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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 03:39

L’ irakien Saadi Youcef naquit à Bassorah en 1934. C’est un poete doublé d’un traducteur (Walt Whitman, kafafi, Rítsos, Lorca, Miller, Soyinka, Orwell, Saint-Exupéry… entre autres). Plus de 60 livres. A reçu des prix en Italie, en Grèce, au Canada. Il vit actuellement en Angleterre.

Ses poèmes sont traduits en anglais, en italien, en allemand…

Un seul livre – le premier ciel : un choix de poèmes – a été traduit chez Sindbad par un quatuor – abdelatif laabi entre autres- en 1999.

J’ai tenu à traduire son poème AMERICA AMERICA écrit en 2004

AMERICA AMERICA

God, save America God, save America

My home, sweet home! My home, sweet home!

Le général français qui déploya le pavillon tricolore

Au dessus de la maison d’arrêt de Nagrat Selman où je fus prisonnier

Il y a de cela trente ans

Pendant le coup de main

Qui allait briser l’armée d’Irak

Lui qui avait un faible pour les vins de Saint-Emilion

Désigna le pénitencier sous le vocable de « fort »

Les généraux de par le monde n’ont en tète que deux dimensions

Pour eux toute élévation est une forteresse

Et toute étendue est un champ de bataille

Mais le journal « Libération » connaissait bien mieux le relief

Sur une photo qui s’étendait sur toute sa première page

Il montrait le corps carbonisé d’un jeune Irakien derrière son volant

Sur le chemin entre Safwan et le Koweit

Et des cameras dans le même camion – butin identitaire et de guerre

Si intactes comme si elles étaient dans une vitrine d’un magasin

- Rue de Rivoli

La bombe à neutrons est si précise

Qu’elle distingue entre une personne et son identité.

God, save America

My home, sweet home!

Blues

Combien devrais-je marcher sur Sacramento

Combien devrais-je marcher sur Sacramento

Combien devrais-je marcher pour atteindre ma maison

Combien devrais-je marcher pour rejoindre ma fille

Combien devrais-je marcher sur Sacramento

Depuis deux jours pas une péniche sur le fleuve

Depuis deux jours deux jours

Mon amour comment traverser

Je connais bien ce fleuve

Mais ho mais depuis deux jours

Pas une péniche sur le fleuve

La l la la l la

La l la la l la

Un étranger aurait des craintes

Ne crains rien mon Poulin

N’aies pas peur des loups

N’aies pas peur c’est ma contrée

La l la la l la

La l la la l la

Seul un étranger aurait des craintes

God, save America God, save America

My home, sweet home! My home, sweet home!

Moi aussi j’adore les jeans le jazz et l’ile au trésor

Le perroquet de Long John Silver et les balcons de la nouvelle-Orléans

je vénère Mark Twain les bateaux du Mississippi et les chiens d’ Abraham Lincoln

J’aime les champs de blé de maïs et l’odeur du tabac de Virginie

Mais je ne suis pas un American. Cela suffit-il à vos bombardiers pour me retourner à l’âge de pierre ?

Back to stone age! Back to stone age!

Je ne veux point de pétrole ni d’Amérique

Bombardiers de grâce ne touchez pas à ma maison et son toit en feuilles de palmes

Au petit pont fait de troncs d’arbres

Soldats armés jusqu’aux dents

Pourquoi avez-vous quitté le désert du Nevada

Pourquoi êtes-vous venus à Bassorah ville lointaine

Où le poisson atteint le seuil des portes

Ici il n y a point de troupeau de sangliers en pacage et je n’ai que ces indolents buffles

Mâcheurs de nénuphar laissez-moi Soldats ne touchez-pas

À ma cabane de roseaux flottante et à ma lance de pêcheur laissez-moi

Au milieu de mes oiseaux migrateurs parmi leur plumage couleur d’herbe

Reprenez vos oiseaux au bruit assourdissant

Vos missiles tomahawk je ne suis pas l’ennemi

Moi ce pataugeur jusqu’aux genoux dans les étangs de rizière

Laissez-moi avec ma malédiction

Je ne veux point de votre résurrection

God, save America

My home, sweet home!

Amérique

Si nous pouvions changer de cadeaux

Reprenez vos Marlboro de contrebande

Et donnez-nous de la pomme de terre

Reprenez « l’Homme au pistolet d’or »

