans le vent.

Le pin bouge dans le vent.

Ainsi l'eau s'écoule

Au-dessus des mauvaises herbes.

Il

La nuit est de la couleur

D'un bras de femme :

Nuit, la femelle.

Obscure,

Parfumée et souple.

Se dissimule.

Une mare d'eau brille,

Comme un bracelet

Secoué pendant une danse.

Ill

Je me suis mesuré

À un grand arbre.

Je trouve que je suis beaucoup plus grand.

Puisque j'arrive parfaitement à atteindre le soleil

De mon regard ;

Et que je parviens à atteindre le rivage de la mer

Avec mes oreilles.

Malgré tout, je déteste

la façon qu'ont les fourmis

D'entrer et de sortir de mon ombre.

IV

Lorsque mon rêve était à proximité de la lune,

Les plis blancs de sa robe

Étaient remplis de lumière jaune.

Les plantes de ses pieds

Rougeoyaient.

Ses cheveux étaient remplis

Par certaines cristallisations bleues

Issues d'étoiles

Peu éloignées.

V

Ni l'ensemble des couteaux des réverbères.

Ni les ciseaux des rues infinies,

Ni les maillets des coupoles

Et des grandes tours.

Ne peuvent sculpter

Ce qu'une seule étoile peut sculpter

De sa lumière traversant les feuilles de vigne.

VI

Les rationalistes, portant des chapeaux carrés.

Pensent à l'intérieur de pièces carrées.

En regardant le plancher.

En regardant le plafond.

Ils se limitent

Aux triangles à angles droits.

S'ils essaient les rhomboïdes,

Les cônes, les lignes sinueuses, les ellipses -

Comme, par exemple, l'ellipse de la demi-lune

Les rationalistes porteraient des sombreros.

 

 

 

Théorie

Je suis ce qui m'entoure.

Les femmes le savent.

On n'est pas duchesse

À cent verges d'un attelage.

Ceux-ci d'ailleurs sont des portraits

Un vestibule noir ;

Un lit haut gardé par des rideaux.

Ce sont simplement des exemples.

 

 

 

 

Treize manières de regarder un étoumeau

I

Parmi vingt montagnes enneigées,

L'oeil de l'étourneau était

La seule chose en mouvement.

Il

J'étais partagé par trois désirs.

Comme un arbre

Dans lequel il y a trois étourneaux.

Ill

L'étourneau tournoyait dans les vents automnaux.

C'était un petit rôle d'une pantomime.

IV

Un homme et une femme

Font un.

Un homme et une femme et un étourneau

Font un.

V

Je ne sais ce que je préfère entre

La beauté des modulations

Ou la beauté des insinuations.

Le sifflement de l'étourneau

Ou l'après-chant.

118

VI

Les glaçons remplissaient la large fenêtre

De verroteries barbares.

L'ombre de l'étourneau

La traversait de long en large.

L'humeur

Traçait dans l'ombre

Une cause incompréhensible.

VII

Ô hommes minces de Haddam,

Pourquoi imaginez-vous des oiseaux ors ?

Ne voyez-vous pas la façon qu'ont les étourneaux

De circuler aux pieds des femmes qui vous entourent ?

VIII

Je connais des accents nobles

Et de lucides et inéluctables rythmes ;

Mais je sais également

Que l'étourneau est impliqué

Dans ce que je connais.

IX

Lorsque l'étourneau disparut de notre champ de vision,

Il laissa une marque à la marge

De l'un des nombreux cercles.

X

À la vue des étourneaux

Volant dans une lumière verte.

Même les putes de l'euphonie

Pousseraient des cris aigus.

119

XI

Il traversait le Connecticut

Dans un carrosse de verre.

À un moment une crainte le transperça.

En ce qu'il confondait

L'ombre de son équipage

Avec des étourneaux.

XII

La rivière s'écoule.

L'étourneau doit être en vol.

XIII

C'était le soir tout l'après-midi.

Il neigeait

Et bientôt il neigerait.

L'étourneau se percha

Sur les branches du cèdre.

 

 

 

Dieu est bon. C'est une belle nuit

Regarde, lune brune, oiseau brun, alors que tu te lèves

pour t'envoler,

Regarde la tête et la cithare

Sur le sol.

Regarde autour de toi alors que tu amorces ton vol, lune

brune.

Regarde le livre et le soulier, la rose étiolée

La porte.

C'était le lieu où tu es venue la nuit dernière.

Près d'où tu volais, volais sans jamais t'éloigner.

Encore, maintenant.

Dans ta lumière, la tête parle. Elle lit le livre.

Elle devient de nouveau l'érudite, cherchant de célestes

rendez-vous.

Tirant une maigre musique de la corde la plus rouillée,

Soutirant de ce qui reste de l'été la plus rouge

Des fragrances.

La chanson vénérable tombe de tes ailes fougueuses.

La chanson de l'immensité de ton âge transperce

La nuit fraîche.

 

 

 

 

Débris de la vie et de l'esprit

Il y a si peu de choses qui soient proches et chaudes.

C'est comme si nous n'étions jamais enfants.

Assieds-toi dans la pièce. À la faveur du clair de lune il

ressort

Que c'est comme si nous n'avions jamais été jeunes.

Nous ne devrions pas être réveillés. C'est de cela

Que sourdra une femme d'un rouge éclatant,

Et, debout dans des ors violents, brossera ses cheveux.

Elle prononcera d'un air pensif les mots d'une ligne.

Elle pensera à eux qui ne réussissent pas tout à fait à

chanter.

D'ailleurs, lorsque le ciel est si bleu, les choses chantent

d'elles-mêmes.

Même pour elle, déjà pour elle. Elle sera attentive

Et sentira que sa couleur est une méditation,

La plus joyeuse mais pas aussi joyeuse qu'auparavant.

Reste ici. Parle encore un moment de choses familières.

 

 

 

La maison était silencieuse et le monde était calme

La maison était silencieuse et le monde était calme.

Le lecteur devint le livre ; et la nuit d'été

Était comme l'être conscient du livre.

La maison était silencieuse et le monde était calme.

Les mots étaient prononcés comme s'il n'y avait pas de

livre.

Sinon que le lecteur se penchait au-dessus de la page.

Voulait se pencher, voulait vraiment être

Le lettré pour qui son livre dit vrai, pour qui

La nuit d'été est comme une perfection de la pensée.

La maison était silencieuse parce que cela devait être.

Le silence était en partie signification, en partie pensée :

L'accès à la perfection de la page.

Et le monde était calme. La vérité dans un monde calme,

Dans lequel il n'y a pas d'autre signification, elle-même

Est calme, elle-même est été et nuit, elle-même

Est le lecteur tard se penchant et lisant.

 

 

 

Lebensweisheitspielerei

De plus en plus faible, la lumière s'effondre

Dans l'après-midi. Les fiers et les forts

S'en sont allés.

Ce sont les médiocres qui demeurent.

Les fatalement humains.

Les natifs d'une sphère en décroissance.

Leur indigence est une indigence

C'est-à-dire, une indigence de la lumière.

Une pâleur étoilée qui s'éternise sur des fils.

