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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 18:35

Être ange c’est étrange

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Fatras"

Être Ange
C’est Étrange
Dit l’Ange
Être Âne
C’est étrâne
Dit l’Âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’Ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
dit l’Âne
Étrange est !
Dit l’Ange en tapant du pied
Étranger vous-même
Dit l’Âne
Et il s’envole.

La lessive

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Oh la terrible et surprenante odeur de viande qui meurt
c’est l’été et pourtant les feuilles des arbres du jardin
tombent et crèvent comme si c’était l’automne…
cette odeur vient du pavillon
où demeure monsieur Edmond
chef de famille
chef de bureau
c’est le jour de la lessive
et c’est l’odeur de la famille
et le chef de famille
chef de bureau
dans son pavillon de chef-lieu de canton
va et vient autour du baquet familial
et répète sa formule favorite
Il faut laver son linge sale en famille
et toute la famille glousse d’horreur
de honte
frémit et brosse et frotte et brosse
le chat voudrait bien s’en aller
tout cela lui lève le cœur
le cœur du petit chat de la maison
mais la porte est cadenassée
alors le pauvre petit chat dégueule
le pauvre petit morceau de cœur
que la veille il avait mangé
de vieux portefeuilles flottent dans l’eau du baquet
et puis des scapulaires… des suspensoirs…
des bonnets de nuit… des bonnets de police…
des polices d’assurance… des livres de comptes…
des lettres d’amour où il est question d’argent
des lettres anonymes où il est question d’amour
une rosette de la légion d’honneur
de vieux morceaux de coton à oreille
des rubans
une soutane
un caleçon de vaudeville
une robe de mariée
une feuille de vigne
une blouse d’infirmière
un corset d’officier de hussards
des langes
une culotte de plâtre
une culotte de peau…
soudain de longs sanglots
et le petit chat met ses pattes sur ses oreilles
pour ne pas entendre ce bruit
parce qu’il aime la fille
et que c’est elle qui crie
c’est à elle qu’on en voulait
c’est la jeune fille de la maison
elle est nue… elle crie… elle pleure…
et d’un coup de brosse à chiendent sur la tête
le père la rappelle à la raison
elle a une tache
la jeune fille de la maison
et toute la famille la plonge
et la replonge
elle saigne
elle hurle
mais elle ne veut pas dire le nom…
et le père hurle aussi
Que tout ceci ne sorte pas d’ici
Que tout ceci reste entre nous
dit la mère
et les fils les cousins les moustiques
crient aussi
et le perroquet sur son perchoir
répète aussi
Que tout ceci ne sorte pas d’ici
honneur de la famille
honneur du père
honneur du fils
honneur du perroquet Saint-Esprit
elle est enceinte la jeune fille de la maison
il ne faut pas que le nouveau-né
sorte d’ici
on ne connaît pas le nom du père
au nom du père et du fils
au nom du perroquet déjà nommé Saint-Esprit
Que tout ceci ne sorte pas d’ici…
avec sur le visage une expression surnaturelle
la vieille grand-mère assise sur le rebord du baquet
tresse une couronne d’immortelles artificielles
pour l’enfant naturel…
et la fille est piétinée
la famille pieds nus
piétine piétine et piétine
c’est la vendange de la famille
la vendange de l’honneur
la jeune fille de la maison crève
dans le fond…
à la surface
des globules de savon éclatent
des globules blancs
globules blêmes
couleur d’enfant de Marie…
et sur un morceau de savon
un morpion se sauve avec ses petits
l’horloge sonne une heure et demie
et le chef de famille et de bureau
met son couvre-chef sur son chef
et s’en va
traverse la place de chef-lieu de canton
et rend le salut à son sous-chef
qui le salue…
les pieds du chef de famille sont rouges
mais les chaussures sont bien cirées
Il vaut mieux faire envie que pitié.

La Seine a rencontré Paris

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Choses et autres"

Qui est la
Toujours là dans la ville
Et qui pourtant sans cesse arrive
Et qui pourtant sans cesse s’en va

C’est un fleuve
répond un enfant
un devineur de devinettes
Et puis l’œil brillant il ajoute
Et le fleuve s’appelle
la Seine
Quand la ville s’appelle Paris
et la Seine c’est comme une personne
Des fois elle court elle va très vite
elle presse le pas quand tombe le soir
Des fois au printemps elle s’arrête
et vous regarde comme un miroir
et elle pleure si vous pleurez
ou sourit pour vous consoler
et toujours elle éclate de rire
quand arrive le soleil d’été
La Seine dit un chat
c’est une chatte
elle ronronne en me frôlant

Ou peut-être que c’est une souris
qui joue avec mois puis s’enfuit
La Seine c’est une belle fille de dans le temps
une jolie fille du French Cancan
dit un très vieil Old Man River
un gentleman de la misère
et dans l’écume du sillage
d’un lui aussi très vieux chaland
il retrouve les galantes images
du bon vieux temps tout froufroutant

La Seine
dit un manœuvre
un homme de peine de rêves de muscles et de sueur
La Seine c’est une usine
La Seine c’est le labeur
En amont en aval toujours la même manivelle
des fortunes de pinard de charbon et de blé
qui remontent et descendent le fleuve
en suivant le cours de la Bourse
des fortunes de bouteilles et de verre brisé
des trésors de ferraille rouillée
de vieux lits-cages abandonnés
ré-cu-pé-rés
La Seine
c’est une usine
même quand c’est la fraicheur
c’est toujours le labeur
c’est une chanson qui coule de source
Elle a la voix de la jeunesse
dit une amoureuse en souriant
une amoureuse du Vert-Galant
Une amoureuse de l’ile des cygnes
se dit la même chose en rêvant

La Seine
je la connais comme si je l’avais faite
dit un pilote de remorqueur au bleu de chauffe
tout bariolé
tout bariolé de mazout et de soleil et de fumée
Un jour elle est folle de son corps
elle appelle ca le mascaret
le lendemain elle roupille comme un loir
et c’est tout comme un parquet bien briqué
Scabreuse dangereuse tumultueuse et rêveuse
par-dessus le marché
Voilà comment qu’elle est
Malice caresse romance tendresse caprice
vacherie paresse
Si ca vous intéresse c’est son vrai pedigree

La Seine
c’est un fleuve comme un autre
dit d’une voix désabusée un monsieur correct et
blasé
l’un des tout premiers passagers du grand tout
dernier bateau-mouche touristique et pasteurisé
un fleuve avec des ponts des docks des quais
un fleuve avec des remous des égouts et de temps à
autre un noyé
quand  ce n’est pas un chien crevé
avec des pécheurs à la ligne
et qui n’attrapent rien jamais
un fleuve comme un autre et je suis le premier à le
déplorer

Et la Seine qui l’entend sourit
et puis s’éloigne en chantonnant
Un fleuve comme un autre comme un autre comme
un autre
un cours d’eau comme un autre cours d’eau
d’eau des glaciers et des torrents
et des lacs souterrains et des neiges fondues
des nuages disparus
Un fleuve comme un autre
comme la Durance ou le Guadalquivir
ou l’Amazone ou la Moselle
le Rhin la Tamise ou le Nil
Un fleuve comme le fleuve Amour
comme le fleuve Amour
chante la Seine épanouie
et la nuit la Voix lactée l’accompagne de sa tendre
rumeur dorée
et aussi la voix ferrée de son doux fracas coutumier

Comme le fleuve Amour
vous l’entendez la belle
vous l’entendez roucouler
dit un grand seigneur des berges
un estivant du quai de la Râpée
le fleuve Amour tu parles si je m’en balance
c’est pas un fleuve la Seine
c’est l’amour en personne
c’est ma petite rivière à moi
mon petit point du jour
mon petit tour du monde
les vacances de ma vie
Et le Louvre avec les Tuileries la Tour Eiffel
la Tour
Pointue et Notre-Dame de l’Obélisque
la gare de Lyon ou d’Austerlitz
c’est mes châteaux de la Loire
la Seine
c’est ma Riviera
et moi je suis son vrai touriste

Et quand elle coule froide et nue en hurlante plainte
contre inconnu
faudrait que j’aie mauvaise mémoire
pour l’appeler détresse misère ou désespoir
Faut tout de même pas confondre les contes de fées et
les cauchemars
Aussi
quand dessous le Pont-Neuf le vent du dernier jour
soufflera ma bougie
quand je me retirerai des affaires de la vie
quand je serai définitivement à mon aise
au grand palace des allongés
à Bagneux au Père-Lachaise
je sourirai et me dirai

Il était une fois la Seine
il était une fois
il était une fois l’amour
il était une fois le malheur
et une autre fois l’oubli

Il était une fois la Seine
il était une fois la vie

Pour faire le portrait d’un oiseau

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger …
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau

Le temps des noyaux

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Soyez prévenus vieillards
soyez prévenus chefs de famille
le temps où vous donniez vos fils à la patrie
comme on donne du pain aux pigeons
ce temps-là ne reviendra plus
prenez-en votre parti
c’est fini
le temps des cerises ne reviendra plus
et le temps des noyaux non plus
inutile de gémir
allez plutôt dormir
vous tombez de sommeil
votre suaire est fraîchement repassé
le marchand de sable va passer
préparez vos mentonnières
fermez vos paupières
le marchand de gadoue va vous emporter
c’est fini les trois mousquetaires
voici le temps des égoutiers

Lorsque avec un bon sourire dans le métropolitain
poliment vous nous demandiez
deux points ouvrez les guillemets
descendez-vous à la prochaine
jeune homme
c’est de la guerre dont vous parliez
mais vous ne nous ferez plus le coup du père Français
non mon capitaine
non monsieur un tel
non papa
non maman
nous ne descendrons pas à la prochaine
ou nous vous descendrons avant
on vous foutra par la portière
c’est plus pratique que le cimetière
c’est plus gai
plus vite fait
c’est moins cher

Quand vous tiriez à la courte paille
c’était toujours le mousse qu’on bouffait
mais le temps des joyeux naufrages est passé
lorsque les amiraux tomberont à la mer
ne comptez pas sur nous pour leur jeter la bouée
à moins qu’elle ne soit en pierre
ou en fer à repasser
il faut en prendre votre parti
le temps des vieux vieillards est fini

Lorsque vous reveniez de la revue
avec vos enfants sur vos épaules
vous étiez saouls sans avoir rien bu
et votre moelle épinière
faisait la folle et la fière
devant la caserne de la Pépinière
vous travailliez de la crinière
quand passaient les beaux cuirassiers
et la musique militaire
vous chatouillait de la tête aux pieds
vous chatouillait
et les enfants que vous portiez sur vos épaules
vous les avez laissés glisser dans la boue tricolore
dans la glaise des morts
et vos épaules se sont voûtées
il faut bien que jeunesse se passe
vous l’avez laissée trépasser

Hommes honorables et très estimés
dans votre quartier
vous vous rencontrez
vous vous congratulez
vous vous coagulez
hélas hélas cher Monsieur Babylas
j’avais trois fils et je les ai donnés
à la patrie
hélas hélas cher Monsieur de mes deux
moi je n’en ai donné que deux
on fait ce qu’on peut
ce que c’est que de nous…
avez-vous toujours mal aux genoux
et la larme à l’œil
la fausse morve de deuil
le crêpe au chapeau
les pieds bien au chaud
les couronnes mortuaires
et l’ail dans le gigot
vous souvenez-vous de l’avant-guerre
les cuillères à absinthe les omnibus à chevaux
les épingles à cheveux
les retraites aux flambeaux
ah que c’était beau
c’était le bon temps

Bouclez-la vieillards
cessez de remuer votre langue morte
entre vos dents de faux ivoire
le temps des omnibus à cheveux
le temps des épingles à chevaux
ce temps-là ne reviendra plus
à droite par quatre
rassemblez vos vieux os
le panier à salade
le corbillard des riches est avancé
fils de saint Louis montez au ciel
la séance est terminée
tout ce joli monde se retrouvera là-haut
près du bon dieu des flics
dans la cour du grand dépôt

En arrière grand-père
en arrière père et mère
en arrière grands-pères
en arrière vieux militaires
en arrière les vieux aumôniers
en arrière les vieilles aumônières
la séance est terminée
maintenant pour les enfants
le spectacle va commencer.

