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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:17

Frank VenailleJ’ai souffrance beaucoup,
de cœur surtout 

 

I

 

J’ai, très fort en moi, angoisse d’être vivant : j’ai !
Chaque naissance m’est blessure et la mienne gît
Quelque part dans une ville qui m’apparaît plus morte
Encore que ce rat dans l’égout – lui, au moins, n’atten-
Dant rien, n’espérant rien – (mais en est-on sûr ?) de
La vie. J’en ai grand angoisse ! J’ai angoisse de cela.
Il reste l’écriture, avec ses soldats, ses hommes par Mil-
Liers : nos libérateurs. Ressentent-ils eux-mêmes cet-
Te sensation ? Être des mots, blessés, qu’angoisse ronge !

 

 

 

Quelqu’un habite en nous

 

quelqu’un se tient de nuit
lourdement obscur
debout
contre un portail
en fait on ne distingue que ses chaussures noires, leurs lacets élégants
quelqu’un
ça ! il ne laisse rien voir de lui, il
observe les passants, les habitués de la brasserie, il
se tient comme un cavalier de l’Apocalypse dont le cheval se serait noyé Il et Il
ô monde malade, mon devoir est de rendre compte de l’état de tes nerfs
de ta pensée et de certains de tes actes
cet autre moi-même, debout, adossé à la porte, s’y emploie
mais qui est-il vraiment ? double – jumeau − faussaire en identité scabreuse −
on ne voit que ses chaussures, leurs larges lacets élégants, cela suffit
cela suffit pour l’instant
quelqu’un habite en nous : amoureux de la vie, stratège de la mort
qui chaque nuit
dirige la Baraquedes rêves ouverte toute l’année
ô monde si peu scrupuleux, si versatile, si mal ouvert aux autres
accepte aussi mon étrange présence
pour en finir jamais

 

 

Franck Venaille, Ça, Mercure de France, 2009, pp. 41 et 46

Le monde m’est hostile je le sais Je l’ai
Ressenti dans les longs couloirs jaunes
D’hôpitaux du matin L’hiver il y fait
Longuement noir, longuement triste
Ah ! La tristesse ! Il ne manquait plus
Qu’elle à notre rendez-Vous Désor-
Mais je crains la vie de vivre je le sais ô
Est-ce pour cela, Aimos, que je pense
Tant à vous ? À votre sourire de fau-
Bourg Mais chacun des souvenirs n’
Est-il pas l’aveu de notre faiblesse d’
Hommes morts ! ô le rituel d’en haut
Crevés des barricades quand moi je vis

Franck Venaille, Chaos, Mercure de France, 2006, p. 18.


Amères sont nos pensées sur la vie Amè-
Res sont-elles ! Il suffit — ô amertume !—
D’un instant, tel celui où ce cerf-volant
Échappant à l’enfant se brisa sur les gla-
Ciers du vent pour que disparaisse ce
Bonheur d’aller pieds nus sur le sable
Amers de savoir que ce sont sur des éclats
De verre que nous marchons Que nous
Nous dirigeons, chair à vif, vers la mort —

id., p. 53.

Franck Venaille dans Poezibao :

 

 

 

 

LA DESCENTE DEL'ESCAUT
(extrait)

On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la

Valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
de nous-mêmes – voix chère – exprimant ce qui s'

apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme-là qui, tant et tant, crut aux ver-

Tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan-
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé

Dans la fêlure du monde où les plaies suintent.

Frank Venaille, La Descentede l'Escaut, cité in Poèmes à dire, une anthologie de la poésie française francophone, Poésie/Gallimard 2002, p. 109

 

 

 

 






DANS LE SILLAGE DES MOTS





La sentence tombe de la bouche des morts.

Des barques sous la mer comme autant de filles dénudées, retournées sur le ventre. Celles qui vont toujours trop vite. Pour en faire plus !

Des barques sous la mer afin de rejoindre ce qui, depuis toujours, donne un sens à nos actes.

Mots déchiquetés, ensanglantés mais encore capables de se battre pourtant.

Il faut parler, parler encore, puisque les mots prennent leur valeur (leur saveur également) en passant par le larynx. Parler pour avoir moins peur.

J’ai combattu jusqu’à l’extrême. Maintenant il me reste à rejoindre mon hôtel, palace pour fêtes légales & là, allongé sur un lit, chaussures encore boueuses aux pieds, à regarder l’eau du canal tressaillir, frémir, s’allonger, s’ouvrir !

Je ne fréquente pas les églises et leurs chefs-d’œuvre. La lagune s’en moque. Elle laisse la porte ouverte sur le tout petit jour quand passe devant moi un remorqueur au moteur sans âge. Debout. Droit, face au vent se tient l’homme gouvernail. Sa silhouette attise le sentiment de beauté solitaire.

Ainsi suis-je à la fois celui qui écrit mais également cet autre qui prend sur lui de lire des manuels militaires à l’usage du bataillon de mouettes de l’infanterie de marine.

Kra ― kris ― kro ― kas ― kis ― kris ― krea ― kra ― ker ― kar ― kru ― kas



Franck Venaille, La Guerreau plus près in C’est à dire, Mercure de France, 2012, pp. 114-115.

 

 

 



J’avais
mal à vivre
ô
que j’eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d’enfant.



Franck Venaille, Ça, Mercure de France, 2009, page 81.

 


QUAND LA LUMIÈRE NÉE DE L’ESTUAIRE



Quand la lumière née de l’estuaire
m’éblouit
m’aveugle
Lorsqu’elle m’incite à tourner le dos à cette clarté
ainsi propagée autour de moi
J’éteins la lampe modeste du nid retourné
Longuement je regarde les petits corps chauds
Dès lors les mots ne m’assaillent plus
Mieux !
Les voici qui me laissent vivre
dans une semi-obscurité bienfaisante
Enfin ! Je vis dans l’intensité de la pénombre
Enfin ! Les modestes becs m’apportent lumière intérieure et paix
Et les heures musicales s’enchaînent
C’est l’instant où je me saisis des oiseaux anxieux
J’en fais mes frères aveugles
Et dans la nuit nous nous élançons
mus par cet étrange sentiment de sécurité animale
maintenant que l’intensité de la lumière née de l’estuaire
peu à peu
sur nous tous
a posé son voile de lin.


Franck Venaille, La Descente de l’Escaut, suivi de Tragique, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 2010, page 127. Préface de Jean-Baptiste Para.

 

 

Les vagues de la lagune

J’avance vers davantage de lumière

Les barques désormais

Sont vides

Elles ont accosté pleines de rires et chansons

Qui ne sont pas pour moi

Qui ne sont pas pour nous

Qui avons notre propre répertoire à crêpe noir ou satin rouge

Mais c’est la vie ordinaire qui exige, comment dire ? autre chose, de moins !

de plus !

J’avance

Ce que j’entends c’est le fracas de rames

Mêlé aux cloches catholiquement triomphantes

Ô comme nous sommes civilisés !

Nous qui avons pourtant tout à apprendre des vagues et de la régularité avec la quelle elles viennent se heurter au quai

Il me faut maintenant passer le pont

Atteindre la ruelle où sèche le linge

Ce lieu où le linge sèche


Extraits de « Ça » – Franck Venaille - Mercure de France - 2009

Je me suis égaré dans la banlieue de vivre.

C’était un soir blafard comme je les aime assez

J’enseignais la solitude.

Donnant cours (magistraux !) à celles et à ceux que ce mot,

rien que lui, fait blémir.

Disons que j’écris afin que Gabriel Fauré mette de la musique sous mes

mots.

Je suis sans âge, pourquoi dès lors, ne pas unir les forces qui demeurent

en moi avec celles d’un musicien composant, désormais, pour le cosmos.

Je me suis trompé, il n’y a rien à vivre sur cette terre.

 

 

 

On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la

Valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
De nous-même – voix chère –exprimant ce qui s'

Apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme-là qui, tant et tant, crut aux ver-

Tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan –
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé

Dans la fêlure du monde où les plaies suintent

In La descente de l'Escaut, Tragique, © Poésie/Gallimard 2010 p.139

 

 

Des-
cendre
au
plus
profond
du
corps
du
fleuve.

la mer
se
noie !
Plonger !
Plonger !
Puis
retrouver
ce
monde
de si peu
de joie.

Ibid p.145

 

 

 

On dirait qu'une ampoule immense et blanche
au ciel
lentement
se
balance.

Ô! Toutes ces îles vides qui dérivent.
Ô ! Ces bras du fleuve transformés en étangs
et notre solitude visible sur la carte.

Comment ne pas avoir peur ?

Ibid p.117

 

J'avais la totalité du visage de l'estuaire dans ma main

J'avais l'ensemble de sa pensée sous les doigts J'avais

Ô j'avais son étrange beauté Je la possédais

m'imprégnant de ses traits afin que –une fois disparus

– je puisse encore et encore me souvenir d'eux

Ibid (extrait) p.125

 

Hurler Hurlant face à la mer

au grand dessous des glaciers bleus

S'en allant à grands pas vers la falaise

pour s'y laisser glisser – pour s'y jeter d'effroi

Hurlant – muet – la bouche à vif Et

à l'instant même de la chute

Ah ! sentir les ailes de l'oiseau

Ah ! entendre son chant ami

Hurler Hurlant face à la mer

Se taire contre le petit corps chaud

Puis y poser ses lèvres folles !

Ibid p.148

 

 

Extraits

La descente de l'Escaut

 

L'eau Toute l'eau L'eau encore elle L'eau de
toujours suffira-t-elle cette eau à laver le

marcheur de ses fautes ? Dans un calme propre-
ment effrayant Le ciel et l'eau ne me dites pas

qu'ils vont s'absorber ! Que l'un et l'autre vont
copuler et, d'extase, se retourner, se vautrer, faire

pleuvoir ! Tout est si calme On n'entend que les
pas du marcheur à l'idée fixe : toute cette eau y
parviendra-t-elle ?

Du vaste paysage autrefois immergé s'
Elève une plainte dont nul ne connaît l'origine

Exprime-t-elle ce que les hommes nomment : la
Douleur ? Dit-elle ce, qu'à eux-mêmes, se cachent

Les peupliers serrés comme autant de frères au-
Tour de la dépouille du père Et qui geignent !

Disant l'angoisse ancestrale des pays plats
devant la montée de l'eau Ah ! Tous ces arbres

Dressés à l'intérieur même du fleuve Que je ne
sais pas voir mais dont je sens la solitude

Tels les grands crucifiés à l'angle des plaines !

La descente de l'Escaut, Obsidiane, 1995

 

 

Toutes les péniches descendent vers Gand ô
sur elles, se retourner, et parler à voix haute

Dire : soleil - immensité - calme des prés et
ce parti pris de la beauté : l'immuable, l'infi-

ni Mais pourquoi donc ces courbes du fleuve
dans une telle plaine semée de chevaux Qui

posent leur tête dans ma main Douceur sans âge
Puis, sur l'herbe, distinguer la marque des fers
de leurs sabots

On apercevait les silhouettes des vivants
Çà ! Comme on les distinguait derrière les vitres !

Une famille Dans cette pièce Autant de meubles et
De fleurs que d'êtres humains Et nous, dehors

À se tasser ! À se serrer afin de mieux
Voir ! Pensez : tant de non morts encore !

Pourquoi aurions-nous dû céder notre place à
Moins incurablement tristes que nous ?

Enfouis dans la glaise Dans la vase Implorant ceci :
Voir ! Des vivants ! Une fois encore !

….

 


Je suis un homme floué.
La mort, la maladie, ont sonné à ma porte.
Je sens leur impatience et, très souvent, je la comprends.
Je leur demande encore un petit, un peu, un petit peu de temps si précieux. Non pas pour
faire
l'âne devant les doctes assemblées.
Mais afin de mieux comprendre ce qui m'échappe encore:
Le sens de la vie, la place exacte que prend le sexe dans cette aventure minimaliste.
Je ne suis pas membre d'une confrérie d'orgueilleux.
Mais je sais ce que sont exactement les livres que j'écris.
Malgré tout, je suis cet homme que la vie a floué.

Paris, mon beau Paris, il faudra bien qu'un jour l'homme en noir descende en gare du
Nord,
s'arrête Au rendez-vous des Belges, mette une croix face à mon nom sur son carnet
douteux.

Paris, mon beau Paris, vous serez mon témoin.
Je vous ai aimé et si j'ai passé tant de nuits dans tant de capitales, c'était !
Les mots se doivent d'être justes.
C'était !
Pour le goût des rencontres peut-être.
Un détaIl baroque sur la Place d'Armes.
La découverte d'un pont suspendu.

Paris, mon beau Paris, je m'adresse à vous dans l'urgence.
Voyez, je suis fatigué.
A la violence de la maladie s'ajoute désormais celle de la médecine.
Faites, s'il vous plaît, en une nuit, exploser tous les Services de Neurologie de vos
hôpitaux.
J'y gagnerai du répit, faites-le, c'est en votre pouvoir!

Je suis cet homme qui se sent floué et tape du poing sur les portes à s'en briser les
phalanges.

Franck Venaille

 

***
Douleur que j’ai aimée, dis-je...

Douleur que j’ai aimée, dis-je, « aimée » est-ce le mot
Qu’alors j’employai devant tous ces visages de mauvais
Lieux ? Douleur ! Cette manière de nous mouvoir au
Milieu de la foule dolorante. Lui ! Que fait-il, voûté ? Il
Essaie, oui peut-être essaie-t-il de faire entrer toute cette
Souffrance dans ces sacs de deuil noir, des mouvements
Du glas, de larmes. Reviennent à lui ces mots : « douleur
Aimée » & se souvient de chacun des termes de cette
Lettre qu’au grand jamais il n’écrira : « D’amour ah ! je
Me suis pour vous, blessé ». Pourquoi & quand ? Désormais
Quelle armée lui tient compagnie ? Quel officier la veille ?
Douleur aimée, pourquoi geindre ? Vous vous éveillez
Près d’eux, ces hommes sortant du bal, dites ! en sang.

Franck Venaille

 

 


Quelqu’un habite en nous


quelqu’un se tient de nuit
lourdement obscur
debout
contre un portail
en fait on ne distingue que ses chaussures noires, leurs lacets élégants
quelqu’un
ça ! il ne laisse rien voir de lui, il
observe les passants, les habitués de la brasserie, il
se tient comme un cavalier de l’Apocalypse dont le cheval se serait noyé Il et Il
ô monde malade, mon devoir est de rendre compte de l’état de tes nerfs
de ta pensée et de certains de tes actes
cet autre moi-même, debout, adossé à la porte, s’y emploie
mais qui est-il vraiment ? double – jumeau ? faussaire en identité scabreuse ?
on ne voit que ses chaussures, leurs larges lacets élégants, cela suffit
cela suffit pour l’instant
quelqu’un habite en nous : amoureux de la vie, stratège de la mort
qui chaque nuit
dirige la Baraque des rêves ouverte toute l’année
ô monde si peu scrupuleux, si versatile, si mal ouvert aux autres
accepte aussi mon étrange présence
pour en finir jamais


Franck Venaille, Ça, Mercure de France, 2009

 

 

LA DESCENTE DE L'ESCAUT
(extrait)

On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la

Valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
de nous-mêmes – voix chère – exprimant ce qui s'

apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme-là qui, tant et tant, crut aux ver-

Tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan-
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé

Dans la fêlure du monde où les plaies suintent.

Frank Venaille, La Descente de l'Escaut

***      

Celui qui n’a jamais voulu se châtrer n’est qu’un chien Moi je dis le mot désespoir J’écris
le
mot désespoir avec le pâle sourire de celui qui sait Qui est déjà mort Qui vit à côté de lui-
même
attentif à la vie quotidienne l’âme enterrée déjà Je ne termine plus mes phrases Bientôt
plus
aucun son ne sortira de ma bouche J’attendrai comme celui assis sur sa valise dans
une gare Sans
billet Sans raison de partir Sans envie et bientôt curieusement sans douleur comme
sous la
torture Je n’ai rien dit N’ai rien avoué moi qui pourtant sais tout Maintenant n’écoute que
mon
sang familier Observe des heures la pulsation régulière à mon poignet Poi-gnet Poi-gnet
Poi-gnet
Serait-ce cela la mort Ce détachement de soi Cette absence en soi-même Ce calme plat
de la non
espérance Du non désir aussi avec mon sexe ridicule porté comme une blessure à
peine secrète Est-
il l’heure Est-il déjà l’heure Les murs m’observent M’entourent Se referment sur moi qui
n’aurai
bientôt plus de peau Plus de larmes Moi qui ai tant pleuré sur moi Hier encore lorsque je
vivais
Mais est-ce bien cela vivre cette perpétuelle déchirure il devait bien y avoir autre chose

               Que je n’ai pas su voir —

***

Franck Venaille, Pourquoi tu pleures, dis ? Pourquoi tu pleures ? Parce que le ciel est
bleu
Parce que le ciel est bleu…, éd. Pierre-Jean Oswald, 1972

 

 

 

LE MARCHEUR D'EAU


Il étreint le froid
Il étreint le vide

Il a peur du vide

Craint de ressembler aux joncs

Il guette le vide

Le givre avec sa tête de mouton

L'enserre et le cerne

Dure est cette angoisse

De la bête perdue

Qui étreint le froid
Qui étreint le vide

L'écluse fermée

On y regarde l'eau dans les yeux

Etreignant le froid
Etreignant le vide



On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la

Valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
De nous-mêmes---voix chère---exprimant ce qui s'

Apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme là qui, tant et tant, crut aux ver-

Tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan-
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé

Dans la fêlure du monde où les plaies suintent.

J'ai droit au repos du cheval journalier Dé
sormais je ne partirai plus vers quel labeur

Et je suis ce centaure qui s'éveille et geint
Autour de lui les aveugles s'affolent craignant

Ses ruades Ô grand cheval qui, autrefois, tractait
vers la berge les navires, te voilà effacé Il ne

demeure de toi que ce signe sur cette feuille
Sont-ce tes traces dernière ? Ta signature de sabot
Ebroue-toi Redonne-moi confiance ! Plongeons en-
Semble je saurai bien te faire retrouver cette joie

enfantine que tu poursuis sur la rive noyée à demi.

Du vaste paysage autrefois immergés
élève une plainte dont nul ne connait l'origine

Exprime-t-elle ce que les hommes nomme : la
Douleur ?Dit-elle ce, qu'à eux-mêmes, se cachent

Les peupliers serrés comme autant de frères au-
Tour de la dépouille du père. Et qui geignent !

Disant l'angoisse ancestrale des pays plats
devant la montée de l'eau Ah ! tous ces arbres

Dressés à l'intérieur même du fleuve Que je ne
sais pas voir mais dont je sens la solitude

Tels les grands crucifiés à l'angle des plaines !

Ce n'est pas là ---où passent les moutons de sel---
   que se
terrent les images perverses du monde Pas en un tel lieu

Où le pâle soleil blanc projette mon reflet à l'avant du
cargo Babtai Là je distingue alors la silhouette ô combien

Contrefaite que, désormais, les troupeaux d'eau connaissent
bien Ce n'est pas là ! Voici plutôt l'apaisement Le renon-

Cement Et ce compagnonnage avec le fleuve n'est en rien équi-
voque J'ai marché bu des bières au filtre magique
    pleuré Me

Voici d'or vêtu Me retournant vers la source Lui par-
    lant Evo -
quant ces guerriers qui y trempaient leurs bras afin que l'

épée de la justice soit, pour eux, moins lourde à manier !

Franck Venaille

 


                                                    CANTOS

                                           Du chant premier

                                                          J'
                                                         avais
                                                          peur
                                  de me rendre sur leur tombe
                                                          Ô
                         combien je craignais cette prise en mains


                                                          D'
                                                      ailleurs
                                  qu'aurais-je bien pu psalmodier
                         (le coeur lourd de ma présence au monde)
                                     sinon la vengance de Dieu ?

               Trop tôt & trop tard pour être mon proche ange gardien

                                                            IL
                                  suffisait toutefois de rallumer
                                                            la
                                          mèche de nos bougies
                                              enfoncées à demi
                                                            là
                                                 dans la terre
                                                 très ancienne
                                             -comme ébréchée-

                                          Pour supprimer l'effroi

Franck Venaille
la poésie contemporaine
le cherche midi

***

-grimalkin-
Date du message : juin 4, 2009 12:04

du chant second


                                        La vie m'a blessé l'âme
                                           Ah ! ce mur d'anxiété
                                                          qui
                                                    peu à peu
                                                    m'enserre
                                                       ALORS
                                                            que
          simplement je demande à quiter la scène où je me débats
                                  fût-ce par la sortie bon secours

          Ce sont toujours les mêmes qui pratiquent l'autopsie de leur
                                                    propre corps.
            Cela tient du cheval-vapeur ouvert dégoulinant de viscères
                                                          noirs.


                                                             Je
                  ne cherche qu'à disparaître dignement de ma vie.
                  Avec un zeste de dandysme pour l'illusion dernière.


                                                            Rien !
                                                       On est rien.
                                                      On nait mort.

                         Vite on recoud vite en sifflant vite le cadavre.
                                           -déjà fané avant l'heure légale-

Frank Venaille (Cantos)

***
-grimalkin-
Date du message : juin 5, 2009 10:37

Du chant troisième

                                                                      Les
                                        trépassés de l'aube dans la chambre
                                                                   voisine
                                           (encore si peu vivants soient-ils ! )
                                                                        ce
                                                                      n'est
                                                                      pas
                                  avec eux que l'on échangera farces & attrapes
                      lentement, ils pénétrèrent lentement dans ce chant troisième
                                        sans penser aux dépenses du temps,
                                                                  lentement.


                                                                     JAMAIS
                                                                         on
                                                         ne les voit se plaindre
                                                         à l'office sous perfusion



                                                                      JAMAIS
                                                                           on
                                                          ne les entend critiquer
                                                             le choix de l'Eternel.

                                              Forcément la vie s'en est pris à eux
                                                                -d'abord à eux-

                                                                              A
                                                                         ceux-là !