Peu à peu, le dénuement

De l'espace automnal devient

Un regard, quelques mots prononcés.

Chaque personne nous touche complètement

Par ce qu'il est et comme il est,

Dans la grandeur surannée de l'annihilation.

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 07:20

SYLVIA PLATHPapa (12 octobre 1962)

Ne fais pas, ne fais pas,

plus jamais, chaussures noires

dans lesquelles j’ai vécu comme un pied

pendant trente ans, pauvre et blanche,

osant à peine respirer ou éternuer.

Papa, j’ai dû te tuer.

Tu es mort avant que j’en ai eu le temps --

Lourd comme marbre, un sac débordant de Dieu,

grand comme un phoque de Frisco

et une tête dans l’étrange Atlantique

où se déverse grain vert ou bleu

dans les eaux hors du si beau bateau Nauset (2)

au se déverse grain vert ou bleu

J’ai souvent prié pour te retrouver

Ach, du. (3)

Dans la langue allemande, dans la ville polonaise

nivelé à ras par les rouleaux

des guerres, guerres, guerres.

Mais le nom de la ville est commun.

Mon ami polonais

Me dit qu’il y en a une douzaine ou deux.

Aussi je ne pourrais jamais raconter

où tu avais mis les pieds, tes racines.

Jamais je ne pus te parler.

La langue était coincée dans ma mâchoire.

Cela coince dans le piège des fils de la barbe.

Ich, ich, ich, ich, (4)

je peux difficilement parler.

Je pensais que tout Allemand était toi

et la langue obscène.

Une locomotive,une locomotive

me déportant comme un juif

Un juif de Dachau, Auschwitz, Belsen.

Je commence à parler comme un juif.

Je pense que je devrais bien être un juif.

La neige du Tyrol, la bière légère de Vienne

ne sont ni pures ni vraies.

avec mes ancêtres tziganes et ma chance bizarre

et mon sac de contrefaçon et mon sac de contrefaçon

je dois être un morceau de juif.

Toujours je t'ai vénéré

avec ta Luftwaffe, ton charabia

et ta moustache si soignée

et tes yeux d'aryen, d'un bleu d'acier

Panzer-man, panzer-man, O toi--- (5)

Pas Dieu mais une croix gammée

si noire qu’aucun ciel ne pouvait glapir au travers

Chaque femme adore un fasciste,

la botte sur le visage, la brute

le cœur de brute comme une brute comme toi.

Tu es devant le tableau noir, papa

dans cette image que je garde de toi,

une crevasse au menton au lieu de ton pied

Mais pas besoin du diable pour cela, non pas moins

que cet homme noir qui

déchire en deux mon joli cœur rouge

J'avais dix ans quand ils t'ont mis en terre.

À vingt ans j'ai tenté de mourir

e de revenir en arrière, en arrière, en arrière vers toi.

je pensais que les os le permettraient enfin.

Mais ils m'ont chassé du sac

et ils m'ont coincé en moi-même avec de la glue.

Alors j'ai su que faire.

J'ai fait un modèle de toi

un homme en noir avec l'apparence de Meinkampf (6)

Et l'amour de la torture et de la baise

et je me suis dit je le dois, je le dois

Ainsi papa, je suis enfin au-delà.

le téléphone noir est hors des racines,

les voix ne peuvent plus se faufiler au travers.

Si j'avais tué un homme, j'en aurai tué deux

Le vampire qui dit qu'il est toi

et buvait toute l'année mon sang.

Sept ans, si tu veux vraiment savoir.

Papa tu peux te recoucher maintenant

Il y a un pieu dans ton cœur noir et gras

et les gens du village ne t'ont jamais aimé

Ils dansent sur toi et te piétinent .

Toujours ils ont su que c'était toi.

Papa, papa, toi salaud

je suis passé au travers.

1-Le père adoré, haï, était mort d'une gangrène au pied

2-A Boston les bateaux de plaisance s'appellent Nauset

3-Ah, toi en langue allemande maudite par Sylvia

4-Moi, moi , moi en allemand

5-homme de char d'assaut en allemand

6-Livre de Hitler "Mon combat"

Dame Lazare

Je l’ai encore refait

un an parmi dix

j’y suis arrivé -

comme un miracle ambulant, ma peau

brillante comme un abat-jour de nazi

mon pied droit

un presse-papiers

mon linge juif,

sans caractère, magnifique

serviette enlevée

o mon ennemi,

est-ce que je fais si peur ?

le nez, les orbites des yeux, toute la denture ?

le souffle aigre

s’évaporera en un seul jour.

Bientôt, bientôt la chair

le trou de la tombe sera mon chez moi sur moi

et m’aura mangé

Et je suis une femme tout sourire

je n'ai que trente ans.

Mourir

Est un art, comme tout le reste.

Je le fais vraiment très bien.

Je le fais si bien que cela ressemble à l’enfer

je le fais si bien que cela semble réel

j’imagine que vous puissiez dire elle a un appel.

C’est suffisamment facile de le faire dans une cellule

C’est suffisamment facile de le faire et de rester sur place.

C’est le théâtral

retour en scène dans le vaste jour

à la même place, avec le même visage, le même cri

amusé et brutal :

« Un miracle !"

Cela me met ko.

Il y a une plainte

pour mes cicatrices béantes, il y a une plainte

pour l’audition de mon cœur -

cela ira au bout.

et il y a une plainte, une très importante plainte

pour un mot ou un contact

Ou une goutte de sang

ou une parcelle de mes cheveux sur mes vêtements.

Et oui, et oui, Herr Doktor,

et oui, seigneur ennemi.

Je suis ton opus,

je suis ton objet précieux

le bébé en or pur

qui hurle en fondant en un cri perçant

je me tourne et je brûle.

Ne crois donc pas que je sous-estime ta grande préoccupation.

Cendre, cendre -

tu as fouiné et remué.

Chair, os, il n’y a rien ici -

un gâteau de savon

un anneau de mariage,

un plombage en or.

Seigneur Dieu, seigneur Lucifer

fais gaffe

fais gaffe.

Jaillissant de mes cendres

je m’élève avec mes cheveux rouges

et je bouffe les hommes comme l’air.

Mort et compagnie

Deux, en fait ils sont deux.

Cela semble tout naturel maintenant –

l’un qui jamais ne regarde en haut, dont les yeux sont recouverts

et ramassés comme des balles comme Blake l’était

qui exhibait sa tâche comme sa marque de fabrique –

la cicatrice brûlante de l’eau,

la nudité

Vert-de-gris du condor.

Je suis une viande rouge. Son bec
frappe latéralement : je ne suis pas son encore.

Il me dit comment je photographie si mal

Il me dit comment tendrement

les bébés paraissent dans leurs glacières

à l’hôpital, une simple papillote sur le cou

puis les sons flûtent de leurs robes mortuaires ioniques

puis deux petits pieds.

Il ne sourit pas, il ne fume pas.

L’autre agit comme ses cheveux longs d’un salaud crédible

se masturbant avec éclat.

Il veut être aimé.

Je ne bouge pas.

Le gel fait une fleur,

la rosée fait une étoile,

Quelqu’un s’affaire pour cela.

