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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 07:52

aaaaaaaaaa

 

MICHEL LEIRIS

 

 

 

Le soleil qui se lève chaque matin à l’est

Et plonge tous les soirs à l’ouest

Sous le drap bien tiré à l’horizon

Poursuit son chemin circulaire

Cadre doré enchâssant le miroir où tremblent les reflets

D’hommes et de femmes jetés sur une ombre de terre

Par l’ombre d’une main qui singe la puissance.

Base des corps séparés, cathédrale de morsures,

Caprice d’un corps vorace et capricorne des chevelures,

Les hémisphères se séparent,

A travers les replis de l’espace

Où les galions chargés de rires et d’étincelles

Sombrent la corde au cou.

Migration souterraine engendrée par le Pôle,

Lorsque s’enterre le passage de nos lèvres

La cime de l’arbre ennuie les ombres

(yeux sensibles de cendre)

et le calice des cris lents

 

 

Niveau des cuisses

Niveau des reins

Niveau de la poitrine

Degrés des côtes recourbées en loggias

Gradins des muscles

O niveaux

Pour quel spectacle

Le corps entasse-t-il ces strates

Sédiments taraudés

Coulées de laves successives

Creusées en plaza de toros

Halètement de la terre harassée de minéraux

La série de passes naturelles se termine

Par une passe de poitrine

Au ras du cœur

A hauteur de sanglots

 

 

Les minimes concrétations balayées aux quatres coins du corps

Par le vent

Distributeur de gifles aux volets hoquetants de la tête

Composent la textures du cœur

Pailleté de micas

Telle la rose du désert

La corolle de cristal

Aux facettes dessinées par leurs angles de souffrance

Le rosaire de la plaine

La rosace de poussières

Unies par un invisible chaton

La méduse des sables

Racornie et pétrifiée devant son miroir

Le pain inhumain dont j’ai faim

Ma constellation préhensible

A la saveur fictive

Mais à l’éclat négateur des chaînes d’arpentage et des pointillés de frontières

 

 

M’alléger

Me dépouiller

Réduire mon bagage à l’essentiel

Abandonnant ma longue traîne de plumes

De plumages

De plumetis et de plumets

Devenir oiseau avare

Ivre du seul vol de ses ailes

 

 

Cirrus
Les zébrures que mon esprit dessine
comme s'il croyait tenir le bout du fil
qui me permettrait d'arriver à bon port
mais, constatant chaque fois qu'il n'en est rien
devrait éternellement recommencer son manège

Cumulus
Voguant au plus bleu de ma tête
les beaux flocons
que je m'attache à capter
mais qui, bulles de mots,
se volatilisent
à l'instant où je crois les avoir fixés

Nimbus
Enflure de matière grise,
redondance
et menace
de grosse et inutile canonnade
pour Dieu sais quelle guerre….

Michel Leiris, in Ondes, Le Temps qu'il fait, 1987, sans pagination

Orphée et sa lyre.
Homère et sa canne blanche.
Dante et le chaperon qui le distingue de Virgile.
Ronsard au front lauré.
Cyrano et son nez légendaire.
Racine et sa perruque bouclée.
Buffon et ses manchettes de dentelle.
Voltaire dans son fauteuil Voltaire.
Mirabeau à la face grêlée.
Balzac et sa robe de chambre.
Gautier et son gilet rouge.
Mallarmé sous son plaid.
Rimbaud en costume de bagnard plus que de trafiquant.
Tolstoï en blouse de moujik.
Wilde aux lys bientôt changés en orties.
Jarry en culotte cycliste.
Max Jacob porteur de l’étoile jaune.
Roussel à bord de sa roulotte.
Apollinaire à la tête bandée.
Joyce et ses grosses lunettes.
Kafka coiffé d’un melon magrittien
.

Suis-je
arbre effeuillé,
vin éventé
roi détrôné
animal nu,
vague sans écume,
marbre que ne veinent plus ses rêves usés ?

Michel Leiris, Le Ruban au cou d’Olympia, Gallimard, 1981, p. 158 et 207.


Read more at http://www.paperblog.fr/235083/anthologie-permanente-michel-leiris/#LC6gDzdMcw2pZAT2.99

 

 

Avare


M'alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l'essentiel

Abandonnant ma longue traîne

de plumes
de plumages
de plumetis et de plumets

devenir oiseau avare
Ivre du seul vol de ses ailes

Michel Leiris

 

 

 

GAZELLES

Un troupeau de bêtes folles
aux fines couleurs sauvages
passe
dans un galop léger

Piste
sillon par les envies creusé
au défaut d'une paume
Cailloux
ruines d'un seul cœur écroulé

Leurs sabots les font sauter
osselets de l'ombre et du soleil
sous le blanc des ventres éperdus
sous la rousseur des flancs au pelage hérissé

dans "Haut Mal"

 

 

 

Printemps

De gauche à droite
ou de cour à jardin
égrener le chapelet du vocabulaire
et malaxer chacun de ses grains
pour qu'il devienne fruit mûr
sinon germe d'étoile.

Michel Leiris, Ondes, le Temps qu'il fait, 1987, sans pagination.

 

 

Marin

Il faudrait pouvoir bâtir un château
avec le sable qui vous glisse entre les doigts,
la quasi impondérable écume
et la lumière qui pénètre insidieusement votre peau.

Michel Leiris, Ondes, le Temps qu'il fait 1987, sans pagination.

