Texte Libre

Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 06:23

Printemps

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Poèmes Perdus"

Des nuages s’étirent, s’étirent irréels,
Entre les branches noires enlacés.
Tout l’hiver devant ma fenêtre, qui s’en va
Et la danse de lumière sur les crêtes lointaines.

Cet oiseau jamais aperçu !
Et le printemps et mon amour.
Mes yeux qui s’éclairent, mes lèvres qui éclosent,
Mon corps …

Il fait très doux et très clair.
Le monde est calme autour, en tendresse.
Oh ! un moment, rien qu’un moment de calme pour
toute souffrance.
Car Dossie pleure les cris matinaux de ses enfants.

Du monde je ne vois qu’un rectangle bleu
Strié de noir luisant.
Les branches tendent leurs bourgeons au soleil,
Lèvres ouvertes, lèvres offertes.

Je n’entends que le chant de l’ami inconnu,
Le pas monotone d’un pion
Et mon amour qui pousse dans le silence
Du printemps

 

Régénération

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Poèmes Perdus"

Sous le pagne lisse du ciel d’été,
Le soleil a saccagé
Le velours vert des jours d’enfance.
Et les grêles, les orages
Ont déchaîné la fureur de leurs bandes barbares,
Dans la plaine où soupire le silence
Affaissé, les cigales tout ivres de sang
Trompètent mes défaites,
Qu’ils dorment les morts d’hier !

Dans tes yeux de fraîcheur et d’aube,
Parfumés de l’odeur d’automne,
A reverdi mon idéal régénéré,
Je veux, sous les étendards de tes cils, bercé
Par la flûte matinale des pelouses tendres,
Dormir en attendant quel grand réveil sanglant !

 

Je suis seul

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Œuvre poétique"

Je suis seul dans la plaine
Et dans la nuit
Avec les arbres recroquevillés de froid
Qui, coudes au corps, se serrent les uns tout contre les
autres.

Je suis seul dans la plaine
Et dans la nuit
Avec les gestes de désespoir pathétique des arbres
Que leurs feuilles ont quittés pour des îles d’élection.

Je suis seul dans la plaine
Et dans la nuit.
Je suis la solitude des poteaux télégraphiques
Le long des routes
Désertes

 

Avant la nuit

Léopold Sédar SENGHOR

Avant la nuit, une pensée de toi pour toi, avant que je ne tombe
Dans le filet blanc des angoisses, et la promenade aux frontières
Du rêve du désir avant le crépuscule, parmi les gazelles des sables
Pour ressusciter le poème au royaume d’Enfance.

Elles vous fixent étonnées, comme la jeune fille du Ferlo, tu te souviens
Buste peul flancs, collines plus mélodieuses que les bronzes saïtes
Et ses cheveux tressés, rythmés quand elle danse
Mais ses yeux immenses en allés, qui éclairent ma nuit.

La lumière est-elle encore si légère en ton pays limpide
Et les femmes si belles, on dirait des images ?
Si je la revoyais la jeune fille, la femme, c’est toi au soleil de Septembre
Peau d’or démarche mélodieuse, et ces yeux vastes, forteresses contre la mort.

 

Brouillard

Léopold Sédar SENGHOR

Le brouillard me fait peur !
Et ces phares – yeux hurlant de quels monstres
Glissant dans le silence.

Ces ombres qui rasent le mur
Et passent, sont-ce mes souvenirs
Dont la longue file va-t-en pèlerinage ?…
Le brouillard sale de la Ville !
De sa suie froide
Il encrasse mes poumons qu’a rouillés l’hiver,
Et la meute de mes entrailles affamées vont aboyant
En moi
Tandis qu’à leurs voix répond
La plainte faible de mes rêves moribonds.

 

Comme je passais

Léopold Sédar SENGHOR

Comme je passais rue Fontaine,
Un plaintif air de jazz
Est sorti en titubant,
Ébloui par le jour,
Et m’a chuchoté sa confidence
Discrètement
Comme je passais tout devant
La Cabane cubaine.
Un parfum pénétrant de Négresse
L’accompagnait.

Voilà des nuits,
Voilà bien des jours au sommeil absent.
Réveillés en moi les horizons que je croyais défunts.
Et je saute de mon lit tout à coup, comme un buffle
Mufle haut levé, jambes écartées,

Comme un buffle humant, dans le vent
Et la douceur modulée de la flûte polie,
La bonne odeur de l’eau sous les dakhars
Et celle, plus riche de promesses, des moissons mûres
Par les rizières.

 

Épitaphe

Léopold Sédar SENGHOR

Quand je serai mort mes amis, couchez-moi sous Joal-l’Ombreuse
Sur la colline au bord du Mamanguerly, près de l’oreille du sanctuaire des serpents
Mais entre le Lion couchez-moi et l’aïeule Téning-Ndyaré.
Quand je serai mort mes amis, couchez-moi sous Joal-la-Portugaise. des pierres du Fort vous ferez ma tombe, et les canons garderont le silence
Deux Lauriers roses -blanc et rose embaumeront la Signare.

Quand j’aurai perdu les narines et soif de tendresse vivante, telle une boisson de prédilection
Versez mes amis sur ma tombe, le lait de vos prières le vin de vos chants frais. là-haut chanteront les alizés sur les ailes des palmes.
Ah! ce chant qu’il bruisse toujours le chant marin la nuit,
soyeux sur les ailes des palmes
La rumeur doucement dans ma poitrine qui me tient éveillé, je dors et ne dors pas
Et je bois le lait le vin de la nuit qui ruisselle sur les palmes.
Et Marône la Poétesse ira rythmant
« Ci-gît Senghor, fils de Dyogoye-le-lion et de Ngilane-la-Douce. Si fort il aima le pays sévère -les paysans, les pasteurs, les pêcheurs
Les athlètes plus beaux que filaos et les voix contraltos des vierges
- Qu’à la fin son coeur se rompit. »
Quand je serai mort ma Signare, couche moi sous Joal-l’Ombreuse
A l’ombre des Ancêtres

 

Je m’imagine (Rêve de jeune fille)

Léopold Sédar SENGHOR

Je m’imagine que tu es là.
Il y a le soleil
Et cet oiseau perdu au chant
Si étrange.
On dirait une après-midi d’été,
Claire. Je me sens devenir sotte, très sotte.
J’ai grand désir ‘être couchée dans les foins,
Avec des taches de soleil sur ma peau nue,
Des ailes de papillons en larges pétales


Et toutes sortes de petites bêtes de la terre
Autour de moi.

Les djerbiennes

Léopold Sédar SENGHOR

Inspire-moi, Tanit la Tendre, Tanit la Tunisienne,
Quand je chante les Djerbiennes au rythme des tam-tams et tabalas.
Les voilà entrant dans la danse, vases sveltes, un vase sur la tête altière.
Les voilà longues lisses, les Djerbiennes à la tête d’or
Et les hauts dieux d’ébène pour rythmer leurs pas.
Les tam-tams dansent et les tabalas, les tam-tams sous les mains d’ébène dur.
Les voici de soie fine, les Djerbiennes, soyeuses et souples
Et déroulant rythmée leur fuite frissonnante, gracieuse.
Et montent les hosannahs dans la nuit bleue étoilée.

 

Perles

Léopold Sédar SENGHOR

Perles blanches,
Lentes gouttelettes,
Gouttelettes de lait frais,
Clartés fugitives le long des fils télégraphiques,
Le long des longs jours monotones et gris !
Où vous en allez-vous ?

À quels paradis ? À quels paradis ?
Clartés premières de mon enfance
Jamais retrouvée…

 

Poème à mon frère blanc

Léopold Sédar SENGHOR

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?

 

Pourquoi

Léopold Sédar SENGHOR

Pourquoi battre le rappel
Du jazz imagination
De la bamboula des paroles
Au clair de ma jeunesse ?

Renvoyons l’harmonie tumultueuse des hanches,
La frénésie des seins bondissant et bramant
À travers les forêts parfumées,
Renvoyons les longs jours titubants, ivres de vin.

Pauvre convalescent,
Dévêtons-nous de violence.
Seulement un peu d’air vert et vif
Et léger, comme une mousseline
Autour de nous, n’est-ce pas ?
Et le repos tranquille,
Calme,
Sous le tiède soleil d’une affection sororale.

 

Regrets

Léopold Sédar SENGHOR

« A la mémoire de Soukeina »

La gracilité de la gazelle
S’est fondue au crépuscule mourant
Dans la vallée.

L’éclair d’un trait d’ambre
Immuable en mon cœur s’est fixé,
En mon cœur saignant d’un regret inapaisé.

Car le parfum de mon songe inouï,
Splendeur du ciel tropical,
M’a trop bien ébloui pour les temps à venir.

Amie, quelles peines as-tu éteintes ainsi ?
Dis-moi, quels incendies au feu dévorant
As-tu donc plongés au fleuve froid

D’amertume ?
Pour toi j’eusse donné tant,
Pour toi plus belle que le crépuscule

 

Spleen

Léopold Sédar SENGHOR

Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l’endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l’endormir.

C’est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d’ailleurs,
L’indolence dolente des crépuscules.
C’est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d’une longue mélopée.

C’est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

LEOPOLD SEDAR SENGHOR

 

 

Par ahmed bengriche
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 19:43

Femme noire

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Joal !
Je me rappelle.
Je me rappelle les signares à l’ombre verte des vérandas
Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.

Je me rappelle les fastes du Couchant
Où Koumba N´Dofène voulait faire tailler son manteau royal.

Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés

Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.
Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo
Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe.

Je me rappelle la danse des filles nubiles
Les choeurs de lutte – oh ! la danse finale des jeunes hommes, buste

Penché élancé, et le pur cri d´amour des femmes – Kor Siga !

Je me rappelle, je me rappelle…
Ma tête rythmant
Quelle marche lasse le long des jours d´Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote, sanglote, sanglote.

L’ouragan arrache tout autour de moi
Et l’ouragan arrache en moi feuilles et paroles futiles.
Des tourbillons de passion sifflent en silence
Mais paix sur la tornade sèche, sur la fuite de l’hivernage!
Toi Vent ardent Vent pur, Vent-de-belle-saison, brûle toute fleur toute pensée vaine
Quand retombe le sable sur les dunes dit cœur.
Servante, suspends ton geste de statue et vous enfants, vos jeux et vos rires d’ivoire.
Toi, qu’elle consume ta voix avec ton corps, qu’elle sèche parfum de ta chair
La flamme qui illumine ma nuit, comme une colonne et comme une palme.
Embrase mes lèvres de sang, Esprit, souffle sur les cordes de ma kôra
Que s’élève mon chant, aussi pur que l’or de Galam.

Le totem

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

Il me faut le cacher au plus intime de mes veines
L’Ancêtre à la peau d’orage sillonnée d’éclairs et de foudre
Mon animal gardien, il me faut le cacher
Que je ne rompe le barrage des scandales.
Il est mon sang fidèle qui requiert fidélité
Protégeant mon orgueil nu contre
Moi-même et la superbe des races heureuses …

 

Masque nègre

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

A Pablo Picasso

Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe.
Les paupières closes, coupe double et sources scellées.
Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine – ou’ le sourire de la femme complice?
Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l’accord muet.
Visage de masque fermé à l’éphémère, sans yeux sans matière.
Tête de bronze parfaite et sa patine de temps.
Que ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers
O visage tel que Dieu t’a créé avant la mémoire même des âges.
Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.
Je t’adore, ô Beauté, de mon œil monocorde!

 

Neige sur Paris

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

Seigneur, vous avez visité Paris par ce jour de votre naissance
Parce qu’il devenait mesquin et mauvais
Vous l’avez purifié par le froid incorruptible
Par la mort blanche.
Ce matin, jusqu’aux cheminées d’usines qui chantent à l’unisson
Arborant des draps blancs
- « Paix aux Hommes de bonne volonté! »
Seigneur, vous avez proposé la neige de votre paix au monde divisé, à l’Europe divisée
A l’Espagne déchirée et le Rebelle juif et catholique a tiré ses mille quatre cents canons contre les montagnes de votre Paix.
Seigneur, j’ai accepté votre froid blanc qui brûle plus que le sel.
Voici que mon cœur fond comme neige sous le soleil.
J’oublie
Les mains blanches qui tirèrent les coups de fusils qui croulèrent les empires Les mains qui flagellèrent les esclaves qui vous flagellèrent
Les mains blanches poudreuses qui vous giflèrent, les mains peintes poudrées qui m’ont giflé
Les mains sûres qui m’ont livré à la solitude à la haine
Les mains blanches qui abattirent la forêt de rôniers qui dominait l’Afrique,
au centre de l’Afrique
Droits et durs, les Saras beaux comme les premiers hommes qui sortirent de vos mains brunes.
Elles abattirent la forêt noire pour en faire des traverses de chemin de fer
Elles abattirent les forêts d’Afrique pour sauver la Civilisation, parce qu’on manquait de matière première humaine.

Seigneur, je ne sortirai pas ma réserve de haine, je le sais, pour les diplomates qui montrent leurs canines longues Et qui demain troqueront la chair noire.
Mon cœur, Seigneur, s’est fondu comme neige sur les toits de Paris

Au soleil de votre douceur
Il est doux à mes ennemis, à mes frères aux mains blanches sans neige
A cause aussi des mains de rosée, le soir, le long de mes joues brûlantes.

Nuit de Siné

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu’il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus.

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue des choeurs alternés.

C’est l’heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces.

Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Écoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés
Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
Que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j’apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.

 

Prière aux masques

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

Masques! Ô Masques!
Masques noirs masques rouges, vous masques blanc-et-noir
Masques aux quatre points d’où souffle l’Esprit
Je vous salue dans le silence!
Et pas toi le dernier, Ancêtre à tête de lion.
Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme, à tout sourire qui se fane
Vous distillez cet air d’éternité où je respire l’air de mes Pères.
Masques aux visages sans masque, dépouillés de toute fossette comme de toute ride
Qui avez composé ce portrait, ce visage mien penché sur l’autel de papier blanc
A votre image, écoutez-moi!
Voici que meurt l’Afrique des empires – c’est l’agonie d’une princesse pitoyable
Et aussi l’Europe à qui nous sommes liés par le nombril.
Fixez vos yeux immuables sur vos enfants que l’on commande
Qui donnent leur vie comme le pauvre son dernier vêtement.
Que nous répondions présents à la renaissance du Monde
Ainsi le levain qui est nécessaire à la farine blanche.
Car qui apprendrait le rythme au monde défunt des machines et des canons?
Qui pousserait le cri de joie pour réveiller morts et orphelins à l’aurore?
Dites, qui rendrait la mémoire de vie à l’homme aux espoirs éventrés?
Ils nous disent les hommes du coton du café de l’huile
Ils nous disent les hommes de la mort.
Nous sommes les hommes de la danse, dont les pieds
reprennent vigueur en frappant le sol dur.

 

A New York

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Éthiopiques"

(pour un orchestre de jazz : solo de trompette)

- I -

New York ! D’abord j’ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d’or aux jambes longues.
Si timide d’abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
- C’est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l’air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d’enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l’absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d’insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d’enfants.

- II -

Voici le temps des signes et des comptes
New York ! or voici le temps de la manne et de l’hysope.
Il n’est que d’écouter les trombones de Dieu, ton cœur battre au rythme du sang ton sang.
J’ai vu dans Harlem bourdonnant de bruits de couleurs solennelles et d’odeurs flamboyantes
- C’est l’heure du thé chez le livreur-en-produits-pharmaceutiques
J’ai vu se préparer la fête de la Nuit à la fuite du jour.
C’est l’heure pure où dans les rues, Dieu fait germer la vie d’avant mémoire
Tous les éléments amphibies rayonnants comme des soleils.
Harlem Harlem ! voici ce que j’ai vu Harlem Harlem !
Une brise verte de blés sourdre des pavés labourés par les
pieds nus de danseurs Dans
Croupes de soie et seins de fers de lance, ballets de nénuphars et de masques fabuleux
Aux pieds des chevaux de police, les mangues de l’amour rouler des maisons basses.
Et j’ai vu le long des trottoirs, des ruisseaux de rhum blanc des ruisseaux de lait noir dans le brouillard bleu des cigares.
J’ai vu le ciel neiger au soir des fleurs de coton et des ailes de séraphins et des panaches de sorciers.
Écoute New York ! ô écoute ta voix mâle de cuivre ta voix vibrante de hautbois, l’angoisse bouchée de tes larmes tomber en gros caillots de sang
Écoute au loin battre ton cœur nocturne, rythme et sang du tam-tam, tam-tam sang et tam-tam.

- III -

New York! je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang
Qu’il dérouille tes articulations d’acier, comme une huile de vie
Qu’il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes.
Voici revenir les temps très anciens, l’unité retrouvée la réconciliation du Lion du Taureau et de l’Arbre
L’idée liée à l’acte l’oreille au cœur le signe au sens.
Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de lamantins aux yeux de mirages. Et nul besoin d’inventer les Sirènes.
Mais il suffit d’ouvrir les yeux à l’arc-en-ciel d’Avril
Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d’un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.
Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.

Chant pour Yacine Mbaye

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Éthiopiques"

I

Mbaye toi aussi Mbaye, si je t’ai choisie Mbaye,
c’est pour ta beauté vraie
Pour ta peau de bronze huilé, pour ta peau de
sombre acajou.
Je parle de l’accord, et que rien n’y soit défaut
Rien pour sur excès. Je t’ai élue pour ton visage
d’orient aux deux étoiles de diamant
Pour ton visage tatoué de deux traits droits, aux
commissures là des yeux amandes
Paré de nattes haut plaquées, guirlande de
lumière noire autour de ton visage
Et la queue de tresses flotte mobile, flottant au
vent frais de la nuque.
je chante la beauté et je module la mesure
Mesure la courbe tes courbes : la proue prouesse
de la poitrine, la fuite
Souple gracieuse des reins. Si je te chante, c’est
pour l’épreuve et difficile.
C’est difficile d’être souriante au bout du stade
Ma gazelle penchée des sables, si belle dans
l’angoisse et belle dans ton attente.

II

Tu es partie doucement, en troisième position.
Tu as remonté aux quatre cents mètres, te
décollant de Koumba-amul-Ndèye t’abritant dans la foulée de
Ndèye Diassik, la mauvaise au long cours, toute
de blanc vêtue comme la Mort, toute de *
muscles de tendons tendue
Dans sa solitude orgueilleuse. Et son club a craché au loin.
Tu déploies les couleurs du Continent : le maillot
blanc rayé de rouge vertical
Et la culotte noire, qui garde le ventre la force
de l’Afrique.
Or Ndèye Diassik se retourne, décoche son
regard oblique et lâche la bride à sa fougue.
Sa première victime est foudroyée, qui roule
soudain comme boule un lièvre
Assommé net. Après les huit cents mètres, à la
sortie du virage Est, le soleil dorant l’auréole
de ses nattes
Yacine monte à l’épaule de Ndèye Sans un regard
un seul à gauche, elle redresse le buste
NDEISSANE !
Royale ma Linguère, souriante comme Néfertiti.
Linguère, je dis noblesse n’est pas dans le
ventre : elle naît de l’accord
Noblesse dans la patience et noblesse dans le
courage, dans le cœur dans le foie dans la foi
Noblesse, dans ton buste qui se dresse angle
droit, et tes jambes sont des bielles bien
huilées
Le svastika dans son élan, qu’aime le Dieu bleu
noir.

III

Yacine monte à l’épaule de sa rivale.
D’un brusque coup de reins, Ndèye accélère la
cadence.
Elle a coupé l’espoir à une fille au maillot bleu
Qui s’écroule sur la pelouse. On l’emporte
comme une morte.
Mais Yacine donne à son souffle, à sa foulée la longueur juste
La rythmant l’arythmant comme le tétramère, qu’informent les tam-tams de vie
Buvant l’oxygène vert, comme une boisson
tonique
Quand c’est déjà la cloche de l’angoisse, la
clameur de l’espoir.
Yacine est remontée à la hauteur de Ndèye,
si noire dans son maillot blanc
D’un nouvel oeil gris-gris d’un nouveau coup,
Diassik coupe les jarrets de Koumba
Qui les bras ballants s’affale baveuse. Or
Linguère avait pressenti.
Elle forlance la meute en avant de ses forces
dernières
Impérieuse. Et le stade est debout, clamant
acclamant le nom de sa reine
Et les pelouses sont fleuries de pagnes
parfumés, de coiffures joyeuses
Et la voila déroulant sur la frise ses longues
jambes harmonieuses
Et la voici à vingt-et-un mètres de la raie
claire, et lancée sur la crête de la
strophe.
Et tu tombes Linguère, et tu tombes parfaite,
dans mes deux bras de père

 

Congo (pour trois kôras et un balafon)

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Éthiopiques"

Oho ! Congo oho ! Pour rythmer ton nom grand sur les eaux sur les fleuves sur toute mémoire
Que j’émeuve la voix des kôras Koyaté ! L’encre du scribe est sans mémoire.

Oho ! Congo couchée dans ton lit de forêts, reine sur l’Afrique domptée
Que les phallus des monts portent haut ton pavillon
Car tu es femme par ma tête par ma langue, car tu es femme par mon ventre
Mère de toutes choses qui ont narines, des crocodiles des hippopotames
Lamantins iguanes poissons oiseaux, mère des crues nourrice des moissons.
Femme grande ! eau tant ouverte à la rame et à l’étrave des pirogues
Ma Saô mon amante aux cuisses furieuses, aux longs bras de nénuphars calmes
Femme précieuse d’ouzougou, corps d’huile imputrescible à la peau de nuit diamantine.

Toi calme Déesse au sourire étale sur l’élan vertigineux de ton sang
O toi l’Impaludée de ton lignage, délivre-moi de la surrection de mon sang.
Tamtam toi toi tamtam des bonds de la panthère, de la stratégie des fourmis
Des haines visqueuses au jour troisième surgies du potopoto des marais
Hâ ! sur toute chose, du sol spongieux et des chants savonneux de l’Honune-blanc
Mais délivre-moi de la nuit sans joie, et guette le silence des forêts.
Donc que je sois le fût splendide et le bond de vingt-six coudées
Dans l’alizé, sois la fuite de la pirogue sur l’élan lisse de ton ventre.
Clairières de ton sein îles d’amour, coffines d’ambre et de gongo
Tanns d’enfance tanns de joal, et ceux de Dyilôr en Sep- tembre
Nuits d’Ermenonville en Automne – il avait fait trop beau trop doux.
Fleurs sereines de tes cheveux, pétales si blancs de ta bouche
Surtout les doux propos à la néoménie, jusque-s à la minuit du sang.
Délivre-moi de la nuit de mon sang, car guette le silence des forêts.

Mon amante à mon flanc, dont l’huile fait docile mes mains mon âme
Ma force s’érige dans l’abandon, mon honneur dans la soumission
Et ma science dans l’instinct de ton rythme. Noue son élan le coryphée
A la proue de son sexe, comme le fier chasseur de lamantins.
Rythmez clochettes rythmez langues rythmez rames la danse du Maître des rames.
Ah ! elle est digne, sa pirogue, des choeurs triomphants de Fadyoutt
Et je clame deux fois deux mains de tam-tams, quarante vierges à chanter ses gestes.
Rythmez la flèche rutilante, la griffe à midi du Soleil Rythmez, crécelles des cauris, les bruissements des Grandes Eaux
Et la mort sur la crête de l’exultation, à l’appel irrécusable du gouffre.

Mais la pirogue renaîtra par les nénuphars de l’écume
Surnagera la douceur des bambous au matin transparent du monde.

 

Élégie pour Martin Luther King

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Éthiopiques"

(pour un orchestre de jazz)

I

Qui a dit que j’étais stable dans ma maîtrise, noir
sous l’écarlate sous l’or ?
Mais qui a dit, comme le maître de la masse
et du marteau, maître du dyoung-dyoung du tam-tam.
Coryphée de la danse, qu’avec ma récade sculptée
Je commandais les Forces rouges, mieux que les
chameliers leurs dromadaires au long cours ?
Ils ploient si souples, et les vents tombent et les
pluies fécondes.
Qui a dit qui a dit, en ce siècle de la haine et de l’atome
Quand tout pouvoir est poussière toute force faiblesse,
que les Sur-Grands
Tremblent la nuit sur leurs silos profonds de
bombes et de tombes, quand
A l’horizon de la saison, je scrute dans la fièvre les tornades stériles
Des violences intestines ? Mais dites qui a dit ?
Flanqué du sabar au bord de l’orchestre, les yeux
intègres et la bouche blanche
Et pareil à l’innocent du village, je vois la vision
j’entends le mode et l’instrument
Mais les mots comme un troupeau de buffles
confus se cognent contre mes dents
Et ma voix s’ouvre dans le vide.
Se taise le dernier accord, je dois repartir à zéro,
tout réapprendre de cette langue
Si étrangère et double, et l’affronter avec ma
lance lisse me confronter avec le monstre
Cette lionne-lamantin sirène-serpent dans le labyrinthe des abysses.
Au bord du chœur au premier pas, au premier
souffle sur les feuilles de mes reins
J’ai perdu mes lèvres donné ma langue au chat, je
suis brut dans le tremblement.
Et tu dis mon bonheur, lorsque je pleure
Martin Luther King !

II

Cette nuit cette claire insomnie, je me rappelle
hier et hier il a un an.
C’était lors le huitième jour, la huitième année
de notre circoncision
La cent soixante-dix-neuvième année de notre
mort-naissance à Saint-Louis.
Saint-Louis Saint-Louis ! Je me souviens d’hier
d’avant hier, c’était il y a un an
Dans la Métropole du Centre, sur la presqu’île
de proue pourfendant
Droit la substance amère. Sur la voie longue
large et comme une victoire
Les drapeaux rouge et or les étandards d’espérance
claquaient, splendides au soleil.
Et sous la brise de la joie, un peuple innombrable
et noir fêtait son triomphe
Dans les stades de la Parole, le siège reconquis
de sa prestance ancienne.
C’était hier à Saint-Louis parmi la Fête, parmi
les Linguères et les Signares
Les jeunes femmes dromadaires, la robe ouverte
sur leurs jambes longues
Parmi les coiffures altières, parmi l’éclat des
dents le panache des rires des boissons.
Soudain
Je me suis souvenu, j’ai senti lourd sur mes épaules,
mon cœur, tout le plomb du passé
J’ai regardé j’ai vu les robes fanées fatiguées
sous le sourire des Signares et des Linguères.
Je vois les rires avorter, et les dents se voiler
des nuages bleu noir des lèvres
Je revois Martin Luther King couché, une rose
rouge à la gorge
Et je sens dans la mœlle de mes os déposées les
voix et les larmes, hâ ; déposé le sang.
De quatre cents années, quatre cents millions
d’yeux deux cents millions de cœurs deux cents millions de bouches,
deux cents millions de morts,
Inutiles, je sens qu’aujourd’hui, mon Peuple je sens que
Quatre Avril tu es vaincu deux fois mort, quand
Martin Luther King.
Linguères ô Signares mes girafes belles, que
m’importent vos mouchoirs et vos mousselines
Vos finettes et vos fobines, que m’importent vos
chants si ce n’est pour magnifier
MARTIN LUTHER KING LE ROI DE LA PAIX ?
Ah, brûlez vos fanaux Signares, arrachez, vous
Linguères vos perruques
Rapareilles et vous militantes mes filles, que
vous soyez de cendres, fermez laissez tomber vos robes
Qu’on ne voie vos chevilles : Toutes femmes sont nobles
Qui nourrissent le peuple de leurs mains polies
de leurs chants rythmés.
Car craignez Dieu, mais Dieu déjà nous a frappés
de sa gauche terrible
L’Afrique plus durement que 1es autres,
et le Sénégal que l’Afrique
En mil neuf cent soixante-huit !