 

Ariel

Stase dans l’obscurité

Ensuite le bleu sans substance

se déverse dans le tout ou rien et les distances

Dieu est une lionne,

comment de l’un nous poussons

pivot des talons et des genoux ! Le sillon

sépare et passe, sœur vers

l’arc brun

du cou que je ne peux saisir

Œil de nègre

baies des crochets d’un rôle obscur —

noir et tendre sang plein la bouche,

ombres.

Quelque chose d’autre

me traîne au travers de l’air –

fémurs, cheveux;

flocons de mes talons.

Blanche

Godiva, je t’épelle –

mains mortes, stringences mortes.

Et maintenant je

suis écume de blé, éclats d’océans.

L’enfant pleure

il se fond dans le mur.

Et moi je suis la flèche

la rosée qui vole,

suicidaire, à l’un allant tout droit

dans le rouge

Œil, le chaudron du matin.

 

 

 

verticale je suis (28 mars 1961)

Mais je préférerais être horizontale.

Je ne suis pas arbre avec mes racines dans le sol

suçant à moi minéraux et amour maternel

afin qu’à chaque mars je puisse être éclaboussure de feuilles

Non plus ne suis la beauté d’un jardin allongé

arrachant des ah enthousiastes et peint de façon baroque

sans savoir que je perdrai mes pétales

par rapport à moi, un arbre est immortel

et si petite la tête d’une fleur, mais plus saisissante

et tant je voudrais la longévité de l’un et la hardiesse de l’autre.

Cette nuit, dans l'infinitésimale lumière des étoiles,

les arbres et les fleurs ont déversé leurs odeurs froides

Je marche parmi eux, mais aucun ne me remarque.

Parfois je pense que lorsque je dormais

je devais parfaitement leur ressembler -

Pensées parties dans le sombre.

Cela serait si normal pour moi, de m'étendre.

Alors le ciel et moi parlons franchement,

et je serai enfin utile quand je reposerai pour de bon:

alors les arbres pour une fois me toucheront peut-être, et les fleurs auront du temps pour moi.

 

     

Arbres d’hiver

les encres mouillées de l’aube accomplissent leur dissolution dans le bleu

Ourson buvard de brouillard les arbres

semblent juste un dessin d’un livre de botanique

Mémoire grandissant, anneau par anneau,

une suite d’alliances

Ils ne connaîtront ni avortements ni saloperies

plus vrais que femmes

ils essaiment sans aucun effort !

Jouissant des vents, les déracinés,

gravés dans la profondeur de l’histoire-

Plein de plumes, hors de tout

en cela ils sont Léda

O mère des feuilles et de la tendresse

qui sont ces piétas?

Les ombres de palombes psalmodiant, mais totalement en vain.

 

 

Enfant

La seule et absolue beauté est ton œil clair

je veux l’emplir de couleurs et de canards

le zoo de toute nouveauté

tu en méditeras les noms

perce-neige d’avril, calumet

petit

tige froissée

mare dans laquelle les images

auraient du être grandes et classiques

non pas ces moites

et inquiétantes mains

ce plafond noir sans aucune étoile

Lettre d'amour (1960)

Pas facile de formuler le changement que tu as fait en moi.

Si je suis en vie maintenant, j'étais alors morte,

Bien que, comme une pierre, indifférente totalement,

je restais là immobile suivant mon habitude.

Tu ne m'as pas seulement bougée d’un pouce, non -

Ni même laissé ajuster mon petit Œil nu

A nouveau vers le ciel, sans espoir, bien sûr,

De pouvoir saisir le bleu, ou les étoiles.

Ce n'était pas ça. Je dormais, disons : un serpent

Masqué parmi les roches noires comme une roche noire

dans le hiatus blanc de l'hiver -

Comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir

A ce million de joues parfaitement polies

Qui se posaient à tout moment afin de faire fondre

Ma joue de basalte. Et elles devenaient larmes,

Anges pleurant sur des natures monotones,

Mais je n'étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.

Chaque tête morte avait une visière de glace.

Et je continuais de dormir, comme un doigt tordu
La première chose que j'ai vue n'était que de l'air pur
Et ces gouttes enfermées qui montaient en rosée,

Limpides comme des esprits. Tout alentour

Beaucoup de pierres compactes et inexpressives

Je ne savais pas quoi faire de cela.

Je brillais, écaillée de mica,

et déroulée pour me déverser tel un fluide

Parmi les pattes d'oiseaux et les tiges des plantes.

Je ne m’étais pas laissé berner. Je t'ai reconnu aussitôt.

L'arbre et la pierre scintillaient, sans ombres.

La longueur de mes doigts a grandi, lucide comme du verre.

J'ai commencé à bourgeonner comme rameau de mars :

Un bras et une jambe, un bras, une jambe.

De pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.

Maintenant je ressemble à une sorte de dieu

Je flotte à travers l'air, âme tournoyante,

Aussi pure qu'un pain de glace. C'est un don.

 

 

EXTRÉMITÉ


« Voici parfaite la femme.
Mort.

Son corps arbore le sourire de l’accomplissement;
L’illusion d’une nécessité grecque

Flotte parmi les volutes de sa toge;
Ses pieds

Nus semblent dire:
Nous sommes arrivés jusqu’ici, c’est fini.

Chaque enfant mort lové, serpent blanc,
Un à chaque petit

Pichet de lait, dorénavant vide.
Elle les a repliés

Dans son corps comme des pétales
De rose se ferment quand le jardin

Se fige et que les odeurs saignent
Des gorges douces et profondes de la fleur de nuit.

Rien ne saurait toucher ni attrister la lune
Qui regarde sans broncher depuis sa cagoule d’os.

Elle a l’habitude de ce genre de chose.
Et ses ténèbres craquent, et ses ténèbres durent. »

5 février 1963

 

Tout au bord

 

La femme s'est accomplie

son corps mort

porte le sourire de l'accomplissement

l'illusion d'une obligation grecque

coule dans les rouleaux de sa toge

Ses nus

pieds semblent vouloir dire :

Nous sommes arrivés si loin, tout est fini.

Chaque enfant mort est enroulé, un serpent blanc,

Près de chacun une cruche de lait

maintenant vide.

Elle les a repliés contre son corps

comme les pétales

d'une rose refermée quand le jardin

se fige et que les parfums saignent

des douces, profondes, gorges de la fleur de la nuit.

La lune n'a pas à s'en désoler,

fixant le tout de sa cagoule d'os.

Elle a tant l'habitude de cela.

Sa noirceur crépite et se traîne.

 

Sylvia Plath, Tout au bord, dernier poème, 5 février 1963

 

MORT & Co

Deux, bien sûr, ils sont deux.

Ça paraît tout à fait évident maintenant —

Il y a celui qui ne lève jamais la tête,

L’œil comme une œuvre de Blake,

Et affiche

Les taches de naissance qui sont sa marque de fabrique —

La cicatrice d’eau bouillante,

Le nu

Vert-de-gris du condor.

Je suis un morceau de viande rouge. Son bec

 

Claque à côté : ce n’est pas cette fois qu’il m’aura.

Il me dit que je ne sais pas photographier.

