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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 22:11

Salah StétiéEROS GRAMOPHONE

 

 

Comme est douceur un très vieux disque
Voix tournoyante, fatiguée, et qui s'efface
Ô tout ce noir amour ! C'est lui
Qui tourne dans la rue, c'est lui qui passe
Et la rue est de neige et les couleurs s'effacent
Rutilantes couleurs, tous vos drapeaux s'endorment !




S'endorment ; puis revivent. Le temps du rouge :
C'est le midi du jour et c'est rouge et c'est louve
– Cette blessure au plus féminin du soleil.
La voix, la voix chantait.
La voix chantait comme est douceur un très vieux disque
D'avant mourir, d'avant l'oreille fermée de cire.
Cela après l'été dans ses éclaboussures,
Et, aussitôt,
Le corps avec le corps inventa le printemps




Cela chanta, puis s'éteignit : un couple
Avait perdu sa tête unique. Il la chercha.
La retrouva. La reperdit. Ô mal d'amour !
Les amoureux ont la vie dispersée
Leur mort aussi, leur mort est dispersion.
Leur disque seul continue son noir sillon.

L’ODEUR  DE  L’EAU

 

La paix, je la demande à ceux qui peuvent la donner
Comme si elle était leur propriété, leur chose
Elle qui n’est pas colombe, qui n’est pas tourterelle à nous ravir,
Mais simple objet du cœur régulier,
Mots partagés et partageables entre les hommes
Pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie
La pluie dans le regard de ceux qui s’aiment 


La haine. La haine.
Ceux qui sont les maîtres de la paix sont aussi
      les maîtres de la haine
Petits seigneurs, grands seigneurs, grandes haines toujours.
L’acier est là qui est le métal gris-bleu
L’atome est là dont on fait mieux que ces compotes
Qu’on mange au petit déjeuner
Avec du beurre et des croissants


Les maîtres de la guerre et de la paix
Habitent au-dessus des nuages dans des himalayas,
      des tours bancaires
Quelquefois ils nous voient, mais le plus souvent
      c’est leur haine qui regarde :
Elle a les lunettes noires que l’on sait


Que veulent-ils ? Laisser leur nom dans l’Histoire
À côté des Alexandre, des Cyrus, des Napoléon,
Hitler ne leur est pas étranger quoi qu’ils en disent :
Après tout, les hommes c’est fait pour mourir
Ou, à défaut, pour qu’on les tue 


Eux, à leur façon, qui est la bonne, sont les serviteurs d’un ordre
Le désordre, c’est l’affaire des chiens – les hommes, c’est civilisé
Alors à coups de bottes, à coups de canons et de bombes,
Remettons l’ordre partout où la vie
A failli, à coups de marguerites, le détraquer


À coups de marguerites et de doigts enlacés, de saveur de lumière,
Ce long silence qui s’installe sur les choses, sur chaque objet,
      sur la peau heureuse des lèvres,
Quand tout semble couler de source comme rivière
Dans un monde qui n’est pas bloqué, qui est même un peu ivre,
      qui va et vient, et qui respire…


Ô monde… Avec la beauté de tes mers,
Tes latitudes, tes longitudes, tes continents
Tes hommes noirs, tes hommes blancs, tes hommes rouges,
      tes hommes jaunes, tes hommes bleus
Et la splendeur vivace de tes femmes pleines d’yeux et de seins,
      d’ombres délicieuses et de jambes
Ô monde, avec tant de neige à tes sommets et tant de fruits
      dans tes vallées et dans tes plaines
Tant de blé, tant de riz précieux, si seulement on voulait
      laisser faire Gaïa la généreuse
Tant d’enfants, tant d’enfants et, pour des millions
      d’entre eux, tant de mouches
Ô monde, si tu voulais seulement épouiller le crâne chauve
      de ces pouilleux, ces dépouilleurs
Et leur glisser à l’oreille, comme dictée de libellule,
      un peu de ta si vieille sagesse


La paix, je la demande à tous ceux qui peuvent la donner
Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes
      violents et froids
Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore
      des souvenirs d’enfance, une mère aimée,
      un très vieux disque qu’ils ont écouté jadis
      longtemps, longtemps


Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux
      avec un bouquet de violettes !
Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée
L’odeur de l’eau et les fumées de l’aube sur la lune

AUBE

 

 

L'intuition dit verdure
Mais l'arbre où le saisir ?
Vidé de sa substance absent du ciel et pierres
Ni vallée ni rivière à douceur avant voix
  vers lui à disparaître
Au coin du paysage, qu’il emporte ses noix !
Liant en lui et déliant désert et souffle

 

Mais rien que presque étoile à rayons et rayures

 

L’intuition est assise avec ses jeunes filles
Anxieuses étonnées sous sa première feuille
Ouvertes endormies
Enfin  –  rien  –  mais  –  lui  –   s’ébroue

 

Il faut l’écrire avec ses oiseaux dans la mort

 

PETITE MONNAIE DES MORTS

 