III

C’est la troisième année c’est la troisième plaie,
c’est comme jadis sur notre mère l’Egypte.
L’année dernière, ah Seigneur, jamais tu ne
t’étais tant fâché depuis la Grande Faim
Et Martin Luther King n’était plus là, pour chanter
ton écume et l’apaiser.
Il y a dans le ciel des jours brefs de cendres, des
jours de silence gris sur la terre.
De la pointe des Almadies jusqu’aux contreforts
de Fongolimbi
Jusqu’à la mer en flammes de Mozambique,
jusqu’au cap de Désespoir
Je dis la brousse est rouge et blancs les champs,
et les forêts des boîtes d’allumettes Qui craquent. Comme de grandes marées de nausées,
tu as fait remonter les faims du fond de vos mémoires.
Voici nos lèvres sans huile et trouées de crevasses,
c’est sous l’Harmattan le poto-poto des marigots.
La sève est tarie à sa source, les citernes s’étonnent,
sonores
Aux lèvres des bourgeons, la sève n’est pas montée
pour chanter la joie pascale
Mais défaillent les swi-mangas sur les fleurs les
feuilles absentes, et les abeilles sont mortelles.
Dieu est un tremblement de terre une tornade sèche,
rugissant comme le lion d’Ethiopie au jour de sa
fureur.
Les volcans ont sauté au jardin de l’Eden, sur trois
mille kilomètres, comme feux d’artifice aux fêtes
du péché
Aux fêtes de Séboïm de Sodome de Gomorrhe, 1es
volcans ont brûlé les lacs
Et les savanes. Et les maladies, les troupeaux ; et
les hommes avec
Parce que nous ne l’avons pas aidé, nous ne l’avons
pas pleuré Martin Luther King.
Je dis non, ce ne sont plus les kapos, le garrot
le tonneau le chien et la chaux vive,
Le piment pilé et le lard fondu, le sac le hamac le
micmac, et les fesses au vent au feu, ce ne sont
plus le nerf de bœuf la poudre au cul
La castration l’amputation la cruxifixion – l’on
vous dépèce délicatement, vous brûle savamment
à petit feu le cœur
C’est la guerre post-coloniale pourrie de bubons,
la pitié abolie le code d’honneur
La guerre où les Sur-Grands vous napalment par
parents interposés.
Dans l’enfer du pétrole, ce sont deux millions et
demi de cadavres humides
Et pas une flamme apaisante où les consumer tous
Et le Nigéria rayé de la sphère, comme la Nigritie
pendant sept fois mais sept fois soixante-dix ans.
Sur le Nigéria Seigneur tombe, et sur la Nigritie,
la voix de Martin Luther King !

IV

C’était donc le quatre Avril mil neuf cent soixante huit
Un soir de printemps dans un quartier gris, un
quartier malodorant de boue d’éboueurs
Où jouaient au printemps les enfants dans les
rues, fleurissaient le printemps dans les cours sombres
Jouaient le bleu murmure des ruisseaux, le chant
des rossignols dans la nuit des ghettos
Des cœurs. Martin Luther King les avait choisis,
le motel le quartier les ordures 1es éboueurs
Avec les yeux du cœur en ces jours de printemps,
ces jours de passion
Où la boue de la chair serait glorifiée dans la
lumière du Christ.
C’était le soir quand la lumière est plus claire et l’air plus doux
L’avant-soir à l’heure du cœur, de ses floraisons
en confidences bouche à bouche, et de l’orgue
et du chant et de l’encens.
Sur le balcon maintenant de vermeil, où l’air est plus limpide
Martin Luther debout dit pasteur au pasteur :
« Mon frère n’oublie pas de louer le Christ dans sa
résurrection, et que son nom soit clair chanté ! »
Et voici qu’en face, dans une maison de passe de
profanation de perdition, oui dans le motel Lorraine
- Ah, Lorraine, ah, Jeanne la blanche, la bleue,
que nos bouches te purifient, pareilles à l’encens qui monte !
Une maison mauvaise de matous de marlous, se tient
debout un homme, et à la main le fusil Remington.
James Earl Ray dans son télescope regarde le Pasteur
Martin Luther King regarde la mort du Christ :
« Mon frère n’oublie pas de magnifier ce soir le
Christ dans sa résurrection ! »
Il regarde, l’envoyé de Judas, car du pauvre vous avez
fait le lycaon du pauvre
Il regarde dans sa lunette, ne voit que le cou tendre
et noir et beau.
Il hait la gorge d’or, qui bien module la flûte des anges
La gorge de bronze trombone, qui tonne sur
Sodome terrible et sur Adama.
Martin regarde devant lui la maison en face de
lui, il voit des gratte-ciel de verre de lumière
Il voit des têtes blondes bouclées des têtes sombre
frisées, qui fleurissent des rêves
Comme des orchidées mystérieuses, et les lèvres
bleues et les roses chantent en chœur comme
l’orgue accordées.
Le Blanc regarde, dur et précis comme l’acier.
James Earl vise et fait mouche
Touche Martin qui s’affaisse en avant, comme une fleur odorante
Qui tombe : « Mon frère chantez clair Son nom, que
nos os exultent dans la Résurrection ! »

V

Cependant que s’évaporait comme l’encensoir le cœur du pasteur
Et que son âme s’envolait, colombe diaphane qui monte
Voilà que j’entendis, derrière mon oreille gauche, le battement lent du tam-tam.
La voix me dit, et son souffle rasait ma joue :
« Ecris et prends ta plume, fils du Lion ». Et je vis une vision.
Or c’était en belle saison, sur les montagnes du Sud
comme du Fouta-Djallon
Dans la douceur des tamariniers. Et sur un tertre
Siégeait l’Etre qui est Force, rayonnant comme un diamant noir.
Sa barbe déroulait la splendeur des comètes ; et à ses pieds
Sous les ombrages bleus, des ruisseaux de miel blanc de frais parfums de paix.
Alors je reconnus, autour de sa Justice sa Bonté,
confondus les élus et les Noirs et les Blancs
Tous ceux pour qui Martin Luther avait prié.
Confonds-les donc, Seigneur, sous tes yeux sous ta
barbe blanche :
Les bourgeois et les paysans paisibles, coupeurs de
canne cueilleurs de coton
Et les ouvriers aux mains fiévreuses, et ils font
rugir les usines, et le soir ils sont soûlés d’amertume amère.
Les Blancs et les Noirs, tous les fils de la même terre mère.
Et ils chantaient à plusieurs voix, ils chantaient
Hosanna ! Alléluia !
Comme au Royaume d’Enfance autrefois, quand je rêvais.
Or ils chantaient l’innocence du monde, et ils dansaient la floraison
Dansaient les forces que rythmait, qui rythmaient
la
Force des forces : la Justice accordée, qui est
Beauté Bonté.
Et leurs battements de pieds syncopés étaient comme
une symphonie en noir et blanc
Qui pressaient les fleurs écrasaient les grappes, pour
les noces des âmes :
Du Fils unique avec les myriades d’étoiles.
Je vis donc – car je vis – Georges Washington et
Phillis Wheatley, bouche de bronze bleue qui
annonça la liberté – son chant l’a consumée _
Et Benjamin Franklin, et le marquis de La Fayette
sous son panache de cristal

Abraham Lincoln qui donna son sang, ainsi qu’une
boisson de vie à l’Amérique
Je vis Booker T. Washington le Patient, et William E.B.
Dubois l’Indomptable qui s’en alla planter sa tombe en Nigritie
J’entendis la voix blues de Langston Hughes, jeune
comme la trompette d’Armstrong. Me retournant je vis
Près de moi John F. Kennedy, plus beau que le rêve
d’un peuple, et son frère Robert, une armure fine d’acier.
Et je vis – que je chante ! – tous les Justes les Bons,
que le Destin dans son cyclone avait couchés
Et ils furent debout par la voix du poète, tels de
grands arbres élancés
Qui jalonnent la voie, et au milieu d’eux Martin Luther King.
Je chante Malcom X, l’ange rouge de notre nuit
Par les yeux d’Angela chante Georges Jackson,
fulgurant comme l’Amour sans ailes ni flèches
Non sans tourment. Je chante avec mon frère
La Négritude debout, une main blanche dans sa main
vivante
Je chante l’Amérique transparente, où la lumière est
polyphonie de couleurs
Je chante un paradis de paix.

 

Teddungal (guimm pour kôra)

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Éthiopiques"

Sall ! je proclame ton nom Sall ! du Fouta-Damga au Cap-Vert
Le lac Baïdé faisait nos pieds plus frais, et maigres nous marchions par le Pays-haut du Dyêri.
Et soufflaient les passions une tornade fauve aux piquants des gommiers. Où la tendresse du vert au Printemps ?
Yeux et narines rompus par Vent d’Est, nos gorges comme des citernes sonnaient creux à l’appel immense de la poitrine. C’était grande pitié.
Nous marchions par le Dyêri au pas du boeuf-porteur – l’aile du cheval bleu est pour les Maîtres-de-Saint-Louis – mais nos pieds dans la poussière des morts et nos têtes parées de nulle poudre d’or.
Or les scorpions furent de sable, les caméléons de toutes couleurs. Or les rires des singes secouaient l’arbre des palabres, comme peau de panthère les embûches zébraient la nuit.
Mille embûches des puissants: chaque touffe d’herbes cache un ennemi.
Nous avons ceint nos reins, affermi les remparts de notre coeur, nous avons repoussé lances et roses.
Roses et roses les navettes qui tissaient lêlés et yêlas, exquis les éloges des vierges quand la terre est froide à minuit.
Et leur tête était d’or, la lune éclairait le poème à contre-jour.
Belle ô Khasonkée parmi tes égales, à grande libellule les ailes déployées et lentement virant au flanc de la colline de Bakel
Jusqu’à ce mouvement soudain qui te brisait le cou, comme une syncope à battre mon coeur.
Ton sourire était doux sous paupières déclives, et grondaient les tam-tams peints de couleurs furieuses.
Ah ! ce coeur de poète, ah ! ce coeur de femme et de lion, quelle douleur à le dompter.
Or nous avons marché tels de blancs initiés. Pour toute nourriture le lait clair, et pour toute parole la rumination du mot essentiel.
Et lorsque le temps fut venu, je tendis un cou dur gonflé de veines comme une pile formidable.
C’était l’heure de la rosée, le premier chant du coq avait percé la brume, fait retourner les hommes des milices dans leur quatrième sommeil.
Les chiens jaunes n’avaient pas aboyé.
Et contre les portes de bronze je proférai le mot explosif teddungal !
Teddungal ngal du Fouta-Damga au Cap-Vert. Ce fut un grand déchirement des apparences, et les hommes restitués à leur noblesse, les choses à leur vérité.
Vert et vert Wâlo et Fouta, pagne fleuri de lacs et de moissons.
De longs troupeaux coulaient, ruisseaux de lait dans la vallée.
Honneur au Fouta rédimé ! Honneur au Royaume d’enfance !

 

Le message

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Hosties noires"

Le Prince a répondu. Voici l’empreinte exacte de son discours:
« Enfants à tête courte, que vous ont chanté les kôras?
Vous déclinez la rose, m’a-t-on dit, et vos Ancêtres les Gaulois.
Vous êtes docteurs en Sorbonne, bedonnants de diplômes.
Vous amassez des feuilles de papier – si seulement des louis d’or à compter sous la lampe, comme feu ton père aux doigts tenaces!
Vos filles, m’a-t-on dit, se peignent le visage comme des courtisanes
Elles se casquent pour l’union libre et éclaircir la race!
Êtes-vous plus heureux? Quelque trompette à wa-wa-wâ
Et vous pleurez aux soirs-là-bas de grands feux et de sang.
Faut-il vous dérouler l’ancien drame et l’épopée?
Allez à Mbissel à Fa’oy; récitez le chapelet de sanctuaires qui ont jalonné la Grande Voie
Refaites la Route Royale et méditez ce chemin de croix et de gloire.
Vos Grands Prêtres vous répondront : Voix du Sang!
Plus beaux que des rôniers sont les Morts d’Élissa; minces étaient les désirs de leur ventre.
Leur bouclier d’honneur ne les quittait jamais ni leur lance loyale.
Ils n’amassaient pas de chiffons, pas même de guinées à parer leurs poupées.

Leurs troupeaux recouvraient leurs terres, telles leurs demeures à l’ombre divine des ficus
Et craquaient leurs greniers de grains serrés d’enfants.
Voix du Sang! Pensées à remâcher!
Les Conquérants salueront votre démarche, vos enfants seront la couronne blanche de votre tête. »

J’ai entendu la Parole du Prince.
Héraut de la Bonne Nouvelle, voici sa récade d’ivoire.

 

Lettre à un prisonnier

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Hosties noires"

Ngom ! champion de Tyâné !

C’est moi qui te salue, moi ton voisin de village et de cœur.
Je te lance mon salut blanc comme le cri blanc de l’aurore, par dessus les barbelés
De la haine et de la sottise, et je nomme par ton nom et ton honneur.
Mon salut au Tamsir Dargui Ndyâye qui se nourrit de parchemins
Qui lui font la langue subtile et les doigts plus fins et plus longs
A Samba Dyouma le poète, et sa voix est couleur de flamme, et son front porte les marques du destin
A Nyaoutt Mbodye, à Koli Ngom ton frère de nom
A tous ceux qui, à l’heure où les grands bras sont tristes comme des branches battues de soleil
Le soir, se groupent frissonnants autour du plat de l’amitié.

Je t’écris dans la solitude de ma résidence surveillée – et chère – de ma peau noire.
Heureux amis, qui ignorez les murs de glace et les appartements trop clairs qui stérilisent
Toute graine sur les masques d’ancêtres et les souvenirs mêmes de l’amour.
Vous ignorez le bon pain blanc et le lait et le sel, et les mets substantiels qui ne nourrissent, qui divisent les civils
Et la foule des boulevards, les somnambules qui ont renié leur identité d’homme
Caméléons sourds de la métamorphose, et leur honte vous fixe dans votre cage de solitude.
Vous ignorez les restaurants et les piscines, et la noblesse au sang noir interdite
Et la Science et l’Humanité, dressant leurs cordons de police aux frontières de la négritude.
Faut-il crier plus fort ? ou m’entendez-vous, dites ?
Je ne reconnais plus les hommes blancs, mes frères
Comme ce soir au cinéma, perdus qu’ils étaient au-delà du vide fait autour de ma peau.

Je t’écris parce que mes livres sont blancs comme l’ennui, comme la misère et comme la mort.
Faites-moi place autour du poêle, que je reprenne ma place encore tiède.
Que nos mains se touchent en puisant dans le riz fumant de l’amitié
Que les vieux mots sérères de bouches en bouche passent comme une pipe amicale.
Que Dargui nous partage ses fruits succulents – foin de toute sécheresse parfumée !
Toi, sers-nous tes bons mots, énormes comme le nombril de l’Afrique prodigieuse.
Quel chanteur ce soir convoquera tous les ancêtres autour de nous
Autour de nous le troupeau pacifique des bêtes de la brousse ?
Qui logera nos rêves sous les paupières des étoiles ?

Ngom ! réponds-moi par le courrier de la lune nouvelle.
Au détour du chemin, j’irai au devant de tes mots nus qui hésitent. C’est l’oiselet au sortir de sa cage
Tes mots si naïvement assemblés ; et les doctes en rient, et ils ne restituent le surréel
Et le lait m’en rejaillit au visage.
J’attends ta lettre à l’heure ou le matin terrasse la mort.
Je la recevrai pieusement comme l’ablution matinale, comme la rosée de l’aurore.

Paris, juin 1942

 

Prière de paix

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Hosties noires"

A Georges et Claude POMPIDOU

« … Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris »

I.

Seigneur Jésus, à la fin de ce livre que je T’offre comme un ciboire de souffrances

Au commencement de la Grande Année, au soleil de Ta paix sur les toits neigeux de Paris

- Mais je sais bien que le sang de mes frères rougira de nouveau l’Orient jaune, sur les bords de l’Océan Pacifique que violent tempêtes et haines
Je sais bien que ce sang est la libation printanière dont les Grands Publicains depuis septante années engraissent les terres d’Empire
Seigneur, au pied de cette croix – et ce n’est plus Toi l’arbre de douleur, mais au-dessus de l’Ancien et du Nouveau Monde l’Afrique crucifiée
Et son bras droit s’étend sur mon pays, et son côté gauche ombre l’Amérique
Et son cœur est Haïti cher, Haïti qui osa proclamer l’Homme en face du Tyran
Au pied de mon Afrique crucifiée depuis quatre cents ans et pourtant respirante
Laisse-moi Te dire Seigneur, sa prière de paix et de pardon.

II.

Seigneur Dieu, pardonne à l’Europe blanche !
Et il est vrai, Seigneur, que pendant quatre siècles de lumières elle a jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres
Et les chrétiens, abjurant Ta lumière et la mansuétude de Ton cœur
On éclairé leurs bivouacs avec mes parchemins, torturé mes talbés, déporté mes docteurs et mes maîtres-de-science.
Leur poudre a croulé dans l’éclair la fierté des tatas et des collines
Et leurs boulets ont traversé les reins d’empires vastes comme le jour clair, de la Corne de l’Occident jusqu’à l’Horizon oriental
Et comme des terrains de chasse, ils ont incendié les bois intangibles, tirant Ancêtres et génies par leur barbe paisible.
Et ils ont fait de leur mystère la distraction dominicale de bourgeois somnambules.
Seigneur, pardonne à ceux qui ont fait des Askia des maquisards, de mes princes des adjudants
De mes domestiques des boys et de mes paysans des salariés, de mon peuple un peuple de prolétaires.
Car il faut bien que Tu pardonnes à ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages.
Et ils les ont dressés à coups de chicotte, et ils ont fait d’eux les mains noires de ceux dont les mains étaient blanches.
Car il faut bien que Tu oublies ceux qui ont exporté dix millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires
Qui en ont supprimé deux cents millions.
Et ils m’ont fait une vieillesse solitaire parmi la forêt de mes nuits et la savane de mes jours.
Seigneur la glace de mes yeux s’embue
Et voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que j’avais cru mort…

III.

Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.
Seigneur, parmi  les nations blanches, place la France à la droite du Père.
Oh ! je sais bien qu’elle aussi est l’Europe, qu’elle m’a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des boeufs, pour engraisser ses terre à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier.
Qu’elle aussi a porté la mort et le canon dans mes villages bleus, qu’elle a dressé les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os
Qu’elle a traité les résistants de bandits, et craché sur les têtes-aux-vastes-desseins.
Oui, Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques
Qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié.
Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement
Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire
Qui est la République et livre les pays aux Grands-Concessionnaires
Et de ma Mésopotamie, de mon  Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc.

IV.

Ah ! Seigneur, éloigne de ma mémoire la France qui n’est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France
Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine – mais je peux bien haïr le Mal
Car j’ai une grande faiblesse pour
la France.
Bénis de peuple garrotté qui par deux fois sut libérer ses mains et osa proclamer l’avènement des pauvres à la royauté
Qui fit des esclaves du jour des hommes libres égaux fraternels
Bénis ce peuple qui m’a apporté Ta Bonne Nouvelle, Seigneur, et ouvert mes paupières lourdes à la lumière de la foi.
Il a ouvert mon cœur à  la connaissance du monde, me montrant l’arc-en-ciel des visages neufs de mes frères.
Je vous salue mes frères : toi Mohamed Ben Abdallah, toi Razafymahatratra, et puis toi là-bas Pham-Manh-Tuong, vous des mers pacifiques et vous des forêts enchantées
Je vous salue tous d’une cœur catholique.
Ah ! je sais bien que plus d’un de Tes messagers a traqué mes prêtres comme gibier et fait un grand carnage d’images pieuses.
Et pourtant on aurait pu s’arranger, car elles furent, ces images, de la terre à Ton ciel l’échelle de Jacob
La lampe au beurre clair qui permet d’attendre l’aube, les étoiles qui préfigurent le soleil.
Je sais que nombre de Tes missionnaires ont béni les armes de la violence et pactisé avec l’or des banquiers
Mais il faut qu’il y ait des traîtres et des imbéciles.

V.

O bénis ce peuple, Seigneur, qui cherche son propre visage sous le masque et a peine à le reconnaître
Qui Te cherche parmi le froid, parmi la faim qui lui rongent os et entrailles
Et la fiancée pleure sa viduité, et le jeune homme voit sa jeunesse cambriolée
Et la femme lamente oh ! l’œil absent de son mari, et la mère cherche le rêve de son enfant dans les gravats.
O bénis ce peuple qui rompt ses liens, bénis ce peuple aux abois qui fait front à la meute boulimique des puissants et des tortionnaires.
Et avec lui tous les peuples d’Europe, tous les peuples d’Asie tous les peuples d’Afrique et tous les peuples d’Amérique
Qui suent sang et souffrances. Et au milieu de ces millions de vagues, vois les têtes houleuses de mon peuple.
Et donne à leurs mains chaudes qu’elles enlacent la terre d’une ceinture de mains fraternelles.

DESSOUS L’ARC-EN-CIEL DE TA PAIX.

Paris, janvier 1945.

 

Taga de Mbaye Dyôb (pour un tama)

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Hosties noires"

Mbaye Dyôb ! je veux dire ton nom et ton honneur.

Dyôb ! le veux hisser ton nom au haut mât du retour,
Je veux chanter ton nom Dyôbène ! toi qui m’appelais ton maître et
sonner ton nom comme la cloche qui chante la victoire
Me réchauffais de ta ferveur aux soirs d’hiver
autour du poêle rouge qui donnait froid.
Dyôb ! qui ne sais remonter ta généalogie et domestiquer le temps noir,
dont les ancêtres ne sont pas rythmés par la voix du tama
Toi qui n’as tué un lapin, qui t’es terré sous les bombes des grands vautours
Dyôb ! — qui n’es ni capitaine ni aviateur ni cavalier pétaradant,
pas seulement du train des équipages
Mais soldat de deuxième classe au Quatrième Régiment des Tirailleurs sénégalais
Dyôb ! — je veux chanter ton honneur blanc.

Les vierges du Gandyol te feront un arc de triomphe
de leurs bras courbes, de leurs bras d’argent et d’or rouge
Te feront une voie de gloire avec leurs pagnes rares des Rivières du Sud.
Lors elles te feront un collier d’ivoire de leurs bouches
qui parent plus que manteau royal
Lors elles berceront ta marche,
leurs voix se mêleront aux vagues de la mer
Lors elles chanteront : « Tu as bravé plus que la mort,
plus que les tanks et les avions qui sont rebelles aux sortilèges
« Tu as bravé la faim, tu as bravé le froid et l’humiliation du captif .
« Oh ! téméraire, tu as été le marchepied des griots des bouffons
« Oh ! toi qui ajoutas quels clous à ton, calvaire pour ne pas déserter tes compagnons
« Pour ne pas rompre le pacte tacite
« Pour ne pas laisser ton fardeau aux camarades, dont les dos ploient à tout départ
« Dont les bras s’alanguissent chaque soir où l’on serre une main de moins
« Et le front devient plus noir d’être éclairé par un regard de moins
« Les yeux s’enfoncent quand s’y reflète un sourire de moins.
Dyôb ! — du Ngâbou au Wâlo, du Ngalam,
à la mer s’élèveront les chants des vierges d’ambre
Et que les accompagnent les cordes des kôras !
Et que les accompagnent les vagues et les vents !
Dyôb ! — je dis ton nom et ton honneur.

 

Ma Négritude

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "L'Étudiant noir"

Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie
Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing
Réécade. Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe
Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
Ma tâche est d ‘éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole !

 

A quoi comment

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Lettres d'hivernage"

A quoi comment vis-tu penses-tu, mais à qui?

Je vis ne pense pas, je dis je pense la mer et le ciel.
Ainsi les canards du Dimanche, et mon stylo
Ailé est comme le canard sauvage a ras de vague.
Je vis la vague vis le bleu, et la blondeur du sable blanc
Et la rougeur rose du cap de Nase comme le nez du cousin portugais
Tout gravelé de blockhaus désuets.
Foin des pirouettes des maubèches sophistiquées
Je hume la mer d’iode, et de sel de laitance
Au crépuscule, la nouba du soleil sous tente flamboyante
Et dans la nuit, la douceur du rire parmi les palmes.

Or à qui pas à quoi, je te pense te vis vivante.

 

Et le soleil

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Lettres d'hivernage"

Et le soleil boule de feu, déclive sur la mer vermeille.
Au bord de la brousse et de l’abîme, je m’égare dans
le dédale du sentier.
Elle me suit, cette senteur haute altière qui irrite mes
narines
Délicieusement. Elle me suit et tu me suis, mon double.

Le soleil plonge dans l’angoisse
Dans un foisonnement de lumières, dans un tressaillement
de couleurs de cris de colères.
Une pirogue, fine comme une aiguille dans une mer
immense étale
Un rameur et son double.
Saignent les grès du cap de Nase quand s’allume le
phare des Mamelles
Au loin. Le chagrin tel me point à ta pensée.

Je pense à toi quand je marche je nage
Assis ou debout, je pense à toi le matin et le soir
La nuit quand je pleure, eh oui quand je ris
Quand je parle je me parle et quand je me tais
Dans mes joies et mes peines. Quand je pense et ne
pense pas
Chère je pense à toi !

 

 

Le salut du jeune soleil

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Lettres d'hivernage"

Le salut du jeune soleil
Sur mon lit, la lumière de ta lettre
Tous les bruits qui fusent du matin
Les cris métalliques des merles, les clochettes des gonoleks
Ton sourire sur le gazon, sur la rosée splendide.

Dans la lumière innocente, des milliers de libellules
Des frisselants, comme des abeilles d’or ailes noires
Et comme des hélicoptères aux virages de grâce et de douceur
Sur la plage limpide, or et noir les Tramiae basilares
Je dis la danse des princesses du Mali.