Il me dit que les bébés sont tellement

Mignons à voir dans leur glacière

D’hôpital : une simple

 

Collerette,

Et leur habit funèbre

Aux cannelures helléniques,

Et leurs deux petits pieds.

Il ne sourit pas, il ne fume pas.

L’autre si,

Avec sa longue chevelure trompeuse.

Salaud

Qui masturbe un rayon lumineux,

Qui veut qu’on l’aime à tout prix.

 

Je ne bronche pas.

Le givre crée une fleur,

La rosée une étoile,

La cloche funèbre,

La cloche funèbre.

Quelqu’un quelque part est foutu.

Extrait du recueil Ariel, traduction V. Rouzeau

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 06:42

BISHOPLA MONTAGNE

Au soir, quelque chose derrière moi.
Je m’en vais un instant, je recule,
ou titubant m’arrête et brûle.
Je ne connais pas mon âge.

Dans la matinée c’est différent.
Un livre ouvert m’affronte,
trop proche à lire confortablement
Dites-moi mon âge.

Puis les vallées se comblent
d’impénétrables brumes
comme du coton dans mes oreilles.
Je ne connais pas mon âge.

Je n’ai pas l’intention de me plaindre.
Ils disent que c’est ma faute.
Personne ne me dit rien.
Dites-moi mon âge.

Les plus profondes démarcations
peuvent lentement s’étendre s’effacer
comme le moindre tatouage bleu.
Je ne connais pas mon âge.

Les ombres tombent, les lumières montent.
Escalade de feux, oh enfants !
Vous ne restez jamais assez longtemps.
Dites-moi mon âge.

Ici des ailes de pierre ont été pénétrées
avec la plume que la plume durcit.
Les serres sont quelque part égarées
Je ne connais pas mon âge.

Je deviens sourde. Les cris d’oiseaux
faiblissent. Les cascades
non asséchées coulent. Quel est mon âge ?
Dites-moi mon âge.

Laissez la lune aller se perdre,
les étoiles s’occuper de leurs affaires.
Je veux connaître mon âge.
Dites-moi mon âge.


CHEMIN DE FER

Seule sur la voie ferrée
je me promenais le cœur trépidant.
Les traverses étaient trop serrées
ou trop écartées peut-être.

Le paysage était appauvri
chêne et pin chétifs ; de l’autre côté
de leurs feuillages verts mêlés de gris
j’aperçus le petit étang

où vit l’ermite crasseux,
croupi comme une vieille larme
se cramponnant à ses blessures
lucidement année après année.

L’ermite tira avec son fusil de chasse
Et l’arbre près de sa cabane fut secoué
Une vague traversa l’étang.
En un pfout-pfout la poule sursauta.

« L’amour doit passer à l’acte ! »
hurla le vieil ermite.
Un écho à travers l’étang
tenta, retenta de prouver cela.



Paris, 7h du matin

Je me rends à chaque horloge de l’appartement
certaines aiguilles pointent histrioniquement dans une direction
et certaines dans d’autres, sur les cadrans ignorants.
Le temps est une Étoile ; les heures divergent tellement
que les jours sont des voyages autour des banlieues,
des cercles autour d’étoiles, des cercles qui se recoupent.
La gamme brève, en demi-tons, des climats de l’hiver
est une aile déployée de pigeon.
L’hiver habite sous une aile de pigeon, une aile morte aux plumes humides.

Regarde en bas dans la cour. Toutes les maisons
sont bâties ainsi, avec des urnes ornementales
plantées sur le faîte des mansardes où les pigeons
se promènent. C’est contre l’introspection,
de contempler l’intérieur, ou une vision rétrospective,
une étoile enclose dans un rectangle, un souvenir :
ce square vide aurait pu aisément être là-bas.
– Les châteaux de neige enfantins, en des hivers plus flamboyants,
auraient pu atteindre ces proportions, être des maisons ;
les majestueux châteaux forts, de quatre, cinq étages,
résistants au printemps comme à la marée les châteaux de sable,
leurs murs, leur forme, ne pouvaient se dissoudre et disparaître,
seulement s’imbriquer en une chaîne solide, changés en pierre,
jaunis et grisâtres aujourd’hui comme ceux-ci.

Où sont les munitions, les boulets empilés
avec leur cœur de glace en éclats d’étoiles ?
Ce ciel n’est pas un pigeon-guerrier-voyageur
échappant à des cercles sans fin intersectés.
C’est un ciel mort, ou bien d’où un qui est mort est tombé.
Les urnes ont recueilli ses cendres ou ses plumes.
Quand l’étoile s’est-elle dissoute, ou a-t-elle été happée par la série de carrés et carrés et cercles, de cercles ?
Les horloges peuvent-elles dire : est-elle ici, en bas,
près de culbuter dans la neige ?

h, 1946], édition bilingue, traduction de l’anglais par Claire Malroux, éditions

Un art

Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître ;
tant de choses semblent si pleines d'envie
d'être perdues que leur perte n'est pas un désastre.

Perds chaque jour quelque chose. L'affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l'heure gâchée qui suit.
Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître.

Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre
tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
le projet d'aller. Rien là qui soit un désastre.

J'ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l'avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître.

J'ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j'avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n'y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j'aime) je n'aurai pas menti. A l'évidence, oui,
dans l'art de perdre il n'est pas trop dur d'être maître
même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

Elizabeth Bishop, Géographie III,traduction de Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard, Circé, 1991, p. 58 et 59.

 

SEXTINE

La pluie de septembre tombe sur la maison.
Dans la lumière déclinante la vieille grand-mère
assise dans la cuisine avec l’enfant
à côté de Little Marvel, le fourneau
lit les blagues publiées dans l’almanach
riant et bavardant pour cacher ses larmes.

De cette saison d’équinoxe sont ses larmes
et cette pluie qui martèle le toit de la maison
et toutes deux prédites par l’almanach,
mais pour comprendre ça il n’y a qu’une grand-mère
La bouilloire métallique siffle sur le fourneau
Elle coupe un morceau de pain et dit à l’enfant

C’est l’heure du goûter ; mais l’enfant
fixe tombant de la théière les petites perles en forme de larmes
qui dansent comme folles sur le noir et brûlant fourneau
comment dansent les gouttes de pluie sur la maison
Rangeant, la vieille grand-mère
suspend ce malin d’almanach

Par son fil. Et comme un oiseau, l’almanach
plane à demi-ouvert au dessus de l’enfant
plane au-dessus de la vieille grand-mère
à la tasse de thé pleine à ras bord de sombres larmes
Elle frissonne et se dit que la maison
se rafraîchit, alors elle rajoute un peu de bois dans le fourneau

C’était inévitable, dit ce cher vieux fourneau.
Je sais ce que je sais, dit l’almanach.
Avec des crayons, l’enfant dessine une impeccable maison
et un chemin sinueux. Puis l’enfant
campe un bonhomme avec des boutons en forme de larmes
et le montre fièrement à la grand-mère

Mais imperceptiblement, tandis que la grand-mère
s’affaire autour du fourneau
plein de petites lunes se mettent à tomber comme des larmes
d’entre les pages de l’almanach
dans la plate-bande fleurie que l’enfant
a pris soin de représenter devant la maison

C’est la saison pour semer les larmes dit l’almanach.
La grand mère chante près du merveilleux fourneau
et l’enfant dessine une autre impénétrable maison.