 

 

SANS THÈME

Pour Françoise et René Leibowitz

Cueillir au vol les météores
Faire crépiter leur succession de pointes acérées
sans que jamais elles s’apprivoisent
en longes
ou crinières bien peignées
de lignes courbes ou droites
filant vers la guipure de bord de table en quoi
happé
l’horizon se résout.

Michel Leiris, Haut Mal, suivi de Autres lancers, Poésie/Gallimard, n0 40, 1969, p. 196 et 207



7

Entre chien et loup,
quand le papier ne sait quelle mouche se pose
ou quelle encre le pique,
l’alphabet s’émancipe.
En route, mauvaise troupe !

Michel Leiris, « Marrons sculptés pour Miro », Mots sans mémoire, Gallimard, 1969, p. 141.

 

 

Cirrus
Les zébrures que mon esprit dessine
comme s'il croyait tenir le bout du fil
qui me permettrait d'arriver à bon port
mais, constatant chaque fois qu'il n'en est rien
devrait éternellement recommencer son manège

Cumulus
Voguant au plus bleu de ma tête
les beaux flocons
que je m'attache à capter
mais qui, bulles de mots,
se volatilisent
à l'instant où je crois les avoir fixés

Nimbus
Enflure de matière grise,
redondance
et menace
de grosse et inutile canonnade
pour Dieu sais quelle guerre….

Michel Leiris, in Ondes, Le Temps qu'il fait, 1987, sans pagination

Orphée et sa lyre.
Homère et sa canne blanche.
Dante et le chaperon qui le distingue de Virgile.
Ronsard au front lauré.
Cyrano et son nez légendaire.
Racine et sa perruque bouclée.
Buffon et ses manchettes de dentelle.
Voltaire dans son fauteuil Voltaire.
Mirabeau à la face grêlée.
Balzac et sa robe de chambre.
Gautier et son gilet rouge.
Mallarmé sous son plaid.
Rimbaud en costume de bagnard plus que de trafiquant.
Tolstoï en blouse de moujik.
Wilde aux lys bientôt changés en orties.
Jarry en culotte cycliste.
Max Jacob porteur de l’étoile jaune.
Roussel à bord de sa roulotte.
Apollinaire à la tête bandée.
Joyce et ses grosses lunettes.
Kafka coiffé d’un melon magrittien
.

Suis-je
arbre effeuillé,
vin éventé
roi détrôné
animal nu,
vague sans écume,
marbre que ne veinent plus ses rêves usés ?

Michel Leiris, Le Ruban au cou d’Olympia, Gallimard, 1981, p. 158 et 207.

 

 

Brume

Qu’ai-je gagné
à dissiper une à une les taies
qui me bouchaient les yeux
si je n’ose faire face
à la vérité terriblement nue
contre quoi tout mon corps se révulse ?

Matin

Première tâche
au sortir du linceul de la nuit :
me délivrer
de la crasse de lugubres ressassements
qui m’encaque
rosée opaque et funèbre
née du complot quotidiennement fomenté
dans l’épaisseur muette de mon sommeil.

Automne

Ce que j’écris et qui,
doré par mon orgueil,
me semble traits de feu
n’est peut-être que lueurs sur un marécage
ou flamboiement de feuilles mortes.

Éclaircie

Sans fracas
la ténèbre se dissipe et,
la bouche s’éveillant,
l’enfer pour un peu deviendrait paradis.

Michel Leiris, Ondes, Le temps qu’il fait, 1987, non paginé.

 

 

Rien n’est jamais fini


La mer n'a pas fini de discourir
à coups de vagues
à coups d'écume qui fait de grands effets de robe
et la nature s'étend toujours
fatras de cailloux et de feuilles

Des décombres de journées pourries
hissés sur les armoires à glace
empuantissent les chambres que traverse la foudre
l’éclair bâtard et titubant du tout-à-l’égout

Mais
ô ma foudre
ô mon éclair réel
quand tu t’abats sur les montagnes et les
touches aux naseaux
taureaux obscurs dont les flancs grondent
comme les futailles qu'on roule au fond des caves
parodies de cercueils et simulacres de tombeaux
viendras-tu tuer ce vieux bétail humain
toi qui sais jouer franc comme l’or
de ta lame scintillante
de ta cape de nuages
de tes jarrets brisés
comme un beau matador ?

InHaut mal suivi de Autres lancers, ©Poésie/Gallimard, 1969, p.19.

****

Nature sèche


L'ombre glissée sous la poix des vêtements
casaque fluide plus lourde que le boulet d'un châtiment
l'ombre végétale en touffes d'argile où les rameaux s'engluent
c'est une citerne où pourrit la révolte obscure d'un
troupeau de forçats
un sentier traversier entre la double haie de la peau et des ongles
une ruine de manufactures en bataille
écheveaux de l'amour fuseaux dorés

La tapisserie des mets n'ose pas raviver ses couleurs
par crainte d'un cataclysme très sévère
punisseur des langues trop joyeuses
quand les auréoles descendront au niveau des couvercles d'égouts

L'écureuil est un prêtre et sa queue dit la messe
hostie des feuilles d'arbre dès que vous pourrissez
les larves sont sérieuses chrysalides de détresse
et c'est le sauve-qui-peut des tempêtes blessées

ibid, p.28.