1936

L’ordre nouveau

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Le soleil gît sur le sol
Litre de via rouge brisé
Une maison comme un ivrogne
Sur le pavé s’est écroulée
Et sous son porche encore debout
Une jeune fille est allongée
Un homme à genoux près d’elle
Est en train de l’achever
Dans la plaie où remue le fer
Le cœur ne cesse de saigner
Et l’homme pousse un cri de guerre
Comme un absurde cri de paon
Et son cri se perd dans la nuit
Hors la vie hors du temps
Et l’homme au visage de poussière
L’homme perdu et abîmé
Se redresse et crie « Heil Hitler ! »
D’une voix désespérée
En face de lui dans les débris
D’une boutique calcinée
Le portrait d’un vieillard blême
Le regarde avec bonté
Sur sa manche des étoiles brillent
D’autres aussi sur son képi
Comme les étoiles brillent à Noël
Sur les sapins pour les petits
Et l’homme des sections d’assaut
Devant le merveilleux chromo
Soudain se retrouve en famille
Au cœur même de l’ordre nouveau
Et remet son poignard dans sa gaine
Et s’en va tout droit devant lui
Automate de l’Europe nouvelle
Détraqué par le mal du pays
Adieu adieu Lily Marlène
Et son pas et son chant s’éloignent dans la nuit
Et le portrait du vieillard blême
Au milieu des décombres
Reste seul et sourit
Tranquille dans la pénombre
Sénile et sûr de lui.

Le cancre

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

accent grave

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Le Professeur
Élève Hamlet!

L’élève Hamlet
(sursautant)
…Hein… Quoi… Pardon… Qu’est-ce qui se passe…
Qu’est-ce qu’il y a… Qu’est-ce que c’est?…

Le Professeur
(mécontent)
Vous ne pouvez pas répondre « présent » comme
tout le monde? Pas possible,
vous êtes encore dans les nuages.

L’élève Hamlet
Être ou ne pas être dans les nuages!

Le Professeur
Suffit. Pas tant de manières.
Et conjuguez-moi le verbe être, comme tout le monde,
c’est tout ce que je vous demande.

L’élève Hamlet
To be…

Le Professeur
En français, s’il vous plait, comme tout le monde.

L’élève Hamlet
Bien, monsieur.
(Il conjugue:)
Je suis ou je ne suis pas
Tu es ou tu n’es pas
Il est ou il n’est pas
Nous sommes ou nous ne sommes pas…

Le Professeur
(excessivement mécontent)
Mais c’est vous qui n’y êtes pas, mon pauvre, ami!

L’élève Hamlet
C’est exact, monsieur le professeur,
Je suis « où » je ne suis pas
Et, dans le fond, hein, à la réflexion,
Être « où » ne pas être
C’est peut-être aussi la question

Un beau matin

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Histoires et d'autres histoires"

Il n’avait peur de personne
Il n’avait peur de rien
Mais un matin un beau matin
Il croit voir quelque chose
Mais il dit Ce n’est rien
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Ce n’était rien
Mais le matin ce même matin
Il croit entendre quelqu’un
Et il ouvrit la porte
Et il la referma en disant Personne
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Il n’y avait personne
Mais soudain il eut peur
Et il comprit qu’il était seul
Mais qu’il n’était pas tout seul
Et c’est alors qu’il vit
Rien en personne devant  lui.

Le sultan

Jacques PRÉVERT

Recueil : "Paroles"

Dans les montagnes de Cachemire
Vit le sultan de Salamandragore
Le jour il fait tuer un tas de monde
Et quand vient le soir il s’endort
Mais dans ses cauchemars les morts se cachent
Et le dévorent
Alors une nuit il se réveille
En poussant un grand cri
Et le bourreau tiré de son sommeil
Arrive souriant au pied du lit
S’il n’y avait pas de vivants
Dit le sultan
Il n’y aurait pas de morts
Et le bourreau répond D’accord
Que tout le reste y passe alors
Et qu’on n’en parle plus
D’accord dit le bourreau
C’est tout ce qu’il sait dire
Et tout le reste y passe comme le sultan l’a dit
Les femmes les enfants les siens et ceux des autres
Le veau le loup la guêpe et la douce brebis
Le bon vieillard intègre et le sobre chameau
Les actrices des théâtres le roi des animaux
Les planteurs de bananes les faiseurs de bons mots
Et les coqs et leurs poules les œufs avec leur coque
Et personne ne reste pour enterrer quiconque
Comme ça ça va
Bit le sultan de Salamandragore
Mais reste là bourreau
Là tout près de moi
Et tue-moi
Si jamais je me rendors.

 

Par ahmed bengriche
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 18:16

Le Marteau sans maître, 1934

Commune présence

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

René Char

***

Le visage nuptial (1944)

À présent disparais, mon escorte, debout dans la distance;
La douceur du nombre vient de se détruire.
Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices.
Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.
J'aime.

L'eau est lourde à un jour de la source.
La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front,
dimension rassurée.
Et moi semblable à toi,
Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom,
J'abats les vestiges,
Atteint, sain de clarté.

Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos;
Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre
De voix vitreuses, de départs lapidés.

Tôt soustrait au flux des lésions inventives
(La pioche de l'aigle lance haut le sang évasé)
Sur un destin présent j'ai mené mes franchises
Vers l'azur multivalve, la granitique dissidence.

Ô voûte d'effusion sur la couronne de son ventre,
Murmure de dot noire!
Ô mouvement tari de sa diction!
Nativité, guidez les insoumis, qu'ils découvrent leur base,
L'amande croyable au lendemain neuf.
Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées
vagues parmi la peur soutenue des chiens.
Au passé les micas du deuil sur ton visage.

Vitre inextinguible: mon souffle affleurait déjà l'amitié
de ta blessure,
Armait ta royauté inapparente.
Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir
au seuil de dune, au toit d'acier.
La conscience augmentait l'appareil frémissant deta permanence;
La simplicité fidèle s'étendit partout.

Timbre de la devise matinale, morte saison
de l'étoile précoce,
Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé.
Assez baisé le crin nubile des céréales:
La cardeuse, l'opiniâtre, nos confins la soumettent.
Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux:
Je touche le fond d'un retour compact.
Ruisseaux, neume des morts anfractueux,
Vous qui suivez le ciel aride,
Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir
de la désertion,
Donnant contre vos études salubres.
Au sein du toit le pain suffoque à porter coeur et lueur.
Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable,
Sens s'éveiller l'obscure plantation.

Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher,
s'emplir de ronces;
Je ne verrai pas l'empuse te succéder dans ta serre;
Je ne verrai pas l'approche des baladins inquiéter
le jour renaissant;
Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire.

Chimères, nous sommes montés au plateau.
Le silex frissonnait sous les sarments de l'espace;
La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
Nulle farouche survivance:
L'horizon des routes jusqu'à l'afflux de rosée,
L'intime dénouement de l'irréparable.

Voici le sable mort, voici le corps sauvé:
La Femme respire, l'Homme se tient debout.

René Char

***

Pyrénées

in "Commune présence"

Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inéxorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.

René Char

***

Les Inventeurs (1949).

Ils sont venus, les forestiers de l'autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages.
Ils sont venus nombreux.
Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres
Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.
La longue marche les avait échauffés.
Leur casquette cassait sur les yeux et leur pied fourbu se posait dans le vague.

Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.
Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,
Sur des terres faciles et des sillons bien clos,
Tout à fait insouciants d'une audience.
Nous avons levé le front et les avons encouragés.

Le plus disert s'est approché, puis un second tout aussi déraciné et lent.
Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l'arrivée prochaine de l'ouragan,
de votre implacable adversaire.
Pas plus que vous, nous ne le connaissons
Autrement que par des relations et des confidences d'ancêtres.
Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant vous et soudain pareils à des enfants?

Nous avons dit merci et les avons congédiés.
Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords.
Hommes d'arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque terreur
mais inaptes à conduire l'eau, à aligner des bâtisses, à les enduire de couleurs plaisantes,
Ils ignoraient le jardin d'hiver et l'économie de la joie.

Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,
Car l'angoisse de l'ouragan est émouvante.
Oui, l'ouragan allait bientôt venir;
Mais cela valait-il la peine que l'on en parlât et qu'on dérangeât l'avenir?
Là où nous sommes, il n'y a pas de crainte urgente.

***

Oh la toujours plus rase solitude
Des larmes qui montent aux cimes.

Quand se déclare la débâcle
Et qu'un vieil aigle sans pouvoir
Voit revenir son assurance,
Le bonheur s'élance à son tour,
À flanc d'abîme les rattrape.

Chasseur rival, tu n'as rien appris,
Toi qui sans hâte me dépasses
Dans la mort que je contredis.

René Char

***

Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

René Char

***

J'habite une douleur

Le poème pulvérisé (1945-1947)

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.

Pourtant.

Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...

Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n'y a pas de siège pur.

René Char

***

Le terme épars

Le Nu perdu et autres poèmes 1964-1975

Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.

Qui convertit l'aiguillon en fleur arrondit l'éclair.

La foudre n'a qu'une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s'exhausse, sentiers sans miettes.

Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer. Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents, ou taire ce que nous sommes.

Le soir se libère du marteau, l'homme reste enchaîné à son coeur.

L'oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.

Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.

Un brin d'allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre. L'arbre de plein vent est solitaire. L'étreinte du vent l'est plus encore.
Comme l'incurieuse vérité serait exsangue s'il n'y avait pas ce brisant de rougeur au loin où ne sont point gravés le doute et le dit du présent. Nous avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant.

René Char

***

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud!

Fureur et mystère, 1962

Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme! On ne peut pas, au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

René Char

 

 

 

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La liberté

René CHAR

Recueil : "Seuls demeurent"

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.
Elle passa les grèves machinales;
Elle passa les cimes éventrées.
Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge , l’alcool du bourreau.
Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue , cygne sur la blessure par cette ligne blanche.

Louis Curel de la Sorgue

René CHAR

Sorgues qui t’avances derrière un rideau de papillons qui pétillent, ta faucille de doyen loyal à la main, la crémaillère du supplice en collier à ton cou, pour accomplir ta journée d’homme, quand pourrai-je m’éveiller et me sentir heureux au rythme modelé de ton seigle irréprochable ?…

Sorgue, tes épaules comme un livre ouvert propagent leur lecture. Tu as été, enfant, le fiancé de cette fleur au chemin tracé dans le rocher qi s’évadait par un frelon… Courbé, tu observes aujourd’hui l’agonie du persécuteur qui arracha à l’aimant de la terre la cruauté d’innombrables fourmis pour la jeter en millions de meurtriers contre les tiens et contre ton espoir…

Il y a un homme à présent debout, un homme dans un champ de seigle, un champ pareil à un choeur mitraillé, un champ sauvé

Horrible journée !