   -grimalkin-
Date du message : juin 7, 2009 13:21

DU CHANT QUATRE

                                                          JAMAIS
                                                               on
                                             ne les voit se plaindre
                                           à l'office sous perfusion
                                                          JAMAIS
                                                               on
                                              ne les entend critiquer
                                                le choix de l'Eternel.

                                     Forcément la vie s'en est pris à eux
                                                    -d'abord à eux-


                                                                A
                                                            ceux-là !


DU CHANT QUATRE

                                                            Echange ;
                     spleen, détresse, anxiété, appréhension, sentiment d'oppression,
                     contre non pas lebonheurmondieu mais au moins quelque chose
                                       ayant à voir avec le repos du corps.
                         Ah ! De celui-là avec son monde nocturne, caves et souterrains,
                                              je suis prêt à m'éloigner.

                              Pourtant nous fûmes amis, je me souviens,
                                        Liés l'un à l'autre, j'en ai souvenir.
                         Un peu amant, frère & père, je l'ai parfaitement en mémoire.

                                                             Dès lors :
                      pourquoi se dispenser de lui ? Le demande-t-on à la femme belle
                                                 qui vit en chacun de nous ?
                        Et puis pourquoi, oui, pourquoi se séparer de l''intérieur certes
                                                       rempli de vapeurs,
                                  de sécrétions fatales, d'odeurs d'avant-hier ?
                                                             Pourquoi ?

                                        ET LE COURS DU FLEUVE SANG !
                         Celui-là c'est Meuse, Rhin, Danube, Tamise réunis.
                           Je me souviens. J'en ai souvenir? De sa beauté.

                   A qui nous cédons toujous notre place dans l'autobus 80.

Frank Venaille (Cantos)

 

DU CHANT CINQUIEME   (et dernier)

                  
                                                             Lorsque
                                                                   je
                                           serai réconcilié avec mes morts

                                                                Quand
                                                                   ils
                                                                     s'
                                                      attableront avec moi
                                                      pour le festin du soir
                               moins inquiets qu'autrefois ils ne l'étaient vivants.

                      Encore sur la réserve aux mains gantées d'hiver autrefois.

                                                                  Alors
                                                 alléluia alléluia la neige
                                                                devant
                                                                tombes
                                                                ouvertes
                                                         nous danserons
                                                                alléluia
                                                                        l'
                                                             ALLEMANDE
                                                                   Autour
                                                                      du
                                                                   brasero
                                                                      où
                                       leurs ombres se morfondent & tremblent.

Franck Venaille (cantos)
la poésie française contemporaine
le cherche midi

***
-grimalkin-
Date du message : aout 18, 2009 18:31


Peut-être devons-nous
1 — 2 — 3
compter les journées de vraie joie
sur les doigts d'une main morte ?

Peut-être nous faut-il transformer
4 — 5 — 6
cri — crac — cri —
les râles en rire de ventriloque ?

*

J'avais
mal à vivre
ô
que j'eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d'enfant.

*

Tragiquement tragique
la boiserie les vins les corps allongés

tragiquement tragique
la nudité du fleuve
en cette aube trop blanche

les regrets les remords
devant la vie hostile

crûment-crue
carrément criminelle

*

Faire sourire un corps mort !

On s'interroge
pour employer le mots justes

Puis
on raconte

Mais sans cesse
celui que la vie a quitté
exige une autre histoire
avec une autre fin

Et
l'on rentre chez soi
encore plus âgé
encore plus triste

*


Franck Venaille. Ça. MERCVRE DE France

 


Je suis celui-ci, mal à l’aise de vie, je suis d’ici, du lieu d’où je dors
D’où j’accepte mes faiblesses d’homme mes à-peu-près d’âme aussi
Voilà ce qui me motive, me donne la force d’aller plus loin, là-bas, où ?
Je ne le sais mais il y aura des femmes des hommes de mon bord.
--------------------------------------------------------------------------------
Je me suis égaré dans la banlieue de vivre.
C’était un soir blafard comme je les aime assez
J’enseignais la solitude.
Donnant cours (magistraux !) à celles et à ceux que ce mot,
rien que lui, fait blémir.
Disons que j’écris afin que Gabriel Fauré mette de la musique sous mes
mots.
Je suis sans âge, pourquoi dès lors, ne pas unir les forces qui demeurent
en moi avec celles d’un musicien composant, désormais, pour le cosmos.
Je me suis trompé, il n’y a rien à vivre sur cette terre.
Autoportrait en homme qui crie
Pas assez crié dans ma vie. Pas assez hurlé ! Que cela se déchire, là- dedans, en pleine
poumonerie.
Ce qu’il faut c’est bien regarder à l’intérieur de soi. Le cri vient vite dès que les images se
font plus nettes.
Las ! Pas assez. Pas assez crié à la mort. Hurlé oui. Mais pas assez. Je vous en conjure :
criez pendant
qu’il est temps encore. Après ce sera dans l’impossible. Pour le moment c’est calme.
Les agités sont
devenus gisants. Ils tiennent la nuit dans leurs mains. (…)

--------------------------------------------------------------------------------

Les vagues de la lagune
J’avance vers davantage de lumière
Les barques désormais
Sont vides
Elles ont accosté pleines de rires et chansons
Qui ne sont pas pour moi
Qui ne sont pas pour nous
Qui avons notre propre répertoire à crêpe noir ou satin rouge
Mais c’est la vie ordinaire qui exige, comment dire ? autre chose, de moins !
de plus !
J’avance
Ce que j’entends c’est le fracas de rames
Mêlé aux cloches catholiquement triomphantes
Ô comme nous sommes civilisés !
Nous qui avons pourtant tout à apprendre des vagues et de la régularité avec la quelle
elles viennent se
heurter au quai
Il me faut maintenant passer le pont
Atteindre la ruelle où sèche le linge
Ce lieu où le linge sèche

Frank Venaille

 

 

C'était bon d'avoir trente ans et de vivre à Paris où tant de
   femmes ressemblent à des Gromaire
de caresser des nuques devenues timidement amies
en prononçant des paroles sans fin ni importance
ba n a les et sereines parfois même imprévues
au rythme de la locomotive du sang des hardiesses et des
   désespoirs fulgurants
qui faisaient tituber maudire et regretter, parfois pleurer
souvent pleurer et nous réfugier dans une indifférence
   factice
prête à laisser jaillir ce feu qui nous consumait
au premier sourire à la première parole simplement aimable
à ce geste de la main vers notre main notre bras sur notre
   épaule
à nous qui marchions dévoré de tendresses et d'envies
   contraditoires
C'était bon de rire avec elles de parler avec elles de souffrir
   avec elles
et de tenter sa chance sans louvoyer
de dire notre détresse et notre solitude
et d'appeler encore plus de détresse et plus de solitude
déjà muré dans l'inextricable déchéance d'une vie aux
   espérances saccagées -

Franck Venaille "l'apprenti foudroyé" 1966.

le poète dit :


"Écrire me rend malade. Toutes mes journées de travail se partagent entre ce bureau et
le lit où je vais m’étendre, la main posée sur mon côté droit, pour me calmer. C’est ce va-
et-vient entre les deux lieux qui est à la base de tous mes livres. Parler de l’écriture sans
tenir compte de cela serait impossible ou mensonger. Tout passe par la douleur
physique et, pourtant, je continue d’écrire. Je ne sais faire que cela. Je crains même qu’il
n’y ait désormais chez moi une sorte de course tout à fait incessante avec l’écriture
devenue besoin, exigence, au même titre, par exemple, que la respiration. Et si,
d’emblée, j’évoque la respiration, ce n’est nullement par hasard. Je lutte à peu près
constamment pour mieux respirer. Je suis hanté par la peur d’étouffer. D’ailleurs je suis
persuadé que cela est en rapport direct avec ce que j’écris.
En fait, j’ai la sensation d’écrire constamment, d’être sans arrêt en train d’imaginer des
fictions possibles et c’est là une manière très consciente je crois de réagir aux chocs. Je
suis presque persuadé que l’écriture est liée, viscéralement, à ma vie. Vie médiocre
égale passage à vide et silence. Je crois que l’écriture est devenue la vie et la vie
l’écriture.

Frank Venaille

 

 

J’avais
               mal à vivre
                      ô
            que j’eus peine
       à trouver mon chemin
                   parmi
       ronces et broussailles
   tous ces fruits rouges que je
                  cueillais
             avec élégance
                   avant
               de leur confier
       écrasé dans ma paume
                     mon
          désespoir d’enfant.


Frank Venaille

 

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Published by ahmed bengriche
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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 22:06

Jean-Claude RENARDLa Source 

 

Comment remonter le torrent :
ses rocs,
ses gouffres,
ses remous ?
Seul y rit
un souffle féroce
contre quoi plus rien ne
prévaut
- sinon, parfois, de grands troncs morts.
Franchis-les
Défie le courant
Comme une truite
avide d'accomplir son frai
Car si tu parviens jusqu'à l'autre
d'où sort la source,
tu apprendras qu'elle est en toi
tout en étant plus que toi-même,
et qu'en buvant l'eau
qu'elle t'offre
tu bois aussi
sa propre soif
de ta soif

Ce puits que rien n'épuise - Jean-Claude RENARD - Le Seuil.

  torrent

 

 

 


EXPLORATIONS



Je cherche des pays pareils à l'aventure,
végétaux, traversés d'enchanteurs inconnus,
des pays d'albatros que mon cœur a perdus
dans les brumes du Sud, dans les terres obscures.

Ils flottent sous la mer et leurs amours sont noirs
et mon amour mortel ne sait plus qu'ils m'attendent
avec des corps d'arums, de cuivre et de lavande
et que dort dans mon sang la couleur de leurs soirs.

J'ai dit le mot nocturne et bu les eaux sauvages,
j'ai touché l'or, le feu, j'ai suivi des voyages
d'où je n'ai rapporté que des oiseaux mourants...

Où sont ensevelis les pays qui m'appellent,
dans les algues, le sel, dans la chair des enfants,
N'ont-ils pas transmué ma race rituelle ?



Jean-Claude Renard, Explorations [extrait], in Haute-mer,Points et Contrepoints, 1950.
*

 

 

 

 

 

Orphée, Jean-Claude Renard, Haute-Mer, 1950.

 

Orphée

Est-ce toi que j’entends, est-ce toi qui me hantes,

Mon amour, est-ce toi mon enfant

Qui viens m’exorcicer de mon amour en sang,

Est-ce toi qui descends dans ma profonde attente ?

Est-ce toi maintenant, mon amour, est-ce toi

Toute ressuscitée et mêlée à moi-même,

Es-tu l’antique étoile, es-tu l’enfant que j’aime,

Viens-tu me desceller de mon corps trop étroit ?

Ce n’est pas ton corps lent, ton corps enseveli,

Ma morte, ma douleur, mon double sous la terre,

Mais ta chait musicale, ascendante, solaire

Que j’ai vu transmuer les métaux de la nuit.

Mon rêve s’est ouvert comme un miroir étrange

Pour me laisser toucher tes pieds et tes cheveux,

Te sentir, mon amour, t’enfoncer dans mes yeux,

M’envoûter, m’apaiser, me rapprocher des anges…

Est-ce assez me mourir, est-ce assez de péchés,

Aurais-je dit des mots de feuilles et de gemmes

À quelqu’un qui revient me lier à moi-même,

Ai-je trouvé la femme en qui je me cherchais ?

Brûlent les arbres roux, brûlent les roses noires !

Les dieux et les démons qui emmuraient mes mains

Sont morts – sont endormis dans d’humides

Mémoires

Les goélands amers et les coqs inhumains !

J’ai pressé ton sommeil épais comme des rades,

Tes prairies aimantées de lunes et d’odeurs,

J’ai sondé ton silence avec un cœur malade

Qu’immerge les courants du monde intérieur.

L’Esprit a traversé la femme sidérale,

M’a métamorphosé, m’a défait de ma chair,

Et mon sang délivré d’une nuit infernale

A vu dans ton amour étinceler la mer (…)

Je ne suis plus d’ici, j’ai passé les forêts,

Mais mon corps hivernant dans des granges d’orages

Est triste et solitaire et n’a pas de voyages,

- mon âme l’a quitté pour des départs secrets…

Nous sommes, mon amour, remontés vers les

Pluies

Les raisins de l’air pur, le matin végétal

Ameutent des moussons qui consument mon mal.

Suis-je déjà si loin des terres refroidies ?

Des noces, des Rois blancs, de Poissons lumineux

Rafraîchissent mon sang comme des eaux nouvelles,

Je reconnais le Ciel et l’Esprit m’ensorcelle

Et je sais que tu vis dans les pays du feu.

Retiendras-tu mon cœur, viendras-tu me reprendre,

M’emporter vers la mer un soir de pureté,

Me rendras-tu l’amour que tu m’as révélé,

Seras-tu cet enfant qui naîtra sur ta cendre ?

Tu n’as plus d’épaisseur, tu n’es plus l’ange mort

Mais l’ange magnétique et la princesse ardente,

La femme des pays où les Pléaides chantent,

L’enfance qui m’attend dans les grands arbres d’or…

Orphée, Jean-Claude Renard, Haute-Mer, 1950.

 

 

 

 

«Toi
Toi qui ne deviens moi que si je deviens Toi et qui ne me ressembles que si je Te ressemble,
Toi qui, mayant créé, nattends et ne désires quà mon tour je Te crée,
Toi qui en moi nhabites que quand je ne suis rien et lorsque Tu m’apprends à Te quitter Toi-même pour mieux Te rencontrer et pour mieux T’accueillir,
Toi dont la nuit m’éclaire et dont le jour m’aveugle,
Toi qui ni ne châties et ni ne récompenses le mal ou les mérites d’un destin voué seul à se juger soi-même,
Toi qui mets dans mon sang ton mystérieux amour,
Toi qui ne m’accomplis qu’en me vidant d’un moi contraire à mon vrai moi,
Toi qui me fais mourir pour annuler ma mort et qui ne T’abolis que pour me faire naître à ce vivant abîme où sans fin Tu T’enfonces...»

Extrait de Toi, dans Qui ou quoi ?, Le Cherche Midi.

 

 

 

Incantation du sang

À peine au bord du puits,
Ce jeune feu de ceps allumé sur la neige,
Devant la mer,
Quel sang beau comme un abricot
Parle-t-il de sa soif d’un mystère, d’un sacre, d’une métamorphose
Qui n’arment le désire qu’en l’habitant déjà,
Lorsque la mort l’éveille
De ce qu’il doit sans trêve, pour sortir de soi-même et entrer dans soi-même
En s’inventant sans cesse,
Accueillir et fonder comme une ville neuve,
Une commune langue,
Le seul espoir de demeurer vivant puis de combler de sens, partout, sous la falaise,
Les labyrinthes vides,
—Et dans ce voeu d’atteindre la plénitude d’être,
Dans ce pur mouvement de sève et de rivière où peut-être mûrit une fête essentielle,
Lui donnent le pouvoir, s’ils sont plus que ses fables,
D’accomplir avec eux la création du monde?

La braise et la rivière: poèmes et proses (Éditions du Seuil, c1969)

*

Parole 1

La même fête patiente sous les tilleuls roses,
Dans la parole d’interrogation.
J’oserai veiller près des pierres.
Quand l’enfance les aura lavées,
Elles prophétiseront le sacre.
Déjà, dans le secret simple des îles,
Un seul sanctuaire rassemble,
Comme de grandes laines fraîches et vertes,
Toutes figures du dieu sur la mer.
Les oiseaux rusent.
Mais quel corps n’a prescience qu’un texte très blanc dans le sable
Indique le savoir d’être un?
S’il s’avance un peu,
L’eau habite la mort.

Parole 2

La grêve brûlée
(Mais chaque fois les oiseaux reviennent)
D’autres algues montent de la mer.
Elles tracent les signes qui luisent – qui s’interrogent.
Je ne cesserai pas d’y marcher.
S’enfouir dans le silence du sable,
Comme les bucardes,
Sans chercher la demeure possible: l’éventuel lieu d’alliance,
Abîme l’être.
Quand l’eau dégage la caverne,
—S’il n’y a rien
N’est pas une preuve.
Plus tard (ailleurs dans l’identique espace)
La parole peut encore sourdre,
Attirer encore les racines
—Jusqu’à la fin.
Même le vide prodigue une naissance.

 

Joue-je ?: poésie:Jean-Claude Renard

Joue-je ?

 

Jeu de mou

Pour le félin

 

Jeu de moues

Pour le vilain

 

Jeu de mains

Pour le filou

 

Jeu de moins

Pour rien du tout

 

Jeu de mors

Pour le roussin

 

Jeu de morts

Pour l'assassin

 

Jeu de monts

Pour Tibétins

 

Jeu-démons

Pour diablotins

 

Qui sait pourquoi

La coccinelle aux cents prunelles

Perle les prêles ?

- Ni vous, ni moi.

 

Qui sait pourquoi

La fourmi luit, mi-buis mi-gui,

Durant la nuit ?

- Ni vous ni moi.

 

Qui sait pourquoi

La sauterelle pastourelle

Pèle une airelle ?

- Peut-être toi...

 

 

 

EN UN PAYS ANTÉRIEUR

Mon beau mystère est mûr au milieu des raisins,
est mûr comme un enfant ramant dans le sommeil,
comme un enfant d'amants est mûr, est souterrain,
et la mer met en moi de grands amours vermeils.


Et je m'y multiplie et m'y mêle à mes membres
et je suis en voyage au milieu de la mer
et la mer amarrée aux lunes de ma chair
me plonge en des courants secrets comme des chambres.


Et la mer maintenant mon amour et ma mort
meut en elle ma chair ruisselante d'oiseaux,
et je me sens marcher dans un amas de corps
qui ne sont plus d'ici, les blancs, les musicaux,


dans des corps consumés par d'anciennes mémoires
où tournent des manoirs, des vergers et des roses
je m'en vais vers celui que je fus dans la gloire
et reconnais l'odeur de mes métamorphoses,


et je m'ouvre à moi-même et remonte mes traces
et reprends la couleur végétale et profonde
que la mer d'autrefois répandait sur ma race
et redeviens le chant des naissances du monde...
                                                                                          
Jean-Claude Renard

 

 

Et les îles feront silence

    Toute pierre investie du sacre qui l'enfante
    Prendra sous le sang frais la fable du royaume
    Et verdeur de cresson dans l'eau signifiante
    Qui lie et qui délie le mystère de l'homme.
    O montagne embrasée de l'amour connaissable
    L'inconnaissable amour a son nom sur tes tables

    J'entends qu'un pays s'incante
    Dans le matin de manne et de menthe,
    Au sort des sources. L'être sondé d'un poulpe blanc
    Fera ma soie et mon corail. L'océan
    S'ouvre pour qu'il naisse et que l'été qu'il vérifie
    En traversant la mort où la mer sacrifie
    Ait mémoire, ait voyance des grands soleils purs,

Jean claude Renard

Je dis le monde.

Je caresse la mer et j'écoute la lune
Le peuple des dauphins qui dansent dans l'été
Je dis le monde et les Andes se dissimulent
Parmi les arbres célestes de la contrée
D'ici, les isthmes, les golfes, les pôles brûlent
Et la nuit remue sans que la terre ait bougé.

Je dis le monde avant d'avoir à le nommer
Je connais ces chemins de bois et de bocage
Les bruits de la planète et les vents d'outre-large
Je dois mourir en eux pour les mieux situer
Je sais ce qui me lie à l'âme des glaciers
Et ce que peuvent mes prunelles sous l'outrage.

Je dis le monde avec amour et je m'y cache
Ah! j'aurais tant voulu ne jamais exister
Ne pas avoir ce poids de terre sous mes pieds
Ces arbres dans le ciel jusqu'à l'éternité
Comme des parchemins couturés de crevasses.

J'habite ici dans un domaine de fougère
Que les poulains feuillus défoncent du sabot
Je pourrais y battre monnaie de cuivre clair
A l'effigie d'un dieu mort à notre niveau
Mais je passe mes jours à changer de misère
Soumis à l'angélus de la rainette d'eau.

Les ténèbres du corps peuvent bien répondre
Mon âme en mouvement leur échappe d'emblée
Les arbres du ponant s'éloignent de ce monde
La lune les transforme en autant de voiliers.

Je redonne à la mer amour et gravité
Et la terre que j'aime est plus rude que ronde.

Jean-Claude Renard "Les Noces de la terre" 1957.

 

 


Chant de la mer


Il faut avoir touché la mer ardente,
pris vraiment la mer avec un corps nu,
senti l’épaisseur du sel et du sang
peser sur la chair comme un arbre blanc
pour savoir où sont les pays perdus,
pour ne pas cesser de brûler d’attente.

Tous ceux qui n’auront pas aimé la mer,
qui n’auront pas baigné dans sa rumeur,
sucé la nuit, l’eau large et capitale,
les grands raisins de la noce natale,
ne pourront pas entrer dans la ferveur,
seront passés près des départs ouverts.

La masse d’or, la fureur de terrasses
qui tend ici ses voyages poignants,
ses durs soleils et ses paradis calmes,
ses soirs puissants et frais comme des palmes,
rend leurs secrets aux légendes d’enfants,
guérit le mal qui désole ma race.

Il fallait bien que la mer fût cruelle
pour nous purifier de tant de morts,
qu’elle eût des yeux gonflés par la colère,
de longues mains d’algues et de lumière
pour nous laver des anciens remords
et résorber la faute originelle.

J’ai vu la mer chanter comme une femme,
la mer qui dit que nous sommes venus
pour une paix pareille aux violences,
pour une guerre où naîtra l’innocence,
où mûriront des pardons inconnus,
des corps nouveaux et des pays en flammes.

Ô les plateaux, ô les matins des caps,
les vastes fleurs de la mer solennelle
emporteront les mal-aimés ailleurs,
les étrangers couchés dans la douleur,
assouviront la soif essentielle,
les anges roux, les brises, les ressacs !