****

André Masson


Des philosophes aux mains de joueurs
des nécromants aux lèvres de buveurs
des assassins aux regards plus légers que des plumes d'oiseau
c'est cette foule voyageuse aux pieds éternellement pris
dans des lacets de sable
qui compose l'étrange nation dont le drapeau de sang
fut teint de cette nuance maléfique un jour que les poissons
par amour du désastre
décidèrent de se vouer au feu et d'abandonner l'eau

Fruits de misère
gonflerez-vous vos prunelles éclatantes jusqu'à briser
les sexes et les colonnes
les carcasses défigurées
les astres ravagés par le désir des chairs d'alcool
les profils liés à l'histoire des caresses
les crânes de pierre
les croupes figées? (…)

Lumière et sang
Sang et ombre
Sang et proie
Lumière de proie Sang de l'ombre
une enclume de sang qui n'est ni proie ni ombre se livre
aux marteaux des forges de folie
lointaines forges en travail dans les terres les plus profondes
la profondeur solide de l'ombre où le sang de la terre
est enseveli(…)

ibid. p. 70

****

Hymne


Par toute la terre
lande errante
où le soleil me mènera la corde au cou
j'irai
chien des désirs forts
car la pitié n'a plus créance parmi nous

Voici l'étoile
et c'est la cible où la flèche s'enchâsse
clouant le sort qui tourne et règne
couronne ardente
loterie des moissons

Voici la lune
et c'est la grange de lumière

Voici la mer
mâchoire et bêche pour la terre
écume de crocs
barbes d'acier luisant aux babines des loups

Voici nos mains
Liées aux marées comme le vent l’est à la flamme

Voici nos bouches
Et l’horloge de minuit les dissout

quand l’eau-mère des ossatures
dépose les barques temporelles aux baies tranquilles de l’espace
et se fait clair comme un gel

ô brouillard tendre de mon sang

ibid p. 103

****

Trop tard


Trop tard
c'est la mort des tarots
la mort des pierres précieuses et des échelles sauvages
mort des horlogeries de la lumière
écroulement des devantures enflées
mort des plissements anciens sur les fronts d'homme
dont les saillies rident la terre
mort des morts agités par l’aigreur des soubresauts
mort des visages tissés en filets de fumée
mort des lettres cachetées dans le ventre des postes
mort des machines qui besognent les vaisseaux
mort des bordels aux volets cloués (à chaque clou une
goutte de sang menstruel)
mort des menstrues marines
plages puantes
sablières que retourne le doigt d'un fantôme
mort des algues volantes qui tracent des signes algébriques
sur le fronton des vagues quand les écailles s’allongent en colonnes
mort des chaînes rivées à la cheville des carreaux
bris de glace entre ciel et terre
bris de contrat bris de clôture
mort des sourds-muets aveugles
incendie des béquilles
mort des rochers
des lèvres
des amoureux
mort de l’amour des astres
mort du regard
mort de la mort
trop tard

ibid. p. 119

Mano à mano


L'opacité d'un bras nu qui se love
la fixité d'une main véritable
l'air immobile que troue le luxe de tes ongles
et l'arène incurvée d'un éternel retour

Vers quelle clairière
ira la pointe aiguë du glaive
pour déterrer le plus ancien des trésors
taureau épais
la nature
ou ton corps
que mes mains creusent pour en exhumer le plaisir

ibid. p. 141

****

Banderilles


Circuit rapide de l’homme
levant haut ses aiguilles de tatoueur
La grosse masse à panse velue pivote
fonce
et les broderies dorées du banderillero se reflètent à
ses flancs
en dentelle de sang

Toutes griffes dehors
les fuseaux gonflés de soie pendent symétriquement
accrochés au canevas de la plaie

règne de la précision d’horloge et des fioritures artérielles

ibid. p. 147

****

Langue taurine


Le costume de lumières
à l’heure de vérité
s’enferme
dans le berceau des cornes
et fait la croix

en s’adornant de suavité

ibid.p. 155

****

Final


De toile
de sable
de cuir saignant et de brocard

blason de l’opéra funèbre

quand le taureau
retrouve la bauge de son ombre
écrasée comme lui sur le sol
fruit trop mûr becqueté par des oiseaux criards

ibid.p.159

Âge des cœurs


Le bel âge des vacances
L'âge des croisées ouvertes
des pores illuminés par le bain
L'âge des cœurs sans lest
autre que le sable mouillé
à chaque battement de marée
sculpté en château-fort

Le bel âge de sable
à chaque seconde illuminé par la marée
allégé par le bain
L'âge des cœurs ouverts
que ne grave ni ne mouille
l'eau-forte d'aucun remords

L'âge du sable répandu
à profusion
par les créneaux du château-fort

L'âge des cœurs
que la mer sculpte grain par grain

ibid.p. 166

****

Blason


Mon cœur est l'arc et le ciel est la corde
d'où s'envola comme un rire la flèche
la flèche oiseau qui s'est rivée au cœur
au cœur de l'arbre enchevêtré d'oiseaux

ibid.p. 183

****

Social


Si tous
avec la liberté
avaient le pain et le vin
pas de femme gangrenée de travaux
mais clair de lune à discrétion
et cœur brûlant
au fil du long dégel
de chacune à chacun

le ciel
sans nous briser
nous gonflerait de sa musique
la vie serait un opéra

ibid.p. 200

****

Poésie


Cette chose sans nom
d'entre rire et sanglot
qui bouge en nous,
qu'il faut tirer de nous
et qui,
diamant de nos années
après le sommeil de bois mort,
constellera le blanc du papier.