Et donnez-nous le rire de Marilyn Monroe

Reprenez les seringues d’héroïne rejetées sous les arbres

Et donnez-nous le flacon de sérum

Reprenez vos plans de pénitenciers modèles

Et donnez-nous des maisons préfabriquées pour nos villages

Reprenez vos manuels de missionnaires

Et donnez-nous du papier pour quelque poème diffamatoire

Reprenez ce que vous ne possédez point

Et rendez-nous notre bien

Reprenez les couleurs de l’oriflamme

Et donnez-nous les étoiles

Reprenez la barbichette afghane

Et donnez nous la barbe pleine de papillons de Walt Whitman

Reprenez Saddam Hussein

Et donnez-nous Abraham Lincoln

Maintenant

De mon balcon je regarde

À travers un ciel d’été torride

Damas en mouvance vertigineuse par delà les antennes de télévision

Damas qui sombre profondément dans les lézardes des murs

D’immenses pans de tours

Dans les arabesques d’ivoire

Damas qui،sombre très loin du précepte religieux

Puis qui disparait

………………

………………

………………

Maintenant

Il m’est souvenance d’arbres

Du palmier de notre mosquée à Bassorah au fin fond de notre ville

De becs d’oiseaux

De secrets d’enfance

de la table en été

Je me souviens du palmier

Je le vois s’écrouler sans ses palmes/ noir carbonisé

Je vois le petit pont s’effondre sous la foudre

Je me souviens du grand murier

Coupé net au bas du tronc

Le jour où il chuta

Du ruisseau empli de feuilles

D’oiseaux

D’anges

De sang verdâtre

Je revois les fleurs des grenadiers qui se répandaient sur le trottoir

(Les étudiants étaient en tête d’une manifestation de travailleurs)

……………

……………

……………

Les arbres s’éteignent

Rompus à bout de forces

Dans l’insouciance

Rompus

Les arbres s’éteignent

God, save America

My home, sweet home!

Mais nous ne sommes point des otages, Amérique

Et vos soldats ne sont point les nouveaux templiers

Nous les humbles nous possédons les terres du Dieu Englouti

Ce Dieu des taureaux

Ce Dieu du feu

Ce Dieu de douleur pétrie d’argile et de sang

Nous les humbles et notre Dieu des pauvres

Qui naquit de la côte d’un moissonneur

Inassouvi

Vertueux

Qui nous redonne courage et nous inspire

Nous les morts, Amérique

Que viennent vos soldats

Nous les engloutis Madame

Nous sommes le naufrage

Que nous cernent les eaux

AMERICA AMERICA

يا ربِّ ، احفَظْ أميركا

موطني ، موطني اللذيذ …

God, save America

My home, sweet home!

الجنرال الفرنسي ، الذي رفع الرايةَ مثلّـثةَ الألوان

على " نقرة السلمان " حيث كنتُ سجيناً

قبلَ ثلاثين عاماً …

في منتصف الإستدارة تلك

التي قصمتْ ظَهرَ الجيش العراقيّ ،

الجنرال الذي يحبّ نبيذ سانت إمِـلْـيون

سمّـى " نقرة السلمان " حصناً …

الجنرالون لا يعرفون من أديم الأرض سوى بُـعدَينِ :

ما نتأَ ، حصنٌ

وما انبسطَ ، ساحةٌ .

يا لَـجهل الجنرال !

لكنّ " ليبراسيون " كانت أعرفَ بالتضاريسِ

فالفتى العراقيّ الذي احتلَّ صفحتها الأولى

كان متفحِّـماً وراءَ مِـقْـوَدِ الشاحنةِ

على طريق الكويت _ سفوان

بينما أجهزةُ التلفزيون: غنيمةُ المهزومِ وهُـويّـتُـه

كانت سليمةً في الشاحنة ، كأنها في واجهة مخزنٍ

بشارع ريفولي .

القنبلةُ النيوترونيةُ ذكيةٌ جداً

إنها تميزُ بين "هو" و "هُـويّـة" .

يا ربِّ ، احفظْ أميركا

موطني ، موطني اللذيذ …

God, save America

My home, sweet home!

Blues

كم سأمشي إلى ساكرمانتو

كم سأمشي إلى ساكرمنتو

كم سأمشي لأبلغَ بيتي

كم سأمشي لأبلغَ بنتي

كم سأمشي إلى ساكرمنتو !

منذ يومينِ ، لم يسرِ في النهر مَركبْ

منذ يومين يومين يومينِ

يا عسلي ، كيف أركبْ ؟

إنني أعرفُ النهرَ

لكنْ ، ولكنْ ، ولكنْ ، ومن قبلِ يومينِ

لم يسـرِ في النهر مركبْ

لا.لـَ . لا . لا . لـَ . لا

لا.لـ.لا.لا.لـَ.لا

الغريبُ يخاف

لا تخفٍْ ياجوادي

لا تخفْ من ذئاب البوادي

لا تخفْ فالبلادُ بلادي

لا.لـَ.لا.لا.لـَ.لا

لا.لـَ.لا.لا.لـَ.لا

الغريبُ يخاف .

يا ربِّ ، احفظْ أميركا

موطني ، موطني اللذيذ …

God, save America

My home, sweet home!

أنا أيضاً أحبُّ الجينز والجاز وجزيرة الكنز

وببغاءَ جون سيلفر ونوافذَ نيو أورليانز

أحبّ مارك توَينْ ومراكب المسسبي وكلابَ ابراهام لنكولن

احب حقول القمح والذرة ورائحة التبغ الفرجيني

لكني لستُ بأميركيّ أيكفي أنني لستُ بأميركيّ حتى يعيدني طيارُ

الفانتوم إلى العصر الحجريّ ؟

Back to stone age!