René CHAR

Recueil : "Les Feuillets d'Hypnos"

Horrible journée ! J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser la détente du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé ! Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là. Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête… Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os.
Il est tombé comme s’il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m’a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.
Je n’ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu’est-ce qu’un village ? Un village pareil à un autre ? Peut-être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant ?

Fragment 138

Affres, détonations, silence

René CHAR

Recueil : "Fureur et mystère"

Le moulin de Cavalon. Deux années durant, une ferme de cigales, un château de martinets. Ici tout parlait torrent, tantôt par le rire, tantôt par les poings de la jeunesse. Aujourd’hui le vieux réfractaire faiblit au milieu de ses pierres , la plupart mortes de gel, de solitude et de chaleur. A leur tour, les présages se sont assoupis dans le silence des fleurs.
Roger bernard : l’horizon des monstres était trop proche de sa terre.
Ne cherchez pas dans la montagne; mais si, à quelques kilomètres de là, dans les gorges d’Oppedette, vous rencontrez la foudre au visage d’écolier, allez à elle, oh, allez à elle et souriez-lui car elle doit avoir faim, faim d’amitié.

J’habite une douleur

René CHAR

Recueil : "Le poème pulvérisé"

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l’automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L’oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n’a plus de vitres. Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D’autres chanteront l’incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t’identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l’impossible.

Pourtant.

Tu n’as fait qu’augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d’une entente qui s’affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l’abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires…

Qu’est-ce qui t’a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n’y a pas de siège pur.

 

Par ahmed bengriche
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 13:04

نُصوصِ بـرلين

سعدي يوسف
(العراق/لندن)

 

السّاعة
حمامتانِ حطّتا، في صيفِ برلين
على مبنىً بلا نوافذَ.
الحمامتانِ َ
كانتا بين الهوائيّاتِ والأطباقِ والسطحِ الـمُـصَـفّى
تبحثانِ
عن بذورٍ
عن بقايا خُبزةٍ
عن قطرةٍ ...
أسمعُ، في الهدأةِ، منقارَينِ :
تِك ْ
تِكْ
أهِـــيَ الساعـةُ ؟
هل دقّتْ على المبنى الذي بلا نوافذَ، الســاعةْ ؟

برلين 15.06.2010

اللوبار القديمAlt Lubars    
'ضاحيةٌ في شــمالَي برلين '

الخيولُ التي لا نراها
الخيولُ التي قد نراهنُ يوماً عليها
الخيولُ التي تسكنُ المنزلَ الضخمَ، لكنْ بلا عرباتٍ ولا عربنجيّـةٍ
كلُّ تلك الخيولِ المطهّمةِ
ارتضت اليومَ ألاّ ترانا
ارتضتْ، منذ أن وُلِدَ الرســمُ ألاّ نراها ...
هكذا
نحن في ملعبِ الخيلِ، لكنْ بلا أيّ خيلٍ !
.....................
.....................
.....................
إذاً
هل نكون ُ: أنا. أنتَ . أنتِ
الجميعُ
كما كانت الخيلُ ؟
أعني : أنحنُ، هنا، نحنُ
أمْ أننا رَسْــمُ نحنُ ؟
برلين 15.06.2010

متاعب

مُـتَـعـتَـعةً بالسُّكْــرِ كانت ْ
جَهِدْتُ في إعادتِها للبيتِ ...
كانت تقولُ لي:
لنذْهبْ إلى ملهىً، أريدُ أن أراقصَكَ !
الملهى قريبٌ ...
........................
........................
........................
أقولُ : يا هُـنَـيْـدةُ
لن يرضَوا بأن تدخلي ...
أرجوكِ !
عرَّيتُها
ثمّ اتّرَكْتُ حديثَها يُـبَـقْـبِعُ تحتَ الماءِ
...............
...............
...............
نشَّفْتُ جسمَها اللذيذَ
وقلتُ : استمتعي، بنعومةِ الحريرِ !
لقد أغمضتِ عينيكِ فاذهَبي إلى الـحُلْـمِ
إني رهْنُ حُلْمِكِ ...
إنْ أردتِ حُـبّـاً نكُنْ جسماً مع الدفءِ واحداً
وإنْ لم تريدي الآنَ
نرقدْ إلى الغدِ !

البِســـْـتْرو!

كان هذا البِسترو غيرَ بعيدٍ . أقلّ من ربعِ ساعةٍ نقطعها مشياً من المنزل.
قلتُ لابنتي : نحن نمرّ يوميّاً من هنا . لندخلْ مرّةً !
كان البِسترو منخفضاً عن مستوى الرصيف . تهبطُ أربعَ درْجاتٍ، لتكونَ في شبه حديقةٍ .
في شبه الحديقة ثلاثُ موائدَ (فارغة في العادة ).
كان زبائنُ البِسترو النظاميّون يجلسون في الداخل، يواجهون البارَ وسيّدتَه.
جلستُ مع ابنتي في الحديقة.
حيّتْنا امرأةٌ، كانت تجلس، مصادفة، في الحديقةِ .
قالت : المرأة، سيدة البار، تتحدّث بالإسبانية.
لا أدري لِمَ قالتْ ذلك .
ربما لأننا لا نبدو ألمانيّيَنِ .
جاءت السيدة . قالت بالإسبانية : إنها من فنزويلا .
قلتُ لها: أنا كنت في فنزويلا . كاراكاس . الأنديز . بداية الأمازون...
قالت : في لَرِيدا . البرد شديد (كانت تتحدث عن الولاية التي تفخر بجبال الأنديز ).
قلت : الناس يحبّون شراب الروم مع الليمونادا !
Ron con limonada     !
قالت :
(كوبا الـحُرّة )
Cuba Libra
قلتُ : أريد الروم مع الليمونادا . عاشتْ فنزويلا !
تغيّرتْ ملامحُها فجأة: تسقط فنزويلا ! شافيز شــيوعيّ ...
قلتُ : عاشت فنزويلا!
*
لم أقُلْ لها إنني قابلتُ شافيز مرّتين، إحداهما كانت في القصر الجمهوريّ .
*
دخلتُ المكان ثانيةً .
السيدة الفنزويلية التي تكره شافيز لم تكن هناك.
طلبتُ شــراب الروم مع الليموناد !

القطار الألــمانيّ

أينَ تمضي برُكّــابِها كلُّ هذي القطاراتِ ؟
في الفجرِ تَهدرُ
في الليلِ تَهدُرُ
في الظُّهرِ تَهدرُ
حتى الـمـخدّةُ تهتزُّ من هولِ هذي القطاراتِ
صفصافةُ الـحيّ تهتزّ
والبابُ في مَشـربِ البيرةِ
المخزنُ الآسيويّ
وتمثالُ بوذا،
الندى...
اين تمضي برُكّــابِها كلُّ هذي القطاراتِ ؟
أنّى ستُلـقي بهم؟
وإلى أين تتّـجـهُ؟
العالَمُ ارتَـدَّ (نعرفُ ؟ )
................
................
................
تلك القطاراتُ تمضي إلى الإتّجاهِ الـمعاكِسِ
(نحوَ محطّـتِها قبلَ قرنَينِ )
تمضي بركّابِها،
هي تمضي بركّــابِها الغافلــين ...

برلين 08.07.2010

 

القناةُ البرلينيّةُ ذاتُ الماءِ الأخضر

جوان ماكنلي، تعرف، بالضبط، القناةَ التي ألقى الضبّاطُ البروسيّون، فيها،
جثّةَ روزا لكسمبورغ. وهي تعرف، بالطــبعِ، اســمَ الجســـرِ
القائمِ على هذه القناةِ حــتى الآن . كنّا نسيــرُ من ساحة اكسندر بلاسه
مارَّينِ بالكتــابةِ البرونزيّةِ الناتئةِ، الكتابةِ التي أرادها الألمانُ الديموقراطيونَ
خالدةً . أقوالِ روزا لكسمبورغ. روزا الحمراء. قالتْ جوان : هنا! وأشارتْ
إلى إلى القناةِ، حيثُ الماءُ يجري أخضرَ داكناً . منذ عشرين عاماً ظلّتْ صحافةُ
اليمين (كما روى مؤيَّـد الراوي ) تذرفُ الدموعَ على الماءِ الأخضرِ الداكنِ.
قالوا : إن الشيوعيين لوَّثوا الماءَ . صبغوه أخضرَ . وقتلوا الأسماكَ .
الماءُ (في القناةِ التي ألقى فيها الضبّاطُ البروسيّون جثّةَ روزا لكسمبورغ ) لا يزالُ
أخضرَ داكناً . لا أحدَ يذكرُ روزا الحمراءَ سوى كلماتِها هي، كلماتِها
المقدودةِ برونزاً، في أضلاعِ الشارعِ الألمانيّ القديم. لكنّ جوان ماكنلي تحفظُ،
مثلَ تعويذةٍ، اســمَ الجســر.

برلين 08.07.2010

خــيمـةُ الوبَـرِ

نحن لا نتذكّرُ ...
والأمرُ أعقدُ من أننا، مثلَ ما يقعُ الآنَ في السوقِ، لا نتذكّرُ.
نحن انتهينا من التمرةِ
السعفِ
والنخلةِ ...
اليومَ، نحن مُـقِيْمونَ في حِصْنِ مَن لم يرَوا
نخلةً
حِصْنِ مَنْ لم يمُصّوا نواةً
ولم يَخْضِدوا سـعفةً .
حِصْنِ مَن لم يرَوا غيرَ ما يخزِنُ الحصنُ :
تلكَ الحبوبَ
وذاكَ الغروبَ ...
وما كتبوا في صحائفِ رِقٍّ مُذَهّبةٍ .
نحن لا نتذكّرُ ...
لكنْ هنالك مَن يذكرون...
هنالكَ مَن يعرفونَ عيونَ المياهِ العجيبةِ في التيهِ،
مَن يعرفون تواريخَنا
واحداً
واحداً ...
مثلاً :
يعرفون بأنّ فلاناً قضى قبلَ أن يولَد !
الأمرُ ليس عجيباً (كما تتصوّرُ )
الأمرُ أبسطُ من كل هذا :
إن اخترتَ خيمتَكَ الوبَرَ الـحُرَّ بيتاً
نجَوتَ !
صيف
ألمانيّاتٌ مكتنزاتٌ يتمدّدنَ طويلاً
تحت سماءٍ ساخنةٍ.
والساعةُ ثالثةٌ ب.ظ
الألمانياتُ طويلاتٌ، مكتنزاتٌ
والشمسُ مواتيةٌ ...
والألمانيّاتُ يَسِــحْنَ، تماماً كالزبدةِ
مشكلتي أني أقرفُ من مرأى الزبدةِ
أو من مأكلِها
...............
................
...............
الألمانيّاتُ المكتنزاتُ تمدّدْنَ طويلاً !

كيف انتهيتُ إلى تلك الشقّـةِ ...