Nous referons de profondes croisières,
nous descendrons dans les pays troublants
pour retrouver la formule du feu,
la trace et l’odeur sauvage du dieu
qui délivrera les derniers absents,
l’amour infini qui dort dans la terre.

Les bienheureux seuls comprendront la mer,
la miséricorde et la pauvreté,
ceux qui s’en iront dans d’autres pays,
ceux qui auront cru dans la joie du Christ
avec un désir doux comme l’été,
qui se mêleront au mystère amer...





Jean-Claude RENARD, Cantiques pour des pays perdus

 

 

CROIRE EST-IL PLUS QUE CROIRE?

Quand tu sauras qu'il reste vain, fût-ce par la ruse ou par dédale,
d'attendre d'un amer langage de négation et d'agonie
le pouvoir,alourdi de doute, d'oser annuler ta croyance
en ce qui ne s'explique pas ou de détourner ton désir
de l'intime goût de l'amour que seul le sacre te propose,
-n'éloigne pas vers l'infini, comme pour en tarir l'afflux,
le don du fleuve qui t'irrigue plus que toi-même ne t'habites,
mais laisse-le se révéler, se partager, se faire offrande
jusque dans cette inconnaissance dont la ténèbre t'est lumière.
Il te sera plus proche alors, plus vif et plus essentiel
que ne l'est ton propre sang , et préparera, si tu pries,
la transmutation de ta chair en corps de miracle et de gloire.
Car ici, et dès maintenant, tel qu'apparut sur le Thabor
le"Fils de l'Homme", le feu blanc commence, au fur que tu l'accueilles,
à te changer en te vêtant de cette immarcescible aura
qu'il t'appartiendra de mûrir parmi les étés du royaume.

Jean-Claude Renard (1822)

 

NOTES I


Faut-il trouver dans la nuit
Et dans la distance qui dure à l'intérieur de l'amour
Sous d'épaisses couches d'acides
Quelqu'un présent par absence ?

Il n'y a rien pour convaincre
Ce sable opaque où l'eau glace
Et n'est plus propre au partage
Sinon qu'aucun silence n'annule le mystère.

Essayant de peupler la mort
Le sang invente, prophétise,
Voit parfois luire dans la neige comme un grand cerf ressuscité

Le sacre dont l'hiver le fascine et le tue.

Mais peut-être qu'à l'aube, après tant d'arbres vides,
Le dieu sera vivant.



RITES 4

L'aile pure
parut sur la mer gelée :
attirant le vent
_ les chevaux.
Lui
reprit le bâton de prière,
marcha vers les domaines où fume le sang d'aigle
et toucha l'herbe mythique.
Les pluies eurent des fraîcheurs de pommes.
Alors,
entouré de cerfs,
il dressa la pierre
de magie.



RITES 9

La mort
mesure-t-elle l'amour ?
L'amour
mesure-t-il la mort ?

Nul ne le sait.

Mais l'âme rit
si, dans l'un et l'autre,
habite
l'abîme blanc du mystère.



Jean-Claude Renard

 

 

TOI


Ô Toi qui n'est que Toi comme l'est l'absolu,
Toi dont l'infinitude est plus que l'infini,
Toi qui n'existes pas selon ce que les mots dénomment l'existence,
Toi qui es pur néant et pure plénitude,
Toi qui es sans pourquoi,
Toi qui es sans réponse,
Toi qui n'as pas de cercle et qui n'a pas de centre,
Toi qui Te Tiens unique au-delà de Toi-même et au-delà de tout,
Toi qui n'est en personne et demeure en tous,
Toi secret sans chemin liant tous les chemins qui conduisent vers Toi,
Toi qui T'acceptes tel que chacun Te conçoit, Te forme, Te désigne, et qui es à la fois
l'alchimie et la pierre des Arcanes du temps et de l'éternité;

Toi qui ne m'es visible qu'en restant invisible et que je ne connais que par
inconnaissance,
Toi qui ne m'es silence que pour mieux me parler, ne m'es présent qu'absent et absent
que présent, partage impartageable et pourtant partagé,
Toi qui ne sors de Toi qu'afin de Te trouver et de Te contempler au plus profond de moi,
Toi qui ne deviens moi que si je deviens Toi et qui ne me ressembles que si je Te
ressemble,
Toi, qui m'ayant créé, n'attends et ne désires qu'à mon tour je Te crée,
Toi qui en moi n'habites que quand je ne suis rien et lorsque Tu m'apprends à te quitter
Toi-même pour mieux Te rencontrer et pour mieux t'accueillir,
Toi dont la nuit m'éclaire et dont le jour m'aveugle,
Toi qui ne châties et ni ne récompense le mal ou les mérites d'un destin voué seul à se
juger soi-même,
Toi qui mets dans mon sang Ton mystérieux amour,
Toi qui ne m'accomplis qu'en me vidant d'un moi contraire à mon vrai moi,
Toi qui me fais mourir pour annuler ma mort et qui ne T'abolis que pour me faire naître à
ce vivant abîme où sans fin Tu T'enfonces,

-ne saurais-Tu ne m'être qu'un songe plus réel que la réalité?

Jean-Claude Renard
Poésie d'hier et d'Aujourd'hu

 

 

 

 

Ainsi dans ce livre étrange de Jean-Claude Renard, Toutes les îles sont secrètes :23

La présence n'est-elle fondée
que par le mystère de l'absence ?

La lumière n'est-elle fondée
que par le mystère de la nuit ?

Garde en mémoire l'autre mémoire.
Garde en délire l'autre délire.
Garde en légende l'autre légende.  

Puis, d'os en os,
à qui ne sait si le désert joint ou sépare
et si dire jette dehors
comme un pansement qu'on arrache
- apprends que même la prière
peut être démunie du dieu,
que certains mots deviennent saints
là où la mort n'a plus de nom,
et qu'à la lisière de l'été
toutes les îles sont  secrètes.

 



     Parole 5

     J'approche des prés blancs
     Qui brûlent sous la mer.
     Tout commence en ce lieu où l'un se change en l'autre.
     out est en lui vécu.
     Toute mort est ouverte à l'être essentiel présent dans
     toute mort.
     L'être est pour elle en elle.
     Elle est en lui pour lui.
     Il n'y a pas autre part d'espace ni de temps.
     Avant que d'être plus que ce qui se vivra,
     Peut-être, dans l'absence de la gloire sans nom,
     L'éternité est là.
     L'éternité n'est là que pour être accomplie
     Dans le secret natal de la similitude et de la différence.
     Le silence est plus qu'une trace.

Jean-Claude RENARD — Chant de la mer

 

 

 

 

IL faut avoir touché la mer ardente,

pris vraiment la mer avec un corps nu,

senti l’épaisseur du sel et du sang

peser sur la chair comme un arbre blanc

pour savoir où sont les pays perdus,

pour ne pas cesser de brûler d’attente.

 

Tous ceux qui n’auront pas aimé la mer,

qui n’auront pas baigné dans sa rumeur,
sucé la nuit, l’eau large et capitale,
les grands raisins de la noce natale,
ne pourront pas entrer dans la ferveur,
seront passés près des départs ouverts.
 
La masse d’or, la fureur de terrasses
qui tend ici ses voyages poignants,
ses durs soleils et ses paradis calmes,
ses soirs puissants et frais comme des palmes,
rend leurs secrets aux légendes d’enfants,
guérit le mal qui désole ma race.
 
Il fallait bien que la mer fût cruelle
pour nous purifier de tant de morts,
qu'elle eût des yeux gonflés par la colère,
de longues mains d’algues et de lumière
pour nous laver des anciens remords
et résorber la faute originelle.
 
J’ai vu la mer chanter comme une femme,
la mer qui dit que nous sommes venus
pour une paix pareille aux violences,
pour une guerre où naîtra l’innocence,
où mûriront des pardons inconnus,
des corps nouveaux et des pays en flammes.

Ô les plateaux, ô les matins des caps,

les vastes fleurs de la mer solennelle
emporteront les mal-aimés ailleurs,
les étrangers couchés dans la douleur,
assouviront la soif essentielle,
les anges roux, les brises, les ressacs!
 
Nous referons de profondes croisières,
nous descendrons dans les pays troublants
pour retrouver la formule du feu,
la trace et l'odeur sauvage du dieu
qui délivrera les derniers absents,
l'amour infini qui dort dans la terre.
 
Les bienheureux seuls comprendront la mer,
la miséricorde et la pauvreté,
ceux qui s’en iront dans d’autres pays,
ceux qui auront cru dans la joie du Christ
avec un désir doux comme l’été,
qui se mêleront au mystère amer...
 

Cantiques pour des pays perdus

 

 

 

 

 

 

Quand tu sauras qu'il reste vain, fût-ce par la ruse ou par dédale,

d'attendre d'un amer langage de négation et d'agonie

le pouvoir, alourdi de doute, d'oser annuler ta croyance

en ce qui ne s'explique pas ou de détourner ton désir

de l'intime goût de l'amour que seul le sacre te propose,

- n'éloigne pas vers l'infini, comme pour en tarir l'afflux,

le don du fleuve qui t'irrigue plus que toi-même ne t'habites,

mais laisse-le se révéler, se partager, se faire offrande

jusque dans cette inconnaissance dont la ténèbre t'est lumière.

Il te sera plus proche alors, plus vif et plus essentiel

que ne l'est ton propre sang, et préparera, si tu pries,

la transmutation de ta chair en corps de miracle et de gloire.

Car ici, et dès maintenant, tel qu'apparut sur le Thabor

le « Fils de l'Homme », le feu blanc commence, au fur que* tu l'accueilles, à te changer en te vêtant de cette immarcescible aura qu'il t'appartiendra de mûrir parmi les étés du royaume.

 

 

Poésie 1, Le Cherche Midi Éd.

 

Jean-Claude RENARD — Notes I

***

Faut-il trouver dans la nuit

Et dans la distance qui dure à l'intérieur de l'amour

Sous d'épaisses couches d'acides

Quelqu'un présent par absence ?

 

Il n'y a rien pour convaincre

Ce sable opaque où l'eau glace

Et n'est plus propre au partage

Sinon qu'aucun silence n'annule le mystère.

 

Essayant de peupler la mort

Le sang invente, prophétise,

Voit parfois luire dans la neige comme un grand cerf ressuscité

 

Le sacre dont l'hiver le fascine et le tue

Mais peut-être qu'à l'aube, après tant d'arbres vides,

Le dieu sera vivant.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Claude RENARD — Rites 4

***

L'aile pure

parut sur la mer gelée :

attirant le vent

les chevaux.

Lui

reprit le bâton de prière,

marcha vers les domaines où fume le sang d'aigle

et toucha l'herbe mythique.

Les pluies eurent des fraîcheurs de pommes.

 

Alors,

entouré de cerfs,

il dressa la pierre

de magie.

 



Jean-Claude RENARD — Rites 9


***

La mort

mesure-t-elle l'amour ?

L'amour

mesure-t-il la mort ?

Nul ne le sait.

Mais l'âme rit

si, dans l'un et l'autre,

habite

l'abîme blanc du mystère.

 

 

 



Et les îles feront silence

Toute pierre investie du sacre qui l'enfante
Prendra sous le sang frais la fable du royaume
Et verdeur de cresson dans l'eau signifiante
Qui lie et qui délie le mystère de l'homme.
O montagne embrasée de l'amour connaissable
L'inconnaissable amour a son nom sur tes tables


J'entends qu'un pays s'incante
Dans le matin de manne et de menthe,
Au sort des sources. L'être sondé d'un poulpe blanc
Fera ma soie et mon corail. L'océan
S'ouvre pour qu'il naisse et que l'été qu'il vérifie
En traversant la mort où la mer sacrifie
Ait mémoire, ait voyance des grands soleils purs [...]


 La Terre du sacre suivi de La Braise et la rivière, José Corti Éd.

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 13:05

لقيط بن يعمر الأيادي

يا دارَ عَمْرة َ  من  مُحتلِّها    الجَرَعا        هاجتَ لي  الهمّ  والأحزانَ    والوجعا
تامت  فادي  بذات  الجزع     خرعبة        مرت   تريد   بذات   العذبة     البِيَعا
فما   أزال   على   شحط     يؤرقني        طيفٌ تعمَّدَ  رحلي  حيث  ما    وضعا
ألا   تخافون   قوماً   لا   أبا      لكم        أمسوا  إليكم   كأمثال   الدّبا     سُرُعا
فهم   سراع   إليكم،    بين      ملتقطٍ        شوكاً وآخر  يجني  الصاب    والسّلعا
وتلبسون  ثياب   الأمن   ضاحية     ً        لا تجمعون،  وهذا  الليث  قد    جَمعَا
وقد   أظلّكم   من    شطر      ثغركم        هولُ   له    ظلم    تغشاكم      قطعا
جرت  لما  بيننا  حبل  الشموس    فلا        يأساً  مبيناً  نرى  منها،  ولا     طمعا
إني   بعيني   ما    أمّت      حمولُهم        بطنَ السَّلوطحِ، لا  ينظرنَ  مَنْ    تَبعا
أبناء   قوم   تأووكم    على      حنقٍ        لا  يشعرون   أضرَّ   الله   أم   نفعا
لو   أن    جمعهمُ    راموا      بهدّته        شُمَّ  الشَّماريخِ  من  ثهلانَ    لانصدعا
أنتمْ   فريقانِ   هذا   لا   يقوم      له        هصرُ  الليوثِ  وهذا   هالك     صقعا
مالي   أراكم   نياماً    في      بلهنية        ٍ وقد ترونَ شِهابَ الحرب  قد    سطعا
طوراً   أراهم   وطوراً   لا     أبينهم        إذا   تواضع   خدر    ساعة    لمعا
أحرار  فارس   أبناء   الملوك     لهم        من  الجموع  جموعٌ  تزدهي     القلعا
في  كل  يومٍ  يسنّون  الحراب     لكم        لا  يهجعونَ،  إذا  ما  غافلٌ     هجعا
فاشفوا  غليلي  برأيٍ   منكمُ     حَسَنٍ        يُضحي  فؤادي  له  ريّان  قد     نقعا
بل أيها الراكب المزجي  على    عجل        نحو   الجزيرة    مرتاداً      ومنتجعا
خُرْزاً    عيونُهم     كأنَّ       لحظَهم        حريقُ  نار  ترى  منه  السّنا     قِطعا
ولا  تكونوا  كمن  قد  باتَ     مُكْتنِعا        إذا  يقال  له:  افرجْ  غمَّة   ً   كَنَعا
أبلغ   إياداً،   وخلّل   في      سراتهم        إني أرى الرأي إن لم أعصَ قد نصعا
لا الحرثُ يشغَلُهم بل  لا  يرون    لهم        من  دون  بيضتِكم  رِيّاً   ولا   شِبَعا
صونوا   جيادكم   واجلوا      سيوفكم        وجددوا   للقسيّ    النَّبل      والشّرعا
يا  لهفَ  نفسي  إن  كانت     أموركم        شتى َّ، وأُحْكِمَ  أمر  الناس    فاجتمعا
وأنتمُ  تحرثونَ  الأرضَ   عن     سَفَهٍ        في  كل   معتملٍ   تبغون     مزدرعا
اشروا  تلادكم   في   حرز     أنفسكم        وحِرْز  نسوتكم،   لا   تهلكوا   هَلَعا
وتُلقحون   حِيالَ   الشّوْل   آونة      ً        وتنتجون   بدار   القلعة   ِ    الرُّبعا
ولا  يدعْ  بعضُكم  بعضاً   لنائبة     ٍ        كما  تركتم  بأعلى  بيشة  َ     النخعا
اذكوا العيون وراء السرحِ  واحترسوا        حتى  ترى  الخيل  من    تعدائهارُجُعا
فإن   غُلبتم   على   ضنٍّ      بداركم        فقد   لقيتم    بأمرِ    حازمٍ      فَزَعا
لا   تلهكم   إبلُ   ليست   لكم     إبلُ        إن   العدو    بعظم    منكم      قَرَعا
هيهات لا  مالَ  من  زرع  ولا    إبلٍ        يُرجى  لغابركم   إن   أنفكم     جُدِعا
لا   تثمروا   المالَ   للأعداء    إنهم        إن  يظفروا  يحتووكم  والتّلاد     معا
والله  ما  انفكت   الأموال   مذ     أبدُ        لأهلها  أن   أصيبوا   مرة   ً   تبعا
يا  قومُ  إنَّ  لكم   من   عزّ     أوّلكم        إرثاً، قد  أشفقت  أن  يُودي    فينقطعا
ومايَرُدُّ     عليكم     عزُّ        أوّلكم        أن  ضاعَ  آخره،  أو  ذلَّ     فاتضعا
فلا    تغرنكم    دنياً    ولا      طمعُ        لن   تنعشوا   بزماعٍ   ذلك     الطمعا
يا  قومُ   بيضتكم   لا   تفجعنَّ     بها        إني  أخافُ  عليها   الأزلمَ     الجذعا
يا  قومُ  لا  تأمنوا  إن   كنتمُ   غُيُراً        على  نسائكم   كسرى   وما     جمعا
هو  الجلاء   الذي   يجتثُّ     أصلكم        فمن رأى مثل  ذا  رأياً  ومن    سمعا
قوموا  قياماً  على  أمشاط     أرجلكم        ثم افزعوا قد ينال  الأمن  من    فزعا
فقلدوا      أمركم      لله        دركم        رحبَ الذراع بأمر  الحرب  مضطلعا
لا  مترفاً  إن  رخاءُ  العيش    ساعده        ولا  إذا  عضَّ  مكروهُ   به     خشعا
مُسهّدُ     النوم     تعنيه     ثغوركم        يروم   منها   إلى   الأعداء     مُطّلعا
ما  انفك  يحلب  درَّ  الدهر    أشطره        يكون     مُتّبَعا     طوراً       ومُتبِعا
وليس     يشغَله     مالٌ        يثمّرُهُ        عنكم،  ولا  ولد  يبغى   له     الرفعا
حتى  استمرت  على  شزر    مريرته        مستحكمَ السنِ، لا قمحاً  ولا    ضرعا
كمالِك   بن   قنانٍ    أو      كصاحبه        زيد  القنا  يوم  لاقى  الحارثين    معا
إذّ  عابه   عائبُ   يوماً   فقال     له:        دمّث  لجنبك  قبل  الليل     مضطجعا
فساوروه     فألفوه     أخا       علل        في  الحرب  يحتبلُ  الرئبالَ    والسبعا
عبلَ   الذراع   أبياً   ذا   مزابنة     ٍ        في الحرب لا عاجزاً نكساً ولا   ورعا
مستنجداً    يتّحدَّى    الناسَ       كلّهمُ        لو قارعَ الناسَ  عن  أحسابهم    قَرَعا
هذا   كتابي   إليكم    والنذير      لكم        لمن  رأى  رأيه  منكم  ومن     سمعا
لقد  بذلت  لكم  نصحي   بلا     دخل        فاستيقظوا  إن  خيرَ  العلم  ما     نفعا