Mille roses pour l’épine
Mille regards pour l’aveugle

Au bout de ses doigts le bruit de ses yeux
Ainsi que ruisseau de la préhistoire

Quelques bêtes venues pour le cataclysme
Les fiancés ont préféré dormir sous l’arbre
Ils n’ont pas connu le nom de l’arbre
Non plus que le nom du nom, ni leurs prénoms

Au bout de chacune de leurs mains aveugles
Des doigts de doigt :
Refermé, meurtri,
Un œil refermé.
C’est la main qui voit avec l’œil du centre

Les amants voient en levant la main
Leur paume est miroir

Autour  ––––––  les insectes
Les mouches les abeilles les guêpes les libellules
Les papillons ne sont pas les moins féroces

Le ruisseau marmonne un chant de préhistoire
Elle, dévastée par la tyrannie,
Préhistoire, la fin des mots commence

Le mot qui dit la rose n’existe pas
Tout est possible : il signifiera le crabe
Le crabe, l’irrationnel mangeur de roses.
Rose et raison. De raison nous sommes.
Nous, les inaccomplis, les ombreux, les inexistants.
L’irrationnel peut-être est-il baleine ou fleur
Requin bleu ou feu de la salamandre

La rose aussi n’existe.
Quelle rose dans cette pestilence d’excrément ?
Pestilentiels les chats, pestilentiels les amants et tous leurs chiens.
La porcherie d’amour n’est pas loin.
Jamais les gestes aussi las, aussi lents…

La main regarde avec l’œil du centre ; regarde
Tomber le paysage, les Alpes insonores
Tout cela ne serait ni grave ni terrible
Si quelqu’un vraiment regardait, voyait.
Si nous n’avions, debout, les pieds dans les fourmilières

Un glaçon dans le céleste ciel, la lune :
Orpheline et dévorée de banlieues, claire aux tramways !
« L’histoire a-t-elle commencé ? », demande-t-on.
« Elle est déjà finie », répond Nietzsche.

Les amants, les fiancés ne sauront pas qu’ils vont mourir.
On échangera leurs bras contre des artichauts
Leurs pieds contre des navets, leur cœur contre un chou rouge
Leurs mots feront partie d’économies secrètes, d’une monnaie inconnue

LE BLEU DE LA QUESTION

 

 

L’homme est fait de la matière de l’arc-en-ciel

Il est couleur

Le jaune le bleu nilotique le noir le rouge d’Amérique

Le blanc, le blanc aussi, est couleur

D’autres couleurs existent que je ne connais pas

Qui sont à l’intérieur dans les cœurs et les âmes

Couleurs qui paraissent qui transparaissent

Dans les beaux yeux des femmes les yeux des hommes

L’iris et le frais cristallin des enfants

Iris bleu iris violet iris marron iris vert

Iris noir, tout ce champ de fleurs naïves

Tourné en grand jardin vers le soleil visible

Transparence de l’air feu de l’orage

Et l’invisible aussi

Que l’homme voit si même il dit ne pas le voir

Cela qui fait de nous l’humanité

Celle qui rêve et qui vit qui crée et souffre

Qui souffre et s’interroge

Et qui est vraie de la vérité des vraies racines

Hommes et femmes ayant rendez-vous de parole

Sous l’arbre des prairies

Leurs passions leurs récits leurs fables leurs poèmes

Conduits comme un troupeau vers la trompe d’Eustache

Mots chanteurs nidifiant

Puis, tout quitté, l’incompréhensible vache

Laboure avec ses cornes le bleu de la Question


Et de grands papillons sont tombés dans la mort
Dans les défroissements de l'origine
Ils ont des yeux pour regarder la mort
Pour regarder le feu et les sommeils
Cela qui fait de la violence de leurs ailes
Soleil et nuit dans le multiple songe
De ces jardins incendiés d'oubli



Un homme est traversé par des couleurs
Et je le vois dormir dans sa paix retenue
Au-dessus de sa vie est le plus sobre ciel
Avec l'enfant de l'araignée pour tout recoudre
Musique et dispersion de ces pollens sonores
Qui deviendront nuage et rage de l'esprit
Contre cela qui tend sa main réelle
Comme une barque immense de l'esprit
Brûle et se tait


Papillons de joie pure
Papillons de substance
Le grand désir de vos corolles vous dévêt
Comme seront dans le miroir les ombres filles
Dénudées par les arbres
Et remirant leur feu à des feux de prairie

Les papillons sont les témoins de la substance
Voilée de plis et de replis ô corps d'amour
Les sources de ta vie sont dressées dans les branches
Et c'est champ d'asphodèles
Sous la lumière écartelée reprise
Dans les surgissements et les débris
Ce qui va ce qui vient
C'est toi Cœur et c'est battements de ce cœur


Il y a dans la saison d'été d'autres prairies
Que les prairies prêtées à la lumière
L'argile en toi est la saison de mort
Sur qui s'étend, en ombre noire, un frais nuage
Aux mille éclairs de papillons, aux lampes nulles,
Et la lumière aussi est feu d'exil


Ô papillons voici pour nous le temps et l'heure
Refermez vos amours, rouvrons notre souci
Sur ce qui est grisaille et longue cendre
Dans ce pays qui n'a de vérité qu'instable
Avec l'immensité des arbres, les rivières
Et le cou des jeunes collines, les enfants
Ayant dormi dans les rosées vieillies