Elizabeth Bishop, Sestina, traduction Florence Trocmé avec le soutien de Marilyn Hacker.

D’AUTANT PLUS FROID L’AIR



On ne peut qu’admirer son parfait coup d’œil,
à cette chasseresse de l’air d’hiver
dont l’arme ferme ne requiert pas la vue,
n’était que partout où elle erre
son coup fait mouche, sa partie est sûre.
Le moindre d’entre nous pourrait faire pareil.

Les oiseaux de craie ou les bateaux, immobiles,
réduisent les possibilités de hasard ;
le champ de tir aérien a les mêmes repères
que le champ étroit de son regard.
Le centre de la cible dans sa prunelle
est à la fois son but et son vouloir.

Le temps est dans sa poche, menant grand tapage
quand une seconde se bloque. Elle ne consulte
ni l’heure ni les circonstances. Compte
sur l’atmosphère pour le résultat.
(C’est cette horloge qui plus tard tombe
en roues et carillons de feuilles et nuages.)


Elizabeth Bishop, Nord & Sud [North & South, 1946], Éditions Circé, 1996, pp. 16-17. Édition bilingue. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire Malroux.

 

CRUSOÉ EN ANGLETTERRE



Le soleil se couchait dans la mer ; le même étrange soleil
se levait sur la mer,
il y avait un soleil, il y avait un moi ;
L’île avait de toute espèce une chose unique :
bleu-violet éclatant, un unique escargot d’arbre
à la mince coquille rampait sur toute chose,
sur l’unique variété d’arbre,
noirâtre truc rabougri.
Des coquilles d’escargots s’amoncelaient au-dessous,
et, à quelque distance,
on aurait juré des parterres d’iris.
Il y avait une seule espèce de baie, rouge foncé.
J’y ai goûté, une à la fois, à des heures d’intervalle.
Sub-acide, pas mauvaise, sans effets nocifs ;
j’en ai fait une décoction maison. Je buvais
cette saleté mousseuse et cuisante
qui me montait à la tête
et je jouais de ma flûte faite maison
(je crois qu’elle avait la gamme la plus bizarre du monde),
― la tête me tournait, je criais et dansais parmi les chèvres.
Fait maison, fait maison ! Ne le sommes-nous pas tous ?
J’avais une profonde affection pour
la moindre de mes industries insulaires.
Non, pas exactement, car, de mes industries, la moindre était
une misérable philosophie.


Car j’en savais trop peu.
Pourquoi en savais-je trop peu sur quoi que ce soit ?
drame grec ou astronomie ? Les livres
que j’avais lus étaient pleins de blancs ;
les poèmes – hé bien, j’essayai
de réciter à mes parterres d’iris
« ils frappent de leur éclat cet œil intérieur,
et c’est la félicité… » Félicité née de quoi ?
L’une des premières choses que je fis
à mon retour fut de la chercher…




Elizabeth Bishop, Géographie III [Geography III, 1976], Éditions Circé, 1991, pp. 22-23-24-25. Édition bilingue. Préface d’Octavio Paz. Traduit de l’anglais (américain) par Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard.

 

INVITATION À MISS MARIANNE MOORE


De Brooklyn, au-dessus du pont de Brooklyn, par cette belle matinée,
venez à tire-d’aile.
Dans une nuée d’ardentes substances pâles,
venez à tire-d’aile,
au rythme du rapide roulement de milliers de petits tambours bleus
descendant du ciel pommelé
sur l’estrade miroitante de l’eau du bassin,
venez à tire-d’aile.


Sifflets, enseignes et fumée jaillissent. Les navires
agitent en signaux cordiaux des multitudes de pavillons
ondoyant comme des oiseaux partout au-dessus du port.
Entrez : deux fleuves, portant avec grâce
d’innombrables petites gelées pellucides
dans des surtouts en cristal taillé draguant avec des chaînes d’argent.
Le vol est sans danger, le climat garanti.
Les vagues avancent en vers par cette belle matinée.
Venez à tire-d’aile.


Venez, avec le bout pointu de chaque soulier noir
traçant un sillage de saphir,
avec une cape noire emplie d’ailes de papillons et de bons mots,
avec Dieu sait combien d’anges tous à califourchon
Sur le large bord noir de votre chapeau,
venez à tire-d’aile.
Arborant un inaudible abaque musical,
une moue un peu caustique, et des rubans bleus,
venez à tire-d’aile.
Faits et gratte-ciel luisent dans les flots ; Manhattan
est inondé de morale par cette belle matinée,
alors venez à tire-d’aile.


Chevauchant le ciel avec un héroïsme naturel,
au-dessus des accidents, des films malveillants,
des taxis et des injustices en liberté,
tandis que les klaxons résonnent à vos belles oreilles
qui écoutent en même temps
une musique tendre inédite, digne du porte-musc,
venez à tire-d’aile.


Vous pour qui les austères musées se conduiront
en galants oiseaux de paradis,
vous que les lions affables guettent
sur les marches de la Bibliothèque publique,
impatients de se lever et franchir les portes,
pour vous suivre dans les salles de lecture,
venez à tire-d’aile.
Nous pourrons nous asseoir et pleurer; nous pourrons faire des emplettes.
ou jouer au jeu de nous tromper sans cesse
en maniant un fabuleux vocabulaire,
ou nous pourrons gémir bravement, mais venez,
venez à tire-d’aile.


Avec des dynasties de constructions négatives
qui s’assombrissent et meurent autour de vous,
avec une grammaire qui soudain vire et brille
comme des bandes de bécasseaux en vol,
venez à tire-d’aile.

Venez comme une lumière dans le ciel blanc pommelé,
venez comme une comète diurne
avec un long cortège de mots sans nébulosité,
de Brooklyn, au-dessus du pont de Brooklyn, par cette belle matinée,
venez à tire-d’aile.



Elizabeth Bishop, Un printemps froid [A Cold Spring, 1953], Circé, 2003, pp. 63-67. Traduit de l’anglais par Claire Malroux

 

Pishopp 

Village de pêcheurs

Traduction de Franck Miroux

Bien que la soirée soit fraîche,

assis devant une maison de pêcheur

un vieil homme répare,

son filet, au crépuscule presque invisible,

d’un sombre marron-pourpre,

sa navette lisse et usée.

L’odeur forte de la morue

pique le nez, brûle les yeux.

Cinq maisons de pêcheur au toit raide et pointu

une passerelle étroite et crantée

permet aux brouettes

d’accéder au grenier.

Tout est argent : la surface lourde de la mer qui tangue

comme si elle voulait déborder,

est opaque, mais l’argent des bancs,

des casiers à homard, et des mâts, éparpillés

parmi les rochers déchiquetés,

est visible et translucide

comme les vielles maisons dont la mousse émeraude

envahit le mur en front de mer.

Les immenses bacs à poisson sont couverts

d’une somptueuse poussière d’écailles de hareng

tout comme les brouettes sont protégées

d’une côte de maille iridescente sur laquelle

se posent de petites mouches iridescentes.