Ibid.p. 218

****

Écumes de la havane

I


Noire géométrie
sur l'ombre incohérente,
une montagne qui n'est qu'une aile
volant immobile vers La Havane
et tout en haut
—ou tout au bout —
un feu.
Dans peu d'instants,
allumée par un autre feu,
l'aurore pointera en bas
derrière le gel du hublot.

II


J'aimerais dire que la pluie
nous ligotait de ses cordes,
qu'elle dressait autour de nous
les murs de son château d'eau.
Mais je,
ce n’est pas tu,
ce n’est pas il,
ce n’est pas vous,
ce n’est pas nous.

Mais seul je songe
à ces torrents subis dans la clarté d’un même instant
et crée
sur le papier—
le lieu où nous serait chez lui.
(…)

ibid.p. 239

 

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 04:34

sans-titre-copie-2

 

أجبنا

و لا ندري إن كان السؤال الذي أجبرنا على الوقوف

أتيا من السنين الغابرة أو تلك

التي لا علم لنا بها

الخبز و المائدة الشاهدان

يوقعان اليوم

لأننا ندور في محي بعضنا البعض

كما النحل والزهر تماما

و لأن الفضاء من حولنا

قد أجاب

قبل السؤال

هنري مشونيك من ديوانه    "   أسطوري كل يوم  "

nous répondons
ne sachant pas si la question pour laquelle nous sommes debout
vient des années passées ou de celles
que nous ne connaissons pas
le pain la table sont les témoins
qui signent aujourd’hui
parce que nous tournons dans le visage l’un de l’autre
comme l’abeille et la fleur
et que l’espace autour de nous
répond même
avant la question
Henri Meschonnic, Légendaire chaque jour, Gallimard, 1979, p. 18.

 

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 08:25

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 07:42

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و أحيانا يبدو له اللون الرمادي بدلا من الأزرق 

يرى شموسا حارة خفية من وراء

شهبة الأفق ضبابا أسفل التلال و

حتى الأمطار         أمطارا فاترة بالمساء

وهذا الانتظار المثير       حتى السير يثيره

ثم سهلا مصفرا و ساخنا     ذاك اللون

في السماء  غير موجود ما عدا هنا

بين الأمطار            الأزرق و الأزرق        و ما

ينزلق مكفهرا بالأفق في المساء

جرف و تلال و جسور عتيقة على

نهر اللوار  بواخر منتظرة رياحا  و كما هناك

جزر وسط نهر تتجاوز علو الجزيرة

شجر حور و أزهار صفراء و بيضاء

و خرير الماء علي الركائز

ميشال ديبورد من ديوانها    ''   في الزمن و هو يمشي  ''

et parfois prenait-il le gris pour le bleu             
voyait-il d’invisibles chauds soleils derrière
le gris des horizons la brume du bas des coteaux et
même les pluies                   les pluies tièdes du soir
cette attente que la marche                 la marche même
attisait
Puis la plaine blonde et chaude                   cette couleur
dans le ciel                 nulle part ailleurs qu’ici
entre les pluies          le bleu et le bleu         et ce qui le
soir se glissait très gris au-dessus de l’horizon
les falaises et les coteaux et les vieux ponts sur
la
Loire les bateaux qui attendaient le vent et comme là-bas les îles du milieu du fleuve
passant le point jusqu’au-dessus de l’île             les
peupliers et les fleurs jaunes              blanches
et le bruit de l’eau contre les piles
Michèle Desbordes, Dans le temps qu’il marchait, Laurence Teper 2004, p. 40

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 06:29

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LE CHEVALIER

 

 

  – Y a rien à dire, dit le gardien.

  – Rien.

– Et si je te disais que je suis un fils de chevalier !

– Possible.

– Je suis un chevalier !

– Vous l’êtes, dit le prisonnier.

La cellule était si exiguë qu’en écartant les jambes on pouvait toucher deux murs.

Les moustaches du gardien réapparurent derrière le judas.

– Tu dors ?

– Non, je t’écoute.

– Et je fus aussi amant d’une princesse.

– Ah…bon ! fit le prisonnier.

– Tu ne le savais pas, bien sûr !

Le prisonnier se retourna contre le mur.

Il entendit : pourquoi que tu n’as pas l’autre main ?

– Tu le sais. Il gratta son menton de son moignon.

– C’est possible que j’aie oublié.

– En mer, fit le prisonnier.

– Cela fait trois ans que tu es ici.

– Oui, dit le prisonnier, cela fait trois ans que tu me gardes.

– Je fus un grand chevalier, fit le gardien.

– Moi aussi, fit le prisonnier !

– C’est vrai ?

– Avant de devenir pirate, mentit le prisonnier.

– Et ils sont comment, chez vous, les chevaliers ?

– Fiers, dit le prisonnier, nobles…

– J’ai toujours voulu devenir chevalier, fit le gardien.

Un moment passa.

– Celui que tu relèves, tu connais ?

– Ahmed ?

– Je te demande si tu le connais… en dehors de la prison.

– C’est un berger, se fâcha le gardien ; pas de fierté pas de sang propre dans les veines.

– C’est un gentil garçon.

– Il vous parait !

– Comment fait-il pour me raconter des histoires qui durent parfois toute la nuit…

– Sur les chevaliers ?

– Oui !

Le prisonnier n’avait plus sommeil à présent. Il se sentait très à l’aise, même. Couché sur le dos, un brin arraché à la paillasse entre les dents, son regard était posé sur la porte…

– C’est des histoires de vieilles femmes pour de petits enfants.