J'irai jusqu'à l'ultime porte du désir
Avec les liserons bleuis d'une pensée
Debout dans les immaculés du temps
Cet air dehors qui tremble aux interstices
Comme une perle est un soleil tranquille
Au-dessus des liquidités d'un lac
Lui-même obscur et vaporeux déjà
Sur lui est la cérémonie promise
De deux insectes

 

 

 

EXTRAITS

Pauvreté est désert, pauvreté est déserte
Ayant perdu l’herbe de tout visage
Et ses mains imprimées sur le chemin des trembles
Qui est chemin réel
Et ses mains imprimées dans le feu malléable

Anneau de ce feu pur
Autour du bras de la féminité réelle
Dans ce terrible bois d’illusions champ de trèfle
Pour protéger contre le vent d’étoiles
Qui sont débris de nos mythologies réelles
Ta face et ses parties défigurées

Anneau comme une barque avec l’oiseau
Tous deux dans leur habit de silence
Sur une plage où je marche et rêve et siffle
Sous le ciel sans visite
Allant vers de miroitantes ensanglantées
Filles de Moi, mes tourterelles


- - - - -

Bois des cerfs –

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Puis cela est retombé comme une robe
Arrachée à ce qui fut, rendue à la splendeur matérielle.
Le corps qui fut rêvé avant d’être pensé
Avant d’être saisi, avant d’être.
Un temps il fut lumière, un temps il fut.
Je poursuis ma promenade, ma vaine promenade sous les arbres
La gorge nouée et terriblement couverte.

Puis quelque chose, un non-jardin arrive, on sort
Dans la cohue des jours, leurs lambeaux de couleur
Aux grilles dorées de la nuit, nuit extrême.
On a laissé son chapeau sur la commode, on est seul dans la pauvreté du monde
Puis une grande neige incertaine est tombée à son tour
Broutant, brûlant les racines de l’herbe
Et voilant au cœur de la maison les carreaux d’un soleil lacéré

(…)

Je traîne avec moi, dans ma pensée, un bestiaire, toute une foule
Animaux de théière et enfances, violons, fleurs et branchages
Et je ne cherche pas à savoir où j’en suis
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dehors
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dedans

(…)

J’ai aimé et je suis triste, et la vie
N’est plus qu’un dernier verre avec de l’eau
A demi-bue et ce qui reste est pour le somnifère
Il ne faut pas l’avaler tout de suite, il faut savoir profite de l’ultime infini oiseau du jardin
Et du dernier rebond de la lumière avant la nuit qui sera nuit d’automne

(…)

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Comme une locomotive entrant en gare est la fin de la vie
Elle a traversé des pays, des villes, des bois amoureusement mouillés
Et maintenant elle vient dormir près de moi
Endormi et sur le cheval de ma tête
S’est déployé le bois des cerfs
Bêtes effrayantes d’être si poursuivies

- - - - - - -

Presque nuit

Et de grands papillons sont tombés dans la mort
Dans les défroissements de l’origine
Ils ont des yeux pour regarder la mort
Pour regarder le feu et les sommeils
Cela qui fait de la violence de leurs ailes
Soleil et nuit dans le multiple songe
De ces jardins incendiés d’oubli

Un homme est traversé par des couleurs
Et je le vois dormir dans sa paix retenue
Au-dessus de sa vie est le plus sobre ciel
Avec l’enfant de l’araignée pour tout recoudre
Musique et dispersion de ces pollens sonores
Qui deviendront nuage et rage de l’esprit
Contre cela qui tend sa main réelle
Comme une barque immense de l’esprit
Brûle et se tait

(…)

J’irai jusqu’à l’ultime porte du désir
Avec les liserons bleui d’une pensée
Debout dans les immaculés du temps
Comme une perle est un soleil tranquille
Au-dessus des liquidités d’un lac
Lui-même obscur et vaporeux déjà.
Sur lui la cérémonie promise
De deux insectes.

- - - - - - - -

Pauvreté est désert, pauvreté est déserte
Ayant perdu l’herbe de tout visage
Et ses mains rassemblées sur le chemin des trembles
Qui est chemin réel
Et ses mains rassemblées dans le feu de matière

Anneau de ce feu pur
Autour des bras de la féminité réelle
Femme réelle, et bras, et corps réel
Au liseré d’un bois d’eau longue et de rivière
Brise durcie, larme durcie, brise dure
Qui sont débris de nos mythologies
Pour protéger contre le grand chaudron d’étoiles
Ta face et ses parties défigurées

Anneau pourtant, anneau d’un fil de sang
Avec l’oiseau, l’étoile ébouillantée,
Tous deux dans un résidu de goudron
Sur une plage où je rêve et crie et siffle
Sous un ciel sans visite
Allant vers elles, mes miroitantes, mes vives,
Filles de Moi, mes tourterelles.