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 12:54

أتعرِف    رَسماً    كالرِداءِ      المُحَبَّرِ        برامةَ    بين    الهضبِ       وَالمتغَمَّرِ
جرَت  فيه  بَعدَ  الحَيِّ  نَكباءُ    زَعزَعٌ        بهَبوةِ   جَيلانٍ   من   التُربِ      أَكدَرِ
وَمرتَجِزٌ     جَونٌ     كأَنَّ      رَبابَهُ        إِذا  الريحُ   زَجَّتهُ   هِضابُ     المُشَقَّرِ
يَحُطُ الوعولَ العُصمَ  من  كُلِّ    شاهِقٍ        وَيقذِفُ    بالثيرانِ    في       المتحَيَّرِ
فَلَم    يتركا    إِلّا    رُسوماً      كأَنَّها        أَساطيرُ  وَحيٍ  في  قَراطيسِ    مُقتَرى
مَنازِل      قَومٍ      دَمَّنوا      تَلعاتِهِ        وَسنوا  السوامَ   في   الأَنيقِ     المَنوَّرِ
رَبيعَهُمُ    وَالصَيفَ     ثم       تَحمَّلوا        عَلى   جِلَّةٍ   مثلِ   الحَنيّاتِ      ضُمَّرِ
شَواكِل    عَجعَاجٍ     كأن       زِمامَهُ        بِذُكّارَةٍ   عَيطاءَ   من   نَخلِ      خَيبَرِ
بِهِ  من  نِضاخِ  الشَولِ   رَدعٌ     كَأَنَّه        حَدايقُ    نَخلٍ    بالبَرودينِ       مُوقَرِ
وَقامَ   إِلى   الأحداجِ   بيضٌ     خَرايدٌ        نَواعِمُ   لضم   يَلقينَ   بؤسى     لمقفَرِ
رَبايبُ    أَموالٍ     تِلادٍ       وَمَنصِبٌ        من  الحَسَبِ  المَرفوعِ  غير    المقَصَّرِ
هَدَينَ غَضيضَ الطَرفِ خَمصانةِ الحَشا        قَطيعَ  التَهادي  كاعِباً   غير     مُعصِرِ
مبتَّلةً      غُرّاً       كأَنَّ         ثيابَها        عَلى   الشَمسِ   غِبَّالأَبردِ      المتحَسِّرِ
قَضوا ما قَضوا مِن رَحلةٍ  ثم    وَجَّهوا        يَمامةَ   طَودٍ   ذي   حِماطٍ   وَعَرعَرِ
وَعاذلةٍ     فادَيتُها     أَن       تلومَني        وَقَد  علمت  أَنّي   لها   غَيرُ     موثِرِ
عَلى الجارِ وَالأَضيافِ  وَالسايل    الَّذي        شَكا  مَعرِماً  أَو  مَسَّهُ  ضُرُ     مُعسِر
أَعاذِلَ  إِن  الجودَ  لا  يَنقصُ     الغَني        وَلا  يَدفَعُ  الإِمساكُ  عَن  مالِ   مكثرِ
أَلَم  تَسأَلي  وَالعلمُ  يَشفي  من    العَمى        ذَوي العلمِ عَن  أَنباءِ  قَومي    فَتُخبَري
سَلامانَ   إِن   المَجدَ   فينا      عَمارَةٌ        عَلى  الخُلُقِ  الزاكي  الَّذي  لَم   يُكدَّرِ
بَقيَّة   مَجدِ    الأَولِ    الأَولِ      الَّذي        بَني    مَيدَعانُ    ثم     لَم       يَتغيَّرِ
أولئك   قَومٌ   يأمنُ   الجارُ      للقِرى        عَلى   الجارِ    وَالمسأنِسِ      المتَنوِّرِ
مَرافيدُ    للمولى    مَحاشيدُ      للقِرى        عَلى   الجارِ    وَالمستأنِسِ    المَتنوِّرِ
إِذا   ظِلُّ   قَومٍ   كانَ   ظلَّ      غَيايَةٍ        تُذَعذِعُهِ  الأَرواحُ   من   كلِ     مفجَرِ
فَإِنَّ   لَنا   ظِلاً    تكاثفَ      واِنطوَت        عليه    أَراعيلُ    العَديد     المجمهَرِ
لنا  سادَةٌ  لا   يَنقضُ   الناسُ     قولَهم        وَرَجراجةٌ    ذَيَّالَةٌ     في       السَنوَّرِ
تجِنُّهمُ  من  نَسجِ  داودَ   في     الوَغى        سَرابيلُ   حيصت   بالقَتيرِ      المُسَمَّرِ
وَطِئنا    هِلالاً    يَومَ    ذاجٍ      بقوةٍ        وَصفناهمُ    كَرهاً     بأيدٍ       مُؤَزَّرِ
وَيَوماً     بتَبلالٍ     طَمَمنا       عليهم        بظلماءَ   بأسٍ   لَيلُها   غَيرُ      مُسفِرِ
وَأَفناءُ   قَيسٍ    قَد    أَبَدنا      سَراتَهُم        وَعَبَساً    سقينا    بالأجاجِ      المُعَوَّرِ
وَأَصرامُ   فَهمٍ   قَد   قَتَلنا   فَلَم   نَدَع        سِوى   نِسوةٍ   مثلِ   البليّات      حُسَّرِ
وَنَحن   قَتَلنا   في   ثَقيفٍ     وَجوَّسَت        فَوارِسُنا  نَصراً  عَلى   كل     محضَرِ
وَنَحنُ    صبرنا    غارَةً       مُفرَجيَّةً        فُقَيماً  فَما   أَبقَت   لهم   من     مُخَبِّرِ
وَدُسناهمُ   بالخَيلِ    وَالبيضِ      وَالقَنا        وَضَربٍ  يَفُضُّ  الهامَ  في  كُلِّ    مِغفَرِ
وَرُحنا    بيضٍ    كالظِباءِ      وَجامِلٍ        طِوالِ   الهَوادي    كالسَفينِ      المَقيَّرِ
وَنَحنُ   صبَحنا   غَيرَ   غُدرٍ      بذمَّةِ        سُليمَ  بنَ   مَنصورٍ   بِصَلعاءَ     مُذكِرِ
قَتَلناهمُ    ثُمَّ     أصطحبنا       دِيارَهُم        بِخُمرةَ   في   جَمعٍ   كَثيفٍ      مخَمَّرِ
تَركنا  عَوافي   الرُخمِ   تَنشُرُ     منهمُ        عَفاري صَرعى في  الوَشيجِ    المكسَّرِ
وَبالغَورِ   نُطنا   من   عليٍ   عصابةً        وَرُحنا    بِذاكَ    القَيروانِ      المقَطَّرِ
وَخَثعمَ    في    أَيامِ    ناسٍ      كَثيرَةٍ        هَمَطناهُمُهَمطَ     العَزيزِ        المؤسَّرِ
سَبينا   نساءً   من   جَليحةَ      أُسلمت        ومن راهِبٍ فَوضى  لَدى  كُلِّ    عَسكرِ
وَنَحنُ   قَتَلنا    بالنَواصِفِ      شَنفَرى        حَديدَ   السِلاحِ   مُقبِلاً   غَيرَ      مدبرِ
وَمن   سائرِ   الحَيينِ   سَعدٍ   وَعامِرٍ        أَبَحنا    حِمى     جبّارِها       المتكبِّرِ
مَنَعنا  سَراةَ  الأَرضِ   بالخَيلِ   وَالقَنا        وأيأسَ   مِنّا    بأَسُنا    كُلَّ      معشرِ
إِذا   ما   نزلنا   بلدةً    دُوِّخَت      لَنا        فَكُنّا     عَلى     أَربابِها      بالمخيَّرِ
بنو   مُفرِجٍ   أَهلُ   المَكارِمِ     وَالعُلى        وَأَهلُ    القِبابِ    وَالسوامِ      المُعَكَّرِ
فمن  للمَعالي   بعدَ   عثمانَ     وَالنَدى        وَفَصلِ  الخِطابِ   وَالجوابِ     المَيَسَّرِ
وَحَملِ   الملمَّاتِ   العِظامِ      وَنقضِها        وإِمرارِها   وَالرأي   فيها      المُصَدَّرِ
كأَنَّ    الوفودَ    المبتَغينَ       حِباءَهُم        عَلى فيضِ  مدّادٍ  من  البَحرِ    أَخضَرِ
فَكَم  فيهم  مِن  مُستَبيحٍ  حِمى    العِدى        سَبوقٍ   إِلى   الغاياتِ   غيرِ     عَذَوَّرِ
وَهوبٍ  لطوعاتِ  الأَزِمَّةِ  في    البُرى        وَللأفقِ    النَهدِ     الأَسيلِ       المعذِّرِ
نمتهُ بَنو الأَربابِ  في  الفرعِ    وَالذُرى        وَمن  مَيدَعانَ   في   ذُبابٍ     وَجَوهرِ
لُبابُ   لُبابٍ    في    أُروم      تمكنَّت        كَرميَ   غَداةِ    المَيسِرِ      المتحضَّرِ
فأكرم     بِمَولودٍ     وَأكرم       بوالِدٍ        وَبالعمِّ      وَالأَخوالَِ        وَالمتهصَّرِ
مُلوكٌ    وَأَربابٌ    وَفُرسانُ      غارَةٍ        يَحوزونَها  بالطعنِ  في  كُلِّ     محجَرِ
إِذا    نالَهم    حَمشٌ    فَإِنَّ      دواءَهُ        دَمٌ  زَلَّ   عَن   فَودي   كمىِّ     معفَّرِ
مُدانيهمِ    يثعطي    الدَنيةَ       راغِماً        وَإِن   داينوا   باؤوا    برَيمٍ      موفَّرِ

 

عبيد السلامي

 

ألا هَل فُؤادي إِذ  صَبا  اليَومَ    نازِعُ        وَهَل عَيشُنا الماضي الَّذي زالَ   رايعُ
وَهَل   مثلُ   أَيامٍ   تَسَلَّفنَ   بالحِمى        عوايدُ  أَو  عَيشُ  الستارَينِ     راجِعُ
كَأَن  لَم  تجاوِرنا  رَميمٌ   وَلَم     نَقُم        بِفَيضِ الحِمى إِذ  أَنتَ  بالعَيشِ    قانعُ
وَبُدِّلَت بعدَ القُربِ سُخطاً    وَأَصبَحَت        مضابِعةً    وأستشرفتكَ     الأَضابِعُ
وَكل   قَرينٍ   ذي    قَرينٍ      يَوَدَّهُ        سيفجعَهُ   يَوماً   من   البَينِ     فاجعُ
لَعَمري لَقَد هاجَت لَكَ الشَوقَ عَرصةٌ        بمَرّانَ  تَعفوها   الرياحُ     الزعازِعُ
بِها  رَسمُ   أَطلالٍ   وَخَيمٌ     خَواشعٌ        عَلى   آلِهنَّ    الهاتِفاتُ      السواجِعُ
فظَلتُ   وَلَم   تعلم   رَميمُ      كَأَنَّني        مُهَمٌّ    أَلثَّتهُ     الديونُ       الخَوالِعُ
تذكَّرَ  أَيامَ   الشَبابِ   الَّذي     مَضى        وَلَمّا    ترُعنا    بالفِراقِ      الروايعُ
بأهلي   خَليلٌ   إِن   تحملتُ     نحوَهُ        عَصاني  وان  هاجَرتُهُ  فهو  جازِعُ
وَكَيفَ  التعزّي  عَن  رَميمَ     وحبُّها        عَلى النأيِ والهِجرانِ في القَلبِ    نافِعُ
طَوَيتُ عليهِ  فهو  في  القَلبِ    شامَةٌ        شَريكُ   المَنايا   ضُمِّنتهُ      الأَضالِعُ
وَبيضٍ  تَهادى  في   الرِياطِ     كَأَنَّها        نهى  لَسلَسٍ  طابَت   لهن     المراتِعُ
تَخيرنَ   مِنّا   مَوعِداً   بعد      رِقبَةٍ        بأعفَرَ   تَعلوهُ    الشروجُ    الدوافِعُ
فجن     هُدُوّاً     وَالثيابُ     كَأَنَّها        مِن  الطَلِّ  بَلَّتها   الرِهامُ     النَواشِعُ
جَرى  بَينَنا  منهم   رَسيسٌ     يزيدُنا        سَقاماً  إِذا   ما   آستَيقَنتُه     المَسامِعُ
قَليلاً  وَكانَ  اللَيلُ  في  ذاكَ    ساعَةً        فَقُمنَ وَمَعروفٌ من  الصُبحِ    صادِعُ
وَأَدبَرنَ  من  وَجهٍ  بِمِثلِ  الَّذي    بِنا        فَسالَت   عَلى    آثارهنَّ      المَدامِعُ
تبادِرُ     عَينيها     بكُحلٍ       كأَنَّهُ        جُمانٌ   هَوى   من   سِلكِهِ     متتايعُ
وَقُمنا  إِلى  خوصٍ   كأَنَّ     عيونَها        قِلاتٌ  تَراخى  ماؤُها  فهو     واضعُ
فَوَلَّت   بِنا   تَغشى   الخَبارَ     مُلِحَّةً        مَعاً   حولُها   وَاللاقِحاتُ     المَلامِعُ
وَإِنّي  لَصرّامٌ  وَلَم   يُخلَقِ     الهَوى        جَميلٌ  فراقي  حينَ  تَبدو     الشَرايعُ
وَإِنّي  لأَستَبقي  إِذا  العسرُ     مَسَّني        بشاشةَ  نَفسي  حينَ   تُبلى     المَنافِعُ
وَأَعفي عَن قَومي وَلضو شئتَ   نَوَّلوا        إِذا  ما  تَشكّى  المُلحِفُ    المُتَضارِعُ
مَخافَةَ  أَن  أَقلى  إِذا  شِئتُ     سائِلاً        وَترجِعَني  نَحوَ   الرِجالِ     المَطامِعُ
فأسمعَ   مِنّا   أَو   أُشَرِفَ      مُنعِماً        وَكُلُّ   مُصادي    نِعمَةٍ      مُتواضِعُ
وأُعرِضُ عَن أَشياءَ  لَو  شِئتُ  نِلتُها        حَياءً  إِذا   ما   كانَ   فيها   مَقاذِعُ
وَلا أَدفَعُ ابنَ العَمِّ  يَمشي  عَلى    شَفا        وَلَو   بلغتني   من   أَذاهُ    الجَنادِعُ
وَلكن    أَواسيهِ    وأنسى       ذُنوبَهُ        لترجِعَهُ    يَوماً    إِليَّ       الرَواجِعُ
وأُفرِشُهُ    مالي    وَأَحفَظُ       عَيبَهُ        لَيَسمعَ   إِنّي   لا   أُجازيهِ      سامعُ
وَحَسبُكَ  من  جَهلِ  وَسوءِ    صَنيعَةٍ        مُعاداةُ ذي  القُربى  وإِن  قيلَ  قاطِعُ
فأسلِمُ عَناكَ  الأَهلَ  تَسلم    صُدورُهم        وَلا  بُدَّ  يَوماً  أَن   يروعَكَ     رايعُ
فَتَبلوهُ   ما   سلَّفتَ    حَتّى      يَرُدَّهُ        إِلَيكَ   الجَوازي   وافِراً     وَالصَنايعُ
فَإِن تُبلِ عَفواً يُعفَ عَنك  وَإِن    تَكُن        تُقارِعُ  بالأُخرى   تُصِبكَ     القَوارِعُ
وَلا  تبتَدِع  حَرباً   تُطيقُ     اِجتنابَها        فَيلحَمكَ   الناسَ   الحروبُ     البَدايعُ
لَعمري لِنعمَ الحَيُّ  إِن  كُنتَ    مادِحاً        هُمُ الأَزدُ إِنَّ  القَولَ  بالصدقِ    شايعُ
كِرامٌ   مَساعيهم   جِسامٌ    سَماعُهم        إِذا  أَلغَت  الناسَ  الأُمورَ     الشَرايعُ
لَنا الغُرَفُ العُليا من  المَجدِ    وَالعُلى        ظَفِرنا   بِها   وَالناسُ   بعدُ     تَوابعُ
لَنا    جَبَلا    عِزٍّ    قَديمٌ      بناهُما        تَليعانِ   لا   يألوهُما   من      يُتالِعُ
فَكَم   وافدٍ   منا    شَريفٌ    مَقامُه        وَكَم  حافِظٍ  للقِرنِ   والقِرنُ     وادع
وَمن مُطعِمٍ يَومَ  الصَبا  غَيرَ    جامِدٍ        إِذا  شَصَّ  عَن  أَبنائِهِنَّ     المَراضِعُ
يُشَرِّفُ    أَقواماً     سِوانا     ثيابُنا        وَتَبقى  لَهم   أَن   يَلبسوها     سَمايعُ
إِذا نَحنُ ذارَعنا  إِلى  المَجدِ    وَالعُلى        قَبيلاً   فَما   يسطيعُنا   من     يُذارعُ
وَمنّا   بنو   ماءِ   السَماءِ      وَمُنذِرٌ        وَجفنَةُ    منّا    وَالقرومُ       النزايعُ
قَبائِلُ  من   غَسّانَ   تَسمو     بعامِرٍ        إِذا  أنتسبَت  والأزدُ  بعدُ     الجَوامعُ
أدانَ   لَنا   النُعمانُ   قَيساً     وَخِندِفاً        أَدانَ   وَلَم   يمنع    ربيعةَ      مانِعُ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

أرسم  ديارٍ    بالسِتارَينِ       تَعرِفُ        عَفَتها  شَمالٌ  ذاتُ   نيرَينِ     حَرجَفُ
مبكرةٌ      للدارِ      أَيما        ثُمامُها        فَيَبقى  وأيما   عَن   حَصاها     فَتقرِفُ
حَرونٌ عَلى  الأَطلالِ  مِن  كُلِّ  صَيفَةٍ        وَفَقّا   عليها    ذو    عَثانينَ      أَكلفُ
إِذا   حَنَّ    سُلّافُ    الرَبيعِ    أَمامَها        وَراحَت رَواياهُ عَلى  الأَرضِ    تَرجُفُ
فَلَم   تدَعِ   الأَرواحُ   وَالماءُ     وَالبِلى        من  الدارِ  إِلا   ما   يَشوقُ   وَيشعَفُ
رسوماً    كآياتِ     الكِتابِ       مُبينَةً        بها  للحَزينِ  الصَبِّ  مبكى     وَموقِفُ
وَقفتُ  بها  وَالدَمعُ  يَجري   حَبا     بهُ        عَلى النَحرِ حَتّى كادتِ الشَمسُ    تُكسَفُ
تَذكَّرتُ     أَياماً     تَسلَّفتُ        لينَها        عَلى   لذةٍ    لَو    يُرجَعُ      المتَسلَّفُ
كأَنَّكَ  لَم   تعهد   بها   الحَيَّ     جيرةً        جَميعَ الهَوى  في  عَيشِهِ  ما    تُصَرَّفُ
إِذ    الناسُ    ناسٌ    وَالبِلادُ    بغِرَّةٍ        وَأَنتَ   بها   صَبُّ   القَرينَةِ      مولِفُ
وَقَد كانَ في الهِجرانِ  لَو  كُنتَ    ناسياً        رَميمَ   وَهَل   يُنسى   رَبيعٌ     وَصَيِّفُ
وَلَم   تُنسِني   الأَيامُ    وَالبَغي    بَينَنا        رَميمُ  وَلا  قَذفُ  النَوى  حينَ     تَقذِفُ
وَلَم  يَحلُ  في   عَيني   بَديلٌ   مَكانَها        وَلَم  يَلتَبِس  بي  حَبلُ   مَن     يَتَعَطَّفُ
وَقَد   حلَفت   وَالسِترُ   بَيني    وَبينَها        بربِّ   حَجيجٍ   قَد   أَهَلّوا      وَعرَّفوا
عَلى ضُمَّرٍ في الميس ينفُخنَ في البُرى        إِذا  شابكت  أَنيابُها   اللَجنَ     تَصرِفُ
لَقَد  مَسَّني  مِنكِ  الجَوى  غَيرَ     أَنَّني        أَخافُ  كَما  يَخشى  عَلى  ذاك  أَحلِفُ
وَكانَ  صُدودٌ  بَعدَ  ما  أَبطنَ     الهَوى        قُلوباً   فَكادَت   لِلَّذي   كانَ      تُجنَفُ
كتَركِ   الأَميمِ   الهائِم   الماءَ     بعدَما        تَنحّى    بكَّفيهِ     يَسوفُ       وَيَغرِفُ
وَداويَّةٍ   لا   يأمنُ   الركبُ     جَوزَها        بِها  صارخِاتُ  الهامِ   والبومِ     يهتِفُ
دَعاني   بها   داعي    رَميمٍ      وَبينَنا        بَهيمُ  الحَواشي  ذو  أَهاويلَ     أَغضَفُ
تَقحَّمتُ   ليلَ   العيسِ   وَهيَ      رذيَّةٌ        وَكلَّفتُ  أَصحابي   الوَجيفَ     فأوجَفوا
لنخبرَ  عَنها  أَو  نَرى  سَروَ    أَرضِها        وَقَد  يُتعِبُ  الرَكبَ   المحِبُ     المكلَّفُ
وَلَو لضم تَمِل  بالعيسِ  معويَّةُ    العُرى        لمالَ   بها    أُيكٌ    أَثيثٌ      وَغِرَيفُ
وَمَكنونَةٌ   سودُ   المَجاثم   لَم      يَزَل        يُهيِّئها         لِلعيكَتينِ           التلهُفُ
وَما العَيشُ إِلّا  في  ثَلاثٍ  هي    المُنى        فَمَن   نالَها   مِن   بَعدُ   لا     يَتخوَّفُ
صِحابَةُ     فِتيانٍ     عَلى       ناعجيَّةٍ        مناسِمُها   بالأَمعزِ   المَحلِ      ترعُفُ
وَكأسٌ    بأَيدي     الساقَيينِ       رَويَّةٌ        يُمِدانِ    راووقَيهما    حين       تُنزَفُ
وَربَّةُ   خِدرٍ   يَنفُح   المِسكَ      جَيبُها        تَضَوَّع   رَيّاها   به   حينَ      تَصدِفُ
إِذا  سُلِبَت   فَوقَ   الحَشيّاتِ     أَشرَقَت        كَما أَشرقَ الدِعصَ  الهِجانُ    المُصَيَّفُ