– Peux-tu en raconter ?

– Autrefois, oui ; aujourd’hui, je mélange les fins.

– Si vous m’en racontez, je connais pour ma part des histoires sur les chevaliers, fit le prisonnier.

 

Le silence.

 

Dehors il commençait à pleuvoir. Le prisonnier voyait la mer qui passait en filigrane dans la porte. Elle verdissait sous les gouttelettes de pluie. Puis le large. Puis un, deux, trois moulins à vent. Puis un chevalier.

Du côté de Bâb el Oued, sur un donjon donnant sur la fabrique Dar En Has, Sidi Ahmed Ben Ouendjeli avait les yeux fixés tour à tour dans la grande tranchée qui serpentait jusqu’à El Harrach et sur Baba Merzoug, ce gros canon qui pouvait tirer jusqu’à 100 livres de balles . Dans l’après-midi, Sidi Ahmed avait fait un petit somme et il vit en songe le saint de la ville,  Sidi    Abderahman,  courant sur une langue de sable, le torse nu, les yeux fureteurs, qui lui criait… tu as donné l’épître, les deux canons, tu nous as livrés.

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 06:22

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الفارس

 

 

 

 

- لا شيء، قالها الحارس.

- و إذا قلت لك بأنني ابن فارس؟

- ممكن.

- أنا فارس.

- إنكه، قالها السجين.

ضيق الحجرة كان يسمح للسجين، و إن فرك رجليه ، لمس الجدارين.

ظهرت مجددا شوارب الحارس من وراء الخائن.

- تنام؟

- لا أصنت إليك.

- و قد كنت ، أيضا عشيقا لأميرة.

- آه... هكذا إذا، قالها السجين.

- لم تكن تعلم، على كل حال.

التفت السجين إلى الحائط.

و سمع : لم... لم تكن لك اليد الأخرى.

- أنت تعرف. حك ذقنه بجدعته.

- ربما نسيت

- فى البحر، قال السجين.

- ثلاث سنوات و أنت هنا.

- نعم، قالها السجين، ثلاث سنوات و أنت تحرسني.

- كنت سابقا فارسا عظيما، قالها الحارس.

- و أنا كذلك ، قالها السجين.

- أحقا؟

- قبل أن أصبح قرصانا، كذب السجين.

- كيف هم – عندكم – الفرسان؟

- كرماء، قالها السجين، نبلاء.

تمر لحظة.

- من يستبدلك تعرفه؟

- أحمد؟

- أسألك إن تعرفه... خارج السجن.

- إنه راعي، غضب الحارس... لا شهامة و لا هو من الأشراف.

- أنه رجل طيب.

- ربما...

- يقص علي حكايات تدوم ليلة بكاملها...

- قصص الفرسان؟

- نعم.

هجر النعاس السجين، الآن. و أحس بنوع من الارتياح. مطروح على ظهره، عود اقتلعه من فراشه بين أسنانه، كان نظره على الباب.

- إنها خرافات عجائز لأطفال صغار.

- أتستطيع  أن تقص علي بمثلها؟

- بالأمس نعم، اليوم أخلط النهايات...

- إن أقصصت علي بعضا منها، أعرف من جهتي حكايات فرسان، قالها السجين.

السكون.

فى الخارج بدأ المطر ينزل. رأى السجين البحر وهو يمر خلفية عبر الباب. كان يخضوضر تحت حبيبات المطر. عرضه. ثم واحدة، اثنتان، ثلاث طواحين هواء  . ثم فارس.

 

___________

 

 

جهة باب الوادي،من على حصين يرتفع فوق دار النحاس، كانت عيني سيدي أحمد الونجلي مسمرتان تارة في الخندق الزاحف حتى بلدة الحراش و تارة أخرى ببابا مرزوق في الأسفل, ذاك المدفع الضخم القادر رمي أكثر من مئة وقية من الرصاص. كان سيدي أحمد  ، في الظهيرة قد أغفى قليلا فرأى في منامه والى المدينة سيدي عبد الرحمان يجري فوق لسان من رمل، بصدره  العاري، بعينيه الثاقبتين صارخا  نحوه... سلمت المخطوط، المدفعين، قد سلمتنا.

 

 

 

أحمد بن قريش

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 07:15

sans-titre

 

 

 

   

 

 

أدوات لقصة

 

 

 

 

 

يقول الرجل الأول  الأخ

 

كان أبوه  منحني على ترسانته  و بيده مصباح  : مبارد، سكاكين، فؤوس صغيرة،.  يبدو وجهه و كأنه خدش من طرف الزمان و بعينيه وميض من الدهشة. هو كان يجلس القرفصاء . لم يكن يتحرك.  انفتح باب المنزل  فرأى شبح أمه. انغلق الباب.فقال أبوه: ادخل و راجع دروسك... نهض. فكان يعلم ان أباه سوف يخفى هذه  العتاد فى مكان ما.
- اترك هذا المبرد.

 

فترك المبرد يسقط أرضا.

 

فى الداخل استفسر أخوه:  المبرد؟

 

لم يجبه.

 

-  مبردي، صرخ الأخ الأكبر ...

 

- اخرج و خذه منه...