Me voici à ta quête, sur le sentier des chats-tigres.
Ton parfum toujours ton parfum, de la brousse bourdonnant des buissons
Plus exaltant que l’odeur du lys dans sa surrection.
Me guide, ta gorge odorante, ton parfum levé par l’Afrique
Quand sous mes pieds de berger, je foule les menthes sauvages.
Au bout de l’épreuve et de la saison, au fond du gouffre
Dieu ! que je te retrouve, retrouve ta voix, ta fragrance de lumière vibrante.

 

Ta lettre sur le drap

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Lettres d'hivernage"

Ta lettre sur le drap, sous ma lampe odorante
Bleue comme la chemise neuve que lisse le jeune homme
En chantonnant, comme le ciel et la mer et mon rêve
Ta lettre. Et la mer a son sel, et l’air le lait le pain le riz, je dis son sel
La vie contient sa sève, et la terre son sens
Le sens de Dieu et son mouvement.
Ta lettre sans quoi la vie ne serait pas vie
Tes lèvres mon sel mon soleil, mon air frais et ma neige.

 

Tu parles

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Lettres d'hivernage"

Tu parles de ton âge, de tes fils de soie blanche.
Regarde tes mains pétales de laurier-rose, ton cou le
seul pli de la grâce.
J’aime les cendres sur tes cils tes paupières, et tes yeux
d’or mat et tes yeux
Soleil sur la rosée d’or vert, sur le gazon du matin
Tes yeux en Novembre comme la mer d’aurore autour
du Castel de Gorée.
Que de forces en leurs fonds, fortunes des caravelles,
jetées au dieu d’ébène !

J’aime tes jeunes rides, ces ombres que colore d’un
vieux rose
Ton sourire de Septembre, ces fleurs commissures de
tes yeux de ta bouche.
Tes yeux et ton sourire, les baumes de tes mains le
velours la fourrure de ton corps
Qu’ils me charment longtemps au jardin de l’Eden
Femme ambiguë, toute fureur toute douceur.

Mais au coeur de la saison froide
Quand les courbes de ton visage plus pures se
présenteront
Tes joues plus creuses, ton regard plus distant, ma
Dame
Quand de sillons seront striés, comme les champs
l’hiver, ta peau ton cou ton corps sous les fatigues
Tes mains minces diaphane, j’atteindrai le trésor de
ma quête rythmique
Et le soleil derrière la longue nuit d’angoisse
La cascade et la même mélopée, les murmures des
sources de ton âme.

Viens, la nuit coule sur les terrasses blanches, et tu
viendras
La lune caresse la mer de sa lumière de cendres
transparentes.
Au loin, reposent des étoiles sur les abîmes de la nuit
marine
L’Île s’allonge comme une voie lactée.
Mais écoute, entends-tu? les chapelets d’aboiements
qui montent du cap Manuel
Et monte du restaurant du wharf et de l’anse
Quelle musique inouïe, suave comme un rêve

Chère !….

 

Printemps

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Poèmes Perdus"

Des nuages s’étirent, s’étirent irréels,
Entre les branches noires enlacés.
Tout l’hiver devant ma fenêtre, qui s’en va
Et la danse de lumière sur les crêtes lointaines.

Cet oiseau jamais aperçu !
Et le printemps et mon amour.
Mes yeux qui s’éclairent, mes lèvres qui éclosent,
Mon corps …

Il fait très doux et très clair.
Le monde est calme autour, en tendresse.
Oh ! un moment, rien qu’un moment de calme pour
toute souffrance.
Car Dossie pleure les cris matinaux de ses enfants.

Du monde je ne vois qu’un rectangle bleu
Strié de noir luisant.
Les branches tendent leurs bourgeons au soleil,
Lèvres ouvertes, lèvres offertes.

Par ahmed bengriche
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 18:57

Poésie...JEAN SENAC

 

 

MATINALE DE MON PEUPLE...Extrait

Que furent la terre qui s'ouvre,
le typhon qui s'abat sur la maison natale,
à côté de vous, Proconsuls des ténèbres !

Les enfants meurent de soif au milieu des fontaines.
A la porte des camps, avant de disparaître,
les jeunes hommes injurient leurs bourreaux :
"A quoi servirait de mourir
quand la vie est pour eux !"
Une avalanche de projecteurs, de chiens, de barbelés,
dévore leurs pauvres corps.

Vers la ville, nous lançons des phrases.
Qu'une charpente frémisse, la forêt peut renaître.
Pour toute réponse nous parvient
un vol affolé de cigognes.

Nous le jurons, sur ton visage, frère,
la dynastie du saccage
n'aura pas de postérité.

.

JEAN SENAC

.

CITOYENS DE BEAUTE

Et maintenant nous chanterons l'amour

Car il n'y a pas de Révolution sans Amour,
Il n'y a pas de matin sans sourire.
La beauté sur nos lèvres est un fruit continu.
Elle a ce goût précis des oursins que l'on cueille l'aube
Et qu'on déguste alors que l'Oursin d'Or s'arrache aux brumes et sur les vagues module son chant.
Car tout est chant – hormis la mort!
Je t'aime!
Il faut chanter, Révolution, le corps sans fin renouvelé de la Femme,
La main de l'Ami,
Le galbe comme une écriture sur l'espace
De toutes ces passantes et de tous ces passants
Qui donnent à notre marche sa vraie lumière,
A notre cœur son élan.
O vous tous qui constituez la beauté sereine ou violente,
Corps purs dans l'alchimie inlassable de la Révolution,
Regards incorruptibles, baisers, désirs dans les tâtonnements de notre lutte,
Point d'appui, points réels pour ponctuer notre espérance,
O vous, frère et sœurs, citoyens de beauté, entrez dans le Poème !
Voici la mer.

La baie (parce qu'elle est un fruit de la lumière et de notre regard).
Les jeunes corps sont pleins des signes de la mer.
(Oh je répète car la beauté sur notre page est d'une reconnaissance infinie...)
Tout est lumières et chant tandis que la Révolution façonne ses outils.
Voici la mer.

Ton corps, marais salant où je règne assoiffé.
Nous boirons la mer.

Je boirai ton âme.
Ivre de sel.

Ivre de soif.

A petits coups je bois ton âme.
Quel espace dans nos connexion les plus closes!
Quelles mutilations dans cet alambic saccagé !
Tu rayonnes, porteuse de planètes,
Au bord des abîmes de lin.
Sur l'autre versant de nous-mêmes
Nous basculons.

Voici la mer.

Voici les champs.

Les sarments renfrognés.

Mais les bourgeons, l'herbe parée, la terre
Large comme tes hanche !

Et les palmes le long
Des larges routes goudronnées.

Nous chanterons l'amour
Car la Révolution sur cette terre est l'élément de fécondation capitale.
Quelle gloire dans ce simple regard d'un enfant – sous ce voile
Quelle promesse !

Que les matinées ici sont bouleversantes,
Perpétuellement neuves dans leurs modulations
Qui chantera ici deux fois le même chant ?
Et maintenant l'amour à n'en plus pouvoir dire.
Sur nos dents éclatent les grenades nouvelles,
Les grenades de la conscience populaire, les fruits !
Ton corps était presque impalpable – et je le parcourais de mes lèvres ! - mais presque,
Si grande était sur toi la multitude du soleil
Et le sable alentour.
(Les mots, dis-moi ô mon amour, les mots nous allons les remettre à neuf,
Les tirer à quatre épingles – qu'ils n'aient plus honte dans le gangues où le malheur les avait mis -
Qu'ils sortent, qu'ils aillent dans la rue, sur le Môle, dans les champs.
Comme toi, qu'ils aient le sourire apaisé. Dans
La bouche des mots l'épaisseur de la mer, l'épaisseur de tes lèvres !)
La beauté sur tes lèvres est un feu continu,
L'oiseau du soleil qui s'acharne dans sa ponte miraculeuse
Et réussit !
O je n'en finis plus de saluer le jour, de mettre mon délire
Dans l'ordre quotidien, et sur ton corps
De l'ordonner, de donner vie à l'alphabet du rêve !
Je t'aime.

La Révolution monte
Parmi la pur symphonie des jeunes corps face à la mer.

Et nous nous sommes approchés.

Quel émerveillement, terre loyale,
Quelle bonté !
La beauté était là, pour le premier venu, à la portée de la main,
Vulnérable et farouche, un fruit en équilibre
Entre le regard et la faim.

Et moi
Des oiseaux, des oiseaux
Battaient, les mots prenaient
Leurs sandales de marche.

Révolution,
Que la matinée était belle !
J'ai vu le peuple le plus beau de la terre
Sourire au fruit et le fruit se donner.

Car le fruit, si tu le convies aux fêtes de l'homme,
Il accourt.
Il éclate comme une pupille.
Tu crois qu'il est dans le désordre, il nage à brasses ordonnées.
Écoute l'oursin la méduse
Qui se déploient pour se défendre :
Une mélodie de l'espace – et le cosmonaute répond.
Ton cœur n'éclate pas de joie, il s'arrondit, il se compose.
La paix est douce sur notre peau...

Je t'aime.

Tu es forte comme un comité de gestion

Comme une coopérative agricole

Comme une brasserie nationalisée

Comme la rose de midi

Comme l'unité du peuple

Comme une cellule d'alphabétisation

Comme un centre professionnel

Comme une parole de meddah

Comme l'odeur du jasmin dans la rue de Tayeb

Comme ne gouache de Benanteur

Comme le chant des murs et la métamorphose des slogans

Comme le soléa de ma mère

Les bleus les bruns de Zérarti

Comme les baigneurs à la Pointe-Pescade

Comme le Nègre de Timgad

La Vénus de Cherchell

Mon coeur mon graffiti.

Je t'aime.

Tu es ma folie positive.

Comme une pastèque bien rouge

Comme le sourire d'Ahmed

Comme une chemise de Chine

Une djebbah de Yasmina

Comme un beau discours politique

Comme un camion plein de rires

Comme une jeune fille qui retire son voile

Comme une autre qui le remet

Comme un boucher qui affiche des prix bas

Comme un spectacle réussi

Comme la foule qui acclame

Comme Jean qui sur une pierre

Pose une autre et nomme la terre

Comme le jet d'eau dans la cour

Comme à la nuit la bouqala

Comme une pière de Djelal

Une élégie d'Anna Gréki

Comme une formule mathématique

Comme l'histoire de Madjnoun

Et sa Leïla

Comme le défilé du 1er Novembre

Comme le certitude de Bachir

Comme les escaliers d'Odessa

Comme à Tilioua les olives

Comme un danseur de hadaoui

Comme El Anka et sa colombe

Comme Yahia qui épluche le noûn

Et comme Nathalie qui épèle

Une orange.

Tu es ma poésie active.

Je t'aime.

Oui tu es forte tu es belle

Comme les mots qui trouvent sur la feuille

Leur place

Notre douleur cicatrisée

Notre miracle du pardon

Comme les youyous sur les terrasses

Le satellite qui répond

Comme un galet entre ta main

Et la mienne

Pour porter témoignage de l'été.

Ensemble nous avons affronté le ridicule,

Les habitudes acquises, les images courantes,

Les aciéries du capital.

Cet été les moissons furent bonnes.

La mer très bleue.

Presque verte.

Je t'aime.

Et maintenant pour nos enfants je dis la couleur de Tolga,

Ce bleu qui est venu frapper à notre vitre,

Pas le bleu de la mer mais un lit plus profond

Pour les loisirs simples de l'âme.

Et notre cœur, tout comme un drap, à ce bleu nous l'avons passé

(Regarde, il brille !)

Le sourire bleu de Tolga parmi ses ruines et ses palmes !

Et la dignité d'El Hamel !

M'Chounèche qui crépitait d'audace au fond des gorges !

Je n'en finirais plus de ranimer nos forges,

Je n'en finirais plus de nommer sur ton corps

Les infinis prolégomènes...

O Révolution patiente

Et têtue !

O ces dents qui sont la page blanche

Où mon poème se construit !

O nuit très douce

Dans les absinthes de tes bras !

Oui, n'aie pas peur, dis leur

Que tu es belle comme un comité de gestion

Comme une coopérative agricole

Comme une mine nationalisée.

Osons, ô mon amour, parer de fleurs nouvelles

Le corps du poème nouveau !

Et même si l'horreur maintenant nous fait face

(Car rien n'est facile, non, et tout sans fin remis),

A la terrasse des cafés si nos singes bouffis

Grignotent l'avenir avec des cacahuètes

Et parlent de Ben M'Hidi comme d'un objet de consommation anodine

(O frère-dynamite ! O frère-flamme nue !

O frère-vent actif qui déracine la gangrène !),

Même si le découragement et la dérision nous assaillent,

Maintenant nous savons que nous sommes sauvés

Dans le grand geste socialiste

Car la Révolution et l'Amour ont renouvelé notre chair

(Salves ! Salves cent fois de tzaghrit et de graines !)

Je t'aime.

Vers la mer

Les enfants de l'alphabet dresse leur joie comme des roseaux.

A l'ombre nous nous asseyons

Et tu t'émerveilles

Parce qu'une bête à bon Dieu vient se poser sur mon genou.

Oui, ceux qui ont péri ne nous ont pas trompés.

C'est pourquoi maintenant nous chanterons l'amour.

.

 

JEAN SENAC

.

 

 

 

Vous êtes mort, je ne sais rien de la mort des hommes,
rien de la goutte d’eau qui renverse la figure et la dilue en Dieu.

Dieu lui-même qu’est-il, le néant ou la roche ?
la structure de l’ombre, le suprême reproche, 
et peut-être à peine notre interrogation ?

Dieu n’est-ce pas la voix de ma mère qui tremble
quand le dernier arbre rassemble
ses fruits,
quand la misère souterraine
délie le dernier bout de laine
et tout de go nous sommes nus ?

Tout de go il fait nuit
et sur nos cœurs les gens dans la détresse
abandonnent leurs graffiti.

Vous êtes mort, Nicolas de Staël,
et je ne connais rien de la mort des hommes !

Sur la toile le rouge et le noir répercutent
l’armature des ténèbres
un lit où l’appétit funèbre
du jour
tourne, tourne à nous rompre les vertèbres !

Le soleil sur la peau des gisants se retire…
Nicolas de Staël, vous aimiez tant que cela la vie ?
tant que cela pour la briser
sans même un cri ?

Ceux qui se tuent se tuent dans le silence
comme un petit enfant qui fronce les paupières
et s’en va.

Les uns sont des oiseaux de roche,
les autres, oh nul ne les approche
dans le grand espace alarmés !

Nicolas de Staël, le jaune vous avait-il lâché ?

Un rien suffit, un rien quand la couleur s’insurge,
on dit «adieu, adieu  Panurge »
et l’on remonte au premier signe écrit.

Mais dans le cœur, dans le cœur, qui connaît les dimensions de la Merci ?

.

JEAN SENAC

.

MATINALE DE MON PEUPLE

...
Parle ô tranquille fleur tisseuse de promesses
prélude au sûr éveil de l'orge
dis que bientôt l'acier refusera la gorge
...

Je chante l'homme de transition
coeur abîmé, plaies
voyantes.
Je récuse l'horreur qui nous a frappés à la source,
la parole envenimée dont notre bouche a pris le charme.
...
.

JEAN  SENAC

.

 

JEAN SENAC

J'ai vécu de marges, de plaisirs inouïs, de météores.

D'un astre à un autre, d'un chardon à un chardon, d'une fable

A une fable, d'une cendre.

J'ai cru connaître

Et je suis ignorant.

Verbe, Ô Boraq ! puis-je prétendre

Au matin quotidien - la nappe,

Le bol fumant, le beurre, le pain bis,

Et la paix d'une main de femme ?

Au bivouac de la famine

Tant de noms - et quel bruit torride

Font mes poubelles précieuses !

Mes fresques fantastiques, mes égoïstes, mes données,

Entre deux draps

De la margelle au cratère.

J'ai cru rêver : je mâche Le miroir de la mort.

Et tous mes os sont faits de ces déchets d'empires !

Tes yeux, s'ils existent quelque part, qu'ils pilotent mes requins !

Il suffit que tu me nommes, Je serai nu.

.

JEAN SENAC

.

:

RIEN...

« Rien…


Rien,
C’est un mot qui fuit
D’une vertèbre à l’autre.
Rien,
C’est une brindille
Qui casse sous la joue.
Rien,
C’est dans un rocher
Un peu de mer qui brûle.
Rien,
C’est la liberté
Qui blesse vos pieds nus. »

.

JEAN  SENAC

.

 

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L'HOMME OUVERT


Cet homme portait son enfance
sur son visage comme un bestiaire
il aimait ses amis
l'ortie et le lierre l'aimaient

Cet homme avait la vérité
enfoncée dans ses deux mains jointes
et il saignait

À la mère qui voulut enlever son couteau
à la fille qui voulut laver sa plaie
il dit "n'empêchez pas mon soleil de marcher"

Cet homme était juste comme une main ouverte
on se précipita sur lui
pour le guérir pour le fermer
alors il s'ouvrit davantage
il fit entrer la terre en lui

Comme on l'empêchait de vivre
il se fit poème et se tu

Comme on voulait le dessiner
il se fit arbre et se tu

Comme on arrachait ses branches
il se fit houille et se tu

Comme on creusait dans ses veines
il se fit flamme et se tu

Alors ses cendres dans la ville
portèrent son défi

Cet homme était grand comme une main ouverte.

.

JEAN  SENAC

.

 

POEMES ILIAQUES

J’aime écrire parce que c’est
Te couvrir de caresses,
Nommer ta chair dans plus féroce au-delà,
Et boire, à même nos songes,
D’une même bouche épurée,
Ces mots fous de soleil et d’orange sanguine!

.

JEAN  SENAC

 

Miroir de l'églantier

Feu de sarments dans tes yeux
Feu de ronces sur tes joues
Feu de silex sur ton front
Feu d'amandes sur tes lèvres
Feu d'anguilles dans tes doigts
Feu de laves sur tes seins
Feu d'oranges dans ton coeur
Feu d'oeillets à ta ceinture
Feu de chardons sur ton ventre
Feu de glaise à tes genoux
Feu de bave sous tes pieds
Feu de sel et feu de boue
un incendie réel
tout droit sur la falaise
un faisceau de saveurs
où je me reconnais

Mère ma ténébreuse

.

JEAN  SENAC

 

Par ahmed bengriche
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 08:14

 

PENTECÔTE

Mieux vaut une jungle dans la tête
que du béton sans racines.
Mieux vaut rester perplexe
devant la rue sinueuse des lucioles ;

les lampes hivernales ne montrent pas
l’endroit où se perd le trottoir,
pas plus que ces langues de neige
ne peuvent parler pour le Saint-Esprit ;

le silence en pleine croissance
des mots s’égouttant d’un toit
indique les grilles métalliques,
une direction, à défaut de preuve.

Mais mieux vaut encore ce ressac nocturne
avec les lentes écritures du sable,
qui envoie non pas tant un séraphin
qu’un cormoran attardé

dont le cri affaibli avance
dans le haut-fond phosphorescent
que, dans les évangiles de mon enfance,
on appelait l’Âme.



SAUF-CONDUIT

Rilke fut emporté dans les cieux.
Puis ce fut le tour de Pasternak.
L’un fume avec le séraphin,
l’autre est revenu

cheminer dans les mares gelées
avec leurs saules aussi grands que des harpes,
sa mèche grise est celle d’un étalon,
son cœur pareil à celui d’Akhmatova,

à un cheval gris en hiver
qui, dans la neige épaisse et tourbillonnante,
alors que cette plage blanche devient plus blanche encore,
hennit et est ici.

Derek Walcott, La Lumière du monde, traduction de Thierry Gillyboeuf, Circé, 2005, pp. 181 et 179

Préparation à l’exil

Pourquoi est-ce que j’imagine la mort de Mandelstam
parmi les cocotiers qui jaunissent,
pourquoi ma poésie guette-t-elle déjà derrière elle
une ombre pour emplir la porte
et rendre invisible jusqu’à cette page ?
Pourquoi la lune s’intensifie-t-elle en lampe à arc
et la tache d’encre sur ma main s’apprête-t-elle pouce en bas
à s’imprimer devant un policier indifférent ?
Quelle est cette odeur nouvelle dans l’air
qui jadis était sel, sentait le citronnier à l’aube,
            et mon chat, je sais que je l’imagine, bondit hors de mon chemin
les yeux de mes enfants semblent déjà des horizons
et tous mes poèmes, même celui-ci, veulent se cacher ?



L’amour après l’amour

Le temps viendra
où, avec allégresse,
tu t’accueilleras toi-même, arrivant
devant ta propre porte, ton propre miroir,
et chacun sourira du bon accueil de l’autre

et diras : assieds-toi. Mange.
Tu aimeras de nouveau l’étranger qui était toi.
Donne du vin. Donne du pain. Redonne ton cœur
à lui-même, à l’étranger qui t’a aimé

toute ta vie, que tu as négligé
pour un autre, et qui te connaît par cœur.
Prends sur l’étagère les lettres d’amour,

les photos, les mots désespérés,
détache ton image du miroir.
Assieds-toi. Régale-toi de ta vie.


Derek Walcott, Raisins de mer [Sea grapes], traduction de Claire Malroux,

 

POUR   NORLINE



Cette plage restera vide
pour de nouvelles aubes couleur ardoise
des lignes que le ressac efface
sans cesse avec son éponge,

et quelqu’un d’autre viendra
de la maison encore endormie,
une tasse à café chauffant dans sa main
comme autrefois mon corps se lovait sur le tien,

pour mémoriser ce passage
d’une sterne sirotant le sel,
comme quand on aime une ligne
sur une page, et qu’il est difficile de la tourner.



Derek Walcott, La Lumière du Monde, Éditions Circé, 2005, pp. 118-119. Traduit de l’anglais par Thierry Gillybœuf.

 

EXTRAIT 1

La lune brille comme un bouton égaré;
l'eau noire pue sous l'éclairage au sodium
du quai. La nuit s'allume aussi sûrement
qu'au commutateur, les assiettes s'entrechoquent
derrière les fenêtres éclairées,
je longe les murs où passent des ombres éparses
qui ne parlent pas. Parfois, sur des seuils étroits
des vieux jouent aux mêmes jeux tranquilles
cartes, dés, dominos. Je leur donne des noms.
La nuit est compagnonable, le jour aussi violent
que l'avenir de l'homme n'importe où. Je comprends
l'amour aveugle de Borges pour Buenos Aires,
comment un homme peut sentir les veines d'une cité
gonfler dans sa main.

EXTRAIT 2

Au bout de cette phrase, viendra la pluie.
Au ras de la pluie, une voile.
Lentement, la voile perdra de vue les îles;
dans une bruine s'évanouira l'espoir d'une rade
d'une race entière.
La guerre de dix ans est finie.
La chevelure d'Hélène, un nuage gris.
Troie, un blanc cendrier
au bord de la mer sous la bruine.
La bruine se tend comme les cordes d'une harpe.
Un homme, des nuages dans les yeux, recueille la pluie
et arrache la première page de l'Odyssée.

 

Extrait du poème «Grèce» :

… Je m’approchai du bord pour jouir de la vue,
Savourant cette vacuité d’air et de mer,
le vent emplissant ma bouche disait le même mot
pour «vent», mais ici il rendait un son différent,
déchirant la mer comme papier, arrachant
mer, vent et mot de leur racine corrompue ;
ma mémoire chevauchait ses rafales.
Le corps que j’avais abandonné à mes pieds
n’était pas un corps en vérité mais un grand livre,
ses pages voletant comme chitons sur une frise,
jusqu’à ce que le vent pénètre sa reliure…

 

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Derek Walcott, Omeros, Livre I, chapitre 1

Voici une traduction (à la hache) du début d’Omeros  faites  par  Pierre Vinclair

« C’est ainsi, au lever du soleil, que nous en fîmes des canots. »
Philoctète sourit pour les touristes – qui essaient de prendre
son âme avec leurs appareils. « Quand le vent apporte la nouvelle

aux laurier-cannelles, leurs feuilles se mettent à remuer
au moment même où la lame du soleil vient frapper les cèdres –
parce qu’ils peuvent voir les haches dans nos yeux.

Vent lève les fougères – comme le bruit de la mer qui nous nourrit,
nous autres, pêcheurs à vie – et les fougères hochent la tête : “Oui,
les arbres doivent mourir.” Alors, les poings serrés dans le veston,

parce qu’il fait froid dans ces hauteurs et que notre souffle fait une buée
pareille à du brouillard, nous faisons passer le rhum. Lorsqu’il revient
c’est pour distiller, en nous, l’esprit des assassins.

Je lève ma hache et prie que mes mains soient assez fortes
pour blesser le premier cèdre. La rosée a rempli mes yeux –
mais je brûle un autre rhum blanc. Puis nous avançons. »

Pour quelques pièces de plus, sous un badamier,
il leur montre la cicatrice qu’il doit à une ancre rouillée,
enroulant sa jambe de pantalon et poussant un gémissement

de conque. Cela a plissé, comme la corolle
d’un oursin. Il n’explique pas sa guérison.
« J’ai d’autres choses » – il sourit – « qui valent plus d’un dollar. »

Il a confié à une cascade volubile le soin
de déverser son secret le long de La Sorcière – depuis
les grandes landes de lauriers, au sol desquels l’appel des colombes

le transmet, sur leur note, aux montagnes bleues, tacites,
dont les ruisseaux bavards, en l’emmenant jusqu’à la mer,
se transforment en mares, stagnantes, où chassent les clairs vairons

et où une aigrette sort des roseaux avec un cri rouillé
à force de frapper et frapper la boue d’une patte levée.
Puis, le silence est coupé en deux par une libellule

alors que les anguilles écrivent leur nom sur la plage claire,
lorsque le lever du soleil illumine la mémoire de la rivière
et que les vagues d’énormes fougères hochent au son de la mer.

Même si la fumée oublie la terre d’où pourtant elle s’élève,
et même si les orties comblent les trous où moururent les lauriers,
un iguane entend les haches, troublant la lentille de chaque appareil

de son nom perdu – lorsque l’île bosselée était encore appelée
« Iounalao » : « Où l’on trouve des iguanes. »
Mais, prenant son temps, l’iguane va mettre un an

à grimper le gréement des vignes, son fanon éventé,
ses coudes poings sur les hanches, sa queue déterminée
bougeant avec toute l’île. La gousse fendue de ses yeux

affinée au cours d’une pause qui aura duré des siècles,
montée avec la fumée des Aruacs, jusqu’à ce qu’une nouvelle race,
inconnue des lézards, ne viennent pour mesurer les arbres.