كان الصيف البرلينيّ رائقاً. شمسٌ ناعمةٌ.شجرٌ مخضلٌّ بندى الليل.فتياتٌ أشباهُ عرايا. مقاهٍ مزدحمةٌ دوماً. وأكشاك مآكلَ ألمانيّةٍ تقليدية، و 'شاورمة' تركيّة.
كنت أعرف العنوان. الشقة قريبةٌ من ألكسندر بلاسّــه، وليست بعيدةً عن 'سوق آسيا '
المتخصص ببيع المواد الغذائية الصينية. أقرأُ الأسماءَ على لوحة أجراسِ الساكنين. اسمُها بين الأسماء.
أضغطُ على الجرس. تنفتح بوّابةُ المبنى. أدخلُ . أقطعُ مدخلاً غيرَ طويلٍ. أجدُني عند الباب الخلفيّ لمطعمٍ تايلانديّ. أحدُ العمّالِ كان يتناول وجبةَ الظهرِ هناك. الوجبة (المجانية افتراضاً ) متواضعةٌ جداً. أنا الآنَ عند بوّابةٍ ثانيةٍ من الحديد الثقيل تنفتحُ على سلالم . شقّة ديزي في الطابق الأعلى.الصعودُ مرهِقٌ، ربّما لأني ارتقَيتُ الدّرْجاتِ متلهِّفاً. كان بابُ الشقّةِ مفتوحاً
و ديزي واقفةٌ بالباب، تبتسمُ ابتسامةً شبه ماكرةٍ:
استدللْتَ، إذاً ؟
* لن يضيعَ مَن يقصدكِ !
- كانت الشقّة تطلّ على ساحة ألكسندر بلاسّـه، لكنهم بنَوا هذا الفندقَ البشع فحجبَ الساحةَ.
الشقة بدتْ لي أصغرَ شقّةٍ رأيتُ في حياتي. غُرَيفةٌ واحدةٌ فيها زاويةٌ للطبخ، وثلاجةٌ صغيرة. نافذةٌ واحدة. عند البابِ مرافقُ صحيّة، ومَرَشّ استحمام.
لديّ عقدةُ الضيقِ بالمكان الضيِّق (كلوستروفوبيا ).
قلتُ : لنخرجْ !
قالت: إلى أين؟
أجبتُ : إلى المدينةِ . إلى أي مكانٍ . دعينا نتناولُ الغداءَ معاً.
*
خرجنا من المبنى.
ورحنا نتجوّلُ، بلا مقصدٍ .
أنا مع ديزي للمرة الأولى في برلين . كنتُ رأيتُها في لندن مرّتَين، مصادفةً . لم تكن بيننا علاقةٌ.
على أي حالٍ . دخلنا مطعماً في حيّ شعبيّ ببرلين الشرقية التي أطمئِنُّ إليها . طلبنا 'شْـنِتْسِـلْ'، وشــربنا زجاجةً كاملة من نبيذٍ أحمرَ ثقيل.
عُدنا إلى الشقّةِ، لنرقدَ متعانقَينِ حتى انتصفَ الليلُ !

 

مصطبة البحيرة

المرأةُ ذاتُ الأعوامِ الخمسةِ والتسعين تشاركني مصطبةً عند الشاطئ . كانت سفنُ النزهةِ تنتظرُ الركّابَ، إلى لحظةِ إقلاعِ الـمَرْكبِ 'موبي دِكْ' . والمرأةُ ذاتُ الأعوامِ الخمسةِ والتسعين
تُـتَـمْـتِمُ أغنيةً عن أُذُنٍ لا تسمعُ . عن أطرافٍ لا تنفعُ. عن أرصفةٍ تتذكّــرها الآنَ.
تقولُ المرأةُ : لم يكن المشهَدُ قبل سنينَ كما تشهدُه الآنَ .لقد قطعوا الأشجارَ، وكانت
تحجِبُ مرأى الماءِِ.و ها أنت ترى أن الدنيا تتغيّرُ.
هل تعرفُ ماذا كانت هذي الضاحيةُ النهريّةُ من برلينَ الأصليّةِ ؟
لم تكُ شيئاً. وأقولُ لك : الآنَ ... الضاحيةُ النهريةُ لا تعني لي شيئاً
أعوامي الخمسةُ والتسعون تُـسَـمِّـرُني، جنبَكَ، عندَ المصطبةِ.اللعنةُ!
أطرافي لا تنفعُ .
أذني لا تسمعُ .هل تســمعُني ؟
......................
......................
كانت شمسُ أصيلٍ صيفيٍّ، تلعبُ في وجه المرأةِ ذاتِ الأعوامِ الخمسةِ والتسعينَ .
وكنتُ
عميقاً أُنصِتٌ ...
كنتُ
بعيداً أســري في أعوامِ المرأةِ ذاتِ الأعوامِ الخمسةِ والتسعين.
أنظرُ في الوجهِ المتورِّدِ تحتَ الشمسِ الصيفيّةِ
أنظرُ في الشاطئ ...
......................
......................
......................
كان الـمَـرْكبُ 'موبي دِكْ '
يُقْـلِعُ.

برلين 27.06.2010

 

الســاحةُ في الصــباح
Hanne Solbek Platz

يفتحُ هذا المقهى المطعمُ، في العاشرةِ، البابَ
المقهى- المطعمُ، صينيٌّ
(حيث جلستُ إلى طاولةٍ فارغةٍ )
والساحةُ
(حيثُ مَداخلُ أرصفةٍ لقطاراتِ المدنِ الألمانيّةِ )
ما زالت موحشةً
وتظلّ الساحةُ موحشةً
حتى العاشــرةِ ...
الفتياتُ سيأتينَ، يسابِقْنَ حقائبَهُنَّ
إلى الأرصفةِ السودِ ؛
سيأتي الأتراكُ بما زرعوا
وسيأتي أكرادُ الأتراكِ بما صنَعَ الأتراكُ،
وتأتي الدرّاجاتُ لِـتُربَطَ كالخيلِ
(عليّ الآنَ مغادرةُ الطاولةِ )
.................
.................
.................
الساحةُ
تستيقظُ
لكنْ، متأخرةً ...
مثلَ امرأةٍ في الخمسينَ
مُدَوَّخةٍ من ليلةِ حُبّ !

برلين 30.06.2010

 

الصّيفُ ناعمــاً

 

تدورُ طويلاً في المخازنِ
كلّما أتتْ مخزناً دارتْ قليلاً
وفكّرتْ قليلاً
ولم تلمُسْ
ولم تشترِ ...
.......................
.......................
.......................
الضحى ربيعٌ، كأنّ الصيفَ راجَـعَ نفسَهُ
فهَبَّ خفيفاً.
ليتَها، الصبحَ، قد نضَتْ غلائلَها
واختارت البحرَ !
ليتَها !
ولكنَّ مَن تهوى بعيدٌ...
تـلَـبّــثَـتْ
ومدّتْ يداً :
أوّاه، لو كان ههنا، يداعبُني تحتَ القميصِ .
سأشتري القميصَ ...
وأرضى بالذي أتحسس !

يوميّات روما

'يوميّات روما '، أو 'قصائد إيروتيكيّـة '، هي مجموعةٌ صغيرةٌ من قصائدَ كتبَها الشاعر الألمانيّ غوته، عن رحلته الإيطاليّة.
القصائدُ نُشِرَتْ في حياته غير كاملة، ولم تُنشَر كاملةً إلاّ بعد وفاتِه.
بل أن صديقه الشاعر شيللّر الذي كان يصدِر مجلةً أدبيةً في فايمار،هي' دي هورن' مارَسَ نوعاً من الرقابة، وطلبَ من غوته الامتناع عن نشرِ إحدى القصائد، كما حذفَ من قصيدةٍ أخرى.
*
بإمكاننا الآن النظرُ إلى الأمر كله في ظروف القرنين الثامن عشر و التاسع عشـر بألمانيا، معتبرين دورَ المنصبِ الرسميّ، والوضعِ الاجتماعيّ، لغوته، آنذاك.
هذه القصائد الإيروتيكيّةُ، متفاوتةٌ في صراحتِها.بعضُها يمكن إدراجُه في ما اصطُـلِـحَ عليه عندنا بـ 'الأيريّات '، مثل قصائده التي تمجِّـدُ بريابوس 'المرادفَ اللاتينيّ للأيـــر .
بعضُها يمكن إدراجُه في الشعر الفاضح، مثل تلك القصيدة التي كتبَها عن فينيسيا 'البندقية 'مقارِناً بينَ ضيقِ أحدِ أزقّتِها، وضِيقِ فرْجِ عشيقتِه الإيطاليّة . كأنه يؤكدُ قولَ تلك الأعرابيّةِ:
يريدونه ضَـيِّـقاً، ضَـيَّـقَ اللهُ عليهم !
بعضُها تُـمْكِنُ إحالـتُــه على السـرد، مثل تلك القصيدة التي يروي فيها كيف تعطّلت
العربةُ التي كان يسافرُ بها، فاضطرّ على المبيت في نُزْلٍ . وهناك أقامَ علاقةًً مع فتاة الـنُّـزْلِ التي تسلّلتْ إلى فراشِــه حين انتصفَ الليلُ، ولم يستطعْ أن يمضي في عملية الحبّ معها بعد أن قالت له إنها عذراء...
وثمّتَ قصائدُ يتحدث فيها عن عشيقتِه الإيطالية التي كلّفتْـه عِشـرتُها ثروةً، كما ذكرَ صديقٌ له، وكيف أن تلك الشابّةَ كانت تختالُ وهي في العربة في طريقِها إلى الأوبرا ...
إنه سعيدٌ بأن يروي تفاصيلَ الفراشِ وما يجري فيه، كأن في الإعادةِ إفادةً، كما يقالُ.
وهناك كلامٌ عن ضعفٍ جنسيّ كان غوته يعاني منه، ومن هنا جاءتْ رحلتُه الإيطالية باعتبارها نوعاً من علاجٍ يبدو أنه كان شافياً.
بعد عودة الشاعر من إيطاليا، تزوّجَ فتاةً في الثامنة عشــرة !
'قصائد إيروتيكيّـة' تُعتبَر من نتاج غوته ذي القيمةِ الشِعرية العالية من ناحية الصنعة الشِعرية، ويُنظَـر إليها أيضاً باعتبارِها جزءاً من المهمّة التي نهضَ غوته بها باعتباره 'محرِّراً '، وفاتحَ آفاقٍ
في الثقافة الألمانية، والمجتمع الألمانيّ بعامّةٍ.

 

صَــيــفٌ بَـرلـيــنــيّ

قطاراتُ الظهيرةِ ...
كان شــيءٌ من الضَّوعِ اســتوائيٌّ
وكانت ســراويلُ النساءِ تكادُ تَخفى
من القِصَـرِ .
الرجالُ مُـدَوَّخونَ الظهيرةَ .
سوف تمتلئ المقاهي بهم.
حتى إذا ضاقتْ أقاموا موائدَهم على العشبِ.
انتظرْنا مجيءَ السبتِ
يوماً بعدَ يومٍ،
وها نحن الأُلى يمشونَ دوماً رعاةً غافلينَ ...
ألم تجدْنا بأبوابِ المحطّاتِ ؟
النساءُ استرحنَ إلى براري الـعُـرْيِ
أسْــرِعْ
و لا تَـخَـفِ
......................
......................
......................
القطاراتُ استفاقتْ
سـتَصْــفِــرُ، مرّةً أخرى، قليلاً
لتحملَــنا
وترمـيـنـا،
بعيداً ...
حيثُ لن يعوي قطــــارُ !

برلين 04.07.2010

 

اضطرابٌ جَــوِّيٌّ

 

تَـخــاطَـفَ البرقُ ليلاً
والبحيرةُ والأشــجارُ غابتْ.
ســماءٌ ليس يسـكـنُــها
ســوى تَـخاطُـفِ هذا البرقِ ...
.................
................
................
ثانيةً
ويقصِفُ الرّعــدُ .
يأتي وابِلٌ هَـطِــلٌ ؛
ويشــربُ النـبتُ أمواهاً مقدَّســةً
وتدخلُ الغرفــةَ
الأرواحُ والورَقُ
ويَخْطِفُ البرقُ ...
في الـمَـبنى الـمُـواجــهِ بانتْ شُــرفةٌ
وبأعراقِ الجِـيرانيــومِ كانَ الكونُ يأتلِـقُ !