En haut du monticule, derrière les maisons,

un vieux cabestan en bois

fissuré, aux aiguilles teintées,

tâché de mélancolie, comme de sang séché

aux endroits où le fer à rouillé, repose

sur le vert clair de l’herbe éparse.

Le vieil homme accepte une Lucky Strike.

C’était un ami de mon grand-père.

Nous parlons du déclin de la natalité,

de morue et de hareng

tandis qu’il attend le retour des pêcheurs de hareng.

Sa veste et son pouce sont couverts de paillettes.

Il a privé de leurs écailles, beauté suprême,

un nombre incalculable de poissons de son vieux couteau noir

dont la lame est émoussée.

En contrebas, au bord de l’eau, le long de la rampe

qui descend à la mer, à l’endroit

où on amarre les bateaux, de fins troncs d’arbres

argentés reposent à l’horizontale

sur les pierres grises, toujours plus bas

à cinq ou six pieds d’intervalle.

Froide, sombre, profonde, d’une clarté absolue,

élément étranger à l’homme

domaine des poissons et des phoques … Un phoque en particulier

que j’ai vu là, nuit après nuits.

Je l’intriguais. Il s’intéressait à la musique ;

comme moi il croyait en l’immersion totale,

alors je lui chantais des hymnes baptistes.

Je lui chantais aussi « Dieu est ma foi ».

Il se tenait à demi immergé, me regardait

fixement, bougeant légèrement la tête.

Puis il disparaissait, refaisait surface tout à coup

presqu’au même endroit, secouant la tête

comme si son acte était déraisonnable.

Froide, sombre, profonde, d’une clarté absolue,

l’eau grise, claire et glacée … Derrière nous dignes et hautes

se tiennent les fougères.

Attachés à leur ombre,

des millions de sapins de Noël bleutés

attendent Noël. L’eau semble suspendue

au dessus des pierres grises et gris-bleu,

libre et glaciale au dessus des pierres,

au dessus des pierres et du monde.

Si on y plongeait la main

on avait tout de suite mal au poignet,

les os craquaient, la main brûlait

comme si l’eau était un feu

nourri de pierres, flamme grise et obscure.

Si on y goûtait, elle semblait amère,

puis saumâtre, puis vous brûlait la langue.

Elle est comme l’idée qu’on se fait du savoir :

obscure, salée, pure, mouvante, absolument libre,

issue de la bouche froide et dure

du monde, dérivant à jamais

loin des rochers du cœur

s’écoulant et s’étirant, et puisque

notre savoir est historique, s’écoulant et écoulée.

 

 

 

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Published by ahmed bengriche
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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 13:49

POUNDCanto LXXVI

 Ezra Pound

     ; "malheur à ceux-là qui conquiérent par les armes et dont la puissance est le seul droit."

22 mai 2009Par Fedor Aliouslowensko

Et le soleil haut sur l'horizon caché dans un banc de nuages

a mis du safran sur le bord des nuages

dove sta memora

"Brisera", dit la signora Agresti, "son systéme politique

mais non l'économique"

Mais sur la haute falaise Alcmène,

Dryas, Hamadryas ac Heliades

fleurissaient branches et manches au vent

Dircé et Ixotta e che fu chamata Primavera

dans l'air intemporel

qu'ils se dressent tout à coup là dans ma chambre

entre moi et l'olivier

or nel clivo ed al triedo?

et répondaient : le soleil dans son grand periplum

fait ici entrer sa flotte de l'air

sotto le nostre scogli

sous les falaises rocheuses

de niveau avec leurs têtes de mâts

Sigismundo à Gênes par l'Aurélienne

par la vecchia sotto S. Pantaleone

Cunizza qua la triedro,

e la scalza, et elle qui dit : J'ai toujours le moule,

et la pluie durant à Ussel

*cette mauvaise vengg* souffla sur Tolosa

et sur le Mont Ségur il y a place pour le vent pour la pluie

plus un seul autel à Mithra

depuis il triedro jusqu'au Castellaro

les oliviers gris sur le gris des murs

et leurs feuilles tournent dans le Scirocco

la scalza : Io son' la luna

et ils m'ont brisé ma maison

la chasseresse de plâtre brisé n'est plus de quart

tempora, tempora et quant aux mores

prés du mur babylonien (memorat Cheever)

hors de son bas-relief, pour cette ligne

nous le rappelons

et qui est mort, et qui ne l'est pas

et le monde reprendra-t-il jamais sa course?

très confidentiellement je vous le demande : Y croyez-vous?

avec Dieudonné mort et enterré

pas même un mur, ou Mouquin, ou Voisin ou les pâtisseries

sur la Nevski

Le Greif, oui, je suppose, et Schöners et peut-être

la Taverna et Roberts'

mais La Rupe n'est plus la Rupe, finito

Pré Catalan, Armenonville, Bullier

éteints comme Willy et il n'y a pas je suppose

de réédition

le bric -à-brac de Théophile le bric-à-brac de Cocteau

la dérive les enterre comme une neige

à chacun sa brocante

on aurait dû construire les maisons dans les années 80

(ou 60) malgré tout

mais le sunlight bricolé d'Eileen adoucit Londres et le

progrés de novembre, c...rie que votre/progrés

la pigrizia connaître la terre et la rosée

mais les garder trois s'maines Chung (ici un signe chinois)

nous en doutons

et dans le gouvernement ne pas se coucher dessus

le mot est fait

parfait (ici un autre signe chinois)

pas de meilleur cadeau à faire à un pays

que le sens de Kung fu Tseu

qui était appelé Chung Ni

ni dans l'historiographie ni en faisant des anthologies

(connerie que votre /progrès)

chacun au nom de son dieu

De sorte qu'à la synagogue de Gibralatar

le sens de l'humour semblait prévaloir

pendant les préliminaires de ce que vous voudrez

mais au moins ils respectaient les rouleaux de la loi

d'eux, par eux, la rédemption

à &8.50, à &8.67 achète le champ avec du bon argent

pas d'injustice dans le yard et la mesure (des prix)

et il n'est pas nécessaire aux Xtiens de prétendre

qu'ils ont écrit le Lévitique

le chapitre XIX en particulier

avec la justice Sion

sans arracher frauduleusement les crocs à Don Fulano

ou à Caio e Tizio ;

Pourquoi ne pas les reconstruire?

Les criminels n'ont pas de préoccupations intellectuelles?

"Dis donc, Snag, c'est quoi les livres d'la bible?"

"dis voir, etc.

"Latin? j'ai appris le latin."

dit le nègre meurtrier à son compagnon de cage

(pouvais pas savoir lequel des deux parlait)

"allez viens, demi-portion", dit/celui qui était le plus petit

des noirs au plus grand.