Ceux-ci, qui avaient été leurs piliers, tombèrent, ne laissant qu’un ciel bleu
à un Dieu unique, là même où se trouvaient jusqu’alors les dieux anciens.
Le premier dieu était un gommier. Le générateur

commença par un gémissement, et un requin, de sa mâchoire latérale,
fit voler les copeaux, comme des maquereaux hors de l’eau,
dans les herbes agitées. Maintenant ils arrêtent la scie,

encore brûlante et tremblotante, pour examiner la blessure
qu’elle a faite. Ils ôtent la mousse gangréneuse et arrachent
de la blessure le réseau de vignes qui continuent de la relier

à sa terre – et hochent la tête. Le fouet du générateur
redémarra et les copeaux volèrent plus vite, comme
les crocs du requin, uniformément, rongeaient. Ils protégèrent leurs yeux

du nid d’éclats. Maintenant, au-dessus des champs
de bananes, l’île a perdu ses cornes. Le soleil
suinta sur ses vallées, le sang éclaboussa les cèdres,

et la lande fut inondée de cette lumière de sacrifice.
Un gommier s’est fendu, laissant derrière lui une immense
bâche dont le faîtage serait parti. Le craquement

fit sursauter les pêcheurs, à mesure que le mât
se penchait doucement dans les trous de fougères. Puis, le sol
frissonna, sous les pieds, traversé d’ondes – puis les ondes passèrent.

 

Achille jeta un oeil dans la brêche laissée par le laurier.
Il vit[1] le trou, silencieusement, cicatriser grâce à l’écume
d’un nuage, comme d’un brisant. Puis il vit le martinet[2]

qui traversait l’embrun, une petite chose, loin de chez elle,
perturbée par les vagues de collines bleues. Une vigne lui accrocha
le talon. Il s’en libéra. Autour de lui, d’autres vaisseaux

s’informaient du travail des scies[3]. Avec le coutelas, il fit
un rapide[4] signe de croix, le pouce touchant les lèvres
quand la pointe fit tinter les haches. Il ramena la lame

pour tailler, noeud après noeud, les gros bras du dieu mort,
arrachant du tronc les veines brisées, comme s’il priait :
“Arbre ! Tu peux être un canoë[5]  ! Ou bien – tu ne peux pas !”

Les ancêtres barbus supportèrent la décimation
de leur tribu, sans prononcer même une syllabe[6]
de ce langage, qu’ils avaient achevé en nation[7],

le discours instruisant les jeunes pousses : depuis l’énorme babil
du cèdre jusqu’aux voyelles vertes du bois-campêche[8].
Le bois-flot tint sa langue avec le laurier-cannelle,

le bois de sang[9] peau-rouge endura, dans sa chair, les épines,
tandis que le patois Aruac crépitait dans l’odeur
d’un feu de résineux rendant les feuilles brunes

avec des langues vrillées, puis de la cendre – et leur langage fut perdu.
Comme les barbares arpentant les colonnes qu’ils venaient d’abattre,
les pêcheurs hurlèrent. Les dieux étaient à terre, enfin.

Comme des pygmées, ils taillèrent les troncs de ces géants ridés
en rames et en pagaies. Ils travaillaient avec la même
concentration qu’une armée de fourmis de feu[10].

Mais contrariés par la fumée qui souillait le nom de leur forêt,
les moustiques ne cessaient de souffler leurs flèches sur le torse d’Achille.
Celui-ci badigeonna de rhum ses deux avant-bras ; au moins,

ceux qu’il écraserait en astérisques mourraient ivres.
Ils allèrent vers ses yeux. Ils les encerclèrent d’attaques
qui lui firent verser des larmes d’aveugle. Puis la nuée battit en retraite

vers les hauts bambous, pareil aux archers des Aruacs
fuyant le mousquet des bûches craquantes, poussés
par l’étendard de feu et la hache sans remord

qui tailladait les branches. Les hommes nouèrent les gros troncs d’abord
avec le nouveau chanvre et les transportèrent, comme des fourmis, vers une falaise
d’où ils les jetèrent, trouant les hautes orties. Et la soif de ces grumes grossit,

pour la mer avec laquelle étaient nés leurs corps enlierrés.
Maintenant les troncs, impatients de devenir des canoës,
labouraient les buissons des brisants, dont les rochers leur faisaient

des trous grossiers, ne sentant pas la mort à l’intérieur, seulement l’utilité –
toiturer la mer, être coques. Puis, sur la plage, les charbons
furent placés dans des foyers taillés à l’herminette.

C’est un camion à plateau qui avait transporté leurs corps encordés.
Les charbons de bois fumant évidèrent des jours durant les pirogues
jusqu’à ce que la fournaise élargît assez, dans le bois, son vaigrage nervuré.

Sous son ciseau martelant, Achille sentit leurs crevasses
aspirant à caresser la mer, et à précipiter dans la brume
d’îlots imprimés sur les flots par les oiseaux, le bec de leurs proues dédoublées.

Ensuite, tout s’accorda. Les pirogues s’accroupirent sur le sable,
comme des chiens de chasse avec des bâtons entre les dents. Le prêtre
les saupoudra d’un son de cloche, puis les consacra, d’un signe esquissant

l’oiseau[11]. Lorsqu’il sourit du canoë d’Achille, In God we Troust,
Achille dit : “Laisse ! C’est comme ça que Dieu prononce, et moi aussi.”
Après la messe à l’aube les canoës pénétrèrent dans les creux

des surfaces surplissées [12], et leurs proues, hochetant,
convinrent avec les vagues d’oublier leurs vies d’arbres ;
l’une servirait Hector et l’autre, Achille.

 

 

Achille pissa dans le noir, puis referma la demi-porte.
Elle était rouillée par la houle. Il souleva
le seau avec le crabe d’une main ; dans le trou sous la hutte

il cacha la marche de parpaing. Comme il s’approchait du dépôt,
la brise qui tombait le recouvrit de sel – venue dans les rues grises
devant les maisons de bonne-nuit, sous les barres de sodium

des lampadaires, jusque sur l’asphalte sec qu’abandonnaient ses pieds ;
il compta les petites étincelles bleues d’étoiles isolées.
Les feuilles des bananiers acquiesçaient à la colère

ondulante des coqs, aux cris stridents comme une craie rouge
esquissant un croquis de collines sur une ardoise. Attendant, comme son maître,
le ressac ne cessait de venir frotter son pied volontaire.

Le temps de leur rencontre devant le mur de l’appentis de béton,
l’étoile du matin avait reculé, comme haïssant l’odeur
des filets et des intestins de poissons ; la lumière était rude, là-haut,

et l’on voyait l’horizon. Il mit le filet près de la porte
du dépôt, avant de se laver les mains dans la bassine.
Le ressac n’éleva guère la voix et même les bassets rayés

restaient tranquilles autour des canoës ; une fiole d’absinthe
fut tendue par le pêcheur, qui claqua la langue
et secoua l’arbrisseau duquel on l’avait distillée.

C’était dans cette lumière qu’Achille était heureux.
Quand, avant que leurs mains n’aient agrippé les vaigrages, ils se présentaient
au large qui leur rentrerait dedans, sentant leur jour commencer.

 

Par ahmed bengriche
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 06:29

 

 

Funeral blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.


 

Le poème de W. H. Auden : Arrêter les pendules

Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne,
Faire taire les pianos et les roulements de tambour
Sortir le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent ces trois mots Il Est Mort,
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices
Ganter de noir les mains des agents de police

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye
Démonter la lune et le soleil
Vider l'océan, arracher les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais.

-- Wystan Hugh Auden (1907-1973)

 

 

Arrête toutes les horloges, coupe le téléphone,
Jette un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer,
Fais taire les pianos et avec un tambour étouffé
Sors le cercueil, fais entrer les pleureuses.

Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos têtes
Griffonnant sur le ciel ce message : Il est Mort,
Noue du crêpe au cou blanc des pigeons,
Donne des gants de coton noir à l’agent de la circulation.

C’était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest,
Mon travail, mon repos
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durait pour toujours : j’avais tort.

On ne veut plus d’étoiles désormais ; éteins-les toutes ;
Emballe la lune et démonte le soleil,
Vide l’océan et balaie les bois ;
Car rien maintenant ne vaut plus la peine.

 

 

 

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,

Pourvu qu'il n'aboie point, jetez un os au chien

Etouffez les pianos et qu'un tambour voilé

Au sortir du cercueil, accompagne le deuil.

 

Que les avions décrivent des cercles en gémissant

Et tracent dans le ciel ces trois mots : il est mort

Nouez un crêpe au cou des oiseaux blancs

Ajoutez des gants noirs aux tenues des agents

 

Cétait mon nord, mon sud, l'orient et l'occident

Mon travail en semaine, mon repos du dimanche

Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant

Je pensais que jamais l'amour ne finirait ; j'avais tort

 

Etoiles, disparaissez, qu'il n'en reste plus une

Démontez le soleil et remballez la lune

Asséchez l'océan, balayez les forêts

Car rien de bon ne peut advenir désormais.

 

 

 

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Faites taire le chien d’un os gras qu’on lui donne,
Silence les pianos ! Sourdine, les tambours
Pour sortir le cercueil entre tout ces cœurs lourds..

Que les aéroplanes voltigeant au dehors
dessinent ces trois mot : Il Est Mort.
Mettez du crêpe noir aux cous blancs des pigeons,
aux mains des policiers des gants noirs en coton.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
ma semaine affairée, mon dimanche de sieste,
mon midi, mon minuit, mes mots et ma chanson.
Je pensais que l'amour ne finirait jamais : eh bien non.

Plus besoin des étoiles et que, tous, ils s’en aillent
envelopper la lune, démonter le soleil
assécher l'océan, arracher les forêts
car ici rien d’heureux n’adviendra plus jamais.

Par ahmed bengriche
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 01:34

LA GARE

Ma
non-arrivée dans la ville N
s'est passée à l'heure ponctuelle

Je te l’avais annoncé
par une lettre non envoyée.

Tu as eu tout le temps
de ne pas arriver à l'heure

Le train est arrivé quai trois
un flot de gens est descendu.

La foule en sortant emporta
l’absence de ma personne

Quelques femmes s’empressèrent
de prendre ma place dans la foule

Quelqu'un que je ne connaissais pas
courut vers une d'entre elles
qui la reconnut immédiatement.

Ils échangèrent un baiser
qui n’était pas pour nos lèvres.
Entre temps une valise disparut
qui n'était pas la mienne

La gare de la ville N a passé
son examen d’existence objective

Tout était parfaitement en place
et chaque détail avancait
sur des rails infiniment bien tracés.

Même le rendez-vous a eu lieu.

Mais sans notre présence.

Au paradis perdu
de la probabilité

Ailleurs
ailleurs.
Combien résonnent ces mots.

.....

VIETNAM


Femme comment tu t’appelles ? – je ne sais pas

Où et quand es-tu née ? – je ne sais pas

Pourquoi as-tu creusé ce trou ? – je ne sais pas

Combien de temps tu t’es cachée ? – je ne sais pas

Pourquoi tu as mordu la main que je te tendais ? – je ne sais pas

Sais-tu que nous sommes là pour t’aider ? – je ne sais pas

De quel côté es-tu ? – je ne sais pas

Dans une guerre il faut être d’un côté ou de l’autre. – je ne sais pas

Est-ce que ton village existe encore ? – je ne sais pas

Ce sont tes enfants ? – Oui.

.....

LES AVEUGLES


Un poète lit ses poèmes à des aveugles.
Il ne pensait pas que ce serait si difficile.
Sa voix se trouble.
Ses mains tremblent.

Il ressent comment chaque phrase
est soumise à l’épreuve des ténèbres.
Le poème doit se débrouiller tout seul,
sans lumières, sans couleurs.

Dangereuse expérience pour les étoiles du poème,
l’aube, l’arc-en-ciel, l’inconsistance des nuages,
la lumière des néons, le clair de lune
le scintillement argenté du poisson dans l’eau.
le vol silencieux de l’aigle dans ses hauteurs.

Le poète lit - il est trop tard pour ne pas lire -
un enfant au pull jaune dans une prairie verte,
les innombrales toits rouges au fond de la vallée
le tourbillon des numéros sur le maillot des joueurs
une femme infiniment nue par la fente d’un porte.

Il voudrait bien taire - mais c’est impossible -
la saints alignés sur le porche de la cathédrale,
les gestes d’adieu échangés par la fenêtre d’un train,
les verres du microscope, le chatoiement d’une bague
le cinéma, les miroirs, les portraits dans l’album.

Mais les aveugles ont beaucoup de gentillesse,
de tact et d’indulgence.
Ils écoutent, sourient, et applaudissent.

Il y en a même un qui vient trouver le poète
une livre à la main ouvert à l’envers
pour lui demander un autographe invisible.

.....

ADMIRABLE NOMBRE PI


trois virgule un quatre un.
Chaque décimale est à la fois la suivante et la première
cinq neuf deux, puisqu’il est un chiffre sans fin.
Trop vaste six cinq trois cinq pour le saisir d’un seul regard
huit neuf, d’un simple calcul
sept neuf, avec l’imagination
trois deux trois huit, ou d’un jeu de mots
Trop vaste pour le comparer quatre six à quoiqu’il soit dans le monde.
Le plus long serpent terrestre cesse d’exister au bout de quarante mètres.
De même, mais légèment plus loin, les serpents de légendes.

Pi, avec son cortège de décimales
ne s’arrête pas à la bordure de la page,
il continue sur la table, traverse l’air
le mur, la feuille, le nid d’oiseau, les nuages, le ciel
jusqu’à un paradis flou et sans fond.
A côté de lui, la queue d’une comète n’est qu’une queue de souris
Même un rayon d’étoile plie sous le poids de l’espace.
Mais lui, deux, trois, quinze, trois cent dix-neuf,
mon numéro de téléphone, votre encolure,
l’année mil neuf cent soixante treize, sixième étage,
soixante cinq centimes, nombre d’habitants,
tour de taille, deux doigts, une charade, un code,
chant du rossignol, promesses d’amour
pour toujours...

Inutile de vous presser avec lui, vous n’y arriverez pas au bout.
La terre et le paradis, eux-même, sont temporels
mais pas notre Pi:
avec son cinq toujours parfaitement droit
son huit remarquablement beau
et son sept qui ne sera jamais le dernier
à pousser du coude cette flemmarde d’éternité
pour l’obliger à continuer.

......

DANS LE FLEUVE D’HÉRACLITE   



Dans le fleuve d’Héraclite
poisson pêche poisson
poisson écaille poisson avec poisson tranchant
poisson construit poisson, poisson habite poisson
poisson s’enfuit de poisson assiégé

Dans le fleuve d’Héraclite
poisson aime poisson
tes yeux, lui dit-il, brillent comme poissons dans le ciel
voudrais-tu partager la mer avec moi
Ô toi la plus belle du ban

Dans le fleuve d’Héraclite
poisson vient d’inventer le poisson des poissons
poisson s’agenouille devant poisson, chante poisson
poisson prie poisson de lui rendre la vie plus facile

Dans le fleuve d’Héraclite
moi poisson solitaire, poisson différent
(tout au moins du poisson arbre et du poisson rocher)
j’écris petit poisson d’argent
couvert d’écailles scintillantes
Serait-ce les étoiles qui clignent des yeux devant la nuit étonnée ?






CONVERSATION AVEC
LA PIERRE


Je frappe à la porte de la pierre
”C’est moi, laisse-moi entrer.
je viens te voir, te visiter
sentir ton souffle”

”Va-t-en, dit la pierre
Je suis fermée à clé.
Même brisée en morceaux
nous resterons toujours fermés,
même réduite en sable
nous ne laisserons entrer personne.”

Je frappe à la porte de la pierre.
”C’est moi, laisse-moi entrer.
Je viens par simple curiosité
et la vie est l’unique occasion.
Je voudrais seulement me promener dans ton palais
avant d’aller visiter la feuille et la goutte d’eau.
Je n’ai pas beaucoup de temps
car je n’ai qu’une vie.

- Je suis faite de pierre, dit la pierre.
Je dois rester sérieuse. Va-t-en,
tu vois bien que je n’ai pas les muscles du rire.

Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.
On dit qu’il y a chez toi des grandes salles vides
majestueuses et sans bruit de pas
que personne n’a jamais vu.
Avoue que tu ne les connais pas toi-même.

-De grandes salles vides c’est vrai
mais il n’y a pas de place, dit la pierre.
Belles, peut-être
mais pas d’une beauté perceptible à tes sens.
Tu peux me savoir, mais jamais me connaître.
Tu me vois en apparence mais pas dans mon essence
Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.
Je te promets de ne pas m’éterniser pas chez toi
ni prendre refuge
Je ne suis pas malheureuse et j’ai un domicile.
Et puis le monde vaut la peine qu’on y retourne.
J’entrerai chez toi et ressortirai les mains vides
sans toucher à rien.

Comme preuve de ma visite
j’écrirai seulement quelques mots
et d’ailleurs personne ne me croira.

- Tu n’entreras pas, dit la pierre.
Tu n’as pas le sens du partage
et aucun autre sens ne peut le remplacer
pas même la clairvoyance de l’au-delà.
Tu n’entreras pas,
tu ne connais pas le partage
tu n’en a qu’une image lointaine.

Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.
Je ne peux pas attendre deux mille siècles
pour venir chez toi.

- Si tu ne me crois pas, dit la pierre
demande à la feuille, elle te dira la même chose,
et la goutte d’eau te dira comme la feuille.
Tu peux même demander à un cheveu de ta tête, si tu veux.
Tu me fais rire, tiens. D’un immense éclat de rire
comme si j’avais appris à rire.

Je frappe à la porte de la pierre
- C’est moi, laisse-moi entrer.

- Je n’ai pas de porte, dit la pierre.


....

UN CHAT DANS UN APPARTEMENT VIDE



Mourir. Il ne faut pas faire cela à un chat.
Que peut-il faire dans un appartement vide ?
Grimper aux murs ?
Se frotter contre les meubles?

Apparement rien n’a changé
et pourtant rien n’est pareil.
Rien n’a été déplacé
et pourtant rien n’est en place.
Et le soir, pas de lampe allumée.

Un bruit de pas dans l’escalier
mais ce n’est pas le bon.
Une main met le poisson dans l’assiette
mais ce n’est pas la bonne.

Quelque chose ne commence pas
à l’heure habituelle,
quelque chose ne se passe pas
comme cela devrait.
Quelqu’un était là depuis toujours
et soudain n’est plus
s’obstinant à rester disparu.

On a fureté dans les armoires
fouillé les étagères
on s’est faufilé sous le tapis pour vérifier.
On a même bravé l’interdit en allant au bureau
et en mettant les papiers en désordre

Que faire maintenant ?
Dormir et attendre.

Attendre qu’il revienne
s’il ose.
Et lui faire savoir qu’on ne fait pas ça à un chat.

On avancera vers lui
l’air détaché, un peu hautain
en faisant semblant de ne pas le voir.
On marchera très lentement
la patte boudeuse
et surtout, pas un bond, pas un ronron,
du moins au début.

Wislawa Szymborska
...

 

Oignon

L'oignon c'est pas pareil.
Il n'a pas d'intestins.
L'oignon n'est que lui-même
foncièrement oignonien.
Oignonesque dehors,
oignoniste jusqu'au coeur
il peut se regarder,
notre oignon, sans frayeur.

Nous : étranges et sauvages
à peine de peau couverts,
enfer tout enfermé,
anatomie ardente,
et l'oignon n'est qu'oignon,
sans serpentins viscères.
Nudité multitude,
toute en "et caetera".

Entité souveraine
et chef-d'oeuvre fini.
L'un mène toujours à l'autre
le grand au plus petit,
celui-ci au prochain,
et puis à l'ultérieur.
C'est une fugue concentrique
L'écho plié en choeur.

L'oignon, ça s'applaudit :
le plus beau ventre à terre
s'enveloppant lui-même
d'auréoles altières;
En nous : nerfs, graisses et veines
mucus et sécrétions.
On nous a refusé
l'abrutie perfection.


Wislawa Szymborska , De la mort sans exagérer, 1957


....

Utopie

L'île où tout trouve enfin une bonne explication.
Ici on peut se fonder sur des preuves solides.
Point de chemin autres que ceux qui touchent au but.
Les buissons plient sous le poids des réponses.

C'est ici que pousse l'arbre de la Juste Hypothèse
aux branches démêlées depuis l'éternité.
L'arbre de Compréhension, lumineusement simple
s'élève près d'une source nommée Alors C'est ça.
Plus on avance, et plus vaste s'ouvre
la Vallée de l'Evidence.

Si un doute subsiste, le vent le chasse tout de suite.
L'écho prend la parole sans qu'on le lui demande
livrant avec ferveur les arcanes du monde.
A droite, la caverne où se reflète le sens.
A gauche, le lagon de Conviction Profonde.
La vérité remonte sans peine à la surface.
Au dessus du vallon, le Mont des Certitudes.
De son sommet s'étend la vue du Fond des Choses.

En dépit de ses charmes, l'île est toujours déserte,
et les traces des pas qu'on trouve sur le rivage
se dirigent toutes, sans exception, vers le large.

Comme si l'on ne faisait que repartir d'ici
pour plonger sans retour dans les abysses marins.

Dans la vie inconcevable.

Wislawa Szymborska , De la mort sans exagérer, 1957
.....


Découverte

Je crois en une grande découverte.
Je crois en l'homme qui fera la découverte.
Je crois en l'effroi de l'homme qui fera la découverte.

Je crois en son visage livide,
en sa nausée, en la sueur sur sa lèvre.

Je crois en notes brûlées,
brûlées jusqu'aux cendres,
brûlées jusqu'à la dernière.

Je crois en la dispersion des chiffres,
leur dispersion sans regrets.

Je crois en la hâte de l'homme,
en la précision de ses gestes,
en son libre arbitre.

Je crois en la destruction des tables,
le déversement des liquides,
l'extinction du rayon.

J'affirme qu'on y parviendra,
qu'il ne sera pas trop tard,
et que la chose se fera sans témoins.

Personne n'en saura rien, j'en suis sûre,
ni la femme, ni le mur,
ni l'oiseau : sait-on jamais ce qu'il chante.

Je crois en la main suspendue,
je crois en la carrière brisée,
en des années de travail pour rien.
Je crois en un secret emporté dans la tombe.

Ces mots planent très haut au-dessus des formules.
Ne cherchent nul appui sur quelque exemple que ce soit.
Ma foi est forte, aveugle, et sans aucun fondement.



Wislawa Szymborska in De la mort sans exagérer, 1957

 

Quatre heures du matin


Quatre heures du matin
Heure de la nuit au jour
Heure du flanc droit au gauche
Heure pour avant la trentaine.

Heure balayée sous le chant des coqs.
Heure où la terre semble nous chasser.
Heure où nous glace le souffle des étoiles éteintes.
Heure de qu'est-ce qui restera-bien-de-nous.

Heure vide,
sourde, aride.
Fond du fond de toutes les autres heures.

Personne n'est vraiment bien à quatre heures du matin.
Si les fourmis sont bien à quatre heures du matin
Bravo les fourmis. Mais que viennent vite cinq heures
Si tant est que nous devons survivre.


Wislawa Szymborska , De la mort sans exagérer, 1957

 

TOUT HASARD

Cela a pu arriver.
Cela a dû arriver.
Cela est arrivé plus tôt. Plus tard.
Plus près. Plus loin.
Pas à toi.

Tu as survécu, car tu étais le premier.
Tu as survécu, car tu étais le dernier.
Car tu étais seul. Car il y avait des gens.
Car c'était à gauche. Car c'était à droite.
Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre.
Car le temps était ensoleillé.

Par bonheur il y avait une forêt.
Par bonheur il n'y avait pas d'arbres.
Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein,
un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde.
Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau.

Parce que, car, pourtant, malgré.
Que se serait-il passé si la main, le pied,
à un pas, un cheveu
du concours de circonstances.

Tu es encore là? Sorti d'un instant encore entrouvert?
Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers?
Je ne puis assez m'étonner, me taire.
Ecoute

comme ton coeur me bat vite.

Wislawa Szymborska
(traduction Christophe Jezewski)

 

Certains aiment la poésie

Certains,
Pas tout le monde.
Pas la majorité, mais une minorité.
Hormis les écoliers qui le doivent, et les poètes eux-mêmes.
Ca doit faire dans les deux sur mille.
Certains aiment.
Mais on aime aussi le potage aux vermicelles.
On aime les compliments et la couleur bleu clair.
On aime un vieux foulard.
On aime avoir raison.
On aime flatter un chien.
La poésie, mais qu’est-donc que la poésie ?
Plus d’une réponse brûlante a déjà été donnée.
Et moi je n’en sais rien.
Je n’en sais rien et je m’y accroche comme à une rampe de salut.

Wyslawa Szymborska

 

LE VIN





D’un regard il me fit plus belle,
et je pris cette beauté sans remords.
Heureuse, j’avalai une étoile.

Qu’il me réinvente maintenant
à l’image de mon reflet
dans ses yeux. Je danse, je danse
dans les flots de mes ailes soudaines.





Extrait du recueil « Le sel »



Wislawa SZYMBORSKA

 

 

Sur la mort, sans exagération
Il ne peut prendre une blague,
trouver une étoile, faire un pont.
Il ne sait rien sur le tissage, l'exploitation minière, l'agriculture,
construction des navires, ou des gâteaux au four.

Dans notre planification pour demain,
il a le dernier mot,
qui est toujours à côté de la pointe.

Il ne peut même pas les choses faites
qui font partie de son commerce:
creuser une fosse,
faire un cercueil,
nettoyer après lui-même.

Préoccupé de meurtre,
il fait le travail maladroitement,
sans système ou de qualification.
Comme si chacun d'entre nous étaient de sa première victime.

Oh, elle a ses triomphes,
mais regardez ses défaites innombrables,
manqué des coups,
et les tentatives de répéter!

Parfois, il n'est pas assez forte
d'écraser une mouche de l'air.
Nombreux sont les chenilles
qui l'ont outcrawled.

Tous ces bulbes, des gousses,
tentacules, les nageoires, trachées,
plumage nuptial, et l'hiver en fourrure
montrer qu'il a pris du retard
à ses travaux sans enthousiasme.

La mauvaise volonté n'aidera pas
et même notre tendre la main avec les guerres et les coups d'État
est à ce jour ne suffit pas.

Cœurs battent à l'intérieur des œufs.
Squelettes Babies 'croître.
Graines, durs au travail, poussent leur paire de minuscules premières feuilles
et parfois même de grands arbres tombent.

Quiconque prétend que c'est tout-puissant
est lui-même la preuve vivante
qu'il n'est pas.

Il n'y a pas de vie
qui ne pouvaient pas être immortelle
si ce n'est que pour un moment.

Mort
arrive toujours en ce moment même trop tard.

En vain, il tire sur le bouton
de la porte invisible.
Pour autant que vous êtes
ne peut pas être annulée.



De Wislawa Szymborska

 

ENCORE

Dans les wagons plombés
des noms traversent le pays,
mais où s'en vont-ils ainsi
et quand descendront-ils enfin,
cela ne me le demandez point,
je ne le dirai pas, n'en sais rien.

Le nom Nathan frappe sur la portière,
le nom Isaac, dément, se met à chanter,
le nom Sarah implore de l'eau pour le nom
Aaron qui dès lors à la soif succombe.

Ne saute pas du train en marche, nom David,
nom qui con*****e à être vaincu
et que nul ne veut plus donner, nom sans abri,
trop lourd à porter dans ce pays.