برلين 05.07.2010

 

 

الـــنّــواقيــس

هنا، في برلين، لا تسمعُ النواقيسَ، إلاّ نادراً ؛ أوّلاً لأنها خفيضةُ الرنين، وثانياً لأن الكنائسَ والكاثدرائيّاتِ قليلةٌ نسبيّاً.
برلين، على أيّ حالٍ، ليستْ مدينةً كاثوليكيةً، ولا تُـمْـكِـنُ مقارنتُها، في هذه النقطةِ، بباريس، المدينةِ التي تظلّ تئِنّ تحت سطوة الكاثوليكيّة. فرنسا جمهوريةٌ علمانيّةٌ لشعبٍ من المؤمنين الكاثوليك !
يقول بدر شاكر السياب:
بُوَيب
بُوَيب
أجراسُ بُرجٍ ضاعَ في قرارةِ النهَرْ
الماءُ في الـجِـرارِ، والغروبُ في الشّـجَـرْ
هنا يستعملُ بدرٌ كلمةَ 'أجراس 'ويعني بها النواقيس. البرجُ هو بُرجُ كنيسةٍ ما .
عندما نُقِلَت، إلى لغتنا العربيةِ، رواية إرنَستْ همنغواي الشهيرة :
To whome the bells toll
كان عنوانها : لِـمَن تدقّ الأجراس ...
لكنّ 'النواقيس 'هي الأقربَ إلى روح الرواية .
وعلينا ملاحظة أن همنغواي استعمل الفعل
Toll    
Ring     وليس
الفعل الأول يعني رنيناً فيه حزنٌ، أي أنه ليس قرْعاً أو دَقّـاً كما يعني الفعلُ الثاني.
أرى أن العنوان الأقرب إلى روح رواية همنغواي (المرثيّـة ) هو :
لِـمَـن ترِنُّ النواقيس
أو : لِـمَـن تئِنُّ النواقيس
*
في هذه الضاحية البرلينية، حيثُ أقيمُ، ضيفاً شِبْـهَ ثقيلٍ على ابنتي شــيراز، أدمنتُ الـمشيَ رياضةً ونزهةً، وفي مساءٍ مبكِّرٍ، قُبَيلَ السادسةِ، سمعتُ رنينَ ناقوسٍ خفيضاً. قلتُ لشيراز : لنتبع
الصوتَ . أريد أن أرى الناقوس!
في أعلى مبنىً، كنتُ أمُرُّ به فلا أحسبُه كنيسةً، كان ناقوسٌ حقيقيٌّ صغيرُ، ينوسُ جيئةً وذهاباً،
ويتردّد صداه بالرغم من السيارات المسرعة عادةً. ظللنا ننصتُ إلى الرنين حتى الخفقة الأخيرة !

برلين 06.07.2010

حـديقـةُ غِـيْـزونـد بْرونِنْ
Gesundbrunnens     Garden

07.07.2010

مَـصاطِـبُـها (حينَ تَفْرَغُ من نائمِيها )
لها كُلْـحَـةُ الوحلِ.
والنائمونَ الذين مضَوا نحوَ أوَّلِ دُكّانةٍ في الصباحِ
سيأتونَ بالـجُـعَــةِ ...
الصبحُ يفتحُ دفترَهُ في الحديقةِ
كي يكشفَ العشبُ تاريخَهُ
من هشيمِ زجاجٍ
ورائحةٍ لـخُـراءِ الكلابِ
وبَـولِ السّكارى.
كأنّ الحديقةَ مهجورةٌ منذُ أن خُـلِـقَتْ والغُراب ...
كأنّ الذين بنَوا فندقَ 'الهوليداي إنّ 'جاراً لها
أنكَروا أنّ هذي الحديقةَ تُـسْــمى الحديقةَ
(كانت لهم خِرْبةً أو خراباً )
وقد يُخطىء المرءُ
مِـثلي،
فيأتي ليختارَ زاويةً للتأمُّلِ ...
لكنهم يجمعون هشيمَ القناني، كما يَقطفونَ الزهورَ
وأعقابَ كلِّ السجائرِ
والإبَرَ،
العُـلَبَ الورقيّـةَ
والقيءَ ....
................
................
زاويةٌ للتأمُّلِ ؟

جَـــوّابٌ

هذا الصباحَ، جلستُ تحتَ الخيمةِ الخضراءِ
تحتَ الدّوحـةِ ...
العرَباتُ مســرعـةٌ وعصفورٌ أتى هذي الدقيقةَ،
كلبُ ســيِّــدةٍ
وسائحتانِ يابانيّتانِ،
الشمسُ ناعمةٌ
ويَبْلغُني الهديرُ الـمـَعدِنيُّ :
قطارُ شَـحنٍ مَـرَّ تحتَ الجِســر ...
لا ماءٌ
ولا شجرٌ
قطاراتٌ تَـمُــرُّ ؛
الأرضُ حولي، خَشْـنــةٌ، بُـنِّـيَّــةٌ
لا عشبَ تحتَ الدوحــةِ
امرأتانِ يابانيّتانِ ...
أهيمُ، منذُ الفجرِ، في طُرُقاتِ برلينَ .
......................
......................
......................
القطارُ يظلُّ يحملُني، كطَــيرِ الرُّخّ .

برلين 09.07.2010

الـنّســـر البْروسِــيّ

كم قِيلَ : نَـسـرُ بْروســيا قد طارَ !
.......................
.......................
.......................
منذُ نهاية الحربِ الأخيرةِ طارَ عن برلين .
لا ندري إلى أيّ الممالِكِ طارَ، أسحمَ في المســاء .
وهل بنى بالصخرِ والفولاذِ والذّهبِ الـمُـخـبّـأِ وكرَهُ ؟
وبأيّ طيرٍ أو طرائدَ كان يقتاتُ ...
المدينةُ (وهي برلينُ العجيبةُ ) أغلَقَتْ حتى السّــماءَ،
وبابَ بوّاباتِها : بْـرانْـدِنْـبَرْغ، والجســرَ القديمَ .
ولن يعودَ النّـســرُ
نسْـرُ بْروسِــيا ...
*
واليومَ ...
في الصيحاتِ
في الأبواقِ
في الراياتِ
في ما تنفثُ الكُرةُ البعيدةُ، تلكَ، من إفريقِـيا
أبصرْتُ ذاكَ النســرَ
أسحمَ
مرهَفَ الـمنقارِ
مبسوطَ الجناحِ إلى النهايةِ،
كان نسْــرُ بْروسِــيا
يختالُ، في المرسيدس السوداء، كالجنرالِ
في برلين ...

برلين 10.07.2010

الــزاويةُ البــريطــانـيّــةُ

إذاً ... اكتمَـلَ الأمرُ،
وصارتْ لكَ في هذا الكوكبِ زاويةٌ.
حقّاً، إنكَ لا تعرفُ أسماءَ الأشجارِ
و لا ما نطَقَ الطيرُ
وإنكَ لا تعرفُ فيها أحداً
(تلكَ رؤوسٌ من حَجَـرٍ، ووجوهٌ من قارٍ ... )
ولسوفَ تُحشرِجُ إنْ قلتَ :
إلى أينَ تؤدِّي السككُ ؟
الأغربُ أنكَ لم تدخلْ بيتاً لسواكَ
فلا جارَ
ولا أخبار
و لا حتى كلماتُ 'صباح الخير ... '
وإنْ كانت كاذبةً .
.................
.................
................
لكنك تأوي، مثلَ سواكَ، إلى زاويةٍ
وقد اكتملَ الأمرُ
وصارتْ لكَ في هذا الكوكبِ زاويةٌ ...
فلماذا تشكو؟
أ لأنّكَ ما صافحتَ، هنا، أحداً ؟
أ لأنكَ ما صافحتَ، هنا، حتى نفسَك ؟

برلين 13.07.2010

 

Par ahmed bengriche
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 12:57

قبلَ أن يضيقَ حِذاءُ المَدْرَسَة

يسقطُ الضَّوءُ على وجهي
مرتينِ في العامْ.

المقطعُ الطُّوليُّ يكشفُُ
أن سُمْكَ الجدارِ ثلاثون عامًا
بعد أن تسرَّبَ يومانِ خِلسةً
عبرَ عوازلِ الرطوبةِ والحرارةْ.

لابدَ من فواصلِ هبوطٍ وتمددٍ
لجدارٍ بهذا الطُّولِ
والصَّمتْ.

طبقاتُ الأرضِ الافتراضيةُ
يحتلُّها بالتتابعِ:
صخرٌ / رصاصٌ
نورٌ / ماءٌ
ترقُّبٌ
ماءٌ
وموتْ.

لذا
لمْ يجدِ البنَّاءُ بُدًّا
من زرْعِ أوتادٍ
بعمقِ الخيبةِ الزاحفةِ على وجهي
في العامِ الأخيرْ،
ومَدِّ فَرْشَةٍ من الأسمنتِ
تضمنُ ثباتَ البنايةِ في الزلازلْ.

الرسوماتُ التنفيذيةُ
أخذتْ مسارًا آخرَ
غير اسكتشاتِ المُصَمِّمِ
لأن عاملَ الأمانِ المُفترضَ
لم يناسبْ مواصفاتِ الحفرِ
سيَّما
وقد اكتشفَ الموقعيونَ
أن الجسَّاتِ التي تمَّتْ للتربةِ
شابَها التزييفُ.

الحقُّ
أن هذا الاكتشافََ
جاءَ مصادفةً:
في ليلةٍ مقمرةٍ
وبينما أحدُ الخفراءِ بالموقعِ
يعدُّ لكوبِ شايٍ
لمحَ نبتةً صغيرةً تشقُّ الأرضَ
بعدما غافلَهُ
بعضُ الماءِ وسقطْ.
التربةُ طينيةٌ !


التربةُ الطينيةُ
لا تطمئنُ للأبنيةِ التاريخية.

أكثرَ من مرةٍ
شوهدتْ أراضٍ تتركُ مواقعَها
وتفرُّ
تاركةً للفراغِ
بناياتٍ معلقةً في الهواءْ.


الإنشائيونَ
استحدثوا طرائقَ مبتكرةً:
الشَّدُّ من أعلى
بأسلاكٍ معلقةٍ إلى السماءِ،
أو بناءُ حوائطَ ساندةٍ
تحولُ دون مصبَّاتِ المياه.


المعماريون
ـ في جلساتِ العَصْفِ الذِّهنيِّ ـ
يرفضونَ الحلولَ التقليديةَ
يفضلونَ أن يخلِّصوا المبنى
من وزنهِ الذاتيِّ أصلاً
لا ليسخروا من قانونِ الجذبِ
لا سمح الله
لكن ليبتكروا مجالاتِ خلقٍ جديدةً
تجعلُ الأطفالَ يفرحون.

الضَّوءُ سقطَ على وجهي مرتينِ في العامْ
أقصدُ العامَ الأخيرْ.

الجدارُ سميكٌ طبعًا
لكن
الضَّوءُ يسيرُ في برابولا من الدرجةِ الثالثةِ
تسمحُ له بالتعاملِ مع حوائطَ
يُعوِزُها الذكاءُ.