"On fait qu'jouer" ante mortem no scortum

(c'est le progrès, le mien le vô'''tre/disons le progrès/)

dans l'air sans fin des falaises de la mer

"l'orgueil de notre D.T.C. était Burnes le traîneur de pistolets

Mais avoir ici les routes de France,

de Cahors, de Chalus,

l'auberge tout en bas au bord de l'eau,

les peupliers ; avoir ici les routes de France

Aubeterre, la pierre de la carrière derrière Poitiers-

-comme je la vois sur l'élégant profil du sergent Beaucher-

et la tour sur une base presque triangulaire

comme vue de Sainte-Marthe à Tarascon

"Faut-il que ce soit au ciel?"

mais toutes les belles femmes en fourrure

et aussi celles plus au nord (pas les nordiques)

la tradition de Memling à Elskamp, y compris

les modèles de bateaux à Dantzig...

s'ils ne les ont pas détruits

avec le dernier sommeil de Galla, et...

est jugé par ceux à qui cela arrive

et pour quoi, et s'il s'agit d'une oeuvre d'art

à tous ceux qui ont vu et qui n'ont pas vu

Washington, Adams, Tyler, Polk

(avec Crawford qui améne quelques familles

coloniales) les rebelles

*Tout dit que pas ne dure la fortune*

En fait une petite bourrasque de pluie...

comme une souris, hors de la montagne de nuages

rappelant l'arrivée de Joyce ¨*et fils*

dans la retraite de Catulle

avec la vénération de Jim pour le tonnerre et le

Gardasse dans toute sa splendeur

Mais la mémoire de Miss Norton pour la conversation

(ou le "train-train") des idiots

était presque celle de l'éminent écrivain irlandais,

si elle l'égalait par moments (?synthétiq'ment)

elle ne la dépassait certainement jamais

*Tout dit que pas ne dure la fortune*

et le Canal Grande au moins a survécu jusqu'à nos jours

même si on a refait chez Florian

et conservé les boutiques de la Piazza par la

respiration artificielle

et pour La Figlia di Jorio ils ont fait une

édition spéciale

(intitulée "L'Oedipe des Lagunes")

des caricatures de D'Annunzio

l'ara sul rostro

20 ans du rêve

et les nuages qui viennent sur Pise

sont aussi bons que d'autres en Italie

dit le jeune Mozart : si vous prenez une *prise*

ou suivant Ponce ("Ponthe")

à la fontaine de Floride

de Leon alla fuente florida

ou Anchise qui s'empara de ses flancs immatériels

l'attirant vers lui

Cythera potens, (ici un signe grec)

pas de nuage , mais le corps de cristal

la tangente dans le creux de la main

comme la brise qui joue dans la hêtraie

comme le vent qui souffle sur le cyprés

(ici trois signes grecs)/et libidinis expers

la sphère charriant cristal, fluide,

à cet égard pas de rancoeur qui demeure

Mort, démence/suicide dégénérescence

c'est à dire, devenant juste plus stupide à mesure qu'ils vieillissent

(ici deux signes grecs),

rien ne compte que la qualité

de l'affection -

à la fin - qui a fait son sillon dans l'esprit

dova sta memoria

et si le vol est le principe premier de tout gouvernement

(tout comptoir d'escompte selon J. Adams )

il y aura larcin à plus petite échelle

quelques camions, un paquet de sucre égaré

et le résultat du cinéma

la sentinelle ne croyait pas que le Fürher avait tout démarré

Le sergent XL croyait qu'un excés de population

appelait le massacre à intervalles réguliers

(quant à savoir par qui...) Connu sous le nom de "l'Eventreur".

Etends-toi dans l'herbe douce au bord de la falaise

à 30 mètres au-dessus de la mer

et à portée de la main, à une coudée près,

le cristallin, comme l'envers de l'eau

transparent sur un lit de cailloux

ac ferae familiares

et le champ gemmé a destra de faons, de panthères,

de maïs en fleur, de chardons et d'herbes coupantes

fleuries à une moitié de métre de hauteur,

étends-toi au bord de la falaise

...ce n'est pas encore l'atasal

ni ne se trouvent ici des âmes, nec personae

ni même quelque hypostase, cette terre est celle de Dioné

et sous sa planète

à Hélia la grande prairie avec les peupliers

à (ici un signe grec)

les montagnes et le jardin clos de poiriers en fleur

qui sont ici en paix

. . . . . .

"des deux yeux (la perte de) et trouver quelqu'un

qui parlât son propre dialecte. Nous

parlions de tous les garçons et filles de la vallée

mais quand il revint de permission

il s'attrista de pouvoir sentir

toutes les côtes de sa vache..."

ce vent qui vient de Carrare

est doux comme un terzo cielo

dit le Preffetto

tandis que le chat marchait sur la barre de la véranda à Gardone

le lac s'écoulant de ce côté

était d'un calme jamais vu à Sirmio

avec le Fujiyama au-dessus : "La donna..."

dit le Préfet, dans le silence

et le ressort de leur marionette est cassé

et Bracken est fini et la B.B.C. peut mentir

mais au moins quelque fatras nouveau en sortira

au moins pour un moment, comme c'est sa nature, c'est à dire continuer à mentir.

Comme une fourmi solitaire hors de sa fourmilière détruite

issu du naufrage de l'Europe, ego scriptor.

La pluie est tombée, le vent qui descend

de la montagne

Lucca, Forti dei Marni, Berchtold après l'autre...

fragments réassemblés.

...et dans le cristal, s'éleva aussi vite que Thétis

dans le rose-bleu qui précéde le coucher du soleil

et le carmin et l'ambre,

spiriti questi? personae?

le tangible en aucune manière atasal

mais le cristal en main peut être soupesé

distant et passant dans la sphère : Thétis,

Maya, (ici encore un signe grec),

pas de heurt

pas de dauphin qui nage plus vite

ni l'azur volant du poisson ailé sous Zoagli

quand il surgit dans l'air, fléche vivante,

et les nuages au-dessus des prairies de Pise

sont sans aucun doute aussi beaux que tous ceux

qu'on peut voir de la péninsule

(grec) ne les ont pas détruits

comme le Temple de Sigismundo

Divae Ixottae (et son effigie qui était à Pise?)

L'échelle brandie comme pour une descente de croix

O martinet à la gorge blanche, nom de Dieu,

comme personne d'autre ne se fera mon messager,

dis à La Cara : amo.

Les montants de son lit sont de saphir

car cette pierre fait dormir.

et malgré les hoi barabaroi

des pervenches et une sorte de liseron nain

qui fait des noeuds dans l'herbe, et une sorte de bouton d'or

et sequelae

*Le Paradis n'est pas artificiel*

Les états d'âme nous sont inexplicables.

(..... ..... .....)

L. P. gli onesti

*J'ai eu pitié des autres

probablement pas assez*, et seulement quand cela me convenait parfaitement

*Le paradis n'est pas artificiel,

l'enfer non plus*.

Survint Eurus consolateur

et au coucher du soleil la pastorella dei suini

rentrant les cochons, benecomata dea

sous le nuage deux fois ailé

comme plus et moins qu'un jour

près des poteaux de pierre aussi doux que savon où San Vio

rejoint il Canale Grande

entre Salviati et la maison qui était celle de Don Carlos

flanquerai-je tout ça à l'eau.

le bozze " A Lume Spento"/

et près de la colonne Todero

dois/-je changer de rive

ou attendre 24 heures,

libre alors, en cela la différence

dans le grand ghetto, qui se dresse à gauche

avec le nouveau pont de l'Era où était cette horreur

Vendramin, Contrarini , Fonda , Fondecho

et Tullio Romano sculpta les sirénes

comme dit le vieux gardien : de sorte que depuis

personne n'a réussi à les sculpter

pour la boîte à bijoux, Santa Maria Dei Miracoli,

Dei Greci, San Giorgo, l'emplacement des crânes

dans le Carpaccio

et dans les fonts baptismaux à droite quand on entre

se trouvent tous les dômes d'or de San Marco

Arachné, che mi porta fortuna, va-t-en filer sur cette corde de tente

Onkle Georges dans Brassitalo's abbazia

voi che passate per questa via :

D'Annunzio vit-il ici?

dit l'américaine, K.H.