Que mon fils ait un nom bien slave
car ici on compte chaque cheveu,
car ici on distingue le bien du mal
suivant le nom et la coupe des yeux.

Ne saute pas du train. Miroslaw sera le fils.
Ne saute pas. Il n'est pas encore temps.
Ne saute pas. La nuit retentit comme le rire
et singe le grincement des roues sur les rails.

Un nuage d'hommes a couvert le pays,
du grand nuage une petite pluie,
une petite pluie, une larme, un temps sec.
Les rails mènent dans un bois noir.

C'est comme ça, crie la roue. Le bois est sans clairières.
Comme ça, comme ça. Un transport d'appels s'en va.
Comme ça, comme ça. Réveillée la nuit, j'entends
les coups sourds du silence dans le silence.

Traduction. Lucienne Rey

 

Ciel (Fin et début, 1993)

Voilà par quoi on aurait dû commencer: le ciel.
Fenêtre sans rebord, sans feuillure, sans vitres.
Ouverture et rien d'autre,
mais ouverte largement.

Nul besoin d'attendre une nuit sans nuages,
ni de lever la tête
pour regarder le ciel.
Je l'ai derrière mon dos, sous ma main, sur mes paupières.
Le ciel m'enveloppe fermement,
me soulève.

Les montagnes les plus hautes
ne sont pas plus près du ciel
que les vallées les plus profondes.
Pas un endroit où il y en aurait davantage
que dans un autre endroit.
Un nuage est aussi lourdement
écrasé par le ciel qu'une tombe.
Une tombe n'est pas plus au septième
qu'un hibou qui agite ses ailes.
Une chose qui tombe dans le vide
tombe du ciel dans le ciel.

Fluides, liquides, rocheuses,
enflammées et aériennes
étendues du ciel, miettes du ciel
ciel qui souffle et ciel qui s'entasse.
Le ciel est partout
jusqu'aux ténèbres sous la peau.
Je mange du ciel, j'évacue du ciel.
Je suis piège piégé,
habitant habité,
embrasseur embrassé,
question en réponse à question.

Le diviser en Ciel et terre
n'est pas la façon idoine
d'appréhender ce Tout.
Ça permet juste de survivre
à une adresse plus précise,
plus facile à trouver,
si jamais on me recherche.
Mes traits particuliers:
admiration et désespoir.

WISLAWA SZYMBORSKA
(site : Parfums de livres parfums d'ailleurs)

 

 

la poétesse Wislawa Szymborska, (1923 – 2012) prix Nobel de littérature 1996…
Critique littéraire, chroniqueuse et traductrice, Wislawa Szymborska a écrit plus de 250 poèmes. Elle est l’auteure d’une vingtaine de recueils, parmi lesquels
La mort sans exagérer (1996) et Je ne sais quelles gens (1997), tous deux traduits du polonais par Piotr Kaminski et publiés chez Fayard, ou de Dans le fleuve d'Héraclite (Maison de la poésie Nord-Pas-de-Calais, 1995). Sa poésie limpide et raffinée, teintée d’ironie, est d'inspiration philosophique.

Par ahmed bengriche
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 10:10

الفصل الرابع
قصة الطوفان 
كما يرويها (( اتو - نبشتم )) الخالد إلى جلجامش

((
ركب جلجامش و (( أور – شنابي )) في السفينة
أنزلا السفينة في الأمواج وهما على ظهرها
وفي اليوم الثالث قطعا في سفرهما ما يعادل شهرا وخمسة عشر يوما
من السفر العادي
وبلغ (( أور – شنابي )) مياه الموت
وعندئذ نادى (( أور – شنابي )) جلجامش وقال له :
((
هيا يا جلجامش أسرع وخذ مرديا وادفع به ))
وحذار أن تمس يدك مياه الموت
أسرع يا جلجامش وتناول (( مرديا )) ثانيا وثالثا ورابعا
يا جلجامش خذ (( مرديا )) خامسا وسادسا وسابعا
خذ يا جلجامش (( مرديا )) ثامنا وتاسعا وعاشرا
خذ مرديا حادي عشر وثاني عشر
وبمائة وعشرين دفعة (( مردي )) استعمل جلجامش كل (( ألمرادي ))
ثم نزع جلجامش ثيابه
ونشرها بيديه كأنها الشراع
وكان (( أوتوا ـ نبشتم )) قد أبصر السفينة من بعيد
فأخذ يخاطب قلبه ويناجي نفسه ويقول :
((
علام دمرت (( صور الحجر )) الخاصة بالسفينة ؟
ولم يركب عليها شخص غير ملاحها ؟
فان الأخر الآتي فيها ليس من إتباعــــي
. . . . . . . . .

(
بقية النص من العمود الرابع وبداية الخامس مخرومة ولكن يتضح
من السياق إن جلجامش يلتقي بجده (( أوتو _ نبشتم )) فيسأله هذا عن سبب
مجيئه ، وهي نفس الأسئلة التي وجهتها إليه صاحبة الحانة والملاح ، وقـــــد
حذفناها من الترجمة لتكررها مرتين ،كما إن جلجامش يجيبه بالأجوبة نفسها
تقريبا وقد أثبتنا ترجمتها لان فيها بعض التغيير والزيادة )
((
أجاب جلجامش (( اوتو ـ نبشتم )) وقال له :
يا ((اوتو – نبشتم )) كيف لا تذبل وجنتاي
ويمتقع وجهي ويغمر الحزن قلبي وتتبدل هيئتي
ويصير وجهي أشعث كمن أنهكه السفر الطويل
ويلفح وجهي الحر والقر
وأهيم على وجهي في البراري ،
وان خلي وأخي الأصغر
الذي طارد الوحش في البرية
وأصطاد النمور في الصحارى . أنه ((انكيدو )) الذي تغلب على جميع الصعاب وارتقى أعالي الجبال
الذي أمسك بثور السماء وقتله ،وغلب ((خمبابا ))الذي يسكن غابة الأرز
صاحبي وخلي الذي أحببته حباً جما
الذي رافقني في جميع الصعاب قد أدركه مصير البشرية
فبكيته ستة أيام وسبع ليال ولم أسلمه للقبر
حتى خرج الدود من أنفه
لقد أفزعني الموت فهمت على وجهي في الصحارى
فالنازلة التي حلت بصاحبي قد جثمت بثقلها على صدري
وأقضت مضجعي حتى همت مطوّفاً في الصحاري
إذ كيف اهدأ ويقر لي قرار
وأن صاحبي الذي أحببت صار ترابا
وأنا ألا سأكون مثله فأهجع هجعة لا أقوم من بعد أبد الدهر ؟
ثم أردف جلجامش وخاطب ((أوتو ــ نبشتم )) قائلا :ــ
ولذا تراني قد جئت لأرى ((أوتو _ نبشتم )) الذي يدعونه القاصي
لقد طوفت في كل البلاد واجتزت الجبال الوعرة
وعبرت كل البحار
لم يغمض لي جفن ولم أذق طعم النوم
أنهكني السفر والترحال وحل بجسمي الضني والتعب
ولم أكد أبلغ بيت ((صاحبة الحانة))
حتى خلقت ثيابي وتمزقت ،
قتلت الدب والضبع والأسد والفهد والنمر
والضبي والأيل والوعل وكل حيوان البر ودوابه
أكلت لحومها واكتسيت بفروها
. . . . . . . . . . . . .
(
يأتي نقص يبلغ نحو 42 سطرا )
. . . . .
قال (( أوتو ــ نبشتم )) لجلجامش :
((
أن الموت قاسٍ لا يرحم (؟)
هل بنينا بيتا يقوم إلى الأبد ؟
وهل ختمنا عقدا يدوم إلى الأبد ؟
وهل يقتسم الأخوة ميراثهم ليبقى إلى آخر الدهر ؟
وهل تبقى البغضاء في الأرض إلى الأبد ؟
وهل يرتفع النهر وتأتي بالفيضان على الدوام ؟
والفراشة لا تكاد تخرج من شرنقتها فتبصر وجه الشمس حتى يحل أجلها
ولم يكن دوام وخلود منذ القدم
ويا ما أعظم الشبه بين النائم والميت
ألا تبدو عليهما هيئة الموت ؟
ومن ذا الذي يستطيع أن يميز بين العبد والسيد إذا وافاهما الأجل ؟
إن ((الانوناكي )) الآلهة العظام تجتمع مسبقا
ومعهم (( ماميتم)) ، صانعة الأقدار تقدر معهم المصائر
قسموا الحياة والموت
ولكن الموت لم يكشفوا عن يومه ))

ـ اللوح الحادي عشر ـ

فقال جلجامش لـ (( أوتوا ـ نبشتم )) القاصي :
ها أنذا أنظر إليك يا (( أوتوا نبشتم ))
فلا أجد هيئتك مختلفة ، فأنت مثلي لا تتخلف عني
أجل ! أنت لم تتبدل بل أنك تشبهني
لقد تصورك لبي كاملا كالبطل على أهبة القتال
فإذا بي أجدك ضعيفا مضطجعا على ظهرك
فقل لي كيف دخلت في مجمع الآلهة ووجدت الحياة ( الخالدة )
فأجاب (( أوتوا ـ نبشتم )) جلجامش وقال له :
((
يا جلجامش سأفتح لك عن سر خفي محجوب
سأطلعك على سر من أقدار الآلهة :
((
شروباك )) ، المدينة التي تعرفها أنت
الواقعة على شاطئ نهر الفرات
أن تلك المدينة قد عتقت وكان الإلهة فيها .
أن الآلهة العظام قد حملتهم قلوبهم ( آنذاك) على إحداث الطوفان
وكان معهم أبوهم (( آنو ))
و(( انليل )) ، البطل ، مستشارهم
و(( ننورتا )) ، مساعدهم
و(( انو گي )) ، حاجبهم والموكل بالري والمياه
وكان حاضرا معهم (( نن – ايكي – كو )) ، أي (( ايا ))
فنقل هذا كلامهم إلى كوخ القصب وخاطبه :
((
يا كوخ ! يا كوخ القصب ! يا جدار ! يا جدار !
اسمع يا كوخ القصب وأفهم يا حائط
أيها الرجل (( الشروپاكي )) يا ابن (( اوبار – توتو ))
قوض البيت وابن لك فلكا ( سفينة )
تخل عن مالك وانشد النجاة
انبذ الملك وخلص حياتك
وأحمل في السفينة بذرة كل ذي حياة
والسفينة التي ستبني
عليك أن تضبط مقاسها
ليكن عرضها مساويا لطولها
واختمها عاجلا أيها مثل مياه أل (( أپسو )) ( العمق )
ولما وعيت ذلك قلت لربي ، (( ايا )) :
((
سمعا يا سيدي ! إن ما أمرت به سأصدع به وأعمل به
ولكن ما عسى أن أقول للمدينة ؟
وبم سأجيب الناس والشيوخ ؟
ففتح (( ايا )) فاه ، وقال لي ، مخاطبا إياي ، أنا عبده :
((
قل لهم هكذا : (( إني علمت أن انليل يبغضني
فلا استطيع العيش في مدينتكم بعد الآن
ولن أوجه وجهي الى ارض انليل وأسكن فيها
بل سأرد ( أنزل ) الى الـ (( أپسو ))
وأعيش مع (( ايا )) ،
وانتم سيمطر كم بالوفرة والفيض
ومن مجاميع الطير ، وعجائب السماك
وستملأ البلاد بالغلال والخيرات
وفي المساء سيمطركم الموكل بالزوابع بمطر من قمح ))
ولما نورت أولى بشائر الصباح تجمع البلد حولي
حملوا إلى أضاحي الأغنام الغالية
وأحضروا إلى أضاحي من ماشة مراعي البراري
. . . . . . (
انخرام من أربعة أسطر )
جلب الي الصغار منهم القير
وحمل الكبار كل الحاجات الأخرى
وفي اليوم الخامس أقمت بنيتها ( هيكلها )
وكان سطح أرضها (( إيكو )) واحدا
وعلو جدرانها مائة وعشرين ذراعا
وطول كل جانب من جوانب سطحها الأربعة مائة وعشرون ذراعا
وحددت شكلها الخارجي وبنيتها هكذا :
جعلت فيها ستة طوابق ( تحتانية )
وبهذا فرزتها ( قسمتها ) إلى سبعة أقسام ( طوابق )
وفرزت ( قسمت ) أرضيتها إلى تسعة أقسام
وحشوتها وغرزت فيها أوتاد الماء
ووضعت فيها (( ألمرادي )) وجهزتها بالمؤن
سكبت ستة شارات من القير في الكورة
وسكبت أيضا ثلاثة (( شارات )) من القطران
وجلب حاملوا السلال ثلاثة (( شارات )) من السمن
بالإضافة إلى (( شار )) واحد من السمن لحشو أوتاد الماء
و(( شارين )) من السمن اختزنهما الملاح
(
ثم ) نحرت البقر وطبختها للناس
ونحرت الأغنام كل يوم
وقدمت عصير الكرم الخمر الأحمر والأبيض والسمن
إلى الصناع ليشربوها بكثرة كماء النهر
ليقيموا الأعياد كما في عيد رأس السنة
ومسحت يدي بسمن الزيت
وتم بناء السفينة في اليوم السابع
وكان إنزالها ( إلى الماء ) أمرا صعبا
فكان عليهم أن يبدلوا الأثقال في الطوابق العلوية والسفلية
إلى إن غطس في الماء ثلثاها
وحملت فيه كل ما أملك
وكل ما عندي من فضة حملته فيها .
وحملت فيها كل ما أملك من الذهب
أركبت في السفينة جميع أهلي وذوي قرباي
وحملت فيها كل ما كان عندي من المخلوقات الحية
أركبت فيها حيوان الحقل وحيوان البر
وجميع الصناع أركبتهم فيها
وضرب لي الإله (( شمش )) موعداً معينا بقوله :-
((
حينما ينزل الموكل بالعواصف في المساء مطر الهلاك
فادخل في السفينة وأغلق بابك ))
وحل أجل الموعد المعين
وفي الليل أنزل الموكل بالعاصفة مطرا مهلكا
وتطلعت إلى حالة الجو فكان مكفهرا ومخيفا للنظر
فولجت في السفينة وأغلقت بابي
وأسلمت قياد السفينة إلى الملاح (( بوزُر – أموري ))
أعطيته (( البناء العظيم )) وما يحويه من متاع
ولما ظهرت أنوار السحر
علت من الأفق البعيد ( من أسس السماء ) غمامة ظلماء
وفي داخلها أرعد الإله (( أدد ))
وكان يسير أمامه (( شُلاتَّ )) و(( خانيس ))
وهما ينظران أمامه في الجبال والسهول
ونزع الإله ((ايراﮔال )) الأعمدة
ثم أعقبه الإله (( ننوراتا )) الذي فتق السدود
ورفع أل (( انوناكي)) المشاعل
وجعلوا الأرض تلتهب بوهج أنوارها
وبلغت رعود الآلهة ((ادد )) عنان السماء
وبلغ الخوف من الإله ((ادد )) إلى السموات
فأحالت كل نور إلى ظلمة
وتحطمت البلاد الفسيحة كما تتحطم الجرة
وضلت زوابع الريح الجنوبية تهب يوما كاملا
وازدادت شدة في مهبها حتى غطت الجبال
وفتكت بالناس كأنها الحرب العوان
وصار الأخ لا يبصر أخاه
ولا الناس يميزون في السماء
وحتى الآلهة ذعروا من عباب الطوفان
فهربوا وعرجوا غالى سماء ((آنو))
وقد استكان الآلهة وربضوا كالكلاب حذاء الجدار
وصرخت ((عشتار )) (كما تصرخ) المرآة في الولادة
انتحبت سيدة الآلهة وناحت بصوتها الشجي نادبة :
((
وحسرتاه ! لقد عادت الأيام الأولى إلى الطين
لأنني نطقت بالشر في مجمع الآلهة
فماذا دهاني إذ نطقت بالشر
لقد صلت الدمار على أناسي (خلقي)
وإنا التي ولدت أناسي هؤلاء
لقد ملأوا اليم كبيض السمك )).
وبكى معها آلهة أل (( اوناكي))
أجل ! جلس الآلهة منكسي الرؤوس يندبون
وقد يبتست شفاههم
ومضت ستة أيام وست أمسيات
ولم تزل زوابع الطوفان تعصف وقد غطت الزوابع الجنوبية البلاد
ولما حل اليوم السابع خفت وطأة زوابع الطوفان في شدتها
وقد كانت تفتك كالجيش في الحرب العوان
ثم هدأت البحر وسكنت العاصفة وغيض عباب الطوفان
وتطلعت إلى الجو ، فوجدت السكون عاما
ورأيت البشر وقد عادوا جميعا الى طين
وكالسقف كانت الأرض مستوية
فتحت كوة طاقتي فسقط النور على وجهي
سجدت وجلست ابكي
فانهمرت الدموع على وجهي
وتطلعت إلى حدود سواحل (البحر)
وفي كل ناحية من نواحي الأربع عشرة
ظهر جبل (جزيرة)
واستقر الفلك على جبل((نصير))
لقد ضبط (مسك)جبل نصير السفينة ولم يدعها تجري
ومضى يوم ويوم ثان وجبل ((نصير)) ممسك بالسفينة ولم تجر
ومضى يوم ثالث ورابع وجبل ((نصير)) ممسك بالسفينة فلم يدعها تجري
وكان يوم خامس وسادس وجبل نصير ممسك بالسفينة
ولما حل اليوم السابع أخرجت حمامة وأطلقتها (تطير)
طارت الحمامة ولكنها عادت
رجعت لأنها لم تجد موضعا تحط فيه
وأخرجت السنونو وأطلقته
ذهب السنونو وعاد لأنه لم يجد موضعا يحط فيه
ثم أخرجت غرابا
وطلقته فذهب الغراب ولما رأى المياه قد قرت وانحسرت
أكل وحام وحط ولم يعد
وعند ذاك أخرجت كل ما في السفينة إلى الرياح الأربعة
وقربت قربانا
وسكبت الماء المقدس على زقورة (قمة) الجبل
ونصبت سبعة وسبعة قدور للقرابين
وكدست أسفلها القصب وخشب الأرز والأس
فتنسم الآلهة شذاها
اجل تشم الإلهة عرفها الطيب
فتجمع الآلهة على صاحب القربان كأنهم ذباب
ولما حضرت الآلهة العظيمة(عشتار)
رفعت عقد الجواهر الذي صاغه لها((آنو))، وفق هواها،وقالت:-
((
انتم أيها الآلهة الحاضرون :كما إنني لا أنسى عقد الازوارد هذا الذي في جيدي
سأظل أتحسس (اذكر) هذه الأيام ولن أنساها أبدا
ليتقدم الآلهة إلى القرابين
أما((انليل)) فحذار أن يقترب من القرابين
لأنه لم يترو فاحدث عباب الطوفان
وأسلم انسي (خلقي )إلى الهلاك))
ولما أن جاء انليل وأبصر الفلك غضب
وامتلأ حنقا على الآلهة أل((أيـﮔيـﮔـي))وقال:
((
عجبا كيف نجت نفس واحدة ،
وكان المقدر الا ينجو بشر من الهلاك؟
ففتح الآلهة ((ننروتا)) فاه وقال مخاطبا البطل ((انليل)):
من ذا الذي يستطيع إن يدبر مثل هذا الأمر غير (أيا)؟
أجل أن ((أيا ))هو الذي يعرف خفايا الأمور
وعند ذاك فتح ((أيا)) فاه وقال مخاطبا ((انليل)) البطل:
((
أيها البطل ! أنت أحكم الآلهة
فكيف لم تترو فأحدثت عباب الطوفان؟
حمل المخطئ وزر خطيئته
وحمل المعتدي إثم اعتدائه
ولكن ارحم (في العقاب)لئلا يهلك،
وتشدد لئلا يمعن في الشر
ولو انك بدلا من إحداثك الطوفان
سلطت السباع على الناس فقللت من عددهم
لو انك بدل امن أحداثك الطوفان
سلطت الذئاب فقللت من عدد الناس
وبدلا من الطوفان لو انك أحللت القحط في البلاد
وبدلا من الطوفان لوان ((اِيرا))،فتك بالناس
أما إنا فلم افش سر الآلهة العظام
ولكنني جعلت ((اترا حاسس))يرى رؤيا
فأدرك سر الآلهة
وألان تدبر أمره وقرر مصيره))
((
ثم علا (صعد) ((انليل))فوق السفينة
وامسك بيدي واركبني معه في السفينة
واركب معي أيضا زوجي وجعلها تسجد بجانبي
ووقف ما بيننا ولمس ناصيتنا وباركنا قائلا :
((
لم يكن((اوتو- نبشتم )) قبل ألان سوى بشر
ولكن منذ ألان سيكون ((اوتو- نبشتم )) وزوجه مثلنا نحن الآلهة
وسيعيش ((اوتو- نبشتم)) بعيدا عند ((فم الأنهار))
ثم أخذوني بعيدا وسكنوني عند ((فم الأنهار))
وألان من سيجمع الآلهة من أجلك في مجلسهم ((ياجلجامش))
لكي تنال الحياة التي تبغي؟
تعال(امتحنك) !لا تنم ستة أيام وسبع أمسيات))
ولكن هو لا يزال قاعدا على عجزه إذا بسنة من النوم
تأخذه وتتسلط عليه كالضباب
فالتفت ((اوتو –نبشتم))إلى امرأته وخاطبها قائلا:
((
انظري (وتأملي)هذا الرجل البطل الذي ينشد الحياة!
لقد أخذته سنة من النوم وتسلطت عليه كالضباب))
فأجابت زوج ((أوتوا –نبشتم))زوجها وقالت له:
((
المس الرجل كيما يستيقظ
ويعود أدراجه سالما في الطريق الذي جاء منه
ليعد إلى وطنه من الباب الذي خرج منه ))
فأجاب ((اونو-نبشتم))
امرأته وقال لها:
((
لما كان الخداع من الطبيعة البشرية فانه سيخدعك
((
فهلمي اخبزي له أرغفة من الخبز وضعيها عند راسه
والأيام التي ينام فيها اشريها في الجدار))
فخبزت له أرغفة من الخبز ووضعتها عند رأسه
وأشرت في الجدار الأيام التي نامها
فصار الرغيف الأول يابسا وتلف الرغيف الثاني
والثالث لم يزل رطبا
وابيضت قشرت الرغيف الرابع
والخامس لم يزل طريا والسادس قد تم خبزه في الحال
ولما كان الرغيف السابع لا يزال عل الجمر لمسه فاستيقظ
(
ولما استيقظ) جلجامش قال لـ ((اوتو نبشتم)) ،القاصي:
((
لم تكد تأخذني سنة من النوم حتى لمستني فأيقظتني)):
فأجاب((اوتو- نبشتم)) جلجامش قائلا:
((
ياجلجامش عد أرغفتك
فينبئك المؤشر على الحائط عدد الأيام التي نمت فيها
فقد يبس الرغيف الأول والثاني لم يعد صالحا
والثالث لا يزال رطبا وابيضت قشرة الرابع والخامس لا يزال طريا
والسادس خبز في الحال . والسابع – إذا بك تستيقظ في الحال))
فقال ((جلجامش ) لـ ((اوتو نبشتم)) إن افعل والى أين أوجه وجهي ؟
وها إن ((المثكل )) قد تمكن من لبي وجوارحي
اجل !في مضجعي يقيم الموت
وحيثما أضع قدمي يربض الموت))
ثم قال((اوتو-نشتم)) إلى((أور- شنابي))الملاح:
((
يا ((أور شنابي))،عسى أن لا يرحب بمقدمك المرفأ
ويبرا منك موضع العبور!
ولتذهب مطرودا من الشاطئ
والرجل الذي قدته إلى هنا،
والذي يغطي جسمه الوسخ
شوهت جمال أعضائه أردية الجلود
خذه يا ((أور- شنابي)) ،وقده إلى موضع الاغتسال
ليغسل في الماء أوساخه حتى يصبح نظيفا كالثلج
لينزع عنه جلود الحيوانات وليرمها في البحر حتى يتجلى جمال جسمه
ودعه يجدد عصابة رأسه
وليلبس حلة تستر عريته
والى أن يصل مدينته ،
وحتى ينهي طريق سفره
لاتدع آثار العتق تبدو على حلته
بل لتحافظ على جدتها
فاحده ((أور –شنابي))إلى موضع الاغتسال
وغسل أوساخه في الماء حتى بدا نظيفا كالثلج
وخلع عنه لباس الجلود فجرفها البحر
حتى تجلى جمال جسمه
وجدد عصابته(عمامته)حول رأسه
والبسه حلة كست عريه
والى أن يصل إلى مدينته وينهي طريق سفره
جعل ثيابه جديدة على الدوام))
ثم ركب جلجامش و ((أور- شنابي)) في السفينة
وانزلا السفينة في الأمواج وتهيئا للإبحار
(
واذ ذاك )خاطبت امرأة (اوتو-نبشتم ))زوجها وقالت له:
((
لقد جاء جلجامش إلى هنا وقاسى التعب واشتطت به النوى
فماذا عساك أن تعطيه وهو عائد إلى بلاده؟))
وكان جلجامش في هذه اللحظة قد رفع المردي
ليقرب السفينة إلى الشاطئ
(
فأدركه )((اوتو- نبشتم)) وخاطبه قائلا:
لقد جئت يا جلجامش إلى هنا وقاسيت التعب
فما غساني أن أعطيك حتى تعود إلى بلادك؟
سأفتح لك ،يا جلجامش ، سرا خفيا
اجل !ساشكف لك عن سر من أسرار الآلهة!
يوجد نبات مثل الشوك ينبت في المياه
وشوكه يخز يديك كما يفعل الورد
فإذا ما حصلت يداك على هذا النبات وجدت الحياة (الجديدة) ))
وما أن سمع جلجامش هذا القول
حتى فتح المجرى الذي أوصله إلى المياه العميقة
وربط بقدميه أحجارا ثقيلة
ونزل إلى أعماق المياه حيث انصر النبات
فاخذ النبات الذي يخز يده
وقطع الأحجار الثقيلة من قدميه
فخرج من عمق البحر إلى الشاطئ
ثم قال جلجامش لـ ((أور- شنابي))،الملاح:
((
يا ((أور شنابي ))، إن هذا النبات العجيب
يستطيع المرء أن يعيد به نشاط الحياة
وسيكون اسمه يعود الشيخ إلى صباه كالشباب))
احملنه معي إلى ((أوروك))،المحصنة
وأشرك معي (الناس)ليأكلوا منه
وإنا سأكله (في أخر أيامي) حتى يعود شبابي))
ثم سار وبعد أن قطعا عشرين ساعة مضاعفة تبلغا بلقمة من الزاد
وبعد ثلاثين ساعة مضاعفة توقفا ليبيتا الليل
وأبصر جلجامش بئرا باردة الماء
فورد(نزل ) فيها ليغتسل في مائها
فشمت الحية شذى (نفس ) النبات
فتسللت واختطفت النبات
ثم نزعت عنها جلدها
وعند ذاك جلس جلجامش واخذ يبكي
حتى جرت دموعه على وجنتيه
وكلم ((أور_شنابي)) ،الملاح قائلا:
((
من اجل من يا((أور-شنابي)) كلت يداي؟
ومن اجل من استنزفت دم لبي (قلبي)؟
لم احقق لنفسي مغنما
اجل !لقد حققت المغنم الى ((اسد التراب))
افبعد عشرين ساعة مضاعفة
يأتي هذا المخلوق فيخطف النبات مني؟
وقد سبق لي إني لما فتحت منافذ الماء
وجدت أن هذا نذيرا لي أن أتخلى (عن مطلبي)
واترك السفينة في الساحل))
وبعد مسيرة عشرين ساعة مضاعفة تبلغا بلقمة من الزاد
وبعد ثلاثين ساعة مضاعفة توقفا ليبيتا الليل
ثم وصلا إلى ((أوروك))، ذات الأسوار
فقال جلجامش لـ ((أور- شنابي)) ، الملاح:
اعل يا ((أور –شنابي )) ، وتمش فوق أسوار ((أوروك))
وافحص قواعد أسوارها وانظر إلى آجر بنائها،
وتيقن أليس من الأجر المفخور
وهلا وضع الحكماء السبعة أسسها
ان((شارا))واحد خصص للسكن
((
وشارا)) واحد لبساتين النخل
و((شارا)) واحد لسهل الري ،بالإضافة إلى حارة معبد ((عشتار))
فتتضمن أوروك ثلاثة ((شارات))والحارة.
تذييل!((اللوح الحادي عشر من ((هو الذي رأى
كل شيء )) ،من ((سلسلة،جلجامش))
استنسخ طبق الأصل وحقق
مكتبة (قصر )آشور بانيبال ،ملك العالم،ملك بلاد آشور