الضَّوءُ يخدعُ ويناورُ،
يلتفُّ حولَ الحجارةِ
ويدخل قدسَ الأقداسِ
من ثغراتِ العراميسِ
مرتينِ في العامِ،
لا في أيلولَ و آذارَ ،
لكن في الردهةِ الصَّامتةِِ
نصفِ المعتمةِ مرةً
ومرةً في غرفةِ الطعامْ.


الضوءُ لا يسقطُ على وجهي مرتينِ في العامْ.
الضوءُ سقطَ
مرتين
في عامْ.

القاهرة / 24 نوفمبر 2002

مياهٌ قديمة

كيف أمكنَنَا
هكذا
أن نستدرجَ المياهَ القديمةَ من هناك !
الشقوقُ التي انغلقَتْ
فزادَ التصحُّرُ
وانتوى العنكبوتُ إقامةً دائمة.

بعضُ الماءِ إذن
كان السبيلَ للخروجِ من دائرةِ الوجعْ !
بعضُ ماءٍ
استقطرناهُ من المِلحِ الناشفِ
فوقَ جدرانِ الأنابيبِ النائمةِ،
النائمةِ بلا حماسٍ.

كيف خادعَنا العروسةَ بنيَّةَ العينينِ
فوقَ الأريكةِ !
أوهمناها أن الطفلةَ صغيرةٌ مازالتْ،
فاطمأنتْ
ونامتْ مبكرًا.

المصباحُ،
اختارَ إضاءةً خافتةً
تسمحُ للنَبتَةِ أن تُغْلِقَ أوراقَها.

ثمَّ سحبنا الستارةَ
حين رأينا المشابكَ تمدُّ أعناقَها
فانطوتْ على ملابسِها
يائسةً.

المدهشُ
أن أصواتَنا الجديدةَ
لم تحددْ آذانُنا بَصْمَتَها في سِجِلِّ الذاكرة،
أصواتَنا التي
تزامنتْ مع ارتخاءِ الزوايا الحادَّة
واحتباسِ الأنفاسِ
إثرَ سقطةٍ مباغتةٍ من الطابقِِ العاشرِ
فوق صفحةِ نهرٍ
فاترٍ بما يكفي
للانخراطِ في الخَدَر.


أصواتُنا الجديدةُ
أيقظتِ السَّريرَ الصامتَ
فانتبهَ إلى الخُدعةِ
ظلَّ يرمقُ الردهةَ البعيدةَ،
ثم انطوى مُطرِقًا
على نظافتِه المُزمِنَةْ.

القاهرة/ 20 سبتمبر 2002

فروضٌ فوضوية

ماذا لو
تجاورْنا فوقَ مِقعد المدرسةْ!
أو تقاطعتْ حدودي
مع شباكِ الفصلِ
في صورةٍ بلا ألوانْ !

شباكٌ طيّبٌ
يباركُ هروبَنا
إلى ملعبِ الكنيسةِ
لنُلَمْلِمَ أوراقَ التوتِ في نيسانْ
نطْعِمُ يرقاتٍ نائمةً
في صندوقِ الحذاءِ
ذي الغطاءِ المثقوبْ.

نتغاضبُ
مَنْ سيجاورُ النافذةَ
في الباصِ الأزرقِ
ثمَّ تخطِئُنا الحقائبُ
فأُفتِّشُ في دفاترِك
عن شخبطاتٍ تحملُ ملامحي.

ماذا لو
تلاقتْ عيونُنا
في محاضرةٍ لتاريخِ العمارةْ،
ثم تقافزنا فوقَ الدَّرَجِ
يومَ تَخرُّجِنا.

ماذا لو
علمتَني القصيدةَ
قبلَ أن يَفرَّ الخليلُ
مِنْ مَحْبَرَتي.

لو
فاجأْتَني بثوبٍ أبيضَ
قبلَ أنْ أدخلَ المحرابْ.

………
………

ماذا
لو لم نلتقِ أبدًا !

الرياض/ 7 أبريل 2002

 

العمياء

التي أبصرتْ فجأةً
بعد جراحةٍ مرتبكةٍ
تمَّتْ على عجلٍ
يناسبُ ارتكابَ الشِّعرِ
في صورتِهِ المحرَّمةْ.

عهدٌ طويلٌ
مع الشخوصِ إلى الأعلى
بأحداقٍ فارغةٍ،
وماضٍٍ مؤجل،
سمعتْ خلالها عشراتِ الكُتبِ.
لكنَّها
حين راقصتْ " لاما "
عندَ سَفْحِ الهضبةِ،
علَّمها
أن صعودَ الرُّوحِ
مرهونٌ بانفصالِها الشَّبكيِّ.

أُميَّةٌ إذن !
لأن الألمَ المرسومَ على ملامحِها
لحظةَ الإعلاءِ الجسديّ
أفسدَ النصَّ
فانثنى القلمُ
قبل اكتمالِ الحكاية.


لا سبيلَ للرجوعِ الآن.
المعرفةُ في اتِّجاهِها
والجهلُ
فردوسٌ غائب.

لذا
تظلُّ الفكرةُ تُطِلُّ برأسِها
محضَ ذاكرةٍ جافةٍ
كلما راودَها البصرُ،
تسكبُ ظِلَّينِ واقفيْن
في عتمةِ ردهةٍ مبهورةِ الأنفاسِ
صامتةٍ،
كانت تستعدُّ للشاي
عند انتهاءِ المشهدْ.

ظلاَّنِ
أحدُهما يمارسُ مهنةَ التنويرِ
والآخرُ
يجتهدُ أن يقرأَ
لكن
تَحُولُ دهشتةُ العميقةُ
دون اكتمالِ الدرسِ.

القراءةُ لا تحتاجُ إلى عينين
هذا ما تأكَّد لها
حين أبصرتْ فجأةً
ولم تجدْ كتابًا.

القاهرة /13 نوفمبر 02

 

رقصةٌ زنجيةٌ أخيرة

هاتفٌ صغير
فوقَ طاولتِكَ
يحدثُ عرضًا
أن يخايلَ ستائرَ صومعتي.

هي الأغنياتُ والأحاجي التي
أدهشتْ أيقوناتٍ
مجَّتْ سكونَها
فتعلمتْ
لُعبةَ الحروفِ والأرقام.
تحوُّلٌ وشيك
و حتميّ
كأن يسأمَ البوهيميُّ مثلاً
وينصرفَ عن نافذةٍ
تعلقتْ بمفرداتٍ ضالة.

و هكذا
سوف تَرَونهُ غدًا
- الزنجيَّ البارع -
يرقصُ على أنغامِ
رسالةٍ غجريةٍ جديدةٍ
لا تحملُ توقيعي.

الدمام / 4فبراير 2002

نحو الملعبِ الواسع.

التجربةُ
محنَّتي الأولي
علمتّني تفاصيلَ الموجوداتِ،
كصوتٍ يتكسّرُ فوقَ كَتفي،
كدهشةٍ تحدِّقُ في جدرانِ غرفتي.
جدرانٍ رحيمةٍ،
لا تَشي بخطايانا البريئة.


سوفَ نطوي أثوابَ الغائبينَ،
و يطوينا
حنينٌ لشفاهٍ
لم تتعلمْ سوى ترانيمِ الكنائسِ،
وهسهساتِ فخاخٍ
تتقافزُ مع الصغارِ
نحو الملعبِ الواسع.


سوفَ لا نفتحُ لها
"عِظاتِ بوذا "
تنقرُ النوافذَ كلَّ مساءٍ
لتصحو
هواجسُ الغرفةِ الضيقة.

لكن
سنتركُ أقلامَنا
تنحتُ ثرثرةً
شقَّ عليها أن تصالحَ
شفاهًا أفسدتها
هندسةُ الكلماتْ.

الخُبَر /23 فبراير 2002

رِهانات

لا نستطيعُ غالبًا أن نُحَدِدَ
لحظاتِ الفوضى
وقتَ نستبدلُ بأرجلِنا
عصواتٍ خشبيةً
بأطفالِنا دمىً
تثرثرُ كثيرًا
ترقصُ،
فقط لنحافظَ على أجسادِنا بيضاءْ
أقصدُ بيضاءَ فعلاً !

لذا
ستفاجئُنا أصابعُنا هذا المساءْ
- قبل أن تتثاءبَ كعادتِها -
برفضِها القاطعِ لدخولِ الآذانْ
تُخلِّينا
لتلوثِنا المشاعريّ !

بل
وتساعدُ الدُمَى الصغيرةَ تلكْ
على وضعِ نظَّاراتِها
على نحوٍ يشي بالدبلوماسية
لتُذهِبَ بقايا ارتباكٍ
سقطَ سهوًا من حكايا الصحاب.

أطفالُنا
الذِّين خبأناهُم داخلَ الرملِ هناك
يدركونَ حتمًا
أن للشعراءِ قانونًا مختلفًا
ولهذا
سيفتشونَ عن شرائطِ الأسبرين
يلقونَ بها من النافذةِ
قبل انتحارِ شاعرةٍ مهمَّةٍ
بساعتين تقريبًا،
لا لشيء
سوى أنَّ شركاتِ الأدويةِ
تستوردُ خاماتٍ فاسدةً
ثم تفسدُها في التصنيع.

ثمَّ إننا نعلمُ جيدًّا
أن الدقائقَ كلَّها
التي قضيناها في قَضْمِ الأظافرِ
أمامَ هاتفٍ أخرسَ
لا تعني
سوى أن شاعرًا
- الآن -
يراقصُ زوجتَه
فوق النيل.

القاهرة/1 سبتمبر 02

تشكيلاتٌ مراوغة

اللُّغةُ القاصرةُ
لمْ ترسُمْ تنهداتِ الذَّينَ
أحبّوا،
ولا التماعَ عيونِ المراهقينَ
وقتَ يُمَرِرونَ ذاكرتَهُم
على الوجوه.

الحروفُ
رتَّبتُها فوقَ المكتبِ
بعد أن ضَبَطتُ الإضاءةَ
و أحكمتُ النافذةَ.
ظلَّتْ تتجمعُ على نحوٍ عَبثيٍّ
فأعيدُ تشكيلَها،
لم تُسَجِّل جديدًا على أي حال.


مثلاً
أيُّ مُفردةٍ تحكي
عن شجرةٍ
نبتتْ فجأةً في الصحراءِ
بلا مقدماتٍ معقولةٍ
تذوَّقتْ أولَ حَبَّةِ مطرٍ
وقتَ أوشكتْ على المُضيّ
ثُمَّ استسلمتْ للسَناجِبِ
تنخرُ عُمقَها
ولا تمسحُ البَرْدَ عن جبينِها ؟

أيُّ مُفردةٍ
تُنْبِؤكَ بأني
أودُّ الآنَ أن تضُمَّني
ثُمَّ أضيعُ في زُجاجِكَ
واُستَنسَخُ في أبعادٍ متوهَمةٍ ؟

أيُّ مفردةٍ أخُطُّها
فتقرأُني
تقرأني أنا
بعيدًا عن غواياتِ القصيدة ؟


فريقُ الضادِ
يتغامزون
لم يقدمْ الزائدانِ
حَلاًّ لتعثري !

غيرَ أني
بحروفٍ لاتينيةٍ
أكثرَ خُبثًـا
و أقلَّ...
نجحتُ أن أكتبَ
" أحِبُّكَ "
في نهايةِ رسائلي.

القاهرة/يونيو 02

مؤامراتٌ صغيرة

كانَ على الرصيفِ مُسانَدَتي
لاعتلاءِ دَرَّاجتي.