"Je ne sais pas " dit la vieille Veneziana

"cette lampe est pour la Vierge".

"Non combaattere" dit Giovanna,

voulant dire : travaille pas si fort,

Arachné che mi porta fortuna ;

Athéna, qui te fait du tort?

(... ......)

Ce papillon est passé dans le rond de ma fumée

Onkle Georges observant le cou du Ct/Volpe au Lido

et déduisant sa force. Onkle G. était comme une statue

"Rutherford Hayes sur un monument"

tandis que la princesse s'approchait de lui

"T'es d'la Nouvelle-Angleterre?" hurlait le 10é District,

et cela me revint tandis qu'il parlait :

voici le Sandro de Daphné -

Comment? après 30 années,

Trovaso, Gregorio, Vio

"T'laisse pas coincer" grogna le Dottore barbu

quand le Scottch Kirrrk était à Venise

pour mettre quelqu'un en garde contre l'intrigue

babylonienne

et il y a eu depuis

de bien grandes fantaisies pastorales

Eh bien, ma fenêtre

donnait sur le Squero où Ogni Santi

rejoint San Trovaso

toute chose a une fin et un commencement

et les cassoni dorés ni alors ni aujourd'hui

le nid caché, le rêve de Tami, le grand Ovide

entre d'épaisses planches, le bas-relief d'Ixotta

et le soin apporté à l'invention

Olim de Malatestis

la grande salle au-dessus des arches de Fano

olim de Malatestis

"64 pays dans un volcan bouillant"

dit le sergent

qui était autrefois dans le rhum (le rhum se dit "vino rosso")

"J'suis dans l'whisky" qu'il dit ; des huîtres de montagne?

lisciate con lagrime

politis lachrymis (.......)

les briques que la pensée fait naître ex nihil

douce dans le creux de la pierre la concha

(***********', '*******)

ce papillon est passé dans le trou de ma tente

'*******, saeva. Sur le jaune clair le rose pour

l'arrière-plan à Leonello, Petrus Pisani pinxit

qu'il en reste un camée

à Arezzo un fragment d'autel (Cortuna, Angelico)

po'eri di'aoli

po'eri di'aoli envoyés au massacre

Knecht gegen Knecht

au son des tambours, à manger des restes

pour les vacances d'un usurier changer le

prix de la monnaie

META*EMEN*N...

NH(epsilon)ON 'AMYMOMA

malheur à ceux-là qui conquiérent par les armes

et dont la puissance est le seul droit. "

Ezra Pound, "Les Cantos" (celui-ci traduit par Denis Roche)

XLV

Par Usura

Par Usura n’ont les hommes maison de pierre saine
blocs lisses finement taillés scellés pour que
la frise couvre leur surface
par usura
n’ont les hommes paradis peint au mur de leurs églises
« harpes et luz »
où la vierge fait accueil au message
où le halo rayonne en entrailles
par usura
n’aura Gonzague d’héritier concubine
n’aura de portrait peint pour durer orner la vie
mais le tableau fait pour vendre vendre vite
par usura péché contre nature
sera ton pain de chiffes encore plus rance
sera ton pain aussi sec que papier
sans blé de la montagne farine pure
par usura la ligne s’épaissit
par usura n’est plus de claire démarcation
les hommes n’ont plus site pour leurs demeures
Et le tailleur est privé de sa pierre
le tisserand de son métier

PER USURA
la laine déserte les marchés
le troupeau perte pure par usura.
Usura est murène, usura
use l’aiguille aux doigts de la couseuse
suspend l’adresse de la fileuse. Pietro Lombardo
n’est pas fils d’usura
n’est pas fils d’usura Duccio
ni Pier della Francesca ; ni Zuan Bellin’
ni le tableau « la Callunia »
N’est pas œuvre d’usura Angelico ; ni Ambrogio Praedis
ni l’église de pierre signature d’Adamo me fecit
Ni par usura St Trophime
Ni pas usura Saint Hilaire,
Usura rouille le ciseau
rouille l’art l’artiste
Rogne fil sur le métier
Nul n’entrecroise l’or sur son modèle ;
L’azur se chancre par usura ; le cramoisi s’éraille
L’émeraude cherche son Memling
Usura assassine l’enfant au sein
Entrave la cour du jouvenceau
Paralyse la couche, oppose
le jeune époux son épousée
CONTRA NATURAM
Ils ont mené des putains à Éleusis
Les cadavres banquettent
au signal d’usura.

N.B. Usure : Loyer sur le pouvoir d’achat, imposé sans égard à la production ; souvent même sans égard aux possibilités de production. (D’où la faillitte de la banque Médicis).


Ezra Pound, Les Cantos

 

 

    […]

Et, la nuit, le cerf court, le léopard,

Œil de chouette entre rameaux de pin.

Lune sur la palme,

confusion ;

Confusion, source de renouvellements ;

Aile jaune, pâle dans le rayon de lune,

Aile verte, pâle dans le rayon de lune,

Grenade, pâle dans le rayon de lune,

Corne blanche, pâle dans le rayon de lune, et Titania

Au bord de l’abreuvoir,

marches, taillées dans le basalte.

Y dansa Athamé, dansa et Phaethusa

La veine se colore ;

Force du sang déjà une fois bu,

La veine se colore,

Rouge dans la gorge affaiblie de fumée. Dis la rattrapa.

Et le vieillard continuait

de battre sa mule avec un asphodèle.

XXI - Ebauche de XXX cantos (p.118)

 

 

Et la rose éclose pendant mon sommeil,

Et les cordes vibrant de musique,

Capripède, les brindilles folles sous le pied ;

Nous ici sur la colline, avec les oliviers

Où un homme pourrait dresser sa rame,

Et le bateau là-bas dans l’embouchure ;

Ainsi avons-nous reposé en automne

Là sous les tentures, ou mur peint en bas comme des tentures,

Et en haut une roseraie,

Bruits montant de la rue transversale ;

Ainsi nous sommes-nous tenus là,

Observant la voie depuis la fenêtre,

Fa Han et moi à la fenêtre,

Et ses cheveux noués de cordons d’or.

Nuage sur le mont ; brume sur coteau ouvert, comme une côte.

Feuille sur feuille, branche d’aube dans le ciel

Et obscure la mer, sous le vent,

Les voiles du bateau affalées au mouillage,

Nuage comme une voile renversée,

Et les hommes lâchant du sable près du mur des flots

Ces oliviers sur la colline

Où un homme pourrait dresser sa rame.

XXXIII – (p.126)

 

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Published by ahmed bengriche
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