 

Par ahmed bengriche
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 10:07

موت إنكيدو   وحزن جلجامش عليه وسعيه وراء الخلود

 

الفصل الثالث
موت إنكيدو
وحزن جلجامش عليه وسعيه وراء الخلود

أقام جلجامش حفل فرح في قصره
نام البطلان واستراحا في فراشهما مساء
وعند ما نام (( أنكيدو )) رأى حلما
فنهض أنكيدو وقص رؤياه على صاحبه وقال
((
يا صاحبي لِمَ اجتمع الآلهة على العظام في مجلس الشورى

اللوح السابع :

ثم طلع النهار فقص أنكيدو رؤياه على جلجامش قائلا :
((
يا صاحبي أي حلم عجيب رأيت الليلة الماضية !
(
رأيت ) أن (( آنو )) و (( انليل )) و (( إيا )) وشمش السماوي
قد اجتمعوا يتشاورون وقال آنو لأنليل :
((
لا نهما قتلا الثور السماوي وقتلا خمبابا
فينبغي أن يموت ذلك الذي أقتطع أشجار لأرز من الجبال
ولكن انليل أجابه قائلا : (( إن أنكيدو هو الذي
سيموت ، ولكن جلجامش لن يموت ))
ثم إنبرى (( شمش )) السماوي وأجاب انليل البطل وقال :
ألم يقتلا ثور السماء و (( خمبابا )) يأمر مني ؟
فعلام يقع الموت على أنكيدو وهو بريء))؟
فالتفت أنليل إلى (شمش)السماوي وأجابه حانقا:
(
ألا نك تطلع عليهم كل يوم حتى صرت كأنك واحد منهم
رقد ((انكيدو))مريضا أمام جلجامش
وأخذت الدموع تنهمر من عينيه
فقال له جلجامش :يا أخي العزيز علام يبرؤنني من دونك
وأردف يقول :هل سيتحتم على أن أراقب أرواح الموتى
وأجلس عند باب الأرواح ؟
وهل سيكتب عليه أرى صاحبي العزيز بعيني ؟))
. . . . . . . . .
(
هنا ينتهي مابقى من اللوح ولكن يستبان من سياق القصة ومما
سيلي إن (انكيدو) وقد رقد على فراش الموت وأدرك قرب نهايته أخذت
تتوارد عليه الخواطر والذكريات، فود لو أنه ماجاء إلى حياة الحضارة بل
ظل في باديته سعيدا خالي البال يرعى مع الظباء، والحيوان . واخذ يكيل
اللعنات على من زين له المجيء إلى المدينة. فصار يلعن الباب الذي
صنعه ودخل منه ،والصياد الذي جاء إليه بالبغي ، والبغي التي زينت له
المجيء إلى أوروك . ويروي لنا هذا المشهد المؤثر النص الأشوري بعد
نقص في أوله ،كما في الترجمة الآتية):ـ
((
رفع انكيدو عينه وخاطب الباب كما لو كان إنسانا
مع إن باب خشب الغابة لا يفهم ولا يعقل:
((
اخترت خشبك من مسافة عشرين ساعة مضاعفة
قبل أن أبصر أشجار الأرز الباسقة
إن خشبك، يا باب ،لم أر مثيلا له في البلاد
علوك اثنتان وسبعون ذراعا ،وأربع وعشرون ذراعا عرضك
لقد صنعك نجار ماهر في (( نفـّر )) وجلبك منها .
أيها الباب لو كنت أعلم أن هذا ما سيحل بي
وان جمالك سيجلب علي المصائب
إذن لرفعت فأسي وحطمتك
وان جمالك سيجلب علي المصائب
ولجعلت منك كلكا (طوافة )
ولكن ما الحيلة يا باب وقد صنعتك وجلبتك
لعل ملكا ممن سيأتي من بعدي
سيستعملك ويزيل اسمي ويضع اسمه ))
سمع جلجامش قول صاحبه ((انكيدو )) فجرت دموعه
فتح جلجامش فاه وقال لانكيدو :-
((
حباك انليل بقلب واسع
ومنحك الحكمة ولكنك تقول قولا شططاً.
علام ياصاحبي نطقت بهذه الأقوال الغريبة ؟
كانت رؤياك رؤيا عجيبة ! ولكنها مخيفة
ويا ما أكثر الرؤى العجيبة !
يسلط الآلهة على الأحياء الأحزان
وستلط الرؤى على الباقين من الأحياء الأحزان
سأنام وأتضرع إلى الآلهة ))
(
يعقب هذا السطر نقص كبير في النص من نحو 50 سطرا وقد رأى بعض الباحثين ترجمة قسم منه على الوجه الذي أثبتناه في الترجمـــــــــة schott,das Gilgamesh epos,51-62)) وبعد إن يبدأ النص السالم نجد ((انكيدو )) يدعو الإله ((شمش)) ليحل اللعنات بالصياد ) :-
ثم أخذ يلعن الصياد والبغي ويقول :
((
اسلب (الصياد ) ماله وأحل به الوهن
وعساك إن لا تتقبل منه أعماله
وعسى إن يفر كل صيد يروم اقتناصه
وان لا تتحقق له أمنية من أماني قلبه ))
ثم دفعه قلبه إلى أن يلعن البغي فقال :-
((
تعالي أيتها البغي اقدر لك مصيرك
وهو مصير لن ينتهي إلى الأبد
سألعنك لعنة كبرى
ستحل بك لعنتي في الحال
لن تستطيعي إن تبني بيتا يليق بجمالك
(
نقص من نحو 8-9 اسطر )
((
ليكن أكلك من فضلات المدينة
ستكون زوايا الدروب المظلمة مأواك
وفي ظل الجدار سيكون وقوفك
وسيلطم السكران والصاحي خدك
وعسى إن ينبذك عشاقك بعد إن يقضوا وطرهم من سحر
جمالك ))
(
نقص أيضاً من نحو 10 اسطر )
ولما إن سمع الإله شمش كلامه ناداه من السماء وكلمه :-
((
علام تلعن البغي يا نكيدو ؟
تلك التي علمتك كيف يؤكل الخبز الائق بسمة الإلوهية
واستقتك خمرا يليق بسمة الملوكية
والبستك الحلل الفاخرة
وأعطتك جلجامش الوسيم خلا وصاحبا
أفلم يجعلك جلجامش ، خلك وأخوك
تنام على الفراش الوثير
اجل انه جعلك تنام على سرير الشرف
وأجلسك على كرسي الراحة الذي إلى شمال (يساره)
وجعل أمراء الأرض يقبلون قدميك
وسيجعل أهل ((أوروك)) يبكونك ويندبونك
ويجعل الفرحين من الناس يقربون ويصلون من أجلك
أما هو نفسه فسيطلق شعره من بعدك
ويلبس جلد الأسد ويهيم على وجهه في الصحارى ))
ولما سمع انكيدو ((شمش )) البطل ، هدات سورة غضبه
(
انخرام من سطرين ، ويتضح مما سيلي إن انكيدو ندم على كيل العنات للبغي فبدلها بركات إذ يعاود خطابه للبغي) :
تعالي أيتها البغي لأقدر مصيرك
إن لساني الذي لعنك قد تبدل ليباركك
((
سيحبك الملوك والأمراء والعظماء
ولن يضرب أحد فخذه مستعيبا أياك
ومن أجلك سيهز الشيخ لحيته
وسيحل الشباب أحزمتهم من أجلك
(
وسيقدمون) لك اللازورد والذهب والعقيق
وعسى أن يحل العقاب بكل من يمتهنك
ويكون بيته واهراؤه خالية
وسيدعك الكاهن تدخلين إلى حضرة الآلهة
ومن أجلك ستهجر الزوجة ،ولو كانت أم سبعة))
ثم اشتد المرض بأنكيدو ولبث راقدا على فراش المرض
وصار يبث أحزانه في تلك الليلة إلى صديقه
وناجاه قائلا:يا خلي ، رأيت الليلة الماضية رؤيا
كانت السماء ترعد فاستجابت لها الأرض
وعندما كنت واقفا ما بينهما
ظهر أمامي شخص مكفهر الوجه
كان وجهه مثل وجه طير الصاعقة (زو)
ومخالبه كأظافر النسر
لقد عراني من لباسي
وأمسسك بي بمخالبه
وأخذ بخناقي حتى خمدت أنفاسي
(
نقص من نحو 12 سطرا)
لقد بدل هيئتي فصار ساعداي مثل جناحي طائر
مكسوتين بالريش
ونظر إلي وأمسك بي وقادني إلى دار الظلمة ،
إلى مسكن(إراكلاََّ)
إلى البيت الذي لايرجع منه من دخله
إلى الطريق الذي لارجعة لسالكه
إلى البيت الذي حرم ساكنوه من النور
حيث التراب طعامهم والطين قوتهم
وهم مكسوون كالطير بأجنحة من الريش
ويعيشون في ظلام لا يرون نوراً
وفي بيت التراب الذي دخلت
شاهدت الملوك والحكام
ورأيت تيجانهم قد نزعت وكدست على الأرض
أجل ! رأيت أولئك العظماء الذين لبسوا التيجان
وحكموا البلاد في سابق الأيام
وكان نواب ( انو) و(انليل) هم وحده الذين
يقدم لهم شواء اللحم
ويقدم لهم الخبز ويسقون الماء البارد من القرب
وفي بيت التراب الذي دخلت
يسكن الكاهن الأعلى وخدم المعبد
ويسكن كهنة التطهير والرقاة والمعوذن
ويسكن الذين يقدمون زيت المسح للآلهة العظام
ويسكن ( إيتانا) و(سموقان)
وتحكم ( ا يرش ــ كيكَال ) ملكة الأرض السفلى
و( بعلة صيري) ، كاتبة الأرض السفلى تسجد أمامها
وبيدها رقيم تقرأ لها منه
ولما رفعت رأسها أبصرتني فقالت :ـ
من الذي أتى بهذا الرجل إلى هنا ؟نحيه عني !
(
الباقي من النص الأشوري ومقداره نحو 50_55 سطرا مخروم ،
وتوجد كسرة من لوح بيدو أنها تعود إلى سياق القصة هنا وتحتوي على الكلام
يظهر انه موجه من جلجامش إلى أمه الآلهة ((ننسون)) وهو النص الذي
تلي ترجمته )
((
لقد رأى صديقي رؤيا تنذر بالشر))
ولما انقضى اليوم رأى فيه ((انكيدو)) الرؤيا
اشتد به المرض فظل ملازما فراشه يوما وثانيا وثالثا
ورابعا وخامسا وسادسا وسابعا وثامنا وعاشرا
وثقل المرض على ((انكيدو)) ، ومضى اليوم الحادي عشر والثاني عشر وهو
لا يزال راقدا على فراش المرض ، فدعا إليه جلجامش
وكلمه قائلا:ـ
((
يا صاحبي لقد حلت بي اللعنة
فلن أموت ميتة رجل سقط في ميدان الوغى
كنت أخشى القتال (ولكنني سأموت ذليلا حتف أنفي)
فمن يسقط في القتال يا صديقي فأنه مبارك
(
باقي النص مخروم ، ثم يلي اللوح الثامن، الحقل الأول)
عندما نورت أولى خيوط الفجر قال جلجامش لصديقه :ـ
((
يا ((انكيدو)) إن أمك ظبية وأبوك حمار الوحش ،
وقد ربيت على رضاع لبن الحمر الوحشية
لتندبك المسالك التي سرت فيها في غابة الأرز
وعسى ألا يبطل النواح عليك مساء نهار
وليندبك شيوخ أوروك ، ذات الأسوار
وليبكك الأصبع الذي أشار إلينا من ورائنا وباركنا
فيرجع صدى البكاء في الأرياف
وليندبك الدب والضبع والنمر والأيل والسبع
والعجول والظباء وكل حيوان البرية
ليندبك نهر (( أولاً)) الذي مشينا على ضفافه
وليبكك الفرات الطاهر الذي كنا نسقي منه
لينح عليك محاربو (( أوروك)) المحصنة
...
ذبحنا الثــــور... ليندبك ...
ليبكك من عظم أسمك في أريدو
ومن مسح ظهرك بالزيت المعطر وسقاك الجعة
ولينح عليك من أطعمك الغلة
ولتبكك الأخوة والأخوات
ثم دعا جلجامش الصناع والنحاسين والنحاتين وقال لهم أصنعوا تمثالا لصديقي
وصنع التمثال لصديقه
(
بعد إنخرام في النص يأتي الحقل الثاني من اللوح الثامن ):ـ
((
اسمعوني أيها الشيبة ( الشيوخ ) وأصغوا لي
من أجل (( انكيدو)) ،خلي وصاحبي ، أبكي
وأنوح نواح الثكلى
أنه الفأس التي في جنبي وقوة ساعدي
والخنجر الذي في حزامي والمجن الذي يدرأ عني
وفرحتي وبهجتي وكسوة عيدي
لقد ظهر شيطان رجيم وسرقه مني
يا خلي وأخي الأصغر
لقد طارت حمار الوحش في التلال
اقتنصت النمور في الصحارى
((
أنكيدو!)) يا صاحبي ، وأخي الأصغر
الذي اقتنص حمار الوحش في النجاد والنمر في الصحاري
تغلبنا معا على الصعاب وارتقينا أعالي الجبال
ومسكنا بالثور السماوي ونحرناه
قهرنا خمبابا الساكن في غابة الأرز
فأي سنة ( من النوم) هذه التي غلبتك وتمكنت منك ؟
طواك ظلام الليل فلا تسمعني ))
ولكن (( أنكيدو )) لم يرفع عينه
فجس قلبه فلم ينبض
وعندك ذاك برقع صديقه كالعروس
وأخذ يزأر حوله كالأسد
وكاللبؤة التي اختطف منها أشبالها
وصار يروح ويجيء أمام الفراش وهو ينظر إليه
وينتف شعره ويرميه على الأرض
مزق ثيابه الجميلة ورماها كأنها أشياء نجسة
ولما إن لاح أول خيط من نور الفجر نهض جلجامش
. . . . (
نقص)
ونادى صناع المدينة وصاح بهم :-
((
أيها الصفار والصائغ والجوهري
ونحات الأحجار الكريمة اصنعوا لي تمثالا لخلي ))
ثم نحت لصديقه تمثالا جاعلا صدره من اللازورد وجسمه من الذهب
ونصب منضدة من الخشب القوي
وإناء من اللازورد مملوءا بالزبد
وقرب ذلك إلى (( شمش ))
وشرع يندب صديقه ويرثيه .
(
انخرام في النص لا يعلم مقداره بوجه التأكيد ولعله يقارب الستين سطرا ثم يعقب ما يأتي في العمود الثالث من اللوح الثامن ) :-
((
على فراش المجد أضجعتك
وأجلستك على كرسي الراحة الذي إلى شمالي (يساري)
لكي يقبل أمراء الأرض قدميك
سأجعل أهل ((أوروك)) يبكون عليك ويندبونك
وسأجعل أهل الفرح يحزنون عليك
وأنا نفسي (بعد إن توسد في الثرى ) سأطلق شعري
والبس جلد الأسود وأهيم على وجهي في الصحارى ))
(
باقي النص مشوه تتعذر ترجمته ، ولكن يبدو من سياق القصة إن جلجامش بعد إن قام بشعائر الدفن الخاصة ، صار يرثي صديقه ويندبه ويبكيه ليل نهار ، ثم شرع يهيم على وجهه في البراري ، ومن بعد ذلك قام برحلته البعيدة قاصدا جده ((اوتو ـــ نبشتم )) ليسأله عن الخلود ، ويأتي من بعد ذلك اللوح التاسع).

اللوح التاسع :
العـمود الأول :

من أجل أنكيدو ، خله وصديقه
بكى جلجامش بكاء مرا
وهام على وجهه في الصحاري ( وصار يناجي نفسه ) :
إذا ما مت أفلا يكون مصيري مثل أنكيدو ؟
لقد حل الحزن ولأسى بجسمي
خفت من الموت ، وها أنا أهيم في البوادي
والى بيت (( أوتو _ نبشتم )) ابن (( اوبار – توتو ))
أخذت الطريق وحثثت الخطى إليه
ولما بلغت مجازات الجبال في المساء
رأيت الأسود فتملكني الخوف والرعب
فرفعت رأسي إلى (( سين )) وصليت له
وابتهلت إلى العظيم بين الآلهة ودعوت انم يحميني ويحفظني
وفي المساء اضطجع فأيقظه حلم رآه
رأى ( الأسود حواليه ) وهي تمرح مسرورة في ضوء (( سين )) ( القمر )
رفع فأسه بيده وأستل سيفه من غمده
وانقض عليهم كالسهم
فضربها وجعلها تفر منه
(
ثم بلغ جلجامش جبلا عظيما )
(
باقي النص مخروم (( نحو 32 سطرا )) يدل ما بقى منه على أن جلجامش بلغ الجبال التي سيأتي وصفها ):
وكان أسم الجبل (( ماشو ))
لقد قصد جبل (( ماشو )) فبلغه
(
وهو الجبل ) الذي يحرس كل يوم شروق الشمس وغروبها
والذي تبلغ أعاليه قبة السماء
وفي الأسفل ينزل صدره إلى العالم الأسفل
ويحرس بابه (( الرجال العقارب ))
الذين يبعثون الرعب والهلع ، ونظراتهم الموت
ويطغى جلالهم المرعب على الجبال
الذين يحرسون الشمس في شروقها وغروبها
ولما أبصرهم جلجامش اصفر وجهه فزعا وهلعا
ولكنه استعاد ربطة جأشه وأقترب منهم
فنادى أحد (( الرجال العقارب )) زوجه وقال لها :
((
إن الذي جاء إلينا جسمه من مادة الآلهة ))
فأجابت زوجة (( الرجل العقرب )) زوجها وقالت :
((
أجل إن ثلثيه الــه وثلثه الأخر من مادة بشرية )) .
ثم نادى (( الرجل العقرب )) جلجامش
وخاطب نسل الآلهة بهذه الكلمات :-
((
ما الذي حملك على هذا السفر البعيد ؟
وعلام قطعت الطريق الطويل وجئت عابرا البحر الشاق العبور ؟
أبن لي القصد من المجئ إلى :
(
يتبع نقص من عدة أسطر )
فأجابه جلجامش قائلا :-
((
أتيت قاصد أبي ، أوتو – نبشتم ، باحثا عن الحياة
أبي الذي دخل في مجمع الآلهة
جئت لأسأله عن ( لغز ) الحياة والموت ))
ففتح (( الرجل العقرب )) فاه وقال مخاطبا جلجامش :-
لا يوجد إنسان يستطيع ذلك يا جلجامش
لم يعبر أحد من البشر مسالك الجبال
إن داخلها يمتد اثنتي عشرة ساعة مضاعفة
والظلام حالك ولا يوجد نور
والى مطلع الشمس . . . . .
والى مغرب الشمس . . .
(
الباقي وخروم ، ويبدو من السياق أن الرجل العقرب يسترسل في وصف رهبة مسالك الجبال ووعورتها ) :
(
فأجاب جلجامش ) : عزمت على أن أذهب بالحزن والألم
وفي القر والحر وفي الحسرات والبكاء
فافتح لي الآن باب الجبل
ففتح الرجل العقرب فاه وأجاب جلجامش :
((
ادخل يا جلجامش ولا تخف
أذنت لك أن تعبر جبال (( ماشو ))
وعساك أن تقطع الجبال وسلاسلها
وعسى أن تعود بك قدماك سالما
وها هو باب الجبل أمامك )) ؟
ولما أن سمع جلجامش اتبع كلمة (( الرجل العقرب ))
أتبع طريق مسير الشمس
ولما قطع ساعة مضاعفة كان الظلام دامسا ولا يوجد نور
فلم يستطيع أن يبصر ما أمامه ولا ما خلفه
وسار ساعتين مضاعفتين ثم أربع ساعات
ولم يزل الظلام حالك ولا نور هناك
فلم ير ما أمامه وما خلفه
(
إنخرام من نحو 15 سطرا ، والكن يمكن تكميل النقص باستمرار سيره ثلاث ساعات مضاعفة ثم أربعا وخمسا الخ ) .
وسار خمس (( ساعات مضاعفة )) وست ساعات
وسبع ساعات وثماني ساعات مضاعفة
ولم يزل الظلام دامسا ولا نور يمكنه أن يبصر ما أمامه وما خلفه
وبعد أن قطع تسع ساعات مضاعفة أحس بالريح الشمالية تلطم وجهه
ولكن الظلام لم يزل دامسا
فلم يستطع أن يبصر ما أمامه وما خلفه
ثم سار عشر ساعات مضاعفة وبعد إحدى عشر ساعة بزغ الفجر .
وبعد أن قطع اثنتي عشرة مضاعفة عَمَ النور
وأبصر أمامه أشجارا تحمل الأحجار الكريمة .
ولما رآها اقترب منها
فوجد الأشجار التي أثمارها بعقيق
وتتدلى الأعناب منها ومرآها يسر الناظر
ووجد الأشجار التي تحمل أللازورد فما أبها مرآها
رأى الشوك والعوسج الذي يحمل الأحجار الكريمة واللؤلؤ البحري
(
باقي اللوح التاسع مخروم لم تبق منه أجزاء واضحة تستحق الترجمة ) ولكن يستدل من الأجزاء القليلة السالمة أن الباقي من هذا اللوح يواصل وصف تلك البساتين العجيبة ويستمر النقص إلى أن نجد جلجامش في اللوح العاشر ليصل إلى ساحل البحر حيث يلتقي بصاحبه الحانة التي كان للقائه بها علاقة بطريقة وصوله إلى جده (( أوتو ــ نبشتم )) الخالد ، وهو موضوع الطوفان كما سيأتي :
((
سدوري صاحبة الحانة الساكنة عند ساحل البحر
شاهدت جلجامش مقبلا وكان لباسه من الجلود
ووجهه أشعث كمن سافر سفراً طويلا ويبدو العناء والتعب
ولكن جسمه من مادة الآلهة
فنظرت صاحب الحانة إلى جلجامش وناجت نفسها بهذه الكلمات :ـ
يبدو أن هذا الرجل قاتل فليت شعري إلى أين يريد
فأوصدت بابها لما رأته يقترب وأحكمت غلقه بالمزلاج
فسمع جلجامش صرير الباب فنادى صاحبة الحانة وقال :
((
ما الذي أنكرت في يا صاحبة الحانة
حتى أوصدت بابك بوجهي وأحكمت غلقه بالمزلاج ؟
لاحطمن بابك وأكسر المدخل ))
وأردف جلجامش قائلا لصاحبة الحانة :ـ
((
أنا جلجامش ،أنا الذي قبضت على الثور
الذي نزل من السماء وقتلته
وغلبت حارس الغابة وقهرت ((خمبابا))
فأجابت صاحبة الحانة جلجامش وقالت له :
((
إن كنت حقا جلجامش الذي قتل حارس الغابة
وغلبت خمبابا الذي يعيش في غابة الأرز
وقتل الأسود في مجازات الجبال وأمسك بثور السماء وقتله
فلم ذبلت وجنتاك ولاح الغم على وجهك ؟
وعلام ملك الحزن قلبك وتبدلت هيئتك
ولم صار وجهك أشعث كوجه من سافر سفرا طويلا
وكيف لفح وجهك الحر والقر؟
وعلام تهيم على وجهك في الصحارى ؟))
فأجاب جلجامش صاحبة الحانة وقال لها :ـ
((
كيف لا تذبل وجنتاي ويمتقع وجهي
ويملأ الأسى والحزن قلبي وتتبدل هيئتي
فيصير وجهي أشعث كمن أنهكه السفر الطويل
ويلفح وجهي الحر والقر وأهيم على وجهي في الصحارى
وقد أدرك (( مصير البشر )) صاحبي وأخي الأصغر
الذي صاد الحمر الوحشية والنمور في الصحارى
والذي تغلب على جميع الصعاب
وغلب خمبابا الذي يسكن غابة الأرز
أنه (( أنكيدو )) صاحبي وخلي الذي أحببته حباً جما
لقد أنتهي إلى ما يصير إليه البشر جميعا
فبكيته في المساء وفي النهار
ندبته ستة أيام وسبع ليال
معللا نفسي بأنه سيقوم من كثرة بكائي ونواحي
وامتنعت عن تسليمه إلى القبر
أبقيته ستة أيام وسبع ليال حتى تجمع الدود على وجهه
فأفزعني الموت حتى همت على وجهي في الصحارى
إن النازلة التي حلت بصاحبي تقض مضجعي
آه! لقد غدا صاحبي الذي أحببت ترابا
وأنا ، سأضطجع مثله فلا أقوم أبد الابدين
فيا صاحبة الحانة ، وأنا أنظر إلى وجهك ،
أيكون في وسعي ألا أرى الموت الذي أخشاه وارهبه ؟ ))
فأجابت صاحبة الحانة جلجامش قائلة له :ـ
((
إلى أين تسعى يا جلجامش
إن الحياة التي تبغي لن تجد
حينما خلقت الآلهة العظام البشر
قدرت الموت على البشرية
واستأثرت هي بالحياة
أما أنت يا جلجامش فليكن كرشك مليئا على الدوام
وكن فرحا مبتهجا نهار مساء
وأقم الأفراح في كل يوم من أيامك
وأرقص وألعب مساء نهار
وأجعل ثيابك نظيفة زاهية
وأغسل رأسك وأستحمم في الماء
ودلل الصغير الذي يمسك بيدك
وأفرح الزوجة التي بين أحضانك
وهذا هو نصيب البشرية))
(
ولكن ) جلجامش أعادة الخطاب إلى صاحبة الحانة قائلا :
((
يا صاحبة الحانة أين الطريق إلى (( اوتو – نبشتم))
دليني كيف أتجه إليه
فإذا أمكنني للوصول إليه فأنني حتى البحار سأعبرها
وإذا تعذر الوصول إليه فسأهيم على وجهي في الصحارى
فأجابت صاحبة الحانة جلجامش وقالت له :ـ
((
يا جلجامش لم مل يعبر البحر من قبلك أحد
أجل ! إن (( شمش )) القدير يعبر البحر حقا
ولكن من غير شمش يستطيع عبوره ؟
إن عبوره شاق عسير .
وما عساك ستصنع لما تبلغ مياه الموت العميقة ؟
ولكن يا جلجامش هناك ((أور – شنابي )) ملاح (( اتو _ نبشتم ))
وعنده صور الحجر وها هو الآن في الغابة يقتطف النبات
فعسى إن تراه عيناك
وإذا أمكنك فأعبر بصحبته والا فعد إلى وطنك ))
ولما سمع جلجامش ذالك اخذ فأسه واستل خنجره من حزامه
وتغلغل إلى الغابة واتجه إليها
وانقض عليها كالسهم وكسرها وهو في سورة غضبه
رفع (( أور _ شنابي )) عينيه وأبصر جلجامش فصاح به :
قل لي ما أسمك ؟ أما أن فأسمي (( أور _ شنابي ))
من التابعين ل(( اوتو _ نبشتم )) القاصي
فأجاب جلجامش (( أور_ شنابي )) ، وقال له :
((
اسمي جلجامش ، أنا الذي قدم من أوروك ، من (( إِِي _ أنَّا))
وأجتاز البحار وركب الأسفار الطويلة من مطلع الشمس
جئت لأراك . فيا (( أور شنابي ))، وقد رأيت وجهك
دلني على (( اوتو _ نبشتم )) ، القاصي ))
فأجاب (( أور _شنابي )) جلجامش وقال له :
(
ولكن ) لم ذبلت وجنتاك وامتقع وجهك ؟
وعلام غمر الحزن قلبك وتبدلت هيئتك؟
فصار وجهك أشعث كمن عانى الأسفار الطويلة
ولم لفح وجهك الحر والقر
وهمت على وجهك في الصحارى ))
فأجاب جلجامش (( أور – شنابي )) وقال له :-
((
ياأور – شنابي )) ، كيف لا نذبل وجنتاي ويمتقع وجهي ؟
ويغمر الحزن والأسى قلبي وتتبدل هيئتي
وكيف لا يصير وجهي أشعث كمن أنهكه السفر الطويل ؟
ويلفع وجهي الحر والقر ،
وأهيم على وجهي في الصحارى