EXTRAITS

II
De pierre elle est, lampe, et puis d’air. Blanche est la pierre, et noire la lampe. Contre son verre éblouissant, ce sont des colonies d’insectes. Ils tuent le sens, l’instinct de la lumière. On les voit venir de très loin, de la mort, assise sur sa chaise, assise et qui regarde avec étrangeté le dieu du vide.
Parfois les insectes s’écartent, laissant filtrer un peu, à peine, le lait abstrait du songe.
La lampe est pourtant source. Il suffit pour cela de tourner la page du livre, de laisser l’eau revivre. Elle chante pour elle-même en demi-sphère du cœur meurtri. Qu’elle chante encore, lampe de pierre et de verre, idole aux yeux fermés, établie sur la table même où fut posé, par la main dévêtue, le vieux violon ! Qui se fera, la nuit venue, racine et fleurs. Toi, lampe, l’éclair d’un marteau te réduira, dans le temps déjà né, en fagot de poussière.

(…)

IV
Puis se fit une neige.
La lampe qui l’habille est une étrange pierre. Et qui lui est tombe définitive. Le feu comme l’épée flambera dans les arbres.
Cette épée, nous la portons entre nos cils. Elle tranche dans le vif. La lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne l’avait dit.
… Et seulement les retombées de la neige, habillée de miroirs et de volutes. Désir de ce très pur moment quand la main grandira comme un enfant aveugle pour cueillir à même le ciel un fruit miré, et qui n’est rien. C’est alors que la lumière retournera au sol pour s’endormir, immense, dans ses linges. Pour apaiser sa fièvre, et pour, dans la cascade torsadée, éteindre, avec la rosée, sa crinière.

(…)

VI
La lampe, mon amour.
Je te revois dans ce jardin de feuilles. La lune y est légère. Et toi, d’oiseaux tes mains. Amande immatérielle, où es-tu, ma très nue ? Et ce violon de rien, posé sur un très pur lit, fils de la pierre. Nous dormirons ensemble. Entre nous ce violon démesuré. Et qui sera détruit.
Ta lumière enfin enlacée à la mienne comme sont, de cuivre et corde, les objets de la mer. Le temps va se lever. Je n’oublie rien de cela qui nous fut dit entre dentelle et fruit. Ni je n’oublie, quand eut cessé l’orage, le retrait de ta rose chaude, jusqu’aux larmes.

(…)

IX
Tout ce qui compte, tu le sais, est liseré, lisière. Je pense à ce qui tremble. Ce gibier-là, soyeux, est de peau transparente sous l’œil dur des fusils. Le sang aussi, facile à prendre. L’oiseau nous oubliera.
Mais toi, dans ce pays. Noire et dorée comme est la moisson de l’orage. L’épée du vent divisera le sel. Tu seras, mon amour, entrebâillée. Ton sang qui flue garnira l’obscure lampe, irradiera. Tu parleras la langue.
On ne saura jamais ce qui fait la nuit s’éclairer à la noirceur. Un ange est là, avec son dos terrible. Pour protéger nos dos.
Et la rivière aussi est-là, enfouie avec ses ruches. Le temps est au silence.
L’abeille est brève entre l’aube et la fleur.

(…)

XIV
La résorption de la lumière dans l’huile, de l’huile dans l’olive : secret de lampe. Mais la lumière dénude la lampe et s’envole. La lampe alors – (on l’imagine) – se fait absence. La lumière s’en va rejoindre l’olive là où l’olive est en voie de se former. Par effraction, elle s’introduit dans la maison de l’olivette qu’elle vêtira sobrement, puis qu’elle tuera.
La lampe attend sans lampe une idée qu’on se fait d’elle. Elle est – si elle est – obscure par vérité. Entre ces deux objets, olive et lampe, hésite un papillon, celui, toujours à naître, de la lumière … Vérité de ces trois exils dont durement se forme une lampe paradoxale : la poésie, sa lampe jamais prouvée, huile et lumière, et qui, le froid venu, s’effacera.

La dormeuse cernée



La poupée est dormante.
Autour d’elle est la battue des vents.
Tous ces bras arrachés, tous ces pieds, cet entrecroisement de pas nocturnes
Dans la très sombre rue par temps de neige
Cernant un champ couvert de chevaux
Ils entourent la poupée écarlate, écartelée, l’enfant de sept ans avec qui j’ai joué, qui fut violentée et violée, et qu’on a retirée du jeu,
Tous ces faussaires ! La poupée était peut-être un peu vivante encore …
Non pas le pneu crevé qu’on garde longuement ombragé pour rien sous des branches dans des pays de fermes,
Patiente éternité des socs et des fers,
Mais autre éternité de caoutchouc, ces pneus, tous ces pneus dans la ville.
La poésie, on l’a retirée du jeu, on l’a tuée.

La poupée est dormante.
Il y a plusieurs jardins dans sa rue.
Elle y va avec ses terribles doigts devant ses yeux, cachant ses yeux,
Autour d’elle les pommiers sont en fleurs, leur neige est à ses pieds.
Dentelle pour les mille fiancées à venir
Qui seront bloquées à leur tour dans le temps durcissant.