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 12:36

ألا هـبي بصـحـنك فأصـبحـينا
ولا تبـــقي خـــمور الأندريــنا
مشــعشــعةً كأن الحـص فـيها
إذا مــا المــاء خالــطها سخينا
تجــور بذي اللـبانة عـن هـواه
إذا مــا ذاقهـــا حــتى يلــــــينا
ترى اللحـز الشحيح إذا أمرت
علــيه لمــــاله فيهـــا مهـــــينا
صــبنت الكأس عـنا أم عمـرو
وكان الــكأس مجــراها اليمينا
ومـا شــرّ الــثلاثة أم عمـــرو
بصــاحـبك الذي لا تصـــبحينا
وكأس قــد شــربت ببعــلـــبك
وأخـرى في دمشـق وقاصرينا
وإنـا سـوف تـدركـنا المـــــنايا
مقــدرةً لــنا ومـقــدريـــــــــنا
قفــي قــبل التفـــرق يـا ظعـينا
نخــبرك الـيقـــين وتخــبريــنا
قفي نسألك هل أحدثت صـرماً
لوشـك البين أم خـنت الأمـــينا
بيوم كــريــهةٍ ضـربـاً وطـعـناً
أقـرّ بـه مــوالــــيك العــيونــا
وإن غـــداً وإن الــيوم رهـــن
وبعـــد غـــدٍ بمـــا لا تعلـــمينا
تـريـك إذا دخــلت على خـلاء
وقــد أمنت عـيون الكاشحـــينا
ذراعــي عيــطل أدمــاء بــكر
هجـــان اللـون لم تقـرأ جــنينا
وثدياً مثل حــقّ العـاج رخصاً
حصـاناً من أكــف اللامســـينا
ومــتنى لـدنـةٍ سمقــت وطالت
روادفهـــا تـــنوء بمـــا ولـــينا
ومــأكمــةً يضـيق الباب عـنها
وكشـــحاً قـد جـننت بـه جنونا
وسـاريتـي بلــنطٍ أو رخــــــام
يــرن خشــاش حلــيهما رنـينا
فــما وجـدت كوجدي أم سقـب
أضـلـــته فـرجعــت الحــــنينا
ولا شمــطاء لا يــترك شقـاها
لهــا مـن تســـعةٍ إلا جــــــنينا
تـذكـرت الصــبا واشـتقـت لما
رأيــت حمــولهـا اصـلاً حدينا
فأعرضت اليمامة واشمخـرت
كأســـياف بـأيــدي مصلـــــتينا
أبـا هــند فـلا تعجـــل علــــينا
وأنـظــرنـا نخـــبرك اليقـــــينا
بـأنـا نـورد الـرايـات بيضـــــا
ونصــدرهـن حمــراً قـد روينا
وأيــام لـــنا غـــــــرّ طــــوالٍ
عصــينا المــلـك فـيها أن ندينا
وســـيد مـعــشر قــد تـوجــوه
بــتاج المـلك يحمي المحجرينا
تــركــنا الخــيل عـاكــفةً عليه
مقــلّدةً أعــنتهـــا صـــفـونــــا
وأنزلـــنا الــبيوت بذي طـلوحٍ
ألى الشـامـات تنفي المـوعدينا
وقـد هـرّت كلاب الحـي مـــنّا
وشـذّبـنا قـــتادة مــن يلـــــــينا
مــتى ننــقل إلى قـومٍ رحـــانا
يـكونوا فــي اللــقاء لها طحينا
يــكون ثفــالـهـا شـرقـيّ نـجـدٍ
ولــهـوتــها قضــاعة أجمعــينا
نزلــتم مــنزل الضــيّاف مـــنّا
فـأعجــلـنا القـرى أن تشـتمونا
قـريــناكم فعـجّلـــنا قــراكــــم
قــبيل الصـبح مـرداةً طحــونـا
نعــمّ أناســنا ونعــفّ عنهـــــم
ونحـــمل عـنهـم مـا حملــــونا
نطــاعن ما تراخى الناس عنّـا
ونضـرب بالسـيوف إذا غشينا
بسمــرٍ مـن قــنا الخــطيّ لدنٍ
ذوابــل أو ببيــض يخـــتلــــينا
كأن جمـــاجـم الأبطــال فــيها
وســوق بالأمــاعــز يرتمـــينا
نشـــق بها رؤوس القـوم شقـاً
ونخــتلب الـرقــاب فتخــــتلينا
وإن الضغــن بعد الضغن يبدو
علــيك ويخــرج الــداء الدفـينا
ورثــنا المجـــد قـد علمت معدّ
نطــاعـن دونــه حــتى يبيــــنا
ونحـــن إذا عمـاد الحي خرت
عـن الأحفــاض نمـنع من يلينا
نجــذ رؤوســهم في غـير بــر
فمــا يــدرون مــاذا يتقــونــــا
كأن ســـيوفنا مــن ومـــــــنهم
مخــــاريق بأيــدي لاعبيــــــنا
كأن ثيابـــنا مـــنّا ومـــــــــنهم
خضـــبن بأرجــوان أو طلــينا
إذا مــا عــيّ بالأســناف حــيّ
مـن الهــول المشـبّه أن يـكونـا
نصــبنا مــثل رهــوة ذات حـد
محــافظـــةً وكــنّا السـابقــــينا
بشـــبّان يـرون القـــتل مجــداً
وشـيب في الحـروب مجـربينا
حـديــا الـــناس كلــهم جمــيعاً
مقـــارعــةً بنيــهم عـن بنيــــنا
فأمّـــا يـوم خشــيتنا علــــــيهم
فتصـبح خيلــنا عصــباً ثبيــــنا
وأمّــا يوم لا نخــشى علــــيهم
فنمعــــن غـــارةً متلببيـــــــــنا
برأس مـن بني جشـم بن بكــر
نـدّق بـه السهـولة والحــزونـا
ألا لا يعــــــلم الأقــــوام أنّـــا
تضعــضعــنا وأنّـا قـد ونيــــنا
ألا لا يجـــهلن أحـــدٌ علـــــينا
فنجـــهل فـوق جـهل الجاهلينا
بأي مشــيئةٍ عمـــرو بـن هــند
نكــون لقيلــكم فيهــا قطــــــينا
بأي مشــيئةٍ عمــرو بـن هـــند
تطــيع بــنا الوشــاة وتزدريــنا
تهـــددنـا وأوعـدنــا رويــــــداً
مــتى كــنّا لأمّـك مقــــتويــــنا
فـإن قـــناتنا يـا عمــرو أعـيت
علـى الأعــداء قبــلك أن تلـينا
إذا عـضّ الثقـاف بها اشمأزت
وولّــته عشـــوزنة زبـــــــونا
عشـــوزنـةً إذا انقـلــبت أرنت
تشــجّ قفــا المـثــقف والجبيــنا
فهــل حدثت في جشـم بن بكر
بنقــص في خطـــوب الأوليـنا
ورثــنا مجـد علقمــة بن سيف
أبـاح لنا حصـــون المجـد دينا
ورثت مهـلهــلاً والخــير مـنه
زهــيراً نعــم ذخـر الذاخريــنا
وعــتاباً وكلـــثوماً جميعـــــــاً
بهــم نلـــنا تـراث الأكرميــــنا
وذا الـــبرة الذي حـدّثت عــنه
بـه نحمـي ونحمـي المحجرينا
ومــنّا قــبله الســاعي كلــــيب
فـأي المجــد إلا قــد ولـــــــينا
مــتى نعقــد قـــرينتنا بحـــــبل
تجـــذّ الحـبل أو تقـص القرينا
ونوجــد نحــن أمنعـهم ذمــاراً
وأوفـاهــم إذا عقـــدوا يمــــينا
ونحـن غـداة أوقد في خزازى
رفــدنا فــوق رفــد الرافـــدينا
ونحــن الحابسون بذي أراطى
تسـفّ الجـــلة الخـور الدريـنا
ونحــن الحاكمــون إذا أطعــنا
ونحــن العـازمــون إذا عصينا
ونحــن الـتاركون لما سخطــنا
ونحــن الآخــذون بمـا رضـينا
وكــنّا الأيمنـين إذا التـقـــــــينا
وكان الأيســريـن بنــو أبــــينا
فصـــالوا صــولةً فيمن يلــيهم
وصــلنا صـــولة فيمتتن يلــينا
فآبــوا بالنهــاب وبالســـــــبايا
وأبــنا بالمــــلوك مصفـــــدينا
إليـــكم يـا بنـي بكـــر إليــــكم
المّـــا تعــرفــوا مــنّا اليقــــينا
المّـــا تعلمــــوا مـــنّا ومـــنكم
كــتائب يطـعــن ويرتمــــــــينا
علــينا البيـض واليلـب اليماني
وأسـياف يقــمن وينحــــــــنينا
علـــــينا كل ســابغــــةٍ دلاص
ترى فـوق النطـاق لها غصوناً
إذا وضــعت عن الأبطال يوماً
رأيـت لهــا جـلود القـوم جونا
كأن غصــونهــن مـــتون غدر
تصفقــــها الـرياح إذا جـريــنا
وتحملــنا غـداة الـروع جـــرد
عـرفـن لـــنا نقـــائذ وافتلــــينا
وردن دوارعــاً وخرجن شعثا
كأمــثال الرصــائع قـد بلــــينا
ورثناهـــن عـن آبــاء صـــدق
ونــورثهـا إذا متـتنا بنيـــــــــنا
عـلى آثـارنـا بيــض حســــان
نحــاذر أن تقســم أو تهـونــــا
أخـذن على بعولتــهن عهــــداً
إذا لا قــوا كــتائب معلمـــــينا
ليسـتلبنّ أفـراســـــــاً وبيضـــاً
وأســرى في الحـديـد مقــرنينا
ترانــا بارزيـــن وكلّ حــــــي
قـد اتخــذوا مخــافتنا قـريــــناً
إذا مــا رحــن يمشــين الهوينا
كما اضطربت مـتون الشاربينا
يقــتن جــيادنا ويقــلن لســــتم
بعـــولــتنا إذا لـم تمنعــــــــونا
ظعـائن من بني جشـم بن بكـر
خلطــن بميسـم حسـباً وديــــنا
ومـا مـنع الظعائن مثل ضرب
تـرى منه السـواعـد كالقلــــينا
كأنـا والســـــيوف مســــللاتٌ
ولـدنـا الــناس طــرّاً أجمعــينا
يـدهـدون الرؤوس كما تدهدي
حــزاورة كــــرات لاعبيـــــنا
وقـد عــلم القــبائل مـن معــــدّ
قــباباً لـي بأبطحـهــــا بنيـــــنا
بأنّـا المطعمــون إذا قــــدرنــا
وأنّـا المـهلكــون إذا ابتلــــــينا
وأنّـا المانعــون لمـــا أردنـــــا
وأنّـا الـنازلــون بحــيث شــينا
وأنّـا الـتاركــون إذا سخطـــنا
وأنّـا الآخــذون إذا رضــــــينا
وأنّـا العـاصمــون إذا أطعــــنا
وأنّـا العــازمــون إذا عصــينا
ونشرب إن وردنا الماء صفواً
ويشــرب غيرنا كـدراً وطــينا
ألا أبلــغ بنـي الطمّـــاح عنّـــا
ودعمـــيا فكـيف وجـدتمـونـــا
إذا ما الملك سـام الناس خسـفاً
أبيــنا أن نقــرّ الـذّل فـــــــــينا
مـلأنا الــبرّ حتى ضــاق عــنّا
ومـــاء البحــر نمــلؤه سفـــينا
إذا بلــغ الفطــام لـنا صـــــبيٌ
تخـــرّ له الجـــبابر سـاجــدينا

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 04:19

أَقِلّي  عَلَيَّ   اللَومَ   يا   بِنتَ   مُنذِرٍ        وَنامي وَإِن لَم تَشتَهي النَومَ    فَاِسهَري
ذَريني   وَنَفسي   أُمَّ   حَسّانَ     إِنَّني        بِها قَبلَ أَن  لا  أَملِكَ  البَيعَ    مُشتَري
أَحاديثَ  تَبقى   وَالفَتى   غَيرُ   خالِدٍ        إِذا  هُوَ  أَمسى  هامَةً   فَوقَ     صُيَّرِ
تُجاوِبُ   أَحجارَ   الكِناسِ     وَتَشتَكي        إِلى   كُلِّ   مَعروفٍ   رَأَتهُ     وَمُنكَرِ
ذَريني  أُطَوِّف   في   البِلادِ     لَعَلَّني        أُخَلّيكِ أَو أُغنيكِ عَن سوءِ    مَحضِري
فَإِن   فازَ   سَهمٌ   لِلمَنِيَّةِ   لَم     أَكُن        جَزوعاً وَهَل  عَن  ذاكَ  مِن    مُتَأَخِّرِ
وَإِن  فازَ  سَهمي  كَفَّكُم  عَن    مَقاعِدٍ        لَكُم  خَلفَ   أَدبارِ   البُيوتِ   وَمُنظَرِ
تَقولُ  لَكَ  الوَيلاتُ  هَل  أَنتَ    تارِكٌ        ضُبُوّاً    بِرَجلٍ     تارَةً       وَبِمِنسَرِ
وَمُستَثبِتٌ   في   مالِكَ   العامَ     أَنَّني        أَراكَ  عَلى   أَقتادِ   صَرماءَ   مُذكِرِ
فَجوعٌ    لِأَهلِ    الصالِحينَ      مَزَلَّةٌ        مَخوفٌ  رَداها  أَن  تُصيبُكَ     فَاِحذَرِ
أَبى الخَفضَ مَن يَغشاكِ مِن ذي قَرابَةٍ        وَمِن  كُلِّ  سَوداءِ  المَعاصِمِ   تَعتَري
وَمُستَهنِئٍ   زَيدٌ   أَبوهُ   فَلا      أَرى        لَهُ  مَدفَعاً  فَاِقنَي  حَياءَكِ     وَاِصبِري
لَحى  اللَهُ  صُعلوكاً  إِذا   جَنَّ     لَيلُهُ        مُصافي  المُشاشِ  آلِفاً  كُلَّ     مَجزَرِ
يَعُدُّ  الغِنى   مِن   نَفسِهِ   كُلَّ     لَيلَةٍ        أَصابَ  قِراها  مِن   صَديقٍ     مُيَسَّرِ
يَنامُ   عِشاءً   ثُمَّ    يُصبِحُ      ناعِساً        يَحُتُّ  الحَصى  عَن  جَنبِهِ     المُتَعَفِّرِ
قَليلُ   اِلتِماسِ   الزادِ    إِلّا      لِنَفسِهِ        إِذا  هُوَ  أَمسى   كَالعَريشِ   المُجَوَّرِ
يُعينُ   نِساءَ   الحَيِّ    ما      يَستَعِنُّهُ        وَيُمسي   طَليحاً   كَالبَعيرِ     المُحَسَّرِ
وَلَكِنَّ   صُعلوكاً    صَفيحَةُ      وَجهِهِ        كَضَوءِ   شِهابِ    القابِسِ    المُتَنَوِّرِ
مُطِلّاً    عَلى    أَعدائِهِ     يَزجُرونَهُ        بِساحَتِهِم   زَجرَ    المَنيحِ    المُشَهَّرِ
إِذا   بَعُدوا   لا    يَأمَنونَ      اِقتِرابَهُ        تَشَوُّفَ    أَهلَ    الغائِبِ      المُتَنَظَّرِ
فَذالِكَ    إِن    يَلقَ    المَنِيَّةَ      يَلقَها        حَميداً  وَإِن   يَستَغنِ   يَوماً     فَأَجدَرِ
أَيَهلِكُ    مُعتَمٌّ    وَزَيدٌ    وَلَم      أَقُم        عَلى نُدَبٍ  يَوماً  وَلي  نَفسُ    مُخطِرِ
سَتُفزِعُ  بَعدَ  اليَأسِ  مَن  لا     يَخافُنا        كَواسِعُ  في  أُخرى  السَوامَ     المُنَفَّرِ
يُطاعِنُ   عَنها   أَوَّلَ   القَومِ     بِالقَنا        وَبيضٍ  خِفافٍ   ذاتِ   لَونٍ   مُشَهَّرِ
فَيَوماً  عَلى   نَجدٍ   وَغاراتِ   أَهلِها        وَيَوماً  بِأَرضٍ  ذاتِ  شَتٍّ   وَعَرعَرِ
يُناقِلنَ  بِالشُمطِ  الكِرامِ   أُلي   القُوى        نِقابَ  الحِجازِ  في  السَريحِ   المُسَيَّرِ
يُريحُ  عَلَيَّ   اللَيلُ   أَضيافَ     ماجِدٍ        كَريمٍ  وَمالي   سارِحاً   مالُ     مُقتَرِ

 

 

 

 

 

إِذا المَرءُ لَم يَبعَث سَواماً وَلَم  يُرَح        عَلَيهِ  وَلَم  تَعطِف   عَلَيهِ     أَقارِبُه
فَلَلمَوتُ  خَيرٌ  لِلفَتى   مِن     حَياتِهِ        فَقيراً  وَمِن  مَولىً  تَدِبُّ     عَقارِبُه
وَسائِلَةٍ   أَينَ    الرَحيلُ      وَسائِلٍ        وَمَن يَسأَلُ الصُعلوكَ  أَينَ    مَذاهِبُه
مَذاهِبُهُ   أَنَّ    الفِجاجَ      عَريضَةٌ        إِذا  ضَنَّ   عَنهُ   بِالفَعالِ     أَقارِبُه
فَلا أَترُكُ الإِخوانَ ما عُشتُ   لِلرَدى        كَما  أَنَّهُ  لا  يَترُكُ  الماءُ   شارِبُه
وَلا يُستَضامُ الدَهرَ جاري وَلا أُرى        كَمَن باتَ تَسري  لِلصَديقِ  عَقارِبُه
وَإِن  جارَتي  أَلوَت  رِياحٌ   بِبَيتِها        تَغافَلتُ  حَتّى  يَستُرَ  البَيتَ    جانِبُه

 

 

 

 

أَيا راكِباً  إِمّا  عَرَضتَ  فَبَلِّغَن        بَني ناشِبٍ عَنّي  وَمَن    يَتَنَشَّبُ
أَكُلُّكُمُ   مُختارُ   دارٍ      يَحُلُّها        وَتارِكُ هُدمٍ لَيسَ  عَنها    مُذَنَّبُ
وَأَبلِغ بَني عَوذِ بنِ زَيدٍ  رِسالَةً        بِآيَةِ ما  إِن  يَقصِبونِيَ    يَكذِبوا
فَإِن شِئتُمُ عَنّي  نَهَيتُم    سَفيهَكُم        وَقالَ لَهُ ذو حِلمُكُم أَينَ    تَذهَبُ
وَإِن شِئتُمُ حارَبتُموني إِلى مَدىً        فَيَجهَدُكُم شَأوُ الكِظاظِ  المُغَرَّبُ
فَيَلحَقُ بِالخَيراتِ مَن كانَ أَهلَها        وَتَعلَمُ عَبسٌ رَأسُ مَن   يَتَصَوَّب

 

 

 

 

أَفي  نابٍ   مَنَحناها     فَقيراً        لَهُ  بِطِنابِنا   طُنُبٌ     مُصيتُ
وَفَضلَةِ  سَمنَةٍ  ذَهَبَت     إِلَيهِ        وَأَكثَرُ  حَقِّهِ  ما  لا     يَفوتُ
تَبيتُ عَلى المَرافِقِ أُمُّ    وَهبٍ        وَقَد  نامَ  العُيونُ  لَها    كَتيتُ
فَإِنَّ   حَمِيتَنا   أَبَداً      حَرامٌ        وَلَيسَ  لِجارِ  مَنزِلِنا    حَمِيتُ
وَرُبَّتَ  شُبعَةٍ   آثَرتُ     فيها        يَداً جاءَت  تُغيرُ  لَها    هَتيتُ
يَقولُ  الحَقُّ  مَطلَبُهُ     جَميلٌ        وَقَد  طَلَبوا  إِلَيكَ  فَلَم    يُقيتوا
فَقُلتُ لَهُ أَلا اِحيَ  وَأَنتَ  حُرٌّ        سَتَشبَعُ في حَياتِكَ أَو    تَموتُ
إِذا  ما   فاتَني   لَم     أَستَقِلهُ        حَياتي  وَالمَلائِمُ  لا     تَفوتُ
وَقَد عَلِمَت سُلَيمى أَنَّ    رَأيِي        وَرَأيَ البُخلِ  مُختَلِفٌ    شَتيتُ
وَأَنّي لا يُريني  البُخلَ    رَأيٌ        سَواءٌ إِن عَطِشتُ وَإِن رُويتُ
وَأَنّي حينَ  تَشتَجِرُ    العَوالي        حَوالي اللُبَّ ذو رَأيٍ    زَميتُ
وَأُكفى ما عَلِمتُ بِفَضلِ    عِلمٍ        وَأَسأَلُ ذا  البَيانِ  إِذا  عَميتُ

 

 

 

 

قُلتُ  لِقَومٍ  في  الكَنيفِ  تَرَوَّحوا        عَشِيَّةَ  بِتنا  عِندَ  ماوانَ     رُزَّحِ
تَنالوا الغِنى  أَو  تَبلُغوا    بِنُفوسِكُم        إِلى  مُستَراحٍ  مِن  حِمامٍ    مُبَرِّحِ
وَمَن يَكُ مِثلي ذا  عِيالٍ    وَمُقتِراً        مِنَ المالِ يَطرَح نَفسَهُ كُلَّ مَطرَحِ
لِيَبلُغَ  عُذراً  أَو  يُصيبَ    رَغيبَةً        وَمَبلَغُ نَفسٍ  عُذرَها  مِثلُ    مَنجَحِ
لَعَلَّكُمُ  أَن  تُصلِحوا  بَعدَما    أَرى        نَباتَ  العِضاهِ  الثائِبِ     المُتَرَوِّحِ
يُنوؤونَ بِالأَيدي  وَأَفضَلُ    زادِهِم        بَقِيَّةُ  لَحمٍ   مِن   جَزورٍ     مُمَلَّحِ

 

 

 

 

جَزى اللَهُ خَيراً كُلَّما ذُكِرَ   اِسمُهُ        أَبا مالِكٍ إِن ذالِكَ الحَيُّ   أَصعَدوا
وَزَوَّدَ  خَيراً  مالِكاً  إِنَّ     مالِكاً        لَهُ  رِدَّةٌ  فينا  إِذا  القَومُ     زُهَّدُ
فَهُم يَطرَبَن في إِثرِكُم مَن تَرَكتُمُ        إِذا  قامَ   يَعلوهُ   حِلالٌ   فَيَقعُدُ
تَوَلّى  بَنو  زِبّانَ  عَنّا    بِفَضلِهِم        وَوَدَّ  شَريكٌ  لَو  نَسيرُ     فَنَبعُدُ
لِيَهنَء  شَريكاً  وَطبُهُ     وَلِقاحُهُ        وَذو العُسِّ بَعدَ  النَومَةِ    المُتَبَرِّدُ
وَما كانَ مِنّا  مَسكَناً  قَد    عَلِمتُمُ        مُدافِعُ ذي رَضوى فَعَظمٌ فَصَندَدُ
وَلَكِنَّها   وَالدَهرُ   يَومٌ      وَلَيلَةٌ        بِلادٌ  بِها   الأَجناءُ     وَالمُتَصَيَّدُ
وَقُلتُ لِأَصحابِ الكَنيفِ    تَرَحَّلوا        فَلَيسَ لَكُم في ساحَةِ الدارِ    مَقعَدُ

 

 

 

 