Par ahmed bengriche
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 10:05

الفصل الثاني
أسفار جلجامش وانكيدو  ومغامراتهما

اللوح الثالث : (نسخة من العهد البابلي القديم ) وهي محفوظة في متحف جامعة بيل الأمريكية .
علاما أنت راغب في تحقيق هذا المطلب
ولم عقدت العزم على الذهاب إلى الغابة ؟
.........................
قبل احدهما الآخر وعقدا أواصر الود ما بينهما
..............................
أم جلجامش المتمرسة بكل شئ ، رفعت يديها إلى ( شمش )

العمود الثاني :

(
نقص من نحو 25 سطرا )
.......................................
ملأ الأسى قلب ( انكيدو ) واغرورقت عيناه بالدموع
وأطلق الحسرات والآهات
فواساه جلجامش وكلمه قائلا :
(
لماذا اغرورقت عيناك بالدموع يا صديقي ؟
ولم ملأ الأسى لبك وصرت تصعد الزفرات )
فتح ( انكيدو ) فاه وقال لجلجامش :-
(
يا صديقي اشعر بالعبرات تخنقني
لقد تراخى ساعداي
واستحالت قوتي وهنا
فخاطب جلجامش ( انكيدو ) وقال له :

العمود الثالث :

(
يسكن في الغابة (خمبابا ) الرهيب
فلنقتلنه كلانا أنا وأنت
لكي نزيل الشر من البلاد
.......................
فتح ( انكيدو) فاه وقال لجلجامش :-
(
يا صديقي لقد علمت حينما كنت أجول
في التلال والبراري الواسعة مع حيوان البر
أن الغابة تمتد مسافة عشرة آلاف ساعة في كل جهة .
فمن يجرؤ على الإيغال في داخلها
و ( خمبابا ) زئيره عباب الطوفان
تنبعث من فمه النار ، ونفسه الموت الزؤام
فعلام ترغب في القيام بهذا الأمر
(
خمبابا ) لا قبل لأحد بهجومه مثل ماكنة الحصار .
فتح جلجامش فاه وقال لـ ( أنكيدو ) :
(
عزمت لارتقينَّ جبال الأرز .
وادخل الغابة ، مسكن ( خمبابا )
وسآخذ معي فأسا لاستعين بها في القتال
أما أنت فامكث هنا ، وسأذهب أنا وحدي
..................... (
نحو 8 أسطر مخرومة )
ففتح ( انكيدو ) فاه وقال لجلجامش:
(
كيف سندخل غابة الأرز يا جلجامش ،
وان حارسها مقاتل ، وهو قويٌّ لا ينام )
....... (
ثلاثة أسطر مشوهة )
ولحفظ غابة الأرز عينه ( انليل ) ،
وجعل هيئته تبعث الرعب في الناس .
خمبابا زئيره مثل عباب الطوفان
فتح جلجامش وقال لانكيدو :-
(
يا صديقي ، من ذا الذي يستطيع أن يرقى إلى السماء
الآلهة وحدهم هم الذين يعيشون إلى الأبد مع ( شمش )
أما البشر فأيامهم معدودات
وكل ما عملوا عبث يذهب مع الريح
لقد صرت تخشى الموت ونحن ما زلنا هنا
فماذا دهى قوة بطولتك
دعني إذن أتقدم قبلك وليناديني صوتك :
(
تقدم ! ولا تخف ! )
وإذا ما هلكت فسأخلد لي اسما ، ( وسيقولون عني )
من بعد أن تولد الأجيال الآتية فيما بعد
(
لقد هلك جلجامش في نزاله مع خمبابا المارد )
...... (
نحو ستة أسطر مشوهة ، ويبدو أن الكلام الذي يلي لجلجامش ) :
(
بقولك هذا أحزنت قلبي
على إنني سأمدُّ يدي واقطع الشجار الأرز
لأكوّن لي اسما خالدا
وسأصدر يا صديقي أوامري بالى صانعي السلاح
وسيصنعون السلاح بحضورنا
صدرت الأوامر إلى صنعي السلاح فاجتمعوا وتشاوروا
صنعوا أسلحة عظيمة : سبكوا فؤوسا تزن كل منها ثلاث وزنات
سبكوا سيوفا كبيرة تصل كل منها وزنتان وقبضاتها ثلاثون ( منّاً )
وسيوفا ( أغمادها ) من ذهب يزن الواحد منها ثلاثين مناً
وتسلح جلجامش و (انكيدو ) بأسلحة زنتها عشر وزنات .
تجمع الناس في شوارع ( أوروك ) إزاء الباب ذي المزاليج السبعة
وشاهد الناس جلجامش في دروب ( أوروك ) ، ذات الأسواق
وجلس شيبُ أوروك قدام جلجامش فخاطبهم
وقال لهم هكذا :
((
اسمعوا يا شيب ( شيوخ ) ((اوروك)) ،ذات الأسواق
:
أريد ، أنا كلكامش ،أن أرى من يتحدثون عنه
ذلك الذي ملأ اسمه البلدان بالرعب
عزمت على أن أغلبه في غابة الأرز
وسأسمع البلاد بأنبا ابن (( اوروك ))
فتقول عني : ما أشجع سليل أوروك وما أقواه !
سأمد يدي وأقص الأرز فأسجل لنفسي اسما خالدا
فأجاب شيب ((أوروك )) ،ذات الأسواق ، وقالوا لجلجامش :-
يا جلجامش أنت ما زلت شابا وقد حملك قلبك مدى بعيدا
وأنت لا تعرف عاقبة ما أنت مقدم عليه
إننا سمعنا عن ((خمبابا)) أن بنيته غريبة مخيفة
فمن ذا الذي يصمد إزاء أسلحته ؟
والغابة تمتد عشرة ألاف ((ساعة مضاعفه)) في كل الجهات
فمن ذا الذي يستطيع أن يوغل في داخلها
وأما ((خمبابا)) فزئيره عباب الطوفان
وتنبعث من فيه شواظ النيران ونفسه الموت
فعلام رغبت في الأقدام على هذا الأمر ؟
لا قبل احد إن يصمد إزاء خمبابا .
ولما أن سمع جلجامش هذا الكلام من ناصحيه تلفت حوله
وتطلع إلى صاحبه وضحك ( قائلا ) :-
كيف سأجيبهم يا صاحبي ؟
أأجيبهم بأنني أخاف من خمبابا ؟
وسأظلّ ملازما بيتي طوال أيام حياتي الباقية ؟
.... (
يكون النص في الأسطر القليلة التالية مشوها ، ويبدو من الكلمات القليلة الباقية إنها تتضمن كلام جلجامش إلى صديقه انكيدو . وبعد هذا النقص نجد شيوخ أوروك يخاطبون جلجامش داعين له التوفيق ) :-
ثم خاطب شيب (شيوخ) أوروك جلجامش وقالوا له :-
عسى إن ينصرك الاهك الحامي
وعساه أن يرجعك سالما في طريق عودتك إلى بلدك
ويعيدك سالما إلى ميناء ( أوروك )
ثم سجد جلجامش للإله ( شمش ) ودعى قائلا
:-
(
إني ذاهب يا شمش واليك ارفع يدي بالدعاء
أرجعني سالماً إلى ميناء (أوروك )
عسى أن تنال روحي الخير والبركة
وأنشر علي ظلك واشملني بحمايتك
ثم دعا جلجامش صديقه واستطلع فأله
. . . . (
انخرم نحو 6أسطر من النص ، ويبدو من أول سطر من النص الباقي أن تطالعه لم يسعفه)

اللوح السادس:ـ

انهمرت الدموع على وجه جلجامش
....(
خمسة اسطر مخرومة)
جاؤا إليه بأسلحته وقلدوه السيوف العظيمة
زودوه بالقوس والكنانة، وأخذ معه الفؤوس
تنكب قوس أنشان وتقلد سيفه
وجاء الناس إلى جلجامش وتمنوا له قرب العودة
وباركه الشيب ( الشيوخ )وأسدوا له النصح في سفره
وقالوا له :ـ
(
أيها الملك كنا نطيعك في مجلس الشورى
فاستمع إلينا وخذ بمشورتنا أيها الملك
لاتتكل على قوتك وحدها يا جلجامش
تبصر في أمرك واحم نفسك
دعه يتقدم في الطريق وابق على نفسك
دع (انكيدو) يسير أمامك، فانه يعرف الطريق وقد سلكه
انه يعرف الطريق إلى غابة الأرز، دعه يتوغل في مسالك خمبابا
وان من يسير في الطليعة يحمي صاحبه
ليأخذ الحذر ويتبصر في حماية نفسه
وعسى (( شمش )) أن يجعلك تنال رغيتك
وعساه يرى عينيك ما قاله فمك
وعساه إن يفتح لك السبيل المسدود
ويفتح الطريق لمسراك ، ويمهد مسالك الجبال لقدميك
عسى الليل أن يأتيك بما يسرك ويفرحك
وعسى أن يقف ((لوكال بندا)) بجانبك
ويجعلك تحقق رغبيتك
ومثل الطفل عساك أن تحقق أمنيتك
بوعد قتل ((خمبابا)) الذي تسعى لتحقيقه أغسل قدميك
وعند استراحتك مساء وحفر بئرا
ولتكن قربتك ملأى بالماء النقي على الدوام
قرب الماء البارد إلى (( شمش ))
وردَّد ذكر (( لوكال بندا )) دائما

العمود الثالث
النص الأشوري :

ففتح جلجامش فاه وقال لانكيدو :
((
هلم بنا يا صاحبي إلى (المعبد) (( اِى كَال – ماخ ))
إلى حضرة (( ننسون )) ،الملكة العظيمة
ستمحضنا النصح وتسدد خطانا )) (تثبت أقدامنا )
فسار جلجامش وأنكيدو وقصدا ((اِى كَال_ماخ))
مثل جلجامش بحضرة ((ننسون)) الملكة العظيمة
دخل جلجامش واقترب منها وقال:-
((
يا ننسون لقد اعتزمت أمرا جسيماً
اعتزمت سفرا بعيداً،إلى موطن (خمبابا)
إنني مقدم على قتال لا أعرف عاقبته
ومزمع على السير في طريق لا اعرف مسالكه
فحتى اليوم الذي اذهب فيه وأعود
وان أن ابلغ غابة الأرز العظيمة
واذبح خمبابا المارد
وأمحو من على الأرض كل شر يمقته ((شمش))
تشفعي لي عند (( شمش )) ، ( وصلي له من أجلي) ))
وإذ ذاك دخلت (( ننسون )) حجرتها
وإرتدت حلة تليق بجسمها
وأينت بحلى تليق بصدرها
ووضعت على رئسها تاجها
ثم إرتقت إلى السطح وتقدمت الى (( شمش ))
و أحرقت البخور
قدمت قربان البخور ورفعت يديها الى (( شمش ))وقالت :-
((
علام أعطيت ولدي جلجامش قلباً مضطرباً لا يستقر ؟
والآن حثثته فأعتزم سفرا بعيدا ،الى موطن (( خبابا ))
سيلاقي نزالاً لايعرف عاقبته
وسيسير في طرق لايعرف مسالكها
فحتى اليوم الذي يذهب فيه ويعود
وحتى يبلغ غابة الأرز .
ويقتل خمبابا المارد
ويمحو من على الأرض كل شر تمقته
عسى عروسك (( أي ))إن تذكرك به
ولتوكل به حراس الليل والكواكب وأباك (( سين ))
حينما تحتجب أنت في المساء

العمود الرابع

....(
نقص كبير في اللوح )
ثم أطفأت البخور وعوذت وأحضرت الكاهنات
والبغايا والمقدسات والمتبتلات
ودعت أليها(( انكيدو )) وأوصته قائلة:
((
يا انكيدو )القوي ، الذي ليس من رحمي،
قد اتخذتك منذ ألان ولداً
ثم قلدت عنقه بقلادة جواهر لتكون موثقا منه
وقالت له:_
((
ها إنني أأتمنك على ولدي فأرجعه لي سالماً
. . . . (
نقص كبير في النص حيث ينخرم معظم الحقل الرابع والحقل الذي يليه بأجمعه ، ويستمر النقص في اللوح الرابع ((النص الأشوري )) ) ، والنصوص المخرومة بلا شك تتضمن وصف سفر البطلين إلى غابة الأرز ولم يبق من إخبار ذلك سوى كسر ذات النصوص المقطعة وبالنظر إلى كثرة النواقص في اللوحين الرابع والخامس رأينا أن نترجم مابقي منها ترجمة ملخصة وبشيء من التصرف:-
بعد سفر عشرين ساعة مضاعفة تبلغا بقليل من الزاد
وبعد ثلاثين ساعة مضاعفة توفقا ليمضيا الليل
ثم انطلقا سائرين (خمسين)ساعة مضاعفة أثناء النهار
وقطعا مدى سفر شهر ونصف الشهر في ثلاثة أيام
وحفرا بئرا وقربا إلى الآله ( شمش )
وبعد أن قطعا تلك المسافة الطويلة شارفا مدخل الغابة
وكان مدخلا عجيبا بهرهما مشهده . إنهما لم يصلا بعد إلى الغابة
ولكن أشجار الأرز في المدخل كان منظرها عجيبا
فكان علوها اثنتين وسبعين ذراعا ، وعرض المدخل أربعا وعشرين ذراعا
ووجدا عنده عفريتا عينه خمبابا ليحرسه
فشجع انكيدو صديقه جلجامش أن يتقدم
ليأسر الحارس قبل أن يأخذ سلاحه
فتشجع جلجامش ، واسع الصديقان وهجما عليه وقتلاه
ولكن لما أراد انكيدو الدخول إلى الغابة شلت قواه
بتأثير الباب المسحور ، فنادى جلجامش وحذره من الدخول
ولكن جلجامش شجع صديقه قائلا :-
ابعد أن عانينا هذه الصعاب
وقطعنا هذا السفر البعيد نعود من حيث أتينا خائبين ؟
أنت الذي مارست النزال والصعاب ، تشجع وكن بجانبي ،
فتعود إليك شجاعتك ويفارقك الرعب والشلل
أيليق بصديقي أن يحجم ويتخلف ؟
كلا يا صديقي علينا إن نتقدم ونوغل في قلب الغابة
وسيحمي احدنا الآخر ، وإذا ما سقطنا في النزال
فسنخلف من بعدنا اسما خالدا .
أستطاع البطلان أن يجتازا مدخل الغابة ووصلا إلى قلبها فأبصرا الجبال الخضر ، وذهلا من مشهد غابة الأرز وسحر جمالها ثم تتبعا المسالك التي يسير فيها عفريت الغابة (( خمبابا )) وشاهدا من بين ما شاهدا جبل الأرز الخاص بالآلهة ، حيث أقيم عرش الإلهة (( أرنيني )) ( عشتار ) وحيث تتعالى أشجار الأرز أمام ذلك الجبل بظلالها الوارفة التي تبعث البهجة والسرور وعند غروب الشمس حفر جلجامش بئر وقرب منها .
وارتقى الجبل وسكب الماء المقدس وَقَرَبَ الطعام
ودعا الجبل أن يريه حلما يبشره بالفرح
ثم اضطجع الصديقان للراحة وسرعان ما ادركهما النوم
فرأى جلجامش رؤيا
ثم استيقظ فقص رؤياه على صديقه وقال :-
((
يا صديقي من ذا الذي أيقظني إن لم تكن أنت ؟
يا صديقي رأيت رؤيا ، رأيت إننا نقف في هوة الجبل
ثم سقط الجبل فجأة ، وكنا انا وأنت ، كأنا ذباب صغار
ورأيت في حلمي الثاني الجبل يسقط
فصدمني وأمسك بقدمي . ثم انبثق نور وهاج طغى لمعانه وسناه
على هذه الأرض فانتشلني من تحت الجبل وسقاني الماء فسر قلبي )) .
فأجاب(( أنكيدو )) صديقه جلجامش وفسر رؤيا قائلا :-
((
إن رؤياك ،يا صاحبي ،ذا مغزى حسن وبشرى سارة
إن الجبل الذي سقط عليك هو ((خمبابا ))ونحن سنتغلب عليه ونقتله )) .
ثم تسلقا الجبال مرة أخرى ورأى جلجامش رؤيا أخرى
فسرها بأنها بشائر على نجاحهما في لقائهما مع العفريت ((خمبابا))
ودنت ساعة اللقاء الحاسمة لما بدأ جلجامش يقطع أشجار الأرز بفأسه ،
إذ سمع ((خمبابا)) الصوت
فغضب وهاج وزمجر صائحا : ((من الداخل المتطفل
الذي كدر صفو الغابة وأشجارها الباسقة في جبلي ؟
ومن ذا الذي قطع أشجار الأرز ؟ ))
وتهيأ خمبابا للهجوم على الصديقين اللذين استحوذ عليهما الرعب
وندما على هذه المغامرة ودخول غابة الأرز
وأخذا يتضرعان إلى الإله (( شمش )) ليعينهما على الخلاص من الهلاك،
فأستجاب لهما الإله ، وانقلبت ألأيه ،
حيث أهاج (( شمش )) الرياح العاتية وساقها على (( خمبابا ))
فأمسكت به وشلت حركته ، فأستسلم لهما
وأخذ يتضرع لهما نا يبقيا عليه ويأسراه فيكون خادما لجلجامش
ويجعل الغابة المسحورة وأشجارها ملك يديه
فرق قلب جلجامش وكاد أن يبقي عليه ، ولكن صديقه (( انكيدو))
حرضه على القتل ، فقتلاه وقطعا رأسه .
وتنتهي مغامرة غابة الأرز بنجاح البطلين وعودتهما إلى (( أوروك)) .


عودة البطلين إلى ((أوروك )) واحتفالهما بالنصر

اللوح السادس :

غسل (جلجامش ) شعره الطويل وصقل سلاحه
وأرسل جدائل شعره على كتفيه
وخلع لباسه الوسخ واكتسى حللا نظيفة
ارتدى حلة مزركشة وربطها بزنار
ولما أن لبس جلجامش تاجه
رفعت ((عشتار )) الجليلة عينيها
ورمقت جمال جلجامش ( فنادته ) :-
((
تعال ياجلجامش وكن حبيبي الذي اخترت
((
امنحني ثمرتك ( بذرتك ) أتمتع بها
ستكون أنت زوجي وأنا زوجك
سأعد لك مركبة من حجر الازورد والذهب
عجلاته من ذهب وقرونها من البرونز
وستربط لجرها (( شياطين الصاعقة )) بدلا من البغاء الضخمة
وفي بيتنا ستجد شذا اللارز يعبق فيه إذا ما دخلته ،
إذا ما دخلت بيتنا
فستقبل قدميك العتبة والدكة
سينحني خضوعا لك الملوك والحكام ولأمراء
وسيقدمون لك الاتاوة من نتاج الجبل والسهل
وستلد عنزاتك (( ثلاثا ثلاثا )) وتلد نعاجك (( التوائم ))
وحميرك ستفوق البغل في الحمل
وسيكون لخيولك مركباتك الصيت المعلى في السبق
وثورك لن يكون له مثيل وهو في النير ))
ففتح جلجامش فاه وأجاب عشتار الجليلة :-
((
ماذا علي أن أعطيك لو أخذتك ( زوجة ) ؟
هل سأطيك السمن والكساء لجسدك ؟
هل سأقدم لك الخبز والطعام
وأي أكل وشراب سأعطيك مما يليق بسمة الآلوهية والملوكية ؟
. . . . (
ثلاثة أسطر مشوهة لايمكن ترجمتها )
((
أي خير سأناله لو أخذتك ( زوجة ) ؟
أنت ! ما أنت ألا الموقد الذي تخمد ناره في البرد
أنت كالباب الخلفي لا يصد ريح ولا عاصفة
أنت قصر يتحطم في داخله الأبطال
أنت فيل يمزق رحله
أنت قير يلوث من يحملها
أنت قربة تبلل حاملها
أنت حجر مرمر ينهار جداره ؟
أنت حجر (( يَشب )) يستقدم العدو ويغريه ؟
وأنت نعل يقرص قدم منتعلة
أي من عشاقك من أحببته على الدوام ؟
وأي من رعاتك من أرضاك دائما ؟
تعالي أقص عليك ( مآسي ) عشاقك :
من أجل تموز حبيب ( صباك )
قضيت بالبكاء والنواح عليه سنة بعد سنة
لقد رمت ( طير ) الشقراق المرقش
ولكنك ضربته وكسرت جناحيه
وها هو الآن حاط على البساتين يصرخ نادبا :
((
جناحي ! جناحي ))
ورمت بحبك الأسد الكامل القوة
ولكنك حفرت ( للإيقاع به ) سبعَ وسبع َ وَجرَات
ورمت الحصان المجلى في البراز والسباق
ولكنك سلطت عليه السوط والهماز والسير
وحكمت عليه بالعدو شوط سبع ساعات مضاعفة
وقضيت عليه أن لا يرد الماء ألا بعد أن يعكره
وقضيت على أمه (( سيلي )) أن تواصل البكاء والندب عليه
وأحبت راعي القطيع
الذي لم ينقطع يقدم إليك أكداس الخبز
وينحر الجداء ويطبخها لك كل يوم
ولكنك ضربته وحولته ذئبا
وصار يطارده الآن الفه من حماة القطيع
وكلابه تعض ساقيه
وأحببت ( إِيشو لنُّو ) ، بستاني أبيك
الذي حمل إليك سلال التمر بلا انقطاع
وجعل مائدتك عامرة بالوفير من الزاد كل يوم
ولكنك رفعت إليه عينك فراودته وقالت له :
تعال يا حبيبي (( إيشو لنو )) ، ودعني أتمتع برجولتك
مدَّ يدك والمس مفاتن جسمي ))
فقال لك (( إِيشو لنو )) :
ماذا ترومين مني ؟
ألم تخبز أمي فأكل من خبزها
حتى أكل خبز الخنا والعار ؟
وهل يدرأ كوخ القصب ( الحلفاء ) الزمهرير
وأنت لما سمعت قوله هذا
ضربته بعصاك ومسختة ضفدعا
ووضعته وسط البساتين
فلا يستطيع أن يعلو مرفعا ولا ينزل منحدرا
فإذا أحببتني فستجعلين مصيري مثل هؤلاء ))
ولما سمعت عشتار هذا
استشاطت غيظا وعرجت (علت) إلى السماء
صعدت عشتار ومثلت أمام أبيها (( آنو ))
وفي حضرة أمها (( أنتم )) ، جرت دموعها وقالت :-
يا أبي أن جلجامش سبني واهانين ( عزرني )
لقد عدد جلجامش مثالبي وعاري وفحشائي
ففتح (( آنو )) فاه وقال لعشتار الجليلة :-
ألم تكوني السبب ؟ الم تتحرشي بجلجامش الملك فجنيت الثمرة
فعدد جلجامش فحشاءك وعارك ومثالبك ))
ففتح عشتار فاها وقالت لآنو ، أبيها :-
((
اخلق لي يا أبت ثورا سماويا
ليغلب جلجامش ويهلكه
وإذا لم تعطني الثور السماوي
فلا أحطمن أبواب العالم الأسفل
واجعل أعاليها أسفلها
وادع الموتى يقومون فيأكلون كالأحياء
ويصبح الأموات أكثر عددا من الأحياء
ففتح (( آنو )) فاه وأجاب عشتار الجليلة وقال :-
لو فعلت ما تريدينه مني وزودتك بالثور السماوي
لحلت في ارض (( أوروك )) سبع سنين عجاف
فهل جمعت غلالا لهذه السنن العجاف
وهل هيات العلف للماشية ؟ ))
فتحت عشتار فاها وأجابت أباها ((آنو )) قائلة :-
لقد جمعت ((بيادر )) الحبوب للناس
وخزنت العلف للماشية
فلو حلت سبع سنين عجاف
فقد خزنت غلالا وعلفا
تكفي الناس والحيوان
ولما ان سمع كلامها سلم عشتار
سلسلة مقود الثور السماوي
فأخذته وقادته إلى الأرض ،
انزلته في ارض ((اوروك))
. . . . (
ينخرم من النص في هذا الموضع حنو 8 أسطر لكن يتضح من النص الذي يلي ومن سياق القصة ان آنو استجاب لطلب عشتار فخلق لها الثور السماوي) :-
هبط الثور السماوي واخذ ينشر الرعب والفزع
وقضى في اول خوار له على مائة رجل ثم مائتين وثلثمائة
وقتل في خوار الثاني مائة ومائتين وثلثمائة
وفي خواره الثالث هجم على (( انكيدو ))ولكن (( انكيدو )) صد هجومه
قفز ((انكيدو )) وضبط (مسك ) الثور السماوي من قرنيه
فرشق الثور السماوي وجهه بزبده ورغائه
وقذفه بالروث بذيله
ففتح ((انكيدو )) فاه ، وقال لجلجامش :
لقد تبجحنا يا صاحبي . . .
فكيف سنجيب . . .
. . . . (
نقص مقداره نحو 10 أسطر مضمونها يدور على المصارعة التي نشبت بين البطلين وبين الثور السماوي كما يدل على ذلك النص الذي يلي ) :- ينبغي ان نقسم العمل بيننا
انا امسك بالثور من ذيله
وينبغي ان يكون طعن السيف ما بين السنام والقرنين
فطارد (( انكيدو )) ثور السماء ليمسك به
وامسك به من ذيله وضبطه بكلتا يديه
وجلجامش ، مثل قصاب ماهر ،
طعن الثور السماوي طعنة قاتلة
وغرس حسامه ما بين السنام والقرنين
وبعد ان اجهز على الثور السماوي اقتلعا قلبه
وقرباه الى الآله (( شمش )) ، وسجدا له
وقعد الاخوان كلاهما واستراحا
(
أما) عشتار فانها اعتلت فوق اسوار (( اوروك )) المحصنة
قفزت فوق الشرفات وقذفت بلعنتها (صارخة ) :-
((
الويل لجلجامش )) الذي دنسني واهانني لانه قتل ثور السماء
ولما ان سمع ((انكيدو )) هذا القول من عشتار
قطع فخذ الثور السماوي ( الايمن ) وقذفه بوجهها وقال :-
((
لو امسكت بك لفعلت بك مثل ما فعلت به
ولربطت احشاءه بجنبيك ))
فجمعت عشتار المترهبات وبغايا (المعبد) والمومسات
واقامت المناحة والبكاء على فخذ الثور السماوي الايمن
اما جلجامش فانه دعا الصناع ، وصانعي السلاح كلهم
فانبهر الصناع من كبر قرنيه وثخنهما
فان كلا منهما من حجر الازورد بزنة ثلاثين منا
وثخن طلاء كل منهما إصبعان
ومقدار ستة (( كرات )) من السمن سعة كليهما
فقرب بمقدار ذلك زيتا للمسح الى آلهة ( الحامي ) ((لو كال بندا))
أخذهما وعلقهما في حجرة نومه الزاهية
ثم غسلا ايديهما في نهر الفرات
وعانق كل منهما الاخر وهما سائران في الطريق
سارا راكبين في درب السوق في ((اوروك ))
فاجتمع أهل ((أوروك )) ليشاهدوها
وصار جلجامش يخاطب (مغنيات ) أوروك ويردد :
((
من الازهى بين الأبطال ؟
ومن الأمجد بين الرجال ؟ ))
فيجبنه : (( جلجامش الازهى بين الأبطال ؟
جلجامش الازهى بين الرجال ))
. . .(
انخرام في النص )
تلك التي قذفناها بفخذ الثور السماوي ونحن غضبى
عشتار . . لم تجد في الدرب من يواسيها ويفرح قلبها
. . . . . . . . .
(
نحو 3اسطر مخرومة من النص )