Mais que seulement elle ouvre les yeux ! qu’elle regarde
L’énorme illusion verte, la forteresse engrappée d’étoiles !
Qu’elle marche avec ses pieds nus sur le sable
Car la mort n’est pas son vrai nom d’oiseau mythique
Face à la haute peine tombée sur la noirceur des jours
Dans ce monde duquel le soleil s’est, à pas lents, retiré.

Qu’elle regarde, puis se rendorme un peu.
Que la poésie, cristal de mon amour, se rendorme
Avant l’arrivée ombreuse de la neige, ce rien du rêve,
Ce rien où vont d’autres poupées les yeux rivés sur des densités mortes
Comme en pays du sud on boit à la vaine cruche une eau vaine
Près des raisins de la saison et de ses figues.
Ailleurs aussi, je le sais, il y a des poupées de soie et d’asphalte
Autour de qui les papillons voltigent par amour de l’or dans le temps
- " Pourquoi avoir créé tant de poupées ? " se demande, non sans anxiété, Michel-Ange.

Pourquoi tant de poupées, de poupées – et la dormante seule ?
Elle attend de ce qu’elle est, durement, son pur éveil.
Entre éveil et réveil est le temps qu’elle respire, l’irrespirable,
Elle, assise à sa toilette et de rien ses mains sont
Sur les os du clavier, son très dur chant d’aveugle dans l’oreille,
Visant d’une très aiguë flèche l’ange archaïque
Et tout le soleil fixe de sa face.

Elle pleure, inhabitée.
Dehors il y a la rue avec ses autos la ville
Au bout des rues la mer avec ses barques
Elle voudrait boire un peu de thé dans l’une de ces barques – dit Schehadé.
Elle voudrait marcher vers cela qui l’attend depuis toujours,
Acheter du pain et des œufs,
Mais elle est tranchée par l’épée, par le talent fort de l’épée,
Elle est l’inexpérience, l’inespérance
Dans ce très long pays très vert où elle est seule à genoux sous les arbes.

Ma seule, mon aimée
Je te reçois comme une enfant de sarcophage
Dans des bleus d’oliviers qui ont d’immenses peines
Parce que rien de toi ne s’égare au profit des hauts, très hauts nuages
C’est ici ton pays qui est l’avers et le revers des feuilles,
Les deux béliers de ton exil.

 

 

MÉDITATION SUR LA MORT D’UNE FIGUE
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Les oiseaux sont de jour
Les oiseaux sont de nuit
Figue puissante et belle
Et de beau blanche et de peau noire es-tu
Selon ta race étrange
A peine ouverte avec du sec avec du lait
Et dans ton corps d’infante
Fendu sous le duvet
Le feu de ta féminité nature
Attire écarte épuise
Les oiseaux fous de la lumière de la lune
Aux pièges de l’Angelico
Fermés, réels


- - - - -



Beauté saveur l’éclat des étamines
Tes fibres tes fibrilles
Quand tu t’ouvrais cela qui savait rire
Etait bouche avec bouche
La couleur de ta chair chargée de lèvres
Et ta langue profonde
Déchirait les tissus et retissait
Le corps comme une langue ou flamme
Ou langue
Profanatrice, langue de profanation


- - - - -



La mamelle est ridée
L’outre du vent splendide
A libéré le ciel de tous ses pleurs
Il y a eu le soleil et il y a eu la lune
Pour aider la plus figue à devenir si ronde
Pour aider la plus fille à devenir suave
Pour aider l’une et l’autre à mélanger leurs pleurs
A mélanger leurs peaux d’amour jusqu’aux sucs


- - - - -



Tu es présente dans l’esprit ultime vulve
Que remplira le sable de l’esprit
Et qui disparaîtra, non pas figue,
Mais femme avec des drapés de silencieuse
Dans un Orient vieilli de vieux raisins
Pleurant on ne sait qui, le nom perdu,
Femme qui fus
Suprême dans tes voiles
Et ces voiles ont brûlé aussi, et tes cheveux


- - - - -




A pleuré, cette femme, elle a pleuré
Et dans ses doigts l’objet lacrymatoire
Celle étendue dans le dessèchement
Ses jambes resserrées sur ce qui
Fut
Cela fut cela fut
Comme un jeune aigle tendre
Eventant de ses ailes
Le nid très haut placé de son désir


- - - - -



Il n’y a plus de peau d’amour mon amoureuse
Bien-aimée, belle humaine
Je pense à toi je pense à toi je pense
A ta robe oubliée
Ta vie tendre et souillée
A ton corps retourné de nuit par la pensée
Pour illustrer de l’intérieur le feu
Qui n’est rien ni personne
La figure ayant figuré, la pourriture
Ayant dormi dans la corbeille entrelacée
Sous le jasmin blanc des amants

CHEMINS TOUTES CES TRACES
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003

J’annonce la folie l’étonnement
L’imbrûlé de la lune
Dont la lumière est blanche autour des cerisiers
Entourant la fillette illuminée
Fillette avec ses attributs de femme
Son front penché vers l’enfant mis à ses pieds
Celui qui rêve et parle
Et dans sa main le feu de deux cerises