تَحِنُّ  إِلى  سَلمى   بِحُرِّ     بِلادِها        وَأَنتَ  عَلَيها  بِالمَلا  كُنتَ     أَقدَرا
تَحِلُّ   بِوادٍ   مِن   كَراءٍ     مَضَلَّةٍ        تُحاوِلُ سَلمى أَن  أَهابَ    وَأَحصَرا
وَكَيفَ  تُرَجّيها  وَقَد  حيلَ    دونَها        وَقَد  جاوَرَت  حَيّاً  بِتَيمَنَ    مُنكَرا
تَبَغّانِيَ   الأَعداءُ   إِمّا   إِلى     دَمٍ        وَإِمّا  عُراضِ  الساعِدَينِ    مُصَدَّرا
يَظَلُّ  الإِباءُ  ساقِطاً   فَوقَ     مَتنِهِ        لَهُ العَدوَةُ الأولى إِذا القِرنُ أَصحَرا
كَأَنَّ  خَواتَ  الرَعدِ  رِزءُ    زَئيرِهِ        مِنَ  اللاءِ  يَسكُنَّ  العَرينَ     بِعُثَّرا
إِذا  نَحنُ  أَبرَدنا  وَرُدَّت     رِكابُنا        وَعَنَّ  لَنا  مِن  أَمرِنا  ما     تَيَسَّرا
بَدا لَكِ مِنّي  عِندَ  ذاكَ    صَريمَتي        وَصَبري إِذا ما الشَيءُ وَلّى   فَأَدبَرا
وَما أَنسَ مِنَ الأَشياءَ لا أَنسَ قَولَها        لِجارَتِها  ما  إِن  يَعيشُ     بِأَحوَرا
لَعَلَّكِ  يَوماً   أَن   تُسِرّي     نَدامَةً        عَلَيَّ بِما  جَشَّمتِني  يَومَ    غَضوَرا
فَغُرِّبتِ إِن لَم  تُخبِريهُم  فَلا    أَرى        لِيَ اليَومَ أَدنى مِنكِ  عِلماً    وَأَخبَرا
قَعيدَكِ  عَمرَ  اللَهِ  هَل   تَعلَمِينَني        كَريماً  إِذا  اِسوَدَّ  الأَنامِلُ    أَزهَرا
صَبوراً عَلى رُزءِ المَوالي وَحافِظاً        لِعِرضِيَ حَتّى يُؤكَلَ النَبتُ   أَخضَرا
أَقَبُّ   وَمِخماصُ   الشِتاءِ     مُرَزَّأٌ        إِذا  اِغبَرَّ   أَولادُ   الأَذِلَّةِ     أَسفَرا

 

 

 

 

عَفَت بَعدَنا مِن أُمِّ حَسّانَ  غَضوَرُ        وَفي الرَحلِ  مِنها  آيَةٌ  لا    تَغَيَّرُ
وَبِالغُرِّ   وَالغَرّاءِ   مِنها     مَنازِلٌ        وَحَولَ الصَفا  مِن  أَهلِها    مُتَدَوَّرُ
لَيالِيَنا   إِذ   جيبُها   لَكَ     ناصِحٌ        وَإِذ  ريحُها  مِسكٌ  زَكِيٌّ    وَعَنبَرُ
أَلَم  تَعلَمي  يا  أُمَّ   حَسّانَ     أَنَّنا        خَليطاً زَيالٍ لَيسَ عَن ذاكَ   مَقصَرُ
وَأَنَّ   المَنايا   ثَغرُ   كُلِّ      ثَنِيَّةٍ        فَهَل ذاكَ عَمّا يَبتَغي القَومُ مُحصِرُ
وَغَبراءَ  مَخشِيَ  رَداها     مَخوفَةٍ        أَخوها  بِأَسبابِ   المَنايا     مُغَرَّرُ
قَطَعتُ بِها شَكُّ الخِلاجِ  وَلَم    أَقُل        لِخَيّابَةٍ    هَيّابَةٍ    كَيفَ       تَأمُرُ
تَدارَكَ عَوذاً بَعدَ  ما  ساءَ    ظَنُّها        بِماوانَ عِرقٌ  مِن  أُسامَةَ    أَزهَرُ
هُم  عَيَّروني  أَنَّ   أُمّي     غَريبَةٌ        وَهَل في  كَريمٍ  ماجِدٍ  ما    يُعَيَّرُ
وَقَد عَيَّروني المالَ  حينَ    جَمَعتُهُ        وَقَد عَيَّروني الفَقرَ  إِذ  أَنا    مُقتِرُ
وَعَيَّرَني  قَومي  شَبابي     وَلِمَّتي        مَتى ما يَشا  رَهطُ  اِمرِئٍ    يَتَعَيَّرُ
حَوى حَيُّ أَحياءٍ شِتيرَ  اِبنَ    خالِدٍ        وَقَد طَمَعَت في غُنمِ  آخَرَ    جَعفَرُ
وَلا  أَنتَمي   إِلّا   لِجارٍ     مُجاوِرٍ        فَما  آخِرُ  العَيشِ   الَّذي     أَتَنَظَّرُ

 

 

 

 

 

أَقِلّي  عَلَيَّ   اللَومَ   يا   بِنتَ   مُنذِرٍ        وَنامي وَإِن لَم تَشتَهي النَومَ    فَاِسهَري
ذَريني   وَنَفسي   أُمَّ   حَسّانَ     إِنَّني        بِها قَبلَ أَن  لا  أَملِكَ  البَيعَ    مُشتَري
أَحاديثَ  تَبقى   وَالفَتى   غَيرُ   خالِدٍ        إِذا  هُوَ  أَمسى  هامَةً   فَوقَ     صُيَّرِ
تُجاوِبُ   أَحجارَ   الكِناسِ     وَتَشتَكي        إِلى   كُلِّ   مَعروفٍ   رَأَتهُ     وَمُنكَرِ
ذَريني  أُطَوِّف   في   البِلادِ     لَعَلَّني        أُخَلّيكِ أَو أُغنيكِ عَن سوءِ    مَحضِري
فَإِن   فازَ   سَهمٌ   لِلمَنِيَّةِ   لَم     أَكُن        جَزوعاً وَهَل  عَن  ذاكَ  مِن    مُتَأَخِّرِ
وَإِن  فازَ  سَهمي  كَفَّكُم  عَن    مَقاعِدٍ        لَكُم  خَلفَ   أَدبارِ   البُيوتِ   وَمُنظَرِ
تَقولُ  لَكَ  الوَيلاتُ  هَل  أَنتَ    تارِكٌ        ضُبُوّاً    بِرَجلٍ     تارَةً       وَبِمِنسَرِ
وَمُستَثبِتٌ   في   مالِكَ   العامَ     أَنَّني        أَراكَ  عَلى   أَقتادِ   صَرماءَ   مُذكِرِ
فَجوعٌ    لِأَهلِ    الصالِحينَ      مَزَلَّةٌ        مَخوفٌ  رَداها  أَن  تُصيبُكَ     فَاِحذَرِ
أَبى الخَفضَ مَن يَغشاكِ مِن ذي قَرابَةٍ        وَمِن  كُلِّ  سَوداءِ  المَعاصِمِ   تَعتَري
وَمُستَهنِئٍ   زَيدٌ   أَبوهُ   فَلا      أَرى        لَهُ  مَدفَعاً  فَاِقنَي  حَياءَكِ     وَاِصبِري
لَحى  اللَهُ  صُعلوكاً  إِذا   جَنَّ     لَيلُهُ        مُصافي  المُشاشِ  آلِفاً  كُلَّ     مَجزَرِ
يَعُدُّ  الغِنى   مِن   نَفسِهِ   كُلَّ     لَيلَةٍ        أَصابَ  قِراها  مِن   صَديقٍ     مُيَسَّرِ
يَنامُ   عِشاءً   ثُمَّ    يُصبِحُ      ناعِساً        يَحُتُّ  الحَصى  عَن  جَنبِهِ     المُتَعَفِّرِ
قَليلُ   اِلتِماسِ   الزادِ    إِلّا      لِنَفسِهِ        إِذا  هُوَ  أَمسى   كَالعَريشِ   المُجَوَّرِ
يُعينُ   نِساءَ   الحَيِّ    ما      يَستَعِنُّهُ        وَيُمسي   طَليحاً   كَالبَعيرِ     المُحَسَّرِ
وَلَكِنَّ   صُعلوكاً    صَفيحَةُ      وَجهِهِ        كَضَوءِ   شِهابِ    القابِسِ    المُتَنَوِّرِ
مُطِلّاً    عَلى    أَعدائِهِ     يَزجُرونَهُ        بِساحَتِهِم   زَجرَ    المَنيحِ    المُشَهَّرِ
إِذا   بَعُدوا   لا    يَأمَنونَ      اِقتِرابَهُ        تَشَوُّفَ    أَهلَ    الغائِبِ      المُتَنَظَّرِ
فَذالِكَ    إِن    يَلقَ    المَنِيَّةَ      يَلقَها        حَميداً  وَإِن   يَستَغنِ   يَوماً     فَأَجدَرِ
أَيَهلِكُ    مُعتَمٌّ    وَزَيدٌ    وَلَم      أَقُم        عَلى نُدَبٍ  يَوماً  وَلي  نَفسُ    مُخطِرِ
سَتُفزِعُ  بَعدَ  اليَأسِ  مَن  لا     يَخافُنا        كَواسِعُ  في  أُخرى  السَوامَ     المُنَفَّرِ
يُطاعِنُ   عَنها   أَوَّلَ   القَومِ     بِالقَنا        وَبيضٍ  خِفافٍ   ذاتِ   لَونٍ   مُشَهَّرِ
فَيَوماً  عَلى   نَجدٍ   وَغاراتِ   أَهلِها        وَيَوماً  بِأَرضٍ  ذاتِ  شَتٍّ   وَعَرعَرِ
يُناقِلنَ  بِالشُمطِ  الكِرامِ   أُلي   القُوى        نِقابَ  الحِجازِ  في  السَريحِ   المُسَيَّرِ
يُريحُ  عَلَيَّ   اللَيلُ   أَضيافَ     ماجِدٍ        كَريمٍ  وَمالي   سارِحاً   مالُ     مُقتَرِ

 

 

إِذا المَرءُ لَم يَطلُب  مَعاشاً    لِنَفسِهِ        شَكا الفَقرَ أَو لامَ  الصَديقَ  فَأَكثَرا
وَصارَ عَلى الأَدنَينَ كَلّاً    وَأَوشَكَت        صِلاتُ ذَوي القُربى لَهُ أَن    تَنَكَّرا
وَما طالِبُ الحاجاتِ مِن كُلِّ وِجهَةٍ        مِنَ الناسِ  إِلّا  مَن  أَجَدَّ    وَشَمَّرا
فَسِر في بِلادِ اللَهِ  وَاِلتَمِسِ    الغِنى        تَعِش ذا يَسارٍ  أَو  تَموتَ    فَتُعذَرا

 

 

 

 

أَرِقتُ وَصُحبَتي بِمَضيقِ    عُمقِ        لِبَرقٍ   في   تِهامَةَ      مُستَطيرِ
إِذا  قُلتُ   اِستَهَلَّ   عَلى   قَديدٍ        يَحورُ   رَبابُهُ   حَورَ     الكَسيرِ
تَكَشُّفَ   عائِذٍ    بَلقاءَ      تَنفي        ذُكورَ  الخَيلِ  عَن  وَلَدٍ    شَفورِ
سَقى سَلمى  وَأَينَ  دِيارُ  سَلمى        إِذا   حَلَّت   مُجاوِرَةَ     السَريرِ
إِذا  حَلَّت  بِأَرضِ  بَني     عَلِيِّ        وَأَهلي   بَينَ   زامِرَةٍ      وَكيرِ
ذَكَرتُ  مَنازِلاً  مِن  أُمِّ   وَهبٍ        مَحَلَّ  الحَيِّ  أَسفَلَ  ذي    النَقيرِ
وَأَحدَثُ  مَعهَداً  مِن  أُمِّ    وَهبٍ        مَعَرَّسُنا   بِدارِ   بَني     النَضيرِ
وَقالوا  ما  تَشاءُ   فَقُلتُ     أَلهو        إِلى  الإِصباحِ  آثَرَ  ذي     أَثيرِ
بِآنِسَةِ  الحَديثِ   رُضابُ     فيها        بُعَيدَ  النَومِ   كَالعِنَبِ     العَصيرِ
أَطَعتُ  الآمِرينَ  بِصَرمِ  سَلمى        فَطاروا  في  عِضاهِ    اليَستَعورِ
سَقَوني   النَسءَ   ثُمَّ   تَكَنَّفوني        عُداةُ  اللَهِ  مِن   كَذِبٍ     وَزورِ
وَقالوا  لَستَ  بَعدَ  فِداءِ    سَلمى        بِمُغنٍ   ما   لَديكَ   وَلا     فَقيرِ
أَلا  وَأَبيكَ  لَو  كَاليَومَ     أَمري        وَمَن  لَكَ  بِالتَدَبُّرِ  في    الأُمورِ
إِذاً  لَمَلَكتُ  عِصمَةَ  أُمُّ   وَهبٍ        عَلى ما كانَ مِن حَسَكِ الصُدورِ
فَيا  لِلناسِ  كَيفَ  غَلَبتُ    نَفسي        عَلى  شَيءٍ  وَيَكرَهُهُ    ضَميري
أَلا  يا  لَيتَني   عاصَيتُ     طَلقاً        وَجَبّاراً  وَمَن  لي   مِن   أَميرِ

 

 

 

 

أَعَيَّرتُموني   أَنَّ    أُمّي      تَريعَةٌ        وَهَل يُنجِبَن في القَومِ غَيرُ  التَرائِعِ
وَما طالِبُ الأَوتارِ  إِلّا  اِبنُ    حُرَّةٍ        طَويلُ نَجادِ السَيفِ عاري الأَشاجِعِ

 

 

 

 

 

تَقولُ أَلا أَقصِر مِنَ الغَزوِ وَاِشتَكى        لَها القَولَ طَرفٌ أَحوَرُ العَينِ   دامِعُ
سَأُغنيكِ عَن رَجعِ  المَلامِ    بِمُزمَعٍ        مِنَ الأَمرِ لا يَعشو عَلَيهِ    المُطاوِعُ
لَبوسٌ ثِيابَ المَوتِ حَتّى إِلى   الَّذي        يُوائِمُ  إِمّا   سائِمٌ   أَو     مُصارِعُ
إِذا  أَرهَنَتهُ   المَينَ   شَدَّةُ     ماجِدٍ        فَوَرَّعَها القَومُ الأُلى  ثُمَّ    ماصَعوا
وَيَدعونَني كَهلاً وَقَد  عِشتُ    حِقبَةً        وَهُنَّ عَنِ الأَزواجِ  نَحوي    نَوازِعُ
كَأَنّي  حِصانٌ  مالَ  عَنهُ     جِلالُهُ        أَغَرُّ  كَريمٌ  حَولَهُ   العوذُ     راتِعُ
فَما شابَ رَأسي مِن سِنينَ  تَتابَعَت        طِوالٍ   وَلَكِن    شَيَّبَتهُ      الوَقائِعُ

 

 

 

 

أَتَجعَلُ إِقدامي  إِذا  الخَيلُ    أَحجَمَت        وَكَرّي  إِذا  لَم  يَمنَعِ  الدَبرَ     مانِعُ
سَواءً وَمَن لا يُقدِمُ المُهرَ في   الوَغى        وَمِن  دَبرُهُ  عِندَ  الهَزاهِزِ     ضائِعُ
إِذا قيلَ يا اِبنَ الوَردِ أَقدِم إِلى الوَغى        أَجَبتُ    فَلاقاني    كَمِيٌّ      مُقارِعُ
بِكَفّي  مِنَ  المَأثورِ   كَالمِلحِ     لَونُهُ        حَديثٌ  بِإِخلاصِ   الذُكورَةِ     قاطِعُ
فَأَترُكُهُ    بِالقاعِ     رَهناً       بِبَلدَةٍ        تَعاوَرُهُ   فيها   الضِباعُ      الخَوامِعُ
مُحالِفَ  قاعٍ   كانَ   عَنهُ     بِمَعزِلٍ        وَلَكِنَّ  حَينَ  المَرءُ  لا   بُدَّ     واقِعُ
فَلا أَنا  مِمّا  جَرَّتِ  الحَربُ    مُشتَكٍ        وَلا  أَنا  مِمّا  أَحدَثَ  الدَهرُ  جازِعُ
وَلا  بَصَري  عِندَ  الهِياجِ     بِطامِحٍ        كَأَنّي  بَعيرٌ  فارَقَ   الشَولَ     نازِعُ

 

 

 

 

 

وَقالوا اِحبُ وَاِنهَق لا تَضيرُكَ    خَيبَرٌ        وَذَلِكَ   مِن   دينِ   اليَهودِ      وَلوعُ
لَعَمري لَئِن عَشَّرتُ مِن خَشيَةِ الرَدى        نُهاقَ    الحَميرِ    إِنَّني       لَجَزوعُ
فَلا  وَأَلَت  تِلكَ  النُفوسُ  وَلا     أَتَت        عَلى  رَوضَةِ  الأَجدادِ  وَهِيَ    جَميعُ
فَكَيفَ  وَقَد  ذَكَّيتُ   وَاِشتَدَّ     جانِبي        سُلَيمى   وَعِندي   سامِعٌ      وَمُطيعُ
لِسانٌ   وَسَيفٌ    صارِمٌ      وَحَفيظَةٌ        وَرَأيٌ   لِآراءِ    الرِجالِ      صَروعُ
تَخَوِّفُني  رَيبَ  المَنونُ  وَقَد    مَضى        لَنا   سَلَفٌ    قَيسٌ    مَعاً      وَرَبيعُ

 

 

 

 

أَرى أُمَّ  حَسّانَ  الغَداةَ    تَلومُني        تُخَوِّفُني الأَعداءَ وَالنَفسُ    أَخوَفُ
تَقولُ  سُلَيمى  لَو  أَقَمتَ    لِسِرِّنا        وَلَم  تَدرِ  أَنّي  لِلمُقامِ     أُطَوِّفُ
لَعَلَّ  الَّذي  خَوَّفتِنا  مِن    أَمامِنا        يُصادِفُهُ   في   أَهلِهِ     المُتَخَلِّفُ
إِذا قُلتُ قَد جاءَ الغِنى حالَ   دونَهُ        أَبو صِبيَةٍ يَشكو المَفاقِرَ    أَعجَفُ
لَهُ خَلَّةٌ  لا  يَدخُلُ  الحَقُّ    دونَها        كَريمٌ  أَصابَتهُ  خُطوبٌ    تُجَرِّفُ
فَإِنّي  لَمُستافُ   البِلادِ     بِسُربَةٍ        فَمُبلِغُ نَفسي عُذرَها أَو    مُطَوَّفُ
رَأَيتُ بَني لُبنى عَلَيهِم   غَضاضَةٌ        بُيوتُهُمُ  وَسطَ  الحُلولِ     التَكَنُّفُ
أَرى أُمَّ سِرياحٍ غَدَت في ظَعائِنٍ        تَأَمَّلُ مِن  شامِ  العِراقِ    تُطَوِّفُ

 

 

 

 

أَلَيسَ وَرائي أَن أَدِبَّ عَلى   العَصا        فَيَشمَتَ  أَعدائي  وَيَسأَمُني    أَهلي
رَهينَةُ  قَعرِ  البَيتِ   كُلَّ     عَشِيَّةٍ        يُطيفُ بِيَ الوِلدانُ  أَهدُجُ    كَالرَألِ
أَقيموا بَني لُبنى  صُدورَ    رِكابَكُم        فَكُلُّ مَنايا النَفسِ خَيرٌ مِنَ    الهَزلِ
فَإِنَّكُمُ   لَن   تَبلِغوا   كُلَّ     هِمَّتي        وَلا أَرَبي حَتّى تَرَوا مَنبِتَ    الأَثلِ
فَلَو كُنتُ مَثلوجَ  الفُؤادِ  إِذا    بَدَت        بِلادُ الأَعادي لا  أُمِرُّ  وَلا    أُحلي
رَجِعتُ عَلى حِرسَينِ إِذ قالَ   مالِكٌ        هَلَكتَ وَهَل يُلحى عَلى بُغيَةٍ   مِثلي
لَعَلَّ اِنطِلاقي  في  البِلادِ    وَبُغيَتي        وَشَدّي  حَيازيمَ  المَطِيَّةِ     بِالرَحلِ
سَيَدفَعُني  يَوماً  إِلى  رَبِّ  هَجمَةٍ        يُدافِعُ  عَنها   بِالعُقوقِ     وَبِالبُخلِ
قَليلٌ   تَواليها   وَطالِبُ      وِترِها        إِذا صُحتُ فيها بِالفَوارِسِ وَالرَجلِ
إِذا ما هَبَطنا  مَنهَلاً  في    مَخوفَةٍ        بَعَثنا رَبيئاً  في  المَرابِئِ    كَالجِذلِ
يُقَلِّبُ في الأَرضِ الفَضاءِ    بِطَرفِهِ        وَهُنَّ  مُناخاتٌ   وَمِرجَلُنا     يَغلي

 

 

 

 

دَعيني أُطَوِّف في البِلادِ   لَعَلَّني        أُفيدُ غِنىً فيهِ لِذي الحَقِّ   مُحمِلُ
أَلَيسَ  عَظيماً  أَن  تُلِمَّ     مُلِمَّةٌ        وَلَيسَ عَلَينا في الحُقوقِ  مُعَوَّلُ
فَإِن نَحنُ لَم نَملِك دِفاعاً بِحادِثٍ        تُلِمُّ  بِهِ  الأَيّامُ  فَالمَوتُ    أَجمَلُ

 

 

 

 

 

 

                                             عروة بن الورد

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 03:40

إِذا المَرءُ لَم يُدنَس مِنَ اللُؤمِ عِرضُهُ فَكُلُّ رِداءٍ يَرتَديهِ جَميلُ

وَإِن هُوَ لَم يَحمِل عَلى النَفسِ ضَيمَها فَلَيسَ إِلى حُسنِ الثَناءِ سَبيلُ

تُعَيِّرُنا أَنّا قَليلٌ عَديدُنا فَقُلتُ لَها إِنَّ الكِرامَ قَليلُ

وَما قَلَّ مَن كانَت بَقاياهُ مِثلَنا شَبابٌ تَسامى لِلعُلى وَكُهولُ

وَما ضَرَّنا أَنّا قَليلٌ وَجارُنا عَزيزٌ وَجارُ الأَكثَرينَ ذَليلُ

لَنا جَبَلٌ يَحتَلُّهُ مَن نُجيرُهُ مَنيعٌ يَرُدُّ الطَرفَ وَهُوَ كَليلُ

رَسا أَصلُهُ تَحتَ الثَرى وَسَما بِهِ إِلى النَجمِ فَرعٌ لا يُنالُ طَويلُ

هُوَ الأَبلَقُ الفَردُ الَّذي شاعَ ذِكرُهُ يَعِزُّ عَلى مَن رامَهُ وَيَطولُ

وَإِنّا لَقَومٌ لا نَرى القَتلَ سُبَّةً إِذا ما رَأَتهُ عامِرٌ وَسَلولُ

يُقَرِّبُ حُبُّ المَوتِ آجالَنا لَنا وَتَكرَهُهُ آجالُهُم فَتَطولُ

وَما ماتَ مِنّا سَيِّدٌ حَتفَ أَنفِهِ وَلا طُلَّ مِنّا حَيثُ كانَ قَتيلُ

تَسيلُ عَلى حَدِّ الظُباتِ نُفوسُنا وَلَيسَت عَلى غَيرِ الظُباتِ تَسيلُ

صَفَونا فَلَم نَكدُر وَأَخلَصَ سِرَّنا إِناثٌ أَطابَت حَملَنا وَفُحولُ

عَلَونا إِلى خَيرِ الظُهورِ وَحَطَّنا لِوَقتٍ إِلى خَيرِ البُطونِ نُزولُ:

