Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 17:43

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE MEGOT ETEINT DE POPEYE

 

 

 L’homme était là, accroupi, comme un oiseau de nuit, le pantalon retroussé sur les

 

mollets. 

 

Un oiseau siffla dans une branche. Il devait être le milieu de la nuit et la lune, comme en

 

plein jour, illuminait, devant lui, le ruisseau. Une cigarette éteinte à la bouche, il avait les

 

deux mains sur les genoux, on ne pouvait dire s’il souriait.

 

 Sur l’autre berge, la jeune femme enleva son haïk, le plia puis alla le déposer sous le

 

figuier.  

 

Déjà elle revenait avec un baquet  pour le tenir oblique à contre-courant. Puis elle se mit,

 

l’ayant sûrement empli à moitié et posé derrière à un mètre de la Seybouse, à enlever sa

 

robe et ses sous-vêtements. Soudain, elle aperçut dans les fourrés, en face, quelqu’un

 

 qui a du craquer une allumette.

 

 Elle se mit à courir jusqu’à la cabane.

 

-          Réveillez-vous ! réveillez-vous !

 

      -Quoi, fit Rachid ! il était couché contre sa guitare. Il ne releva pas la tête.

 

-          Réveillez-vous !

 

        A la lumière d’une bougie fourrée dans une bouteille de bière vide et dont la flamme était

 

     plus longue que ce qui restait de cire, elle put voir le brasero ainsi que  le narguilé dans un

 

  

 coin. Son père, près de la fenêtre, émettait des glapissements.

 

-          Si Mokhtar a les pieds troués par la foudre ; il faut attendre le jour, dit Rachid…

 

-          Mais il y a quelqu’un du  côté de la rivière !

 

-          Sous le figuier, demanda Rachid ?

 

-          De l’autre coté de la Seybouse, fit Nedjma.

 

- Ne t’en fais pas ; c’est l’ancêtre qui veille au grain ; va prendre ta douche ma petite ;

 

fais comme s’il n’était pas là.

 

-          J’ai entendu un… deux coups de fusil.

 

-          C’est ton père… il avait fait sortir ses pieds nus par la fenêtre  et la foudre les lui a

 

brisés ; ton autre père, Si Ahmed, avait prévu les choses puisqu’il avait déclaré bien avant

 

sa mort que Si Mokhtar est dans le secret d’Achille…

 

     Puis Rachid se tourna vers le mur.

 

   Nedjma sentit que ses deux pieds collaient  à quelque chose de froid et de visqueux : mais

 

son sang coule, il va se dessécher, peut être est-il mort, criait-elle. 

 

-          Non, dit Rachid, d’une voix impassible ; il m’a ordonné de ne rien  entreprendre tant

 

que la nuit est autour de la cabane ; le matin j’irai chercher quelqu’un qui lui jouera du

 

tam-tam.

 

-          Rachid fit Nedjma…

 

-          Oui, murmura Rachid,  comme dans un demi-rêve. Pendant toute la nuit et les nuits

 

précédentes, il n’avait pas arrêté de fumer et de jouer de la guitare.

 

-Rachid, j’ai peur.

 

-C’est rien, va prendre ta douche !

      

      Nedjma  claqua la porte et redescendit le talus.

 

      De l’autre coté de la rivière, l’homme semblait n’avoir pas bougé. Les mains  sur les

 

genoux, accroupi, un mégot éteint  à la bouche.

 

-          Popeye, chuchota Nedjma.

 

-          Nedjma, fit Popeye d’une voix de pleureuse de Madaure.

 

 

 

-          Viens ! souffla-t-elle.

 

-          Il y a la Seybouse entre nous, s’excusa-t-il.

 

-          Viens, c’est Temple qui l’ordonne !

 

-          Non, tu sais bien que c’est impossible.

 

-          Viens, répéta -t-elle  d’une voix lasse, c’est Temple qui l’ordonne !

 

-          Non ; contente-toi de prendre ton bain ; je verrais d’ici ; je me contenterais ; je saurais

 

me contenter.

 

Par ahmed bengriche
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Profil

  • ahmed bengriche
  • POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • Homme
  • 02/09/1952
  • BENG
  • litterateur et pétrolier je m'interesse aussi à la traduction
  • En couple

Présentation

  • : POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • : BENG Littérature
  • : Pour les passionnés de Littérature je présente ici mes livres qui sont edités chez DAR EL GHARB et EDILIVRE. Des poèmes aussi. De la nouvelle. Des traductions – je ne lis vraiment un texte que si je le lis dans deux sens.
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