و خلالِ جولتِنا
عرفَ شقيقي الأكبر
أنَّ الإرادةَ
لا تقفُ على قدمين.

كانوا يابانيين
هكذا تصورناهم
و أقنعنا الصحابَ بالمدرسةِ
أنَّ في حَيِّنا جاليةٌ آسيوية.
بل أقسمنا
أنَّ " كوالالَمبورَ"
عاصمةُ اليابان.
صَدَّقونا بالطَّبعِ
كمصادرَ معلوماتيةٍ موثوقٍ بها.
لابد أن ذاكرتَهم اليومَ
ترى أكاذيبَنا كلَّها
سِيَّما
أن "النمورَ الصغيرةَ"
مصطلحٌ حداثيّ.

كلُّ هذا ليس مُهِّمًا،
المشكلةُ
أنَّ الماليزيينَ هؤلاء
كانوا مُسْلمينَ بجدٍّ
و أن عَربيتَنا الضَّعيفةَ
و إنجليزيتَهم الأضعف
كشفتْ خيبتَنا
فارتابوا فينا
كطفلينِ يدعيَّانِ العروبةَ والإسلام.

كنُّا نعي تمامًا
دلالاتِ الإشاراتِ المُنذِرةِ
- المُتَّفقِ عليها مُسبقًا -
من أصابعِ المُرَبِّيةِ الطَّيبةِ
بشرفتِنا.

وفيما نستعدُّ للعقابِ اليوميِّ
- المحتملِ جدًا -
بعد أن لفقّنا كَذِبَةً محكمةً،
نتهامسُ سريعًا حولَ مؤامرةِ الغَدِ
ثُمَّ
نُجَرِّجُ الدراجتين
عِندَ البوابْ.

الرياض / 13 مارس 2002

محكمـة

التي
بالأمسِ تفقدتْكَ
مَسَحَتْ بِقاعَكَ،
و أطفأتْ في صدِّكَ المُشاكسِ
رغبتَها.

كانت في مخروطِ رؤيتي
تُرتِّبُ التَّرقُبَ عندَ بابِ المَرسمِ
ومن فوقِ الأريكةِ
لملمتْ أجزاءَكَ من أحاديثِنا.


قالت:
" هذا كتابُ صديقتِك !"
و لأنه بلُغَةٍ تعرفُها
أودعتْهُ سلَّتَها،
وقرأتْ فوقَ جسدي رسائلَكْ.

البنتُ النَّحيلةُ
لم تكنْ شطَّتْ عن حَيائِها
وقتَ طاردتْ آدمَكَ،
ولا كنتَ ناسِكًا
حينَ اقترحتَ جفافَ فِراشِها،
كلُّنا معَذَّبٌ
والقصَّةُ قديمةٌ..قديمة.


فوقَ الأريكةِ في المرسَمِ الكبير
وخلالِ خمسِ رَشْفاتٍ لقَهوةٍ باردةْ
تواجهْنا
كنتُ قد خلعتُ نظارتي
لأرى إنسانَها،
هي الأخرى
لابدَ رصَدتْ عذابي.
ولذا
سأعودُ البيتَ الآنْ،
أهبطُ الحائطَ المرتفعَ،
أنزعُ عُصابةَ العدلِ
عن العينين،
و أضعُ المَيزانَ فوق المِنّصَّةِ،

ثمَّ أخطو في القاعةِ الواسعة،
لن أومئَ لي في الرَّوْبِ الأسودِ
بل ألجُ بهدوءٍ
خلفَ السياج
أقبضُ على خطوطٍ رأسيةٍ متوازية
وأنتظرُ
……
ثلاثَ دقاتٍ
من المِطرَقة.

القاهرة / 4 أغسطس 2002

الحركةُ الأولى...السيمفونيةُ العاشرة

لا جديدَ هذا المساءْ !

نفسُ الوجهِ الخائبِ
أمامَ مرآةٍ لم تتدربْ بما يكفي
على الكَذِبْ.

كلُّ ما في الأمرِ
أنْ غَيّرتِ الطُّقوسَ قليلاً؛

مثلا:
أغفلتِ
- عن عَمَدٍ -
غسلَ وجهِكِ
في حَمَّامِكِ المَسائيِّ.

ونجحتِ فعلاً
ألا تقربُ شفتيكِ سيجارةٌ
لثلاثِ ساعاتٍ حتى الآن.

كما ساعدتكِ
ذهنيتُكِ التشكيليةُ
في تجميدِ وجهِهِ على الشَّبَكيةِ
حينَ مَنَحَكِ قبلةً
بل ثلاثْ..
فانكسرَ طريقُ العودةِ للبيتْ.

هزيمةٌ جديدةْ
عشرون زوجًا من الأحذيةِ الإيطاليةْ
وساعةٌ سويسريةٍ بألفيّ فرانك
لم يجعلوكِ جميلةً بما يكفي!

أمّا الـ… النشوةُ ؟
نعم
هي المصطلحُ المناسبُ
كما في القاموسِ الإيروتيكيّ
تلكَ التي باغتتكِ
واجتهدتِ أن تَلُميِّ بقاياها
من دواسةِ السَّيارةِ،
كانت عبثًا طفوليًا
من رجلٍ
أتقّنَ اختزالَ القُبلَةِ
والكلمات،
ثمَّ راحَ يرصدُ أجزاءَكِ المعطلةَ
ويدفِنُ بعطفٍ
ارتباكاتِها
في كَومةِ رملٍ على جانبِ الطريق.

حتمًا سيخبرُكِ غدًا
أنَّ البنتَ التي قابلَها بالأمس
قَبلَكِ بقليل -
لها مذاقٌ مختلفٌ جدًا
أشهى.

ارفعي شَعرَكِ الآن،
حدِّدي بالقلمِ دائرةً أسفلَ أنفِك،
هنا
تمامًا موقعَ الهزيمةِ
ثُمَّ استردي أحداقَكِ من المرآة
لتنزعي وجهَهُ من خلفِ العدسةِ.

برفقٍ
على الوسادةِ
هاهنا،
ثم نامي بلا كِتابٍ
فقط
نامي الآن.

القاهرة / 26 يونيو 2002

النورس

سوف أُمسرحُ الأحداثَ كعادتي
فأنا
كلاعبِ سيركٍ قديمْ
أُجيدُ المشيَ على أحبالِ حنجرتي.


ولأن الأعذارَ
- كما تعلمونْ -
تقترحُ نفسَها في الوقتِ المناسبِ
فلا حاجةَ لي
أن أصنعَ من صوتي بالوناتٍ
تسرقُ الهواءَ الضيِّقَ والضحكاتْ،
سيَّما
وقد عقَّمتُ قميصي من الألوانِ والأسبرين.


أنا الفتي الذي
خفَّتُهُ لا تُحتَملْ،
أرتكبُ الحُبَّ وسيقانَ النوبياتِ
والتي يقطرُ من شَعرِها الماءُ.


بالشِّعرِ
أُبَلَّلُ التبغَ والشراشفَ
ثمَّ أركعُ،
فيما أخطُّ بالرابيدو
بناياتٍ مرتبكةً
لا تَحفلُ بالصَّمغِ العالقِ
بتنورةٍ سوداء.

صفِّقوا كثيرًا إذن
وساوموا اللهَ من أجلي
وسأخرجُ الآنَ لكمْ
بعدما أُنظِّفُ ذاكرتي
من فستانِ البنتِ المنتحرةِ.

البنتِ التي
ساعتُها تؤخِّرُ
عشرةَ أعوامٍ.....
ودقيقة.

الرياض / 4 أكتوبر 2002

وجه

تُراكَ
لملَمتَ ملامحِكَ
من قصائدي
نجومًا صغيرةً
فوقَ كفِّ إله.

وريشةٌ في أناملِ امرأتِك
تَخْبِطُ الألوانَ
تسرقُ النبوءاتِ من دفاتِرَكْ.

بينما قلمي
يشيخُ
يشيخُ في احتمالاتِ الحروف
يتسَّولُ الدلالاتِ من قصيدِكَ
يفتشُ عن عيونٍ
أتقنتْ الاختباءَ.

أدخُلُ البئرَ كلَّ صبحٍ
أسرقُ الأشباحَ
الكراسي
أكوابًا نصفَ فارغةٍ
و لوحاتٍ مبتَّلةً لم تزل،
وفي المساء
أكنسُ الخَرَزَ
أباعدُ بينَ الغمامِ
أحتضِنُ الوجهَ الذي
تخبو قداستُه
شيئًا
فشيئًا
ثُمَّ يغدو
فكرة.

الرياض/ مايو 2002

بقعةٌ…فوقَ هذا الكوكب
منْ وراءِ الحُجُرَاتْ


جيرانُنا
الجنوبُ شرقِ آسيويينَ
لم يتسمعوا حواراتِنا عامدين
من وراءِ جدرانٍ
تتقاعسُ عن أداءِ مَهامِها ليلاً.

لن نَعْبأَ بِهم
ولا
بإيماءاتِهم الماكرةِ
إذا ما التقوْنا عرَضًا
على السُّلَم.

لكن
سنكمنُ لهم يومًا
خلفَ الأبواب
نجعلُهم يعترفونْ
أنكَّ " المعلمُ الأول"
وأنِّي
أحفظُ دفاعَ سقراط.


لاشكَّ
أنَّ شجاراتِنا الليليةَ
هي من علمتْهم
أُسسَ الفلسفةِ الإغريقية.

لذلك لنا جدًا
أن نسخرَ منهم
كجنسٍ أصفرَ
لا يتقنُ سوى العملْ،
فقط العملْ!

يجهلونَ استغلالَ السفسطةِ
تلك التي
رأيتُها تقفزُ
من رأسِ أحدِهم.

لابد أن نردَّ تحيتَهم القادمةِ
بشيءٍ من الصَّلفِ
يناسبُ مثقفّيْن مثلَنا
يجيدانِ صناعةَ الكلام
إذا ما تعثرنا بهم
صباحًا
مساءً
أو
بين دوامين.

الرياض/ 20 مارس 2002

    47ْ     طول، 25ْ عرض


تتمددُ
على نحوٍ أفقيّ
وتقعُ في مرمى عينِ الله تمامًا !
ليسَ تمامًا
ثَمَّ انحرافٌ شرقُ شماليّ.

ألقَتْ بنفسِها عَرَضًا
في طريقِ خَطوِنا
فاستدرنا.

شطرنجُ بَشَريٌّ
على رقعةٍ كنتورية،
فساتينُ زفافٍ حالكةٌ
أربعةٌ ولابد،
و سموكنجْ بيضاءُ
وحيدةْ.

لم نقف على رؤوسِنا بَعدْ
لنرى بعين خفاشٍ
غدًا نفعل،
نخلعُ النظاراتِ الطِّبيَّةَ
نفتحُ حدقاتِنا
على نحوٍ مسرحيّ،
نشقلبُ إنسانَ العينِ
ثمَّ
نفرح.

28 أبريل 2002

البعيــد

مكدودًا في الظهيرةِ،
على جبينِكَ خيطُ نُحاسْ.
لماذا قتلتَ البحرَ إذن
وأشبعتَ الطرقاتِ مشيًا
إلى البعيدْ ؟

في البلدةِ،
تحملُ المصباحَ في يدِكَ
وبالأخرى
تهَشُّ الفراشاتِ عن ضَيْعَتِكْ
في حوزتِكْ واحدةٌ
ويرقتانْ،
فيهنَّ
خاصمتَ الشِّعرَ والمطرْ.