Non, mon amour, je ne conterai pas d’histoire
Si dans mon cœur il y a le sang versé
La pureté et la compassion nocturne
Sont assises et elles se tiennent aux avant-bras
Face à face elles pleurent
Ô mon enfant leurs larmes sont devenues colombes
Souillant de leur déjection le lit illustre
Où me voici couché à mon tour
Attendant l’arrivée des pluies très vaines
Et dans ma bouche en train de se former le dernier mot


- - - - -



Le ciel comme un grand coup d’archet : la transparence
Est l’ombre du dieu clair de ces chemins
Volubilis nocturnes
Ils sont éparpillés dans l’univers
Partout et déchirés lambeaux du vent
Ô tigres de l’épée qui les attend
Chemins toutes ces traces
Le sable ensommeillé la nuit dormant
Dans ses dix bras la nuit comme une enfant

Il y avait le lieu pur de cette épée
Sur la gorge, à l’intérieur de la gorge,
Comme un noueux rosier noué de brume
Rosier enraciné dans ces poumons
Sur tout cela qui est musique et sang
Qui est musique et sang
Musique et sang


- - - - -



A la fillette à la bleue à l’ouvragée
A la déchirée par l’épée physiologique
Je dis les grands oiseaux de son visage
Comme statues brutales de l’île de l’être
Et je lui dis : ô mon amour tu n’as qu’à souffler un peu
Sur la lampe et sur la vapeur des liserons
Pour que le miroir de ton sein s’ouvre
Que ta maison reprenne au ciel ses nuages
Et que tu sois selon tes désirs la plus seule

Moi je chemine avec le soleil rouge
J’ai appris l’alphabet
Des oiseaux sont venus se poser sur ma langue
Pour y manger mon blé
Ils sont partis mon âme s’est endormie
Homme gras comme un scribe
Ma poésie est déjà tombée dans l’automne
Déjà l’été s’avance avec des larmes
Quand j’aurais laissé mes ultimes lunettes
Sur le bois de la table tremblée
Un dernier mot jusqu’ici resté fidèle
Comme un fils dépossédé par l’antiquité du monde
S’en ira
Fermant la dernière porte

 

 

NUAGE AVEC DES VOIX


Près des fourmis de ces montagnes
Sous la beauté de l’esprit sous le malheur
De l’esprit et sous l’arbre

Etabli dans la viduité du vide
: Plus silencieux que silence le corbeau
N’a plus de nom dans la nullité
Nulle

Dieu des fourmis dans la rougeur
D’une contrée Dieu d’agneau beau
Aux portes éclatées


- - - -


L’esprit – de terre
Brûle
Yeux de larmes

Aurore,
Enseigne ce peu d’eau


*

Et quel esprit
Au tranchant des violettes ?

Précise, respirante

Ô pluie
A vérifier le loup !

*

Tranchant de l’œil
: verdoiement du souffle
, et nœuds d’herbe


- - - - -



Dieu d’herbe , et d’herbe
( :et la rivière d’herbe)
(Servante au sexe d’herbe)

Pour le fils du nuage
Ecartelé sur le bois du silence
Avant l’esprit

: Signe fidèle et frais de noire étoile
Au déliement de l’idée fille
Endormie, et ses genoux, dans le cri



- - - -




La robe de prière
Epouse au brûlant corps
Espérant le tranchant

Toute beauté
Costumée dans l’esprit
Par l’insecte des larmes

Comme une lampe incréée presque nocturne
Pour l’épousée de terre

 

 

 

 

VISAGE EN TROIS
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Quand l’attente menace
Dans la chambre du seul l’éclat des seuils
Ce qui vient sera gouverné

Quelques-uns ont l’intuition de la cendre
Dans la nuit fine affinée de cristaux
Ceux-là disent des mots sous le risque

Etoile et tour et lion
Nous défendrons contre le château de leurs plumes
Tombé sur nous avec ses murs et l’ombre froide



- - - - -



Bientôt la fin. Bientôt dira la bouche
Ce que le puits. Qui a les lèvres pures
On le saura. Les mots décideront.
Nous serons allongés dans le simple.

Les uns et puis les autres. Il n’y aura
Personne pour nous toucher. Et si les linges s’usent
Ce sera par des nœuds faits et défaits
Sans nous, sous le vent couvert de pierres

Et qui dira les mots sera ce jour l’aimant
Pour attirer le corps du feu. Et qui
Ne dira rien sera habillé par les mots
D’un autre, dits pour le sauver



- - - - -



Voici la mort : elle a le visage en trois,
Illuminée par l’eau
Et entourée de fruits
Dans le sommeil de l’ensommeillement
Sous la beauté de l’air

A toute soif une ombre de ramier
Dans le miroir et le renversement
Colombe de la nuit de ce côté
Où les nuages dorment

SEIZE PAROLES VOILEES

Servantes de ma tête ô vous
Couronnées d’eau ô vous
Qui me donnez l’habit
Pour l’attentat contre les nœuds transparents

Je cherche les sanglots de vos joues noires
Dans ces buissons de feu. Je me souviens
D’avoir goûté la paix
Des pommes

Personne ne m’interdira plus d’entrer ici

 

 

 

 

 