فَنَحنُ كَماءِ المُزنِ ما في نِصابِنا كَهامٌ وَلا فينا يُعَدُّ بَخيلُ

وَنُنكِرُ إِن شِئنا عَلى الناسِ قَولَهُم وَلا يُنكِرونَ القَولَ حينَ نَقولُ

إِذا سَيِّدٌ مِنّا خَلا قامَ سَيِّدٌ قَؤُولٌ لِما قالَ الكِرامُ فَعُولُ

وَما أُخمِدَت نارٌ لَنا دونَ طارِقٍ وَلا ذَمَّنا في النازِلينَ نَزيلُ

وَأَيّامُنا مَشهورَةٌ في عَدُوِّنا لَها غُرَرٌ مَعلومَةٌ وَحُجولُ

وَأَسيافُنا في كُلِّ شَرقٍ وَمَغرِبٍ بِها مِن قِراعِ الدارِعينَ فُلولُ

مُعَوَّدَةٌ أَلّا تُسَلَّ نِصالُها فَتُغمَدَ حَتّى يُستَباحَ قَبيلُ

سَلي إِن جَهِلتِ الناسَ عَنّا وَعَنهُمُ فَلَيسَ سَواءً عالِمٌ وَجَهولُ

فَإِنَّ بَني الرَيّانِ قَطبٌ لِقَومِهِم تَدورُ رَحاهُم حَولَهُم وَتَجولُ

 

 

 

 

 

لم يقض منْ حاجة ٍ الصبا أربا وقد شآكً الشبابُ إذ ذهبا

وعاودَ القلبَ بعدَ صِحّتِهِ سُقمٌ فلاقى من الهوى تَعَبا

إن لـنا فخمة ً ملـملمة ً تَقري العدوّ السِّمامَ واللّهبا

رجراجة ً عَضّلَ الفضاءُ بها خَيْلاً ورَجْلاً ومنصباً عَجَبا

أكنافُها كلُّ فارسٍ بَطَلٍ أغلبَ كالليثِ عادياً حَرِبا

في كفة ِ مرهفُ الغرارِ إذا أهوى بهِ منْ كريهة ٍ رسبا

أعدَّ للحربِ كلَّ سابغة ٍ فَضفاضَةٍ كَالغَديرِ وَاليَلَبا

والشمرَ مطرورة ً مثقفة ً والبيضَ تزهى تخالها شهبا

يا قيسُ إنّ الاحسابَ أحرزَهَا منْ كانَ يغشى الذ وائبَ القضبا

منْ غادرَ السيدَ السبطرَ لدى المعرك عَمراً مُخضَّباً تَرِبا

جاشَ منَ الكاهنينِ إذْ برزوا أمواجَ بحْرٍ تُقمِّصُ الحدَبا

لِنصرِكُم والسيوفُ تَطلُبُهم حتى تولوا وأمعنوا هربا

وأنتَ في البيتِ إذْ يُحَمُّ لكَ الماءُ وتدعو قتالنا لعبا

 

 

نطفة ما منيتُ يومَ منيتُ أمرتْ أمرها وفيها بريتُ

كَنَّها الله في مكانٍ خَفِيٍّ وخَفِيٌّ مكانُها لو خَفِيتُ

مَيْتَ دَهْرٍ قد كنتُ ثم حَيِيتُ وحياتي رهنُ بأنْ سأموتُ

إنًّ حلمي إذاتغيبَ عني فاعلمي أنني كبيراَ رزيتُ

ضيقُ الصدرِ بالأمانة ٍ لا ـقُصُ فَقْرِي أمَانَتِي ما بَقِيتُ

رُبَّ شَتْم سَمِعْتُه فَتَصامَمْـ ـتُ وَغَيٍّ تَرَكْتُه فكُفِيتُ

ليتَ شِعْرِي وأشْعُرَنَّ إذا ما قربوها منشورة ودعيت

أَلِيَ الفَضْلُ أمْ عَلَيَّ إذا حُو سبتُ أنيَّ على الحسابِ مقيتُ

وأتاني اليقينُ أني إذا متُّ مِتُّ أوْ رَمَّ أعْظُمِي مَبْعُوتُ

هلْ أقولنّ إذ تداركَذ نبي وتذ كى عليّ إني نهيتُ؟

أبِفَضْلٍ منَ المَلِيكِ ونُعْمَى أمْ بذ نبِ قد متهُ فجزيتُ ؟

ينفعُ الطيبُ القليلُ من الرزْ قِ ولا يَنْفَعُ الكَثِيرُ الخَبِيتُ

فاجْعَلَنْ رِزْقِيَ الحلالَ من الكَسْـ ـبِ وبِرّاً سَرِيرَتِي ما حَيِيتُ

وأتَتْنِي الأنْباءُ عن مُلْكِ دَاوُ فقرتْ عيني بهِ ورضيتُ

ليسَ يعطى القويُّ فضلاً من الرزقٍ ولا يحرمُ الضعيفُ الشخيتُ

بلْ لكلِّ منْ رزقهِ ما قضى اللهُ وإ نْ حّزأّ نفه ا لمستميتُ

 

 

 

أعاذلتي ألا لاَ تعذ ليني فكمْ منْ أمرِ عاذلة ٍ عصيتُ

دَعيني وارشُدي إن كنتُ أغوى ولا تغويْ زعمتِ كما غويتُ

أعاذلَ قدْ أطلتِ اللومَ حتى لو انِّي مُنْتَهٍ لقدِ انتَهَيْت

وصفراءِ المعاصمِ قدْ دعتني إلى وصلٍ فقلتُ لها أبيتُ

وزِقٍّ قد جَرَرْتُ إلى النَّدامَى وزِقٍّ قد شرِبتُ وقد سَقَيت

وحتى لو يكونُ فَتى أُناسٍ بكى منْ عذلِ عاذلة ٍ بكيتُ

ألا يا بَيْتُ بالعلياءِ بَيْتُ ولولا حبُّ أهلكَ ما أتيتُ

ألا يا بَيْتُ أهْلُكَ أوعَدوني كأنّي كلَّ ذَنْبِهِمِ جَنيْت

إذا ما فاتني لحمُ غريضُ ضربتُ ذراعَ بكري فاشتويتُ

 

 

 

 

عَفا من آلِ فاطِمة َ الخُبَيْتُ إلى الإحرا مِ ليسَ بهنّ بيتُ

أغا ذلتيّ قو لكما عصيتُ لنفسي إنْ رشد تُ وإنْ غويتُ

بنى لي عاديا حصناً حصيناً وعيناً كلما شئتُ استقيتُ

طِمِرّاً تَزلَقُ العِقبانُ عَنْهُ إذا ما نابني ضيمُ أبيتُ

وأوصى عاديا قِدْماً بأن لا تهدم يا سموألُ ما بنيتُ

وبيتٍ قد بنيتُ بغيرِ طِينٍ ولا خشَبٍ ومجْدٍ قد أتَيْتُ

وجيشِ فيد جى الظلماء مجرِ يَؤمُّ بلادَ مَلْكٍ قد هَدَيتُ

وذنبٍ قد عَفَوْتُ لغير باعٍ ولا واعٍ وعنهُ قدْ عفوتُ

فإن أهلِكْ فقد أبليْتُ عُذْراً وقضّيْتُ اللُّبانَة َ واشْتَفَيتُ

وأصرفُ عنْ قوارصَ تجتد يني ولو أني أشاء بها جَزَيْتُ

فأحمي الجارَ في الجُلّى فيُمْسي عزيزاً لا يرامُ، إذا حميتُ

وفيتُ بأدرع الكند يّ ، إني إذا ما خانَ أقوامٌ وَفَيتُ

وقالوا: إنّهُ كَنْزٌ رَغِيبٌ فلاَ واللهِ أعذرُ ما مشيتُ

ولولا أنْ يقالَ حبا عنيسُ إلى بعض البيوتِ لقدْ حبوتُ

وقُبّة ِ حاصِنٍ أدخلتُ رَأسي ومعصمها الموشمَ قدْ لويتُ

وداهِيَة ٍ يَظَلُّ النّاسُ منها قِياماً بالمحارِفِ قد كفيتُ

 

 

إنّ امرَأً أمِنَ الحوادثَ جاهِلٌ ير جو الخلودَ كضاربٍ بقداحٍ

منْ بعدِ عاديَّ الدهورِ ومآربٍ ومَقاوِلٍ بِيضِ الوجوه صِباحِ

مرتْ عليهمْ آفة ُ فكأنها عفتْ على آثارهمْ بمتاحِ

ياليتَ شعري حينَ أند بُ هالكاَ ماذا تؤبنني به أنواحيِ

أيقلنَ لا تبعدْ فربّ كريهة ٍ فرجتها بشجاعة ٍ وسماحِ

ومغيرة ٍ شعواءَ يخشى درؤها يوماً رددتُ سلاحها بسلاحي

ولَرُبّ مُشعَلَة ٍ يَشُبُّ وَقُودُهَا أطفأتُ حَرّ رِماحِها برِماحي

وكَتِيبَة ٍ أدْنَيْتُهَا لِكَتِيبَة ٍ ومُضاغِنٍ صَبّحْتُ شَرَّ صَباح

وإذا عمدتُ لصخرة ٍ أسهلتها أدعو بأفلحْ مرة ً ورباحِ

لا تَبعَدَنّ فكُلُّ حيّ هالِكٌ لا بدّ من تلفِ فبنْ بفلاحِ

إنّ امرأً أمِنَ الحوادثَ جاهلاً ورجا الخلودَ كضاربِ بقداحِ

ولقدْ أخذتُ الحقَّ غيرَ مخاصمٍ ولقدْ بذ لتُ الحقَّ غيرَ ملاحِ

ولقدْ ضربتُ بفضلِ مالي حقهُ عندَ الشتاءِ وهبة ِ الأرواحِ

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 18:52

تذكرة للجنوب

 

 

 

 

في اليوم الثالث اصبحت مدينة قالمة  كلها متعفنة.  حظر التجول على الساعة الخامسة من بعد الزوال. كانوا يجوبون الدواشر. عود ثقاب...فففوووييييت... كل الأشياء تتلاشى. فى الميدان ما يبق إلا النساء لتمزيق خدودهن و اقتلاع  شعورهن. بأعقاب البنادق كان الجنود يضربون بقوة على  الرؤوس. كانوا يغرزون حربتهم  في بطون النساء، كذلك. كانوا يأخذون صبية أمام مرأى العائلة و يركبونها طيلة عشية بالتناوب.  أو إلى مكان مهجور،  أو زريبة ثم يعودون بها. داخل  الأسر التي عانت من هذه التجاؤزات لن يصبح احتمال نظر القريب. و من كانت يتعلق   الأمر بها أما تفقد عقلها أو تهجر أو تقتل نفسها. لا أريد أن أتكلم عمن أرشقوهم رصاصا  على طول جدران المحجر. و لا عمن أشنقوهم تحت قنطرة نهر السيبوز. و لا عمن صففوهم جمعات جمعات تحت خط شجر الأرز و أعطوهم المعاول و المجارف لحفر قبورهم  بأيديهم  قبل أن يطلقوا فيهم النار.  و لا عمن دفعوهم داخل الثكنات و أغتالوهم.و لا حتى عن شهداء فرن مارسيل ليفي للجير. جهة مليزيمو و كاف البومبا و الحاج امبارك. في طريق قونود.  و لا حتى عن الاحياء الذين  القوا  بهم  في الخنادق و رشوهم بنزينا و نارا. لا أريد أن أتكلم في الطائرات القاذفات قنابل فوق قالمة ، القرى، الدواوير. و لا في الوالى "أشياري"  الذي أمر برمى المتظاهرين. و لا عن شيخ البلدية "موبار" و حكاية توابيته.و لا في رجال الشرطة و الدرك  و المدنيين الذين شاركوا في مذبحة حقيقية. كان شيء ما يحضر من وراء البحر – مراقبون من عدة جنسيات يتأهبون للمجيئ ليروا  بأعينهم و يكون دليلهم الجنرال "توبار" -  فحاولوا بسرعة دفن من أنسوهم  في الخنادق و  أسفل الجدران أو علي  الأقل رميهم في النهر.  الأسر ملغمة صمتا .كانوا يحرقون كذلك... و في الأخير الأصليون الذين ساعدوهم في فعلتهم تلك كان مصيرهم   الإعدام. من كانوا يعودون من الحرب الأخرى احتجزوهم  في الثكنات و أحيانا كانوا يبعثون بواحد أو إثنين "لمعالجة" الناس. لكن  الأمور تغيرت.  في تلك الأيام  بدأ الحديث حول الأسلحة  الآتية من الحدود. عند الحدادين  العرب كانت تبرد قطع من الحديد  لتعرض  في  أواخر السهرات الخاطئة.  ثم تبعت السهرات   بإجتماعات  سرية. من كانوا يأخذون الكلمة تحدثوا بعربية  فصحى مليئة ألفاظا لا معنى لها بعد. الوطن... الثورة... و كان ثم بعض التردد في لهجتهم. أيامها كنت صبيا. لم أكن اعرف القراءة و لا  الكتابة. كنت اتعرض للضرب مرتين من قبل والدي في الليلة الواحدة. تمضي سنوات حتي أفهم أنه  كان يمرر غضبه هذا على ظهري من كثرة الظلم...  أيامها كنا نسمع بسطيف و بجاية. و كانت أخبار تأتينا عن مدافن في العراء ناحية طريق عنابة. كنا نذهب لرؤية الجثث فكانت منتفخة ،ممدودة، بعنوق منتصبة.  أحيانا كنا نحفر خنادق لدفنها. كذلك كنا نمر عبر قرى صغيرة   لنذرف الدمع مع اليتامى. بما إننا لا نملك شيئا  لتخليصهم  من الشقاء  كنا نعرض دموعنا. و الأمر كان كافيا لمؤاساة عائلات... كنت صبيا زمانها  ولكنني فهمت الكثير   طيلة شهر مايو هذا...

انخفضت سرعة السيارة ثم توقفنا تماما عند حافة الطريق.

- ها  أنت وصلت، عمى بلقاسم...

- شوشة، تعجب العجوز... كنت أشم منذ لحظات رائحة الجريد تحت الندى...

-  أول شهر جوان، إنشاء الله، قالها السائق.

-  أوله، وافق العجوز.
كنا خمسة متوجهين ناحية مدينة ورقلة  التى ما زالت تبعد  بأكثر من 200كم من هذا المكان   و فهمنا من حديث الرجلين إنه تذكير ضمني لبعض موعد سفر مقبل. و في بسكرة ، لما ركبنا السيارة  على الساعة الثامنة كنا قد لاحظنا نبرة  صوت السائق العطوف إزاء العجوز...
بعد خروجنا من بسكرة أخذ  العجوز فى مناجاة  مستمرة. فتكلم  فى المدينة العضوية، في مواد البناء القديمة، فى هندسة  الأسلاف المعمارية، تكلم فى النخيل الذى فيه مشابهة غريبة بالانسان، في الارض المحاربة  ثم صراحة في الحرب. ربما شخص مجنون، فكرنا... كان  أمامنا جالسا فى المقعد  الأمامي و ألفاظ مونولوجه تتساقط الواحد تلو  الأخر قبالة حزمة ضوئية تقذف بها السيارة على طريق مستقيم و ثابت.
- ربى يوصلكم على خير و عافية،  قالها العاجوز، ثم رأيناه – بيده كيس – يأخذ دربا  يرتقي نحو جمع ديار قد بني فوق تلة و كانت تظهر سطوحه – أكنا في  ثاني أسبوع شهر قمري؟ - بوضوح. بالأسفل و علي جانبي الديار يبدو النخيل معلقا في طرف الليل.

ثم استأنفنا السفر.

ما كادت تستمر  الطاكسي بضع أمتار حتي صفر صوت...

-  شم الجريد المندي... كل يوم نسمع بشيء جديد...

تملص السائق من هذا الحديث السخري فقال:علينا أن نواصل بسرعة منخفضة... فالحفر كثيرة.

-  فادفع صراحة  بالسيارة  يمينا إذا برز ضوء في الافق... و توقف إذا توجب  الأمر... رن الصوت.

السكون. كان، أمامنا، الطريق شبيه برسم حبر على شيئ  من البياض الشاحب تظهر فيه حفر عميقة.

أحدنا حك عودا ثقاب...

 - إنسان يشم جريد مبلل... تلفظ نفس الصوت الرقيق...

-  إنه من المحاربين القدماء، قالها السائق بهدوء و بنبرة سريعة.

سكت برهة ثم أضاف...  العجوز مولود بناحية قالمة. منذ ثلاثة سنوات عملت العائلة بنصيحة طبيب فأسكنته هنا في الجنوب. و كل شهرين يصعد إلى الشمال لبضعة أيام. قد حكوا إلى أنه يعيش بقوة الثامن ماي     و هذا يوميا...

- يكون ذاك الواهن ، الذي كان معه ببسكرة ، من حكى هذه الاشياء   المؤثرة، قال الرجل ذو الصوت الرقيق و الذى يبدو ممدودا بطوله في المقعد الخلفي. فرقع عود ثقاب وسأل عم تكون الساعة...

- العاشرة و نصف، أجبت دون أن يكون السؤال موجها خصيصا إلي و فهمت إنه قبل وصولي إلي المحطة ببسكرة  كان هناك قريب قد لازم  العجوز وقتا طويلا.

- إنه ابنه ، صرح السائق. و قال لي، كذلك، إن أباه  ، بعد يومين ، تظهر له ومن حوله  جثث منتصبة و منتفخة  ثم يبدأ في اختناق من قوة النتونة...

-  و وجد له  هذا الجحر لعلاجه ...  و لماذا  لم يأت ليسكن مع أبيه هنا؟   لاحظت أنف الابن الطويل...  هما الاثنان بإستطاعتهما إستنشاق جذور السماء، قالها ذو الصوت الرقيق.

-  للا بن أراض هناك...

-  اه... هكذا... شخص  باستطاعته شم  الجريد المندى... أو لم يحس إنه غريب بشوشة... فتفوه ب"جوجة". عود ثقاب آخر ...

فأجاب السائق متضائقا:  قضي العجوز سنواته السبع محاربا هنا في الجنوب. إنه يعيش عند صديق. قد تزوج أخته التي كانت  أرملة شهيد...

- و الابن، ذاك الواهن،  من أين خرج إذا كان الوالد يجيء حتي جوجة ليحتفل بزفافه...
 
- أمه مطلقة...

- و هذه الأم المسكينة...

 أدرنا رؤوسنا أكثر من مرة نحو هذا الحكم الشيطاني. كان هو مستلقيا علي طول المقعد و حقيبته تحل محل وسادة. كان يحك عود ثقاب كل مرة يفتح فيها فمه.
 
- لم تقبل بالنزول الى الجنوب.

- تكون شقية...

-لا  أدري، أجاب السائق بصوت ضعيف.

- و هذا الابن ألم يصالح بينهما... حسب فهمى ... هذا الواهن قد رافق العجوز من قالمة حتى بسكرة فى طاكسى حيث يكون هذا  الأخير قد تكلم  فى النخيل و الندى و الحروب... حسب فهمى... لم يكن يحب زوجة  أبيه الثانية و كذلك النخيل و لهذا التزم بنصف السفر ليترك العريس يتيه في الصحراء.

و حك عود ثقاب.
لزم السائق الصمت هذه المرة.  ثم بعد لحظة ضغط  على المسرع فبلغنا مدينة ورقلة فى أقل من نصف الوقت الذى تطلبه المسافة.

نحن  الأربع  قد سددنا  للسائق  و الآن كنا على بعد مئة متر لنسمع لرفيق سفر غريب يطرح سؤاله النهائى بصوته الرقيق فى سكون الليل: و هذا الابن، هذا الواهن، ألم يحاول المصالحة...

كنا نتخيله منحنى على باب السيارة  متشبثا بيديه في الزجاج، عقب سيجارة يتدلى من فمه و عينيه في جفني السائق  الذي كان في سبات عميق من  كثرة التوتر... بالتأكيد...