 

  بعد العشاء ، تحدث الأب كالعادة  عن حرب هتلر و الطائرة  الألمانية التي سقطت فى النهر و الطيار الذى أخفوه "العوابدية"  بين النساء. ثم تكلم فى  حوادث الثامن مايو. و ذكر أ نهم أغتالوا فيها الأولاد و نفوا بعضهم.

 


يقول الرجل الثاني  رجل من القصبة

 

قد رفعت رأسى من تحت الغطاء.  لم يكن هناك ضجيج. على السطح هاجمت الرياح القرميد بعض الوقت. بعد الزوال أبي الذي أصبح يتحدث لنفسه قال... لن ننخدع من  الآن فصاعدا. التكتيكات أصبحت معروفة. سوف يتركون ريشهم. كانت أمى تبكي.

 

يقول الرجل الثالث  رفيق سلاح

 

نتجرجر بعضنا البعض داخل المغارة. من  وقت لأخر كانت تنحني سماء علينا.  كانت مليئة بالطيور. ذكرى المدافع و الطائرات تجري من تحت جلدنا. يسقط الليل صلبا بمثيل فأس على الأرض .  فى ذاكرتنا إقليم حيث قضينا ليلة فى كوخ فقير. كانت رياح الشرق تقفز فى الأذن. كان جلد الحذاء   يضغط على عظم القدم. كان النعاس و كانت البرودة.

 

دهشة من تدفقنا عندهم. الليل الذي يطول. و أغنية الصبية " رحلوا ناس طويلة يا لمهبولة..." المتأرجحة فى حجر أبيها. ربما  مشتة "الطويلة". أحيانا كنا نصطدم  بجدران المغارة. كنا نجر فى سياقنا الجرحى. الجرحى و الاموات. كنا نتعثر أحيانا. و هو ... قد اقتربنا من المخرج. و الحقيقة، كنا ندرك ، و لو قليلا، من الضوء. كنا نغطس داخل أجفاننا. كنا نجرى نحو الضوء.

 


يقول الرجل الرابع  تلميذ زمنها

 

كان يوم ممطر.  شهر مارس. كانت الأمطار تهطل. تهطل. كانت الساحة خالية و المقهى الوحيد مكتظا بالزبائن. هم وصلوا فى ساعة محددة ذلك اليوم. كان الجرس يدق. اوقفوا سيارتهم العسكرية. رموا بالجثة الملطخة طينا على مقدمة السيارة. ثم فروا نحو الرواق المقنطر على خطوتين. المطر يتهاطل. رقيق.  ابدي.
تجمعنا  أمام المقهى. لم نكن نبالى لرنين الجرس و لا لحروف الأبجدية . ثم رأينا الأم / و تتهاطل الأمطار و تتهاطل الأمطار/ رأيناها تتقدم منحنية و تغرز برأسها فى عجلة . كانت صامتة مما يدل على إنها أفرغت كل دموع حلقها. ثم رأيناه ذاك الجندي أتيا من تحت الأقواس يجري لينهضها ويرميها أبعد من السيارة  ثم يستغيث بجندى أخر و رأينا هذا  الأخير يتقدم و كأنه يدور حول نفسه فى ستار من مطر. الإثنان جذبا العجوز من بين العجلات و دفعا بها نحو زقاق. و لما اصبحت على مقربة منا أدارت لنا بوجه أبيض/ أزرق من المطر.فقد ماتت بعد أشهر.

 


يقول الرجل الأول

 

بعد أول نوفمبر ذهب سقيقه لبلاد الشاوية. رفقة جار كان لا يمل من قولة إنه سوف يقاتل لوحده فرنسا. لكن الحرب غادرت الأوراس. فانتشرت بمثيل حريق فى أنحاء البلاد و كان باستطاعتهما أخذها كمن يأخذ قطار عند عتبة داريهما.

 

 مات الوالد و هو يقص أحسن قصص العهد الهتليري.

 

يسرق هو، بعد ثلاثة سنوات، سلاح دركي و يصعد الى الجبل.    .

 

يقول الرجل الثالث:

 

الليل.

 

فى البدء لا حركة و لا ضجيج . مرة واحدة سمعنا طقطقة بين  الأشجار. ثم من حين  لأخر كان يفر طير محدثا ضوضاء فى الغابة.

 

البرد.

 

تخلينا عن جزء كبير من العتاد فى المغارة، فى اليوم   الأسبق.

 

هو كان يفكر إنه من  الأحسن أن نأخذ بين السهول  ثم أن نحاذي القصبة حتى نواصل فى البراري.
ونبلغ سفح الجبل  قبل الفجر.

 

شيء من الطوباوية كنت اقول له. يوجد معنا جرحى. و العتاد كذلك. قد تسلقنا معا  جبال بني صالح و جبال هوارة و كنت أعرفه شد المعرفة... إن اعترضنا العدو كان يريد أن يعطي انطباع بأننا وصلنا  من مكان  أخر . فيبقى العتاد فى  أمان فى المغارة.

 

و الليل  الأليل و الليل الأليل.

 

اجتزنا السهل.  حاذينا القصبة.   لكنهم لاحظونا فى البراري.

 

يقول الرجل الثاني

 

قال والدي:  اعترضوا  شجعان في السهول.  لإنقاذ رفاقه ويتخلص من العدو  أحدهم انسحب عندنا، داخل القصبة. سكان مخلصين أخفوه  في قعر  بئر ناشفة. سكان آخرون باعوه. اللهم احرق القصبة اهلك أبنائها...