FIANÇAILLES DE LA FRAICHEUR
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Les Conversants –

Nous avons donc parlé sous la tonnelle
De la diversité concertante des anges
Des fourmis affairées dans le jardin
Où l’eau brillait parmi ses catégories
Jusqu’au lointain des cruches

La poésie dormait dans ses racines d’arbre
Depuis l’antiquité comme une jeune fille
Agrippée au désastre de la parole
Pour ce naufrage où la terre est consolatrice

La terre était l’enfant de nos viscères
Où déjà des fleurs de formaient préparant
Notre silence vide le plus intime
Sous le ciel dur invisiblement défait
Par la mêlée des grues et des nuages


- - - - -


Eclairement des tables –

Je pense à des coquelicots dans le souffle
Car la maison est encore maison du souffle
Sur eux tombent les papillons de l’origine
Comme si un moteur respirait

Nous entrerons par la porte des arbres
Maisons et tables éclairées
Les plus purs s’inquiéteront des libellules
Leurs cils dormeurs veillant
Les autres dormiront à même les racines par goût de l’eau

Les enfants crieront les hommes regarderont le ciel
Qui moud le temps sans jamais produire de farine
Et seuls sous le bosquet noir du champ
Fermeront les yeux, pour rêver, les amants myopes
Leur tête à vif entrelacée de serpents


- - - - -


Liens –

Dans toute voix, ma voix, il y a sans doute
Un cygne fait de larmes
Près des gorges de l’eau, près de cet arbre,
Si noir d’automne et rouge
Si noir et si noué
Avec le fil étincelant du sang

Pour ce sou de l’aimée, pour ses blessures
L’arbre écrit sa limpidité sur la route
Où sont des soldats ligotés par le vent
La flamme ouverte de leur main sur des champs
Couverts évasivement de lampes vives
Eclairées par des rencontres de colombes
Qui vont dormir quand ils disparaîtront


- - - - -


Limpide –

Ma maison est blessée ma maison est de pluie
Sous tous les toits du vent
La mort ô mon amour est un cheval
Sa tête et ses naseaux sont vin et grappe
Personne ô mon amour n’a mesuré l’intensité des arbres
Avec, servant la fable,
Les voix tremblantes du matin l’ambiguïté de la lumière

Poésie ô très décidée ô lent moteur
Brillant partout dans tes rotations vides
J’ai des secrets que je ne dirai plus
Ni même au rat dont les dents sont si serrées
Qu’il mange seul maïs et blé

Ville oublieuse, oubliant de sauver l’opium de ta tête
Sous les ramiers ramant
Et dans leur bec d’oiseau un drapeau mort
– Déchirée ô si déchirée pureté
Comme est la rose surgissant de la main droite


- - - - - -


Fabrique du bleu –

Parfaitement est le nom de l’imparfait
Brillant dans la complication des liserons
Debout, ce jardin de herses – pierres
Suspendues dans le froid léger le vent très haut
Singeant l’arbre et le feu de l’arbre, c’est très bleu
La conscience, bleu du bleu, l’apport des pierres
A la lune et à cela qui lui est nombre
Façonnant de tresses nouées les fleuves

Ce qu’ils disent : c’est la terre ici, ses respirs,
Son thorax, ses os iliaques se défaisant,
Dans ce pays qui paisiblement brûle
Sur des couples d’autorité, laurés, phalliques,
Endormis dos à dos sous l’arbre et ses monnaies
(Détachées, souriantes)
Homme et femme est donc ce doux monstre en ses beaux membres
Debout dans la poussière
Puis couché, recouché,
Entre pur et impur
Se refaisant


- - - - -


Inscription de l’aigle –

Aigle, rose, éclair
Invités de ma table d’humilité
Je n’ai que de l’eau claire à vous donner
Ainsi que la nudité de ma chemise

Ceux qui croient que les morts vont habiter la lune
Avancent dans la ville avec les arbres
Le silence au-dessus d’eux est un fruit
Eclairant la chasteté de leur blessure

Chemise habillant l’oiseau
Sur qui la rosée tombe
Notre sang, là, est celui qui veille et brille
Dans la chambre avec la lampe des choses
Inscrite et inquiète


- - - - -


Grâce et buée –

Elle a refusé de couper les ongles du mort
Malgré l’injonction du soleil et de la lune
Dans le jardin c’est foule
Dans le jardin soudain c’est foule
Tulipes, actes de verre, roses, rosiers, amandes
Tout un nuage arrivé brusquement pour voler l’herbe
La couleur hésite avant de se poser
Puis se pose, grâce et buée, près du rouge-gorge

Avec ses ongles non coupés il s’en va
Sa tête consolidée sur ses épaules
Il monte et il descend les escaliers de sa propre folie
Comme un ruisseau oublieux de la physique
Bondissant dans la haute inexplorée montagne
Longtemps, longtemps, dilapidant son souffle
Puis le voici, le parlant plus, habillé de ce souffle même
Par lui rendu visible