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 17:00

 

Un billet vers le sud

 

Au troisième jour toute la ville puait. Le couvre-feu dès cinq heures de l’après-midi. On arrivait dans les dechras. Une allumette … pfuuuit ! Plus rien. Sur place ne restaient que les femmes pour se déchirer les joues et se tirer les cheveux. Avec les crosses des fusils , les soldats cognaient durement sur les crânes. Ils faisaient rentrer les baïonnettes dans le ventre des femmes quand cela leur plaisait. Quand cela leur plaisait aussi , ils prenaient une femme devant toute la famille et allaient dessus à quatre ou cinq pendant des heures. Ou dans un petit réduit, à l’étable, puis la ramenaient. Dans les familles où cela se passa il ne sera plus tolérable de se regarder dans les yeux par la suite. Et la jeune femme en question fuyait ou se donnait la mort. Je ne veux parler ni de ceux qu’on rafla le long des murs de la carrière. Ni de ceux qu’on pendit sous le Pont de la Seybouse. Ni de ceux qu’on poussa et fusilla au fond des casernes . Ni de ceux qu’on aligna par groupes de cinq sous la ligne des cèdres, qu’on avait muni de pelles et de pioches pour creuser les trous avant de les abattre. Ni de ceux du four à chaux de Marcel Levie. Côté Millesimo, sur la route de Gounod, Kef El Boumba, El Hadj M’barek. Ni des corps vivants qu’on jetait dans les fosses profondes et qu’on recouvrait d’essence et de feu. Ni de l’aviation qui largua ses bombes sur Guelma, des villages et des douars. Ni du sous-préfet Achiary qui donna l’ordre de tirer sur les manifestants. Ni de Maubert le maire et de ses onze cercueils. Ni des policiers, et des gendarmes, et des civils qui se livrèrent à un vrai carnage. Comme quelque chose se préparait outre-mer – des contrôleurs de plusieurs races qui seraient sur le point de venir voir de leurs propres yeux, guidés par le Géneral Tubert, on essaya à la va-vite d’enterrer ceux qu’on avait oubliés dans les fossés et au bas des murs ou tout au moins de les jeter dans la rivière.

 

On brûlait aussi… Puis les arabes qui s’occupaient de la besogne, on les faisait mourir aussi. Le silence minait les familles. On se terrait. Ceux qui revenaient de l’autre guerre, on les maintenait dans les casernes. Parfois on en envoyait un ou deux travailler les gens. Mais ce n’était plus la peine. Déjà on parlait d’armement en provenance des frontières. Chez les forgerons arabes on limait des bouts de fer qu’on montrait à la ronde à la fin des fausses veillées. Il y eut des réunions clandestines par la suite. Ceux qui y prenaient la parole devisaient dans un arabe classique où ils enfouissaient trop de mots qui n’avaient pas de sens encore. Patrie ! Insurrection !

 

 

Et il y avait de l’hésitation dans leurs propos. Je n’avais pas mes quinze ans en ce temps-là. Je n’allais pas à l’école. Et je me faisais battre deux fois par mon père le soir. Il m’a fallu des années pour comprendre qu’il faisait passer sa hargne causée par tant d’injustice sur moi… Pendant ces journées –là, on entendait parler de Sétif et de Bougie. De l’autre coté de la ville on parlait de charniers immenses. Nous allions voir et nous passions devant des cadavres et ils étaient enflés, couchés, le cou dressé… Quand il n y avait personne alentour, nous faisions des trous dans la terre arable et les enterrions… Nous passions aussi d’une dechra à l’autre pour pleurer avec les orphelins. Puisque nous n’avions rien pour dégager le malheur nous offrions nos pleurs. Et c’était assez pour le réconfort de familles entières. Je n’avais pas mes quinze ans en ce temps-là mais je compris assez durant ce moi de Mai

  billet sud

 

La voiture se mit a ralentir puis s’arrêta au bord de la route.

 

Te voilà arrivé, oncle Belkacem !

 

Choucha , s’exclama le vieil homme ! je commençais à sentir depuis un moment l’odeur des palmes mouillées

 

Le premier du mois prochain, dit d’une voix neutre le chauffeur.

 

Le premier, acquiesça le vieil homme.

Nous autres, qui étions cinq et qui nous rendions dans la région de Ouargla qui était encore distante de ce lieu de plus de 200 Km , comprîmes que c’était là un rappel assez tacite pour quelque rendez-vous prochain de voyage. A Biskra, où nous avions pris place dans le taxi sur les coups de 20h, nous avions déjà remarqué l’amabilité de ton du chauffeur à l’égard du vieux

 

 

Dès la sortie de Biskra, le vieil homme, dans un monologue continu, parla de cité organique, de matériaux de constructions anciens, d’architecture ancestrale, du palmier qui a une ressemblance étrange avec l’homme, de la terre guerrière puis carrément de la guerre. Il est fou, avions nous-pensé ! Là, devant nous, sur la première banquette, le vieux laissait tomber ses soliloques face au faisceau de lumière que projetait la voiture sur la route droite et infinie.

 

 

Le vieil homme, son sac à la main, nous souhaita la bonne route et prit par un chemin qui grimpait vers un groupe de maisons bâti sur une élévation et dont on pouvait percevoir les terrasses – étions nous à la deuxième semaine d’un mois lunaire ? – qui se découpaient dans le ciel. De chaque côté du groupe de maisons et en contrebas, des palmiers se perdaient dans le fond de la nuit.

 

 

Nous reprîmes la route.

A peine avions-nous fait quelques mètres qu’une voix siffla :

 

 

Sentir des palmes mouillées… on apprend chaque jour

 

 

Le chauffeur éluda ces propos ironiques en disant : il va falloir continuer à petite vitesse jusqu’à Touggourt… y a plein de nids de poule.

 

 

Fiche-toi carrément à droite dès qu’apparaît une voiture et arrête-toi s’ il le faut… fit la voix.

Le silence pour un moment. Devant nous le bitume, comme un tracé d’encre sur quelque chose de blanc pâle avec ça et là de gros trous.

Quelqu’un craqua une allumette

 

Mais un homme qui peut sentir des palmes mouillées… articula la même voix grêle de tout à l’heure.

 

C’est un ancien de la guerre, dit rapidement et calmement le chauffeur.

Comme personne ne disait rien il crut bon d’ajouter : il est natif de la région de Guelma. Et c’est un médecin qui conseilla à la famille - il y a trois ans - de le faire habiter ici au Sud. Et tous les deux mois il monte au nord pour quelques jours. On m’avait raconté que dans sa région natale il vit intensément le 8 mai 45

Et c’est ce gringalet qui était avec lui à Biskra qui a dû raconter ces choses si pathétiques, dit l’homme à la voix grêle qui semblait étendu de tout son long sur la banquette arrière. Il craqua une allumette et demanda après l’heure

 

— 22 heures trente, répondis- je, sans que la question me fut personnellement posée, tout en comprenant qu’avant mon arrivée à la station des taxis – à Biskra - un parent a dû passer un long moment en compagnie du vieil homme

 

C’est son fils, révéla le chauffeur. Il m’a dit aussi, qu’au bout de deux jours, son père commence à voir des corps couchés, enflés, et à suffoquer tant la puanteur des cadavres l’empêche de respirer.

 

Et il lui a déniché ce trou pour le guérir ! Et pourquoi qu’il ne vient pas habiter avec son père ?

 

 

J’avais remarque le long nez du fils, tout a l’heure… A eux deux ils humeraient les racines du ciel, dit la voix grêle.

 

Le fils a des terres là-bas.

 

Ah… bon, fit la même voix. Quelqu’un qui peut sentir les palmes mouillées… Et il ne se sent pas dépaysé à Choucha ? Il prononça Djoudja. Une autre allumette

Le chauffeur répondit sur un ton agacé : le vieux a passé ses sept ans de guerre ici au Sud. Et c’est chez un ami qu’il habite. Il avait épousé sa sœur qui était veuve de chahid.

 

Et le fils, ce gringalet, d’où qu’il sort alors, si le père vient jusqu’à Djoudja pour célébrer des noces.

 

Mère divorcée !

 

Et cette malheureuse mère

 

 

Nous nous sommes retournés plus d’une fois vers ce juge de diable. Il était affalé sur toute la banquette ; son sac lui tenait lieu d’oreiller. Il craquait une allumette à chaque fois qu’il ouvrait la bouche.

 

Elle n’a pas voulu descendre au sud.

 

Elle doit être si malheureuse !

 

Je ne sais pas, répondit le chauffeur d’une voix lasse.

 

Et ce fils, il n’a pas voulu rabibocher un peu… si je comprends bien ce gringalet, ce gringalet a dû accompagner de Guelma à Biskra le vieux, en taxi, où sûrement ce dernier a dû palabrer sur la guerre et la senteur des palmes… si je comprends bien, il ne doit pas aimer sa belle-mère et encore moins les palmiers et c’est pour cela qu’il fait la moitié du chemin pour laisser le noceur s’éparpiller dans la nature. Et il craqua une allumette.

 

 

Le chauffeur ne daigna pas répondre cette fois-ci. Une minute après il appuyait sur le champignon et nous fit atteindre Ouargla en deux fois moins de temps qu’il ne fallait d’habitude.

 

 

Nous autres quatre, venions de payer notre place chacun et étions à une centaine de mètres de la placette déserte quand nous entendîmes ce singulier compagnon de voyage poser son ultime question, de sa voix toute grêle dans le silence de la nuit : et ce fils, ce gringalet, il n’a pas essayé de réconcilier un peu

 

 

Nous l’imaginions penché sur la portière, accroché de ses deux mains à la vitre, un mégot au bec, les yeux dans les paupières du chauffeur qui dormait d’agacement. Sûrement !

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:19

ALAIN BORNEلا أعلم  يا  ليلى

( je ne sais pas Lislei )

 

 

 

لا أعلم يا ليلى كيف يكون الموت

كيف أنتقل-ثمة-تحت الألواح

بهذا الجسد المهزاق على الصقيل الأصم

لا  أعلم يا ليلى أ يأتيني السبات

أم  يهديني الأزل الأعياد والعذبات

 

Je pense

à Paul Vincensini

 

Je pense que tout est fini

Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile

Je pense que cela est amer et dur

Je pense qu'il reste dorénavant surtout à mourir

Je pense que l'obscur est difficile à supporter après

la lumière

Je pense que l'obscur n'a pas de fin

Je pense qu'il est long de vivre quand vivre n'est plus

que mourir

Je pense que le désespoir est une éponge amère

qui s'empare de tout le sang quand le cour est détruit

Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est

immense

et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages

Je pense qu'il n'y a qu'un visage pour mes yeux

Je pense qu'il n'y a pas de remède

Je pense qu'il n'y a qu'à poser la plume

et laisser les démons et les larves continuer le récit

et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l'eau

finit par étourdir

et qu'il y a de la douceur à remplacer son cerveau

par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur

est de devenir enfin aveugle sourd et insensible

Je pense que tout est fini.

 

(L'amour brûle le circuit, Club du Poème, 1962)

 

Le plus doux poignard( 1971 - extraits)

 

"La vie qui s'écoule dans mon sablier en est a son dernier grain : qu'un souffle passe et je ne suis plus.

La roue de vivre passe sur mon corps vivant . Elle n'est pas d'osier fleuri mais de fer rouge. Ce n'est pas un cerveau d'enfant mais la roue d'un char et dedans seulement des entrailles sans visage perdues de sang féminin.

L'air est plein d'arbres, les branches ont mis à sac la sève et bercent de feuilles les vents indécis.

Vie verte de l'air, j'entends des pas, je vois des robes , j'apprends des seins.

Rien ne m'apaisera que la chambre et le sexe au centre de la croix.

J'irai à lui par les chemins de la fleur, mes mains sont ivres de peau, autant d'absence que de présence, mes yeux n'ont pas à se fermer pour brûler d'images, mes yeux n'ont pas à se poser pour ameuter mon sang vers le seul grand geste qui ne soit point un meurtre.

*

Ce n'est pas drôle de se dire que tout est fini de ce qui valait la peine de vivre.

Ce n'est pas Drôle de compter les tuiles des toits et les gouttes de la pluie et les années de la femme qui dort dans son lit.

Ce n'est pas drôle, appuyant son regard au regard de la glace de se raconter sa vie en se mentant avec la vérité.

Si peu, si peu de beauté même jadis et naguère: le passé ne flambe pas non plus .

Pas drôle ici maintenant avec l'âge qui se visse aux tempes comme un vampire qui a trouvé la bonne artère.

Pas drôle non plus de se dire que cela passera, qu'il y a de jolies caisses odorantes de bois bien choisi qui nous attendent et que nous glisserons dans ces traîneaux vers la neige de vermine

Pas drôle.

Mais qu'elle est belle l'épaule de cette enfant et qu'il est doux ce regard qui parmi mon âge trie vingt années.

*

Tant de fleurs dont le nom a plus d'odeur que la réalité qui décevrait aussi nos yeux.

Je rêve. Le monde nous est , paraît-il, offert mais si peu qu'il vaut mieux lui préférer son image plus drôle à l'approche, au toucher, à la possession.

Monde fermé où j'avance en m'enrageant de plus en plus. De plus en plus triste, d'une tristesse de révolte plutôt que de résignation.

Passer, ne rien tenir, ou si peu, et encore dérisoirement se sentir plein de privilèges."

 

Alain Borne 1971.

 

La main touche une jupe

 

La main touche une jupe,

muguets fanés, je me souviens,

tiède comme un début de peau,

un feu de sang brûle les os.

Les joncs craquent sous le corps souple,

et le miel bout dans l'oeillet pourpre,

sur le brasier de myosotis

là-haut où les oiseaux s'étirent.

Carrière de braise rouge,

près d'une eau non doublée de tain

où toute pudeur expire

au vent venu de Si loin,

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,

et la brûlure encore glacée

des lèvres fanées de soif,

et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes,

avant cette île foudroyée

où peut-être un peu de neige

attend ma tête sans pensée.

 

 

Terre de l'Été (Robert Laffont, 1945)

 

Tant d’oiseaux

 

Tant d'oiseaux

Qu'on dirait de l'eau en pluie

un goutte à goutte d'ailes

une giboulée de plumes

une averse de griffes.

L'orage opaque éteint le ciel

et son tonnerre est de cris.

Qu'importe qu'importe

puisque ce cauchemar n'est pas un rêve

puisque ces griffes sont réelles

et que c'est réellement qu'il faudra mourir.

 

Les orties, la fumée

 

Les orties, la fumée,

Les épines fleuries,

La cendre, l’herbe

dans tant d’absence éparse,

une dépouille humaine,

une rencontre nue,

un écho de plaisir,

une fleur animale,

deux yeux perdus,

un été familier,

une mesure d’ombre,

un soleil limité.

Boire très calme

la foudre inattendue ;

la tige découverte après l’étang de pierre,

et revenir encore à l’incendie parfait,

rêveur sous la paille,

et vénérer la paille où l’incendie se fait,

tenter contre la mort ce simple appareillage

Où ne pendent aux mâts que des voiles de flammes

Quelqu’un au bord du vertige,

une doublure agile,

un miroir de blessures.

 

extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004

 

Je sais que vous veillez dans cette nuit si blanche

Qu’on croirait un verger assailli par le vent

Et l’heure des lampes devient douce

Si votre ombre descend sur la plage d’un livre

Si votre souffle éveille la charbon du poème

A la vie de la flamme.

 

Peut-être suis-je seul avec ma blessure

Et mon sang qui écrit

Peut-être suis-je loin de vous

De ce visage dont j’existe

Et de ces mains ravies à l’écume des astres

Et de ce corps si pur et sans baiser

Peut-être

Et j’envie votre chambre

Qui peut vous voir sans cesse

Cette table ces livres et la couleur du mur

Et la fenêtre où le visage du soir écrase sa noirceur

Et l’eau qui coule entre vos doigts

Sans souvenirs ni pensée.

 

« Ô je vous aime

Ma solitude crie à travers ce papier

Comme dans le château

La voix du prince vers la belle endormie.

 

Ô je vous aime

Ma solitude crie et tend ses mains lointaines

À tâtons vers vos mains

Je ne veux plus de ce poème

Ni du mensonge de mon rêve

Mais le pain de vos lèvres

Mais le vin de vos yeux

Mais l’air de votre souffle. »

 

Poèmes à Lislei (Seghers 1946)

 

La nuit me parle de toi

 

La nuit me parle de toi

elle ne me donne pas de rêves

pleins de femmes transparentes

mais elle m'apporte ton image

afin que ton absence

ne m'étrangle pas tout à fait.

 

Elle voit avec scandale

que je n'ai pas ton corps dans mes bras

et elle allonge près de moi

le fantôme de ta peau.

 

Elle me dit

qu'à force de t'aimer tu m'aimeras

et qu'ainsi cessera ma longue insomnie

sur ta présence réelle

et sur ton vrai sang.

 

Il le faut

 

Il  le faut

il le faudra un jour

 

Nous saurons inventer

Tout sera pur comme l'hiver

 

Personne n'aura su avant nous.

Nos craintes seront plus douces qu'une ombre blanche.

 

Ce sera comme si nous avions invité

d'invisibles colombes

à voler avec nous.

 

Ce sera comme si nous habitions le feu de leurs ailes

avant de ne plus savoir

qui nous sommes l'un de l'autre.

 

Je vais me taire

 

Je vais me taire ce soir après ce poème

ranger ma voix et mon sang

laisser venir quelques heures où tout se passe

comme si tu n'existais pas.

Je te vois encore pourtant dans la main de la nuit

scandalisé que de loin tu apparaisses

comme un pétale de rose

ou un jet de lait ou une flèche d’étoile

en forme de femme.

Femme, tu es femme

vêtue et dévêtue de peau

fraîche et chaude pleine de sang et d'os

pareille, mon ineffable,

à tout le troupeau.

Laisse laisse laisse

mon amour et mes mots

te séparer en te chantant

trier de la boue mon diamant

faire exploser ma seule foudre

 

 

 

 

La musique même était noire

La musique même était noire
c’est la nuit qui par elle criait
si longue et sans étoiles
semblable aux entrailles d’une bête qui nous aurait mangés.

Et le jour serait de la même soie s’il revenait
et maille à maille de la même soie serait la vie.

Maille à maille de la même soie
une seule longue vie noire
avec dans l’air l’aile de la chauve-souris
dont le grand vent de sage espoir
est l’unique fraîcheur pour nos fronts.

Les marionnettes tombent des mains mortes
mortes deux fois
maille à maille de la même soie
la vie des marionnettes passées de main en main,

Mais nous, aucune main ne viendra nous reprendre
quand le poulpe du sang sera pétrifié
qui nous retient debout à l’avant du théâtre.

Maille après maille de la même soie
sable à sable du même gravier
grain par grain du même blé noir
choc par choc du même cœur vide

Quand le dernier laurier aura brûlé ses feuilles
en l’hiver blanc comme l’iris de nos rêves
quel fantôme de bois pourra nous accueillir
sous un soleil enfin sans arrêt ni blessure.

 

 

 

 

 

 

Je vais me taire ce soir après ce poème

ranger ma voix et mon sang

laisser venir quelques heures où tout se passe

comme si tu n'existais pas.

Je te vois encore pourtant dans la main de la nuit

scandalisé que de loin tu apparaisses

comme un pétale de rose

ou un jet de lait ou une flèche d’étoile

en forme de femme.

Femme, tu es femme

vêtue et dévêtue de peau

fraîche et chaude pleine de sang et d'os

pareille, mon ineffable,

à tout le troupeau.

Laisse laisse laisse

mon amour et mes mots

te séparer en te chantant

trier de la boue mon diamant

faire exploser ma seule foudre.

 

 

 

 

-------------------------------------------------------------------------------------

 

Il n’y a que ton visage

O mon amour

Et que ta chair.

 

Ce n’est qu’avec toi

Que je cesse d’être seul

Et même que je cesse

D’être ce fantôme

Pour lequel jusqu’aux miroirs sont vides.

 

Il faut que je te voie

Pour reprendre terre et vie.

 

Hors ta présence mon sang

N’est qu’une eau grise qui se tait.

 

Hors ta présence

Il n’y a en moi

Qu’une énorme poing fermé

Qui me fait mal.

 

Ton absence

Est une immense paupière

Sur tout mon corps.

 

Tu étais belle ce soir dans le soleil

Plus que de lui vêtue

On aurait dit tout entier

Il se donnait pour te faire

 

Tu me brûlais de loin

Tantôt tu étais d’or

Tantôt de miel tantôt de lait

Tu étais la rosée

Doublant de transparence l’aubépine.

 

Je te savais brûlante

Je te savais la fraîcheur même

Tu étais l’aube

Mystérieusement couchée sur un million de lis.

 

 

Comment ne pas t'aimer?

Autant essayer d'effacer en moi
le goût de l'aube
et de ses buissons de vent
le goût de la rosée
aux paquerettes transparentes
et de la nuit
lorsque la lumière traverse son gué
en n'appuyant sur l'onde noire
que les plus légers de ses doigts.

Ô mon visage mon orage
autant me demander
d'éteindre des colombes
en les couvrant de la boue de leur sang.

Autant essayer de teindre la mer.

 

 

Aucun émoi
on dirait que j’écris comme le cerisier
sur le ciel noir des mots de neige

 

Rites
sales massacres
la lyre en main il chante
il chante
il rit
le sang sort de sa voix
le sang sort de sa main
il chante

 

Un regard
et tous les livres sont au bûcher
et tous les mots grelottent
dans les longues casernes
de l’hiver sans pitié

 

Alain Borne,Encres, Atelier du Hanneton, 2003

 

je connaissais l’attente
le glaïeul éclatant du désir
et sa racine noire
et sa noire fenaison
la statue qui vous brûle
puis tombe de l’odeur comme d’un piédestal
et n’est plus qu’un peu d’os
dans son linge de peau chaude…

(Alain Borne)

 

Il le faut
il le faudra un jour

Nous saurons inventer
Tout sera pur comme l’hiver

Personne n’aura su avant nous.
Nos craintes seront plus douces qu’une ombre blanche.

Ce sera comme si nous avions invité
d’invisibles colombes
à voler avec nous.

Ce sera comme si nous habitions le feu de leurs ailes
avant de ne plus savoir
qui nous sommes l’un de l’autre.

(Alain Borne)

 

Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils.Alain Borne

 

 

 

Mes lèvres ne peuvent plus s'ouvrir

que pour dire ton nom

baiser ta bouche

te devenir en te cherchant.

Tu es au bout de chacun de mes mots

tu les emplis, les brûles, les vides.

Te voici en eux

tu es ma salive et ma bouche

et mon silence même est crispé de toi.

Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils.Alain Borne

 

Mes lèvres ne peuvent plus s'ouvrir

que pour dire ton nom

baiser ta bouche

te devenir en te cherchant.

Tu es au bout de chacun de mes mots

tu les emplis, les brûles, les vides.

Te voici en eux

tu es ma salive et ma bouche

et mon silence même est crispé de toi.

 

 

 

 

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