 

 

 

يحكي الرجل الرابع بالعربية في مجلة الوحدة عدد 378

 

-  إنهم يعذبون بن تومية في الساحة...

 

- وحده؟

 

- نعم… و حوله كثير من الجنود…

 

- اغلقي النافذة…

 

الساعة  العاشرة ليلا. بدأت الكلاب في النباح ناحية باب سليمان. ثم أصوات فصراخ نسوة. ثم الرياح. ثم السكون. أشعل الزوج لفافة و اتكأ على مرفقه.

 

- اغلقي النافذة، قلت...    

 

التفتت الزوجة و نظرت إلى زاوية كان ينام طفلهما فيها ثم مرة أخرى ألصقت جبينها بالشباك.

 

- كم باع من خلق الله... هذا بن تومية، تمتم الزوج.

 

- إنهم ألصقوه للحائط، صرخت المرأة.

 

- اجي ، توسل الزوج.

 

- سيقتلونه... سيقت...

 

- لقد باع أخاك في السابق، أكنت تعلمين ؟

 

الآن كانت الريح تنزلق بين القرميد و كأن رجلا قد أمطر بوابل من المقذوفات في عالم آخر...

 

- قتلوه... قتلوه...

 

- أشهد أن لا الله إلا الله و أشهد أن محمد رسول الله ، تمتم الزوج.

 

دارت المرأة بكل جسمها و كانت الآن بعينيها الكبيرتين  تنظر شزرا في زوجها الذي طأطأ رأسه: قتلوه... قتلوا رجلا، صرخت.

 

ثم انزلقت أرضا و بقت زمنا طويلا، ملتصقة الظهر للحائط، برجليها الممدودتين، تنظر إلى زوجها الذي أغاص في نومه.

و عندما قامت في الصباح أقدمت على قتل الطفل.
- بوه... قالتها عجوز، لأن الولد شبيه أبيه.

 

 

 

 

   

 





 



 




 

.





 

 

 

 

 







 



 




 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 07:11

sans-titre

MATERIAUX

POUR UNE NOUVELLE

 

 

 

LE PREMIER HOMME – LE FRERE – DIT :

Son père avait la lampe à la main et se penchait au

dessus de son arsenal : lime, couteaux, hachettes. Son

visage paraissait comme griffé par le temps et dans

ses yeux il y avait une lueur d’étonnement. Lui était

accroupi. Il ne bougeait pas. Il s’écoutait même

respirer. La porte de la maison s’ouvrit et il vit

l’ombre de sa mère dans le chambranle… La porte se

referma. Et son père dit : rentre réviser tes leçons.

Il se leva. Il savait que son père allait faire

disparaître ce matériel quelque part.

– Laisse cette lime.

Il laissa glisser la lime à terre.

Une fois à l’intérieur, son frère lui demanda : ma

lime ?

Il ne répondit pas.

– Ma lime, cria le frère !

– Assez, lança la mère depuis la cuisine !

– Ma lime, cria le grand frère !

– Va la chercher.

L’aîné se tut.

Apres le dîner, le père parla comme à

l’accoutumée de la guerre de Hitler, de l’avion

allemand tombé dans la vallée, de l’aviateur que les

Aouabdia cachèrent parmi les femmes. Puis il parla

des événements du 8 Mai. Et il rappela que bon

nombre d’enfants furent assassinés ou déportés.

LE DEUXIEME HOMME – UN HOMME DE LA

KASBA – DIT :

Je levais la tête de dessous la couverture. Il n y

avait pas de bruit. Sur le toit le vent s’attaqua aux

tuiles pendant une minute. Dans l’après midi mon

père qui parlait tout seul dit : ils ne nous auront pas.

On connaît un peu la tactique. Ils laisseront les

plumes. Ma mère pleurait.

LE TROISIEME HOMME – COMPAGNON

D’ARMES – DIT :

On se poussait les un les autres à l’intérieur de la

caverne. De temps à autre un ciel se penchait sur

nous. Il s’emplissait d’oiseaux. Le souvenir des tanks

et des avions courait sous notre peau. La nuit tombait

raide, comme une hache, sur le monde. Il y avait un

canton dans notre mémoire, là où nous avions passé

une nuit dans une pauvre chaumière. Il y avait le vent

d’Est qui bondissait dans le creux de l’oreille. Il y

avait le cuir des godasses contre l’os du pied. Il y

avait le sommeil, la froidure. L’étonnement des gens

qui nous voyaient surgir chez eux. La nuit n’en

finissait pas. Parfois on se cognait aux parois de la

caverne. Nous traînions avec nous les blessés. Les

blessés et les morts. Nous trébuchions. Et LUI disant :

nous ne sommes pas loin de l’issue ! d’ailleurs on

commençait à percevoir un petit peu ! Et on

s’enfonçait à l’intérieur de nos paupières. Nous

courions vers la lumière.

LE QUATRIEME HOMME – ECOLIER EN CE

TEMPS LÀ – DIT :

C’était un jour de pluie. Le mois de Mars. La pluie

tombait. Tombait. La place était déserte et l’unique

café apparemment bondé. Eux arrivèrent à une heure

bien précise de la journée. La cloche sonnait. Ils

arrêtèrent leur voiture militaire. Jetèrent le cadavre

maculé de boue sur le capot, puis fuirent sous les

arcades, à deux pas. La pluie tombait. Droite. Fine.

Eternelle.