لا البترولَ أريدُ ولا " أميركا " لا الفيل أريدُ ولا الحمار

اتركْ لي أيها الطيار بيتي المسقوفَ بالسعف وقنطرةَ الجذوع

أريد القرية لا نيويورك لماذا جئتَـني من صحراء نيفادا

أيها الجنديّ المسلّـح حتى الأسنان؟ لماذا جئتَ إلى البصرة

البعيدةِ حيث السمك يبلغ عتَـباتِ البيوت؟

الخنازيرُ لا ترعى هنا لديّ فقط تلك الجواميس التي

تمضغ كسلى نيلوفـرَ الماءِ اتركني أيها الجنديّ اتركْ لي

كوخَ القصب الطافي وحربةَ الصياد اتركْ لي طيوري

المهاجرةَ وخضرةَ الريش خذْ طيور الحديد المزمجرة

وصواريخَ توماهوك لستُ الخصيمَ

أنا المخوِّض حتى ركبتيَّ في مَـناقعِ الرزِّ

اتركني ولعنتي

لا أريدُ قيامتك .

يا ربِّ ، احفظْ أميركا

موطني ، موطني اللذيذ…

God, save America

My home, sweet home!

أميركا !

لنستبدلْ هداياكِ

خذي سجائركِ المهرّبة

وأعطينا البطاطا .

خذي مسدس جيمس بوند الذهب

وأعطينا كركرةَ مارلين مونرو .

خذي حقنة المخدِّر المرمية تحت شجرة

وأعطينا زجاجةَ المصل .

خذي خرائطَ السجون النموذجية

وأعطينا بيوتَ القرى .

خذي كتبَ مبشـِّـريكِ

وأعطينا ورقاً للقصائد التي تهجوكِ .

خذي ما لاتملكين

وأعطينا ما نملك .

خذي أشرطةَ البيرقِ

وأعطينا النجوم.

خذي اللحية الأفغانية

وأعطينا " لحيةَ والت ويتمان الملأى بالفراشات " .

خذي صدّام حسين

وأعطينا ابراهام لنكولن !

أو لا تعطينا أحداً .

الآن

انا أنظرُ عبرَ الشرفةِ

عبرَ سماءِ الصيفِ ، الصيفِ الصيفيّ ،

دمشقُ تدورُ ، مدوَّخةً ، بين هوائيات التلفزيون

ثم تغورُ ، عميقاً ، في حَـجـرِ الأسوارِ

وفي الأبراجِ

وفي أرابيسكِ العاجِ ،

تغورُ ، بعيداً ، عن " رُكن الدين " ،

وتغيبُ عن الشرفةِ …

………………

………………

………………

والآن

أتذكّـرُ أشجاراً ،

نخلةَ مسجدنا في البصرةِ ، في أقصى البصرةِ ،

منقارَ الطيرِ

وأسرارَ الطفلِ

ومائدةَ الصيفِ

النخلةُ أذكرُها

أتلمّـسُـها ، وأكونُ بها ، حينَ هوتْ سوداءَ بلا سـعَـفٍ ،

حينَ هوتْ قنطرةً من نحْـتِ البرقِ .

وأذكرُ فحلَ التوت

يومَ تهاوى ، بتقصّـفُ ، مذبوحاً تحتَ الفأسِ …

ليمتليءَ الجدولُ أوراقاً

وطيوراً

وملائكةً

ودماً أخضرَ …

أذكرُ كيفَ اسّــاقَطَ زهرُ الرمّـانِ على الأرصفةِ .

( الطلابُ يقودون تظاهرةَ العمّـالِ )

……………

……………

……………

الأشجارُ تموت

مهدّمةً

دائخةً

لا واقفةً …

الأشجارُ تموت .

يا ربِّ ، احفظْ أميركا

موطني ، موطني اللذيذ …

God, save America

My home, sweet home!

لكنّـا لسنا أسرى ، يا أميركا

وجنودُكِ ليسوا جندَ الله …

نحنُ ، الفقراءَ ، لنا أرضُ الآلهةِ الغرقى

آلهةُ الثيران

آلهةُ النيران

آلهةُ الأحزانِ المجبولةِ صلصالاً ودماً في أغنيةٍ …

نحن ، الفقراءَ ، لنا ربُّ الفقراء

الطالعُ من أضلاعِ الفلاّحين

الجائعُ

والناصعُ

والرافعُ كلَّ جبين …

نحن الموتى ، يا أميركا

فليأتِ جنودُكِ !

من يقتلْ مَـيْـتاً يبـعَـثْـهُ …

ونحنُ الغرقى ياسيّـدتي

نحن الغرقى

فلْـيأتِ الماء …

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Published by ahmed bengriche
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