 

Par ahmed bengriche
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 10:02

الفصل الأول :

كلكامش وانكيدو

اللوح الأول: الحقل الأول

هو الذي رأى كل شيء فغني بذكره يا بلادي
وهو الذي عرف جميع الأشياء وأفاد من عبرها
وهو الحكيم العارف بكل شيء :
لقد أبصر الأسرار وكشف عن الخفايا المكتومة
وجاء بأنباء ما قبل الطوفان
لقد سلك طرقاً بعيدة متقلباً ما بين التعب والراحة
8-
فنقش في نصب من الحجر كل ما عاناه وخبره
9-
بنا السوار ( أوروكا ) المحصنة
10-
وحر (أي – أنّا ) المقدس والمعبد الطاهر
11-
فأنظر إلى سوره الخارجي تجد أفاريزه تتألق كالنحاس
12-
وانعم النظر في سوره الداخلي الذي لا يماثله شيء
13-
واستلم ( امسك ) أسكفّته الحجرية الموجودة منذ القدم
14-
أقترب من (أي أنّا) مسكن عشتار
15-
الذي لا يماثله صنع ملك من الآتين ولا إنسان
16-
أعلو فوق أسوار (أوروك)
17-
وامشي عليها متأملا
تفحص أسس قواعدها وآجر بناءها
18-
أفليس بناءها بالآجر المفخور
19-
وهلا وضع الحكماء السبعة أسسها
20-
سار واحد مساحة المدينة، وسار الراعي
وسار لحفر الطين ، وهي الأرض المخصصة لمعبد عشتار
21-
ثلاثة سارات كلها، وكذلك الأرض الخلاء لمدينة ( أوروك )
22-
ابحث عن اللوح المحفوظ في صندوق الألواح النحاسي
23-
وافتح مغلا قه المصنوع من البرونز
24-
واكشف من فتحته السرية
25-
تناول لوح حجر اللازورد واجهر بتلاوته
26-
وستجد كم ( عانى جلجامش ) من العناء والتعب
27-
وفاق جميع الحكام، انه ذو الهيئة البهية السامية
28-
انه البطل ، سليل أوروك ، والثور والنطاح
30-
انه المقدم في الطليعة
31-
انه المظلة العظمى ، حامي(أتباعه) من الرجال
32-
انه موجة طوفان عاتية تحطم حتى جدران الحجر
33-
نسل (لوكال بندا ) انه جلجامش المكتمل القوة
34-
ابن البقرة الجليلة (رمات –ننسن )
35-.....
جلجامش المكتمل في الجلال والالوهيه
36-
انه هو الذي فتح مجازات الجبال
37-
وحفر الآبار في مجازات الجبال
38-
وعبر البحر المحيط ،إلى حيث مطلع الشمس
39-
لقد جاب جهات العالم الأربع، وهو الذي سعى لينال الحياة الخالدة
40-
وبجهده استطاع إن يصل إلى (( اوتو-نبشتم ))، القاضي
41- (
وأعاد الأحياء ؟ ) التي دمرها الطوفان
42- ......
43-
من ذا الذي يضارعه في الملوكية ؟
44-
من غير كلكامش من يستطيع أن يقول :أنا الملك
45-
ومن غيره من سمي جلجامش ساعة ولادته .
46-
ثلثاه اتله ، وثلثه الباقي بشر
47-
لقد صممت هيئة جسمه الآلهة العظيمة
48- 52 (
مشوهة لا يمكن ترجمتها )

العمود الثاني :

بعد إن خلق جلجامش وأحسن الإله العظيم خلقه
حباه ( شمش )السماوي بالحسن وخصه ( ادد) بالبطولة
جعل الآلهة العظام صورة جلجامش تامة كاملة
كان طوله احد عشر ذراعا وعرض صدره تسعة أشبار
ثلثاه اله وثلثه الآخر بشر
وهيئة جسمه مخيفة كالثور الوحشي
وفتك سلاحه لا يضاهيه ويصده شيء
وعلى ضربات الطبل تستيقظ رعيته
لازم أبطال (( أوروك )) حجراتهم ناقمين مكفهرين
لم يترك (( جلجامش )) ابنا طليقاً لأبيه
لم تنقطع مظالمه عن الناس ليل نهار
أهذا (( جلجامش )) راعي (( أوردك )) المسورة ؟
أهو راعينا القوي، الكامل الجمال والحكمة
لم يترك جلجامش عذراء طليقة لامها
ولا ابنة المقاتل ولا خطيبة البطل .
وأخيراً أستمع الآلهة إلى شكاتهم واستغاثتهم
فأستدعى الآلهة السماء رب((أوردك)) وقالوا له:
ألم تخلق(( اورورو )) هذا الثور الوحشي الجبار !
الذي لا يضاهي فتك أسلحته سلاح أخر
والذي تستيقظ رعيته على ضربات الطبل
جلجامش الذي لم يترك ابناً طليقاً لأبيه
وما فتئ يضطهد الناس بمظالمه ليل نهار
هو راعي (( اوروك )) المحصنة .
هو راعيهم وهو قوي وجميل وحكيم
أن جلجامش لم يترك عذراء لأمها
ولا ابنة المقاتل ولا خطيبة البطل
استمع الإله ((آنو)) إلى شكواهم
ودعوا (( اورورو )) العظيمة وقال لها :
يا (( اورورو )) أنت التي خلقت هذا الرجل .
فاخلقي الآن غريماًُ له
وليكن مضاهياً له في قوة اللب والعزم
وليكونا في صراع مستديم ، لتنال (( أوروك )) الراحة والسلام .
حالما سمعت ((اورورو )) ذلك غسلت يديها
تصورت في لبها صورة لأنو
وغسلت ((اورورو)) يديها
وأخذت قبضة من طين ورمتها بالبرية
وفي البرية خلقت(( انكيدو )) القوي،
نسل (( ننورتا ))
يكسو جسمه الشعر الكث
وشعر رأسه كشعر المرآة
ونمت فروع شعر رأسه جدائل كشعر (( نصابا ))
لا يعرف الناس ولا البلاد
ويلبس لباس مثل (( أسموقان ))
ومع الظباء يأكل العشب
ويتدافع مع الوحش عند مساق الماء
ويسر قلبه مع الحيوان عند موارد الماء
(
وحدث ) أن صياداً قانصاً التقى به عند مورد الماء
وأبصره يوماً ثانياً وثالثاً عند مسقى الماء
ولما رآه الصياد شلّ وامتقع وجهه من الخوف
فدخل هو ووحوشه إلى بيته
وهو لا يزال مشلولا مذعوراً
أضطرب قلبه، وامتقع وجهه
حل بقلبه الرعب وصار وجهه كمن جاء من سفر بعيد

العمود الثالث

(
جاء ) الصياد إلى أبيه وفتح فاه وقال له :
((
يأبي ! رأيت رجلاً عجيباً قد انحدر من التلال ))
أنه أقوى من في البلاد ، وذو بأس شديد
وهو في شدة بأسه وقوته مثل عزم (( آنو ))
أنه يجوب التلال
يرعى الكلأ مع حيوان البر
ويسقى معها عند ورود الماء
لقد ذعرتُ منه فلم أقوى على الاقتراب منه
ملأ أوجارى التي حفرت
وقطع شباكي التي نصبت
فجعل الصيد وحيوان البر تفر من يدي
وحرمني من صيد البر
ففتح أبوه فاه وخاطب الصياد أبنه قائلاً :-
((
يابني ! يعيش في (( أوروك )) جلجامش
الذي لامثيل له في البأس والقوة
وهو في شدة بأسه مثل عزم (( آنو ))
فأذهب إلى ((أوروك )) ، وول وجهك شطرها
وأنبيء جلجامش عن بأس هذا الرجل
وليعطك بغيا مومساً تصحبها معك أيها الصياد
دعها تسيطر عليه وتروضه
وحينما يأتي ليستقي مع الحيوان من مورد الماء
دعها تخلع ثيابها وتكشف عن عورتها ومفاتن جسمها
فحالما يراها فأنه سيقترب منها وينجذب إليها .
وعندئذ ستنكره حيواناته التي ربيت معه في البرية ))
لقد أرهف السمع ووعى مشورة أبيه
وقصد الصياد جلجامش
أغذّ السير في الطريق وأستقر به المقام في ((أوروك ))
مثل أمام جلجامش وخاطبه قائلاً :-
((
هناك رجل عجيب أنحدر من التلال
أنه أقوى من في البلاد ،وذو بأس شديد
وهو في شدة بأسه وقوته مثل عزم (( آنو))
أنه يجوب البراري ويأكل العشب
ويرعي الكلأ مع حيوان البر ويستقي معها عند مورد الماء
لقد ذعرت منه فلم أقوَ على الاقتراب منه
لقد ملأ الاوجار التي حفرتها
ومزق شباك التي نصب
فجعل الصيد وحيوان البر تفر من يدي
لقد حرمني من القنص في البرية )).
فقال جلجامش له ، قال للصياد :-
((
أنطلق يا صيادي وأصطحب معك بغيا مومساً ))
وحينما يأتي إلى مورد الماء ليسقي الحيوان
دعها تخلع ثيابها وتكشف عن مفاتن جسمها وعورتها
فإذا ما رآها أقترب منها وانجذب إليها
وعندئذ ستنكره حيواناته التي ربيت معه في البرية ))
فانطلق الصياد وأصطحب معه البغي (( المومس ))
شرعا بالسفر وسارا قدماً في الطريق
وفي اليوم الثالث بلغاً الموضع المقصود
جلس الصياد والبغي في ذلك المكان ومكثا فيه .
ومكثا يوماً ويوماً ثانياً عند مسقى الماء
جاء حيوان البر إلى المورد ليسقي الماء

العمود الرابع

قصدت وحوش البر الماء ففرحت وسرت قلوبها
أما (( انكيدو )) الذي كان مولده في التلال
والذي يأكل العشب مع الظباء ، ويرد الماء مع الحيوان
ويفرح لبه مع حيوان البر عند مسقى الماء
فان البغي رأته، رأت الرجل الوحش
أبصرت البغي المارد ، الآتي من قلب الصحاري
(
فأسر إليها الصياد ) : هذا هو أيها البغي فاكشفي عن نهديك
اكشفي عن عورتك لينال من مفاتن جسمك
لا تحجمي ، بل راوديه وابعثي فيه الهيام
فانه متى ما رآك انجذب إليك
انضى عنك ثيابك ليقع عليك
علمي الوحش الغر فن ( وظيفة ) المرأة
ستنكره حيواناته التي ربيت معه في صحرائه
إذا حفي بك وانعطف بحبه إليك
فأسفرت البغي عن نهديها وكشفت عن عورتها
فتمتع بمفاتن جسمها
لم تحجم بل راودته وبعثت فيه الشوق
نضت عنها ثيابها فوقع عليها
وعلمت الوحش الغر فن المرأة
فانجذب إليها وتعلق بها
لبث (( انكيدو )) يتصل بالبغي ستة أيام وسبع ليال
وبعد إن شبع من مفاتنها
وجه وجهه إلى ألفه من حيوان الصحراء
فما أن رأت الظباء (( انكيدو )) حتى ولت عنه هاربة
وهربت من قربه وحوش الصحراء
ذعر (( انكيدو )) ووهنت قواه
خذلته ركبتاه لما أراد اللحاق بحيواناته
أضحى انكيدو خائر القوى لا يطيق العدو كما كان يفعل من قبل
ولكنه صار فطنا واسع الحس والفهم
رجع وقعد عند قدمي البغي
وصار يطيل النظر إلى وجهها
ولما كلمته أصاخ بأذنيه إليها
كلمت البغي انكيدو وقالت له :
((
صرت تحوز على الحكمة يا انكيدو وأصبحت مثل إله
فعلام تجول في الصحراء مع الحيوان ؟
تعال آخذك إلى ((أوروك )) ، ذات الأسوار
إلى ((البيت )) المقدس ، مسكن (( آنو )) و(( عشتار))
حيث يعيش جلجامش الكامل الحول والقوة
المتسلط على الناس كالثور الوحشي ))
ولما كلمته تقبل منها قولها
وفرح قلبه لأنه كان ينشد صاحبا له
فأجاب (( أنكيدو )) البغي وقال لها :
((
هلمي أيتها البغي ، خذيني إلى (( البيت)) الطاهر ، مسكن آنو وعشتار
حيث يحكم جلجامش الكامل الحول والقوة
والمتسلط على الناس كالثور الوحشي
وأنا سأتحداه وأغلظ له في القول

العمود الخامس

سأصرخ في قلب ((أوروك أنا الأقوى
أجل !أنا الذي سأبدل المصائر
أن الذي ولد في الصحراء هو الأشد والأقوى
(
فقالت البغي ) : (( هلم نذهب كي يرى وجهك
سأدلك على جلجامش ، فأنا أعلم أين هو
أجل ! تعال يا ((انكيدو)) إلى أوروك ، المحصنة
حيث يلبس الناس أبهى الحلل
وفي كل يوم تقام الأفراح كالعيد
حيث ... غلمان ... الآسنو ...
والفتيات ... الحسان ؟
....
ينفح منهم العطر والطيب
اللواتي أخرجن العظماء من مضاجعهم ؟
وأنت يا أنكيدو الذي تنشد البهجة في العيش
سأريك جلجامش المبتهج بالحياة
وعليك أن تنظر إليه وتفترس في وجهه
وستلقاه مزهوا برجولته وبأسه
وتحليَ جسمه المباهج والمفاتن
أنه أشد بأساً منك ، وهو لا يستقر مساء نهار
فيا انكيدو خل عنك غلواءك وتبجحك
إن جلجامش يرعاه ((شمش)) ويحبه
وحباه (( آنو)) و((انليل )) و((اِيا ))((بالفهم الواسع ))
وقبل أن تأتي من الصحراء
سيراك جلجامش في الرؤى وهو في ((أوروك))
وفعلا استيقظ جلجامش في تلك اللحظة
وأخذ يقص على أمه رؤياه قائلا لها :
((
يا أمي لقد رأيت الليلة الماضية حلما
رأيت أني أسير مختالا بين الأبطال
فظهرت كواكب السماء
وقد سقط أحدها إلى وكأنه شهاب السماء ((آنو))
أردت أن أرفعه ولكنه ثقل علي
وأردت أن أزحزحة فلم أستطع أن أحركه
تجمع حوله أهل بلاد (( أوروك))
ازدحم الناس حوله وتدافعوا عليه
واجتمع عليه الأبطال
وقبل أصحابي قدميه ....
أحببته وانحنيت كما أنحني على امرأة
ورفعته ووضعته عند قدميك
فجعلته نظيرا لي )) .
فأجابت جلجامش أمه البصيرة العارفة وقالت له :
قالت : (( ننسون )) العارفة بكل شيء لجلجامش :
((
إن رؤيتك نظيرك كوكب السماء
والذي سقط إليك وكأنه شهاب سماء (آنو)
والذي أردت أن ترفعه فثقل عليك
والذي أردت أن تزحزحه فلم تستطع
وأحببته وانحنيت عليه كما تنحني على امرأة
والذي وضعته عند قدمي
فجعلته أنا نظيرا لك
انه صاحب قوي ، يعين الصديق (عند الضيق ) سيأتي إليك
أنه أقوى من في البلاد وذو عزم شديد
وعزمه مثل عزم (( آنو )) وذو بأس شديد
وأما أنك أحببته فأنحيت عليه كما تنحني على امرأة
فمعناه انه سيلازمك ولن يتخلى عنك
وهذا هو تفسير رؤياك )) .
ثم قص جلجامش على أمه حلما ثانيا وقال :
يا أمي رأيت رؤيا ثانية
في (( أوروك )) ‘ المحصنة رأيت فأسا مطروحة
تجمع أهل أوروك عندها وازدحم الناس حولها
أجبتها وانحنيت عليها كأنها امرأة
ثم وضعتها عند قدميها أنت نظيرا لي ))
فقالت أم جلجامش الحكيمة المحبوبة لأبنها
قالت ننسون الحكيمة البصيرة لجلجامش :-
((
إن الفأس التي رأيت رجل
وأما أنك أحببتها وانحنيت عليها كما تنحني على امرأة
والتي سأجعلها أنا نظيرا لك
فتعتبره انه صاحب قوي يعين الصديق سيأتي إليك
انه أقوى من في البلاد وذو عزم شديد
وهو في شدة بأسه مثل عزم (( آنو ))
ففتح جلجامش فاه وقال مخاطبا أمه :
((
عسى أن يتحقق هذا الفأل بمشيئة انليل العظيم
فيكون لي صاحب وصديق ناصح
وسأكون له صاحبا وصديقا وفيا
وحينما كان جلجامش يستفسر عن رؤياه الثانية
كانت البغي تحادث أنكيدو وهو جالس قدامها
وكان الاثنان يمارسان الهوى وملذته
لقد نسي أنكيدو المكان الذي ولد فيه في البراري
ولبث (( أنكيدو )) يجامع البغي ستة أيام وسبع ليال
ثم كلمت البغي (( أنكيدو )) وقالت له :
((
كلما نظرت إليك يا (( أنكيدو )) ‘ بدوت لي مثل إِله
فعلام تجول في الصحراء وترعى مع الحيوان
تعال أقدك إلى (( أوروك )) ‘ الأسواق
إلى البيت المقدس ‘ مسكن (( آنو ))
أنهض يا (( انكيدو )) لآخذ بيدك إلى (( اِى – أنا )) ، مسكن (( آنو ))
إلى حيث جلجامش المكتمل القوة والفعال
وأنت ستحبه كما تحب نفسك
فهيا وانهض من على الأرض ، فراش راعي ))
لقد سمع كلامها وتقبل قولها
وقع النصح المرأة في لبه موقع الرضا
ثم شقت ثوبها شقين ، ألبسته بواحد منهما واكتست بالثاني
وأمسكت به من يده وقادته كما يقاد الطفل
أخذته إلى كوخ الرعاة ، إلى موضع الحظائر
فتجمع الرعاة حوله

العمود الثالث

ربى على رضاع لبن الحيوانات البرية
ولما وضعوا أمامه طعاماً تحير واضطرب ،
وصار يطيل النظر إليه
اجل لا يعرف (( انكيدو )) كيف يؤكل الخبز
لأنه شب على رضاع لبن حيوان البر
ولم يعرف كيف يؤكل الخبز
ولا كيف يشرب الشراب القوي
فتحت البغي فاها وخاطبت ((انكيدو )) :
((
كل الطعام يا انكيدو ، فإنها سنة الحياة
وأشرب من الشراب القوي ، فهذه عادة البلاد ))
فأكل انكيدو من الطعام حتى شبع
وشرب من الشراب القوي سبة أقداح
فانطلقت روحه وانشرح صدره وطرب لبه ونور وجهه
نظف جسده المشعر ومسحه بالزيت
وأضحى إنسانا ، لبس اللباس وصار كالعريس
اخذ سلاحه وأنطلق يطارد الأسود ليريح الرعاة في المساء
اصطاد الذئاب وقهر الأسود
فاستطاع الرعاة أن يهجعوا في الليل مطمئنين
صار انكيدو حارسهم وناصرهم
انه الرجل القوي والبطل الأوحد

العمود الرابع :

. . . . . . . . .
لقد سر ( أنكدو ) وأقام الأفراح
ولما أن رفع عينيه أبصر رجلا
فقال للبغي آتني بالرجل يابغي
فعلام جاء إلى هنا ؟
دعيني أعرف اسمه
نادت البغي على الرجل ،
فجاء إليه ورآه فقال له :
علام أنت مسرع أيها الرجل ؟
وعلام عانيت هذا السفر الشاق ؟
ففتح الرجل فاه وقال لـ (( أنكيدو ))
لقد اقتحم (( بيت الاجتماع ))
الذي خصص لتقدير مصائر الناس والأعراس .؟
لقد أحل في المدينة العار والدنس
وفرض على المدينة المنكودة المنكرات وأعمال السخرة
لقد خصصوا الطبل إلى الملك (( أوروك )) ذات الأسواق
ليختار على صوته العروس التي يشتهيها ؟
إلى جلجامش ، ملك أوروك ، ذات الأسواق
يخصصون الطبل ليختار العرائس قبل أزواجهن
فيكون هو العريس الأول قبل زوجها
(
وهم يقولون ) : لقد أراد الآلة هذا الأمر
وقدروه له منذ إن قطع حبله سرته ))
ولما فاه الرجل بهذا القول امتقع وجه (( انكيدو ))
. . . . . . . .

العمود الخامس :

سار انكيدو إلى الإمام وخله البغي
ولما دخل (( أوروك )) ، ذات الأسواق الواسعة
تجمع الناس حوله
حين وقف في شارع (( أوروك)) ذات الأسواق
تجمهر الناس حوله وقالوا عنه :
انه مثيل لجلجامش في البنية
ولكنه أقصر قامة وأقوى عظما
انه أقوى من في البلاد ، وذو بأس شديد
لقد رضع لبن حيوان البر في البادية
وفي ((أوروك )) لن تنقطع قعقعة السلاح
فرح الأبطال وهللوا قائلين :-
لقد ظهر بطل ند وكفؤ للبطل الجميل
أجل ظهر الفراش لجلجامش ، الشبيه بالإله ، نظيره ومثيله
ولما هيأ الفراش لـ (( اشخارا ))
واقترب جلجامش ليتصل بالإلهة مساء
وقد ((انكيدو )) في الدرب يسد الطريق في وجهه

العمود السادس :

. . . . . . . (
نقص من نحو 13 سطرا)
أي جلجامش ((انكيدو )) الهائج
الذي ولد في البادية ويجلل رأسه الشعر الطويل
فانقض عليه وهاجمه
تلاقيا في موضع سوق البلاد
سد (( انكيدو )) الباب بقدميه
ومنع جلجامش من الدخول
امسك أحدهما بالآخر وهما متمرسان (بالصراع)
وتصارعا وخارا خوار ثورين وحشيين
حطما عمود الباب وارتج الجدار
وحينما أنثنى جلجامش ركبته وقدمه ثابتة في الأرض (ليرفع انكيدو)
واستدار ليمضي
هدأت سورة غضبه
كلمه ((انكيدو )) وقال له:-
((
انك الرجل الأوحد ، أنت الذي ولدتك أمك ))
ولدتك أمك ((ننسونا )) ، البقرة الوحشية المقدسة
ورفع (( انليل )) رأسك عاليا على الناس
وقدر إليك الملوكية على البشر ))

Par ahmed bengriche
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Profil

  • ahmed bengriche
  • POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • Homme
  • 02/09/1952
  • BENG
  • litterateur et pétrolier je m'interesse aussi à la traduction
  • En couple

Présentation

  • : POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • : BENG Littérature
  • : Pour les passionnés de Littérature je présente ici mes livres qui sont edités chez DAR EL GHARB et EDILIVRE. Des poèmes aussi. De la nouvelle. Des traductions – je ne lis vraiment un texte que si je le lis dans deux sens.
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