Nous nous sommes groupés près du café. Le

tintement de la cloche et l’alphabet nous importaient

peu. Puis nous vîmes la mère toute de pluie arriver,

courbée, et planter sa tête dans d’une roue. Elle était

silencieuse, signe qu’elle n’avait plus de quoi pleurer

dans sa gorge. Puis on vit revenir depuis les arcades,

en courant, l’un des soldat, la relever, la rejeter plus

loin, faire appel à son camarade, qui, lui, arriva en

tourbillonnant dans le champ de pluie, tellement il

était gros. À eux deux ils tirèrent la vieille, qui tourna

un visage bleu blanc de pluie, quand elle fut à notre

niveau, vers une ruelle. Elle mourut quelques mois

après.

LE PREMIER HOMME DIT :

Au lendemain du premier novembre son frère

partit pour le pays des chaouias. En compagnie d’un

voisin qui ne se lassait pas de dire qu’il allait livrer

bataille tout seul à la France. Mais la guerre n’était

plus déjà dans les Aurès ; elle s’était propagée comme

un feu de paille aux quatre coins du pays ; et ils

auraient pu l’accueillir sur le pas de leur porte.

Le père mourut presque en devisant sur l’épopée

hitlérienne.

Trois années après, lui vola une arme à quelque

gendarme et rejoignit le maquis.

LE TROISIEME HOMME DIT :

La nuit.

Sans bouger, les arbres faisaient craquer les troncs

et d’un instant à l’autre un oiseau quittait avec fracas

la foret.

Le froid.

Nous avions abandonné une partie du matériel

dans la grotte, le jour précédent. LUI pensait que le

mieux serait de s’attaquer à la plaine, de longer la

ville, de continuer dans la basse campagne.

D’arriver avant l’aube au pied de la montagne.

C’était une utopie. Je le LUI dis. Nous avions des

blessés avec nous. Des munitions aussi. Je le

connaissais assez pour avoir grimpés les monts de

Houara ensemble… Si l’ennemi venait à nous

intercepter, il voulait donner l’impression que nous

sommes venus d’un autre lieu. Le matériel à

acheminer resterait sauf dans la grotte.

La nuit noire.

Nous avions traversé la plaine. Nous avions

contourné la ville. Mais nous fûmes remarqués en

basse campagne.

LE DEUXIEME HOMME DIT :

Mon père dit : des braves ont été interceptés en

basse campagne. Pour sauver ses compagnons et

fausser la piste, l’un d’entre eux battit en retraite

jusqu’à nous, à l’intérieur de la Kasba. Un habitant le

cacha dans un puits sec. Un autre habitant le donna

aussitôt. Dieu, brûle la Kasba, décime ses enfants !

LE QUATRIEME HOMME CONTA EN ARABE

DANS LA REVUE UNITÉ N* 378

– C’est le jeune Bentoumia qu’on torture sur la

placette.

– Tout seul ?

– Oui… y a beaucoup de soldats tout autour…

– Ferme la fenêtre et viens !

Dix heures du soir. Des chiens commencèrent à

aboyer. Du côté de la porte de Salomon des voix et

des hurlements de femmes. Puis le vent. Puis le

silence. Le mari alluma une cigarette et se mit sur un

coude.

– Ferme la fenêtre, je te dis !

La femme se retourna, regarda vers le coin ou

dormait l’enfant puis appuya de nouveau son front

contre les persiennes.

– C’est un vendu… ce Bentoumia, chuchota le

mari…

– Ils l’ont plaqué au mur, s’exclama la femme !

– Viens… suppliait le mari…

– Ils vont le tuer ! ils vont le…

Le vent glissa parmi les tuiles et c’était comme si

l’on mitraillait un homme dans l’autre monde.

– Ils l’ont abattu ! ils l’ont abattu !

– Il n y a de Dieu que Dieu et Mohamed est le

Prophète de Dieu.

La femme fit volte face et maintenant ses grands

yeux noirs regardaient son mari qui baissait un peu la

tête : ils l’ont abattu ! Ils ont tué un homme,

vociférait-elle !

Puis elle glissa à terre et resta une éternité, les

jambes allongées, le dos contre le mur, le regard

immobile vers là où dormait le mari.

Si au petit matin elle se releva, c’était juste pour

tenter d’étrangler le gosse.

– Bouh ! cracha une vieille voisine, c’est parce que

l’enfant ressemble au père par les traits du visage.

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 07:46

imagesCAMTHMH4

أراك تجيء من بعيد

 

بجيوبك الخاوية من خطب والدنا

 

مازالت الصغيرات يَنتظِرْنك  عند منبع النهر

 

و لم تشرب من أيادهن

 

أيادهن الصغيرات  الخضيبات

 

أيادهن الصغيرات  الممدودات أَوانٍ

 

أنت خويا  خويا

 

و شكون أنا

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:32

imagesCAMTHMH4

 

 

Je te vois venir de loin

 

Et tu n'as pas les lettres de mon père

 

Tes petites nièces t'attendaient au point de source

 

Et tu n'as même pas daigné boire dans leurs mains

 

Petites mains enduites de henné

 

Petites mains en forme d'écuelle

 

 Tu es mon frère  mon frère

 

Qui serais-je pour toi

  

                                                                                     

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  • : Pour les passionnés de Littérature je présente ici mes livres qui sont edités chez DAR EL GHARB et EDILIVRE. Des poèmes aussi. De la nouvelle. Des traductions – je ne lis vraiment un texte que si je le lis dans deux sens.
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