لمْ تراقصِ العالمَ منذ سنينْ
أو تخطّ قصيدةً على حائطٍ
تدورُ وحسبُ حولَ الفراغِ
فيعلو جدارُ الحريرِ المقعَّرُ
شيئًا فشيئًا،
فلماذا قتلتَ البحرَ
وأوسعتَ الطرقاتِ إطراقًا ؟

الوردةُ
ماتتْ
أبَحْتَ أحمرَها وأخضرَها،
وعِطرُها
عالقٌ بين سبَّابتِكَ وإبهامِكْ
لا يُغسَلُ
فأنتَ لم تعبأ بالسَّهمِ المرسومِ على الطريقْ.

كنبيلٍ قديمٍ
يكسو النُّحاسُ ملامحَه
جئتَ من أقصى البلدةِ تسعى
مسارُكَ خطٌّ ثابتٌ.

لا تلتفتْ للخلفِ.
فالأساطيرُ حقيقةٌ
والتماثيلُ دليلْ.
وأنتَ غادرتَ البحرَ
واخترتَ الطريقْ.

مكدودًا
عدتَ من بلدتِكْ
تُنظِّرُ للشِّعرِ وللحُبِّ
و امرأتُكْ
تنتظرُ هناكَ
خلفَ النافذةِ
بعضَ خبزٍ … وحفنةَ ماء.

القاهرة / 1 نوفمبر 2002

رأسٌ...في مكانٍ ما.

الصندوقُ الكبيرُ
يرفعُ غِطاءَهُ عاملُ القسمِ
ليلتقطَ شقيقي شيئًا.
شيئًا
كان يسيرُ على قدمين
منذُ شهرٍ
أو
منذُ عامْ.

الرأسُ
لابدَ في مكانٍ آخرَ.
أما كَرْمَشَةُ الجلدِ
تحكي أنَّ السيدةَ
قد طالَ مقامُها في الفورمالين.

كلُّ العيونِ تلك
- حولَ طاولةِ التشريح -
تفكِّرُ في شيءٍ واحدْ.

أمَّا أخي
- فيما يعُمِلُ أصابعَهُ
في كُلْيَةٍ آدمية -
يرمِقُني بحَذَرٍ
و يفكِّرُ
في اقتناعي الوشيكِ
بدخولِ الطِّبْ.
لَمْ يدرِ أبدًا
أنَّ الرأسَ المنزوعَ
الرأسْ !
الرأسَ الذِّي لم أرَهْ
سوف ينقِلُ أوراقي
من العُلومِ إلى الرياضياتْ
فأدخلَ الهندسةَ لألقاكَ
ونتزوجْ.

الرياض / 1 مايو 2002

حيثُ المربعِ رقم 65

كيفَ يا إلهي
لمْ يسعْنا
عبرَ ثُمْنَ قَرنٍ
أن نتعادى في محبةٍ !

الرفيقُ الطيِّبُ الذّي
تَوَجَّ جَدائِلي
بأكاليلَ جميلةٍ
فَحَسَدْنَني.

هو الذّي
صافَحَني في تَعاطُفٍ
مساءَ شُرفَتِنا الشمالية
فيما أبتَكِرُ مَهْرَبًا
يُناسِبُ مَلِكًا يائِسًا
يَقْبعُ في رُكْنِ رُقعةٍ مُحايدةٍ
خَلَعَتْهُ
بغَيرِ كَشَّةٍ واحدةٍ -
طاَبِيَةٌ سَوداءْ
و حِصانْ.

الرياض / 10 مارس 2002

بلادونا

الجميلاتُ هناك.
اللواتي لا يدعن الدهشةَ المزمنةَ
تتلفُ الرقصةَ ،
فتنتهي
بلحظةِ صعودٍ
تستقطبُ انتباهَ حوائطَ صامتةٍ
فتنخرطَ في التصفيق.

الجميلاتُ
رتَّبنَ الكتبَ فوق الرفِّ
ليسكنَها الترابُ،
ثمَّ درَّبنَ أصابعَهن على الغناءْ
غيرَ حافلاتٍ
بالعباءاتِ الرماديَّةِ الثقيلةِ
رديئةِ التوصيلِ للصوتِ
والحياة.

طرَّزنَ الشِّعرَ فوقَ الأسرَّة
ثم استلقينَ على ظهورِهن
يجدلنَ من ضفائرِهن الاستوائيةِ
شجيراتِ بلادونا
لا تعرفُ الألمْ.

صنعنَ شروخًا في الهواء
تبصُّ على الألوانِ
و تقرأُ القصصَ القديمةَ
متثائبةً،
قصصنَ لحيةَ بوذا
و حشونَّ فمَه بالقشِّ
ثم مضينَ
لا ينظرنَ للوراء.

الجميلاتُ
تركنَني.

القاهرة / نوفمبر 2002

"الليلُ والخّيْلُ والبَيْداءُ.....لا تعرفُني"

تعلَمونَ بالطبعْ أني
- بوصفي شاعِرةً -
أُفَضِّلُ الجِينْزَ.
لا لكونِه أزرقَ
ولا لنزعتي البروليتاريَّةِ،
في الحقيقةِ
لا أعرفُ ما العلاقةَ
بينَ الشِّعْرِ و الجِينزِ أصلاً.

ربما
كان هذا سببًا رئيسيًا
في انفجاري بالضَّحِكِ
أولَ الأمرِ
ثمَّ انتظامي في حُنْقٍ تامْ،
حينَ رأيتُ رجالاً
ليسوا شعراءَ بالتأكيدْ -
يترصدونني بخيامٍ حَرِيريةْ
تَمْتَصُّ كلَّ شيءٍ
سوى أنَّها
تعكسُ لونَ الدَّهشة.

لمْ أقاومْهم
حينَ انتزعوا رخصةَ القيادةِ
بِحُجَّة أنَّ مَوْكبي
تَجُرُّهُ الجِيادْ.

بلْ أذكرُ
أنى ابتسمتُ بالفعلِ
حينَ اكتشفتُ أن الهَودجَ
برئٌ من نافذةٍ،
غير ثقبٍ بمساحةِ العين!

نافذةً واحدةً يا ربِّي !
تنظرُ السماءَ لا أكثرَ.

حتى
وقتَ رأيتُ
خَيبةَ الخُيولِ اللامحدودةَ
- جُغرافيًا -
والتي تسوقُني بالضبطِ
إلى حيثُ لا أريد !
لمْ ينتبْني القَلقُ،
فقط
أمْعَنتُ في ظُلمَتي
على نحوٍ هادئٍ
فيما أُفكِّرُ:
" ثّمَّةَ خطأٌ في الإجراءاتِ
ولابدَّ أن يُستدْرَك."

 

Par ahmed bengriche
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 12:07

اولئك اعداؤك يا وطني!
من باع فلسطين سوى اعدائك اولئك يا وطني؟
من باع فلسطين وأثرى,
بالله سوى قائمة الشحاذين على عتبات الحكام ومائدة الدول الكبرى؟
****فاذا أجن الليل تدق الاكواب,
بأن القدس عروس عروبتنا

اهلا اهلا.....

من باع فلسطين سوىالثوار الكتبه
اقسمت بأعناق اباريق الخمر
وما في الكاس من سموهذا الثوري المتخم
بالصدف البحرى وتتكرش حتى عاد بلا رقبة
****اقسمت بتاريخ الجوع
ويوم السغبة لن يبقى عربي واحد
ان بقيت حالتنا هذي الحالة بين حكومات الحسبة
****القدس عروس عروبتكم؟؟
فلماذا ادخلتم كل زناة الليل الى حجرتها
ووقفتم تسترقون السمع وراء الابواب لصرخات بكارتها
وسحبتم كل خناجركم, وتنافختم شرفا
وصرختم فيها ان تسكت صونا للعرض؟؟؟

فما اشرفكم!اولاد القحبة..... هل تسكت مغتصبة؟؟؟

****اولاد القحبة.....لست خجولا حين اصارحكم بحقيقتكم
ان حظيرة خنزير اطهر من اطهركم
تتحرك دكة غسل الموتى اما انتم لا تهتز لكم قصبه!
****الان اعريكم
في كل عواصم هذا الوطن قتلتم فرحي
في كل زقاق اجد الازلام امامي
اصبحت احاذر حتى الهاتف حتى الحيطان
ااعترف الان امام الصحراءبأني مبتذل وبذيء وحزين
كهزيمتكم يا شرفاء مهزومين
ويا حكاما مهزومين
ويا جمهورا مهزوما
ما اوسخنا ...ما أوسخنا ...
ما أوسخناو نكابرما أوسخنالا استثني احدا
سنصبح نحن يهود التاريخ ونعوي في الصحراء بلا مأوى
هل وطن تحكمه الافخاذ الملكية هذا وطن أم مبغى
هل ارض هذي الكرة الارضية أم وكر ذئاب
ماذا يدعى القصف الاممي على هانوي
ماذا يدعي سمة العصر وتعريص الطرق السلمية
ماذا يدعى استمناء الوضع العربي امام مشاريع السلم
وشرب الانخاب مع السافل روجرز
ماذا يدعى ان تتقنع بالدين وجوه التجار الامويين
ماذا يدعى الدولاب الدموي ببغداد
ماذا تدعى الجلسات الصوفية في الامم المتحدة
ماذا يدعى اخذ الجزية في القرن العشرين

****اصرخ فيكم اصرخ اين شهامتكم
ان كنتم عربا ... بشرا ... حيوانات
فالذئبة ...حتى الذئبة تحرس نطفتها
والكلبة تحرس نطفتها
والنملة تعتز بثقب الارض
واما انتم فالقدس عروس عروبتكم
اهلا
القدس عروس عروبتكم
فلماذا ادخلتم كل السيلانات الى حجرتها
ووقفتم تسترقون السمع وراء الابواب
لصراخ بكارتها
وسحبتم كل خناجركم وتنفافختم شرفا
وصرختم فيها ان تسكت صونا للعرض
فأي قرون انتم
أولاد قراد الخيل كفاكم صخبا
خلوها دامية في الشمس بلا قابلة
ستشد ضفائرها وتقيء الحمل عليكم
ستقيء الحمل عليكم
ستقيء الحمل على عزتكم
ستقيء الحمل على اصوات اذاعاتكم
ستقيء الحمل عليكم فردا فرد
وستغرز إصبعها في أعينكم
انتم مغتصبي
حملتم أسلحة تطلق للخلف
وثرثرتم ورقصتم كالدببة
كوني عاقر يا ارض فلسطين
فهذا الحمل مخيف
كوني عاقر يا ام الشهداء من الآن
فهذا الحمل من الأعداءدميم
ومخيف
لن تتلقح تلك الارض بغير اللغة العربية
يا امراء الغزو فموتواسيكون خرابا
.... سيكون خرابا
سيكون خرابا
هذى الأمة لا بد لها أن تأخذ درسا في التخريب

 

 

 

 

مظفرالنواب

Par ahmed bengriche
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 19:51


Elle écrivait peu de temps avant sa mort au jeune homme aimé en rêve qu’elle appellera Vassili : De Sabine Sicaud –retrouvé dans : Feuilles de carnet

"N'oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l'été,
dans la paille des meules,
dans le bois sec de ton armoire,
si tu sais bien l'entendre.
Elle est aussi dans le cri du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid, ce soir,
ne nie pas le soleil. "

 

 

    (Sabine Sicaud, Poèmes d’enfant, Poitiers, Cahiers de France, 1926