Elle a refusé de lui couper les ongles
Malgré l’injonction


- - - - -

Renarde –

Les renards, les grands doux renards des montagnes
Voilés par leur sommeil
Ils sont venus vers la parole en cycle
Devançant les forêts disloquées, devançant
Les affolées montagnes
Affolées par leur cargaison de violettes
Pas à pas elles marchent
Dans l’univers qui n’a ni mains ni pieds

Levons-nous, mon cheval, nous avons sommeillé
Nous aussi sous le grand arbre avec ses feuilles
Voici que la pluie tombe
Sur le malheur de nos maisons dans ce village
Cerné de blé, de maïs, de durs chasseurs

C’est ici le rocher du monde, mon amour
Ô mauvaise épousée voilée d’insectes
Te voici sans enjolivement, sans cils, sans ciel
Rôdant, mauvais renard, autour de la maison
Où je lis en seconde lecture le tome II

 

 

 

 

NE PARLANT QU’À LA PIERRE

(très long poème de plusieurs pages
publié dans les
Fiançailles de la fraîcheur,
Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003 ;
dont quelques strophes sont ici présentées)


Celle qui va contre le vent l’épaule courbe
Elle est nocturne avec le cheval de ses jambes
Brisant la flamme enracinée en agonie
De centre et de pur sable et de racines
Les étoiles tenant avec leurs mains la grille
Et regardant le froid tomber sur l’herbe noire
Touchée du feu, herbe aimée de la nuit vive
Sous la poussière céleste qui va s’éteindre
Puis mourir pour laisser briller l’esprit
Plus pur enfant que sa prison ses yeux de larmes
Dominant le Néant enfin néant le monde
Enfin livré à des armées passantes
Autour de la lampe restée dans la maison
Abandonnée et ne parlant qu’à sa pierre

(…)

Rêveuse est celle-là
A l’ombre du grand sable
Et son corps d’oasis est brouillé par la vent
Le lac profond de ce qu’elle est est dans la pierre
Et donne aux anges du feu leur nom de pluie
C’est ici l’oasis ô femme ô veine herbeuse
Avec l’aisselle herbue et la rivière
De ta joie forte et ce fracas d’emmêlement
De durs roseaux absolus par le désir
Ardeur de ces roseaux majeurs rompant la femme

Je salue le temps l’océan sa main de cuivre
Car il finira lui aussi par s’effacer
Toutes villes, ivres d’absence, le salueront
La femme absente marchera sous le vent dur
L’amande ouverte de son ventre désœuvrée
Impurement elle aura des mains de neige
Et son épaule aussi sera de fille impure
Fille rêvant d’un grand cheval surgi du feu
Où flambe sa crinière aussi de femme grande
En lieu de sable et de désir sous l’amandier
Blanchi par le hennissement des terres

(…)

Et pourtant mon amour il y avait ce cheval
Avec son long hennissement d’azur
Et toi tes jambes fortes
A nouveau les voici marchant dans les prairies
Par les rues de la ville
Ni toi ni moi ni le cheval de cette ville
N’avons rencontré le poète et son enfant
Je porte en moi ô mon amour cet enfant mort
Comme un bouquet un fagot un enfant mort
Pour le donner aux rusées constellations
Qui vont bientôt s’éteindre

(…)

Beauté abstraite des falaises de tes jambes
Avec le long jasmin de leur malheur
Dans ce pays de rossignols près de la mer
Et le rossignol est un aigle : il parlera
Langage d’aigle avec le vent des sables
Au sommet de la dune
Où tient le point de l’écroulement du sable

" Quand la mémoire va au bois, cela fut dit,
Elle ramène un joli fagot "
Ici tout est mémoire
Ici ici tout est enfin mémoire
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue

 

 

 

 

Les poèmes de Djaykoûr



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EXTRAITS

Chanson du mois d'août

Tammouz à l'horizon meurt,
son sang bu par le crépuscule
en nocturne caverne. L'obscur
est civière d'ambulance noire.
Nuit qu'on dirait troupeau de femmes :
le kohl et les vêtures noires.
La nuit est tente.
La nuit est un jour en impasse.

J'ai appelé des enfants la noire nourrice :
voici que la nuit vient, Morjâne,
allume la lampe, et quoi donc ? J'ai faim.
Et … quoi encore ? N'est-il un air ?
Cette radio, qu'est-ce qu'elle ressasse ?
A Londres, c'est musique de jazz, ô Morjâne,
allons vers elle, je suis joyeuse,
le jazz est pour le sang cadence.
(…)

- - - - - - -

Le retour à Djaykoûr

Sur la blanc coursier du rêve
j'ai traversé de nuit les collines
les fuyant, fuyant la ligne longue de leurs crêtes
et le marché aux mille négoces
et le matin exténué
et la nuit d'abois aux passants
et la lumière ténébreuse
et le dieu que lave le vin
et la honte parée de fleurs
et la mort allée sur le fleuve
marchant sur ses remous dormeurs.
Ah ! si en lui s'éveillait l'eau,
Si la Vierge venait y boire,
et le sanglant soleil du soir
s'il venait se mouiller aux rives et s'y lever,
et si les branches de l'obscurité prenaient feuilles,
et le bordel, s'il se fermait aux survenants !
(…)

 

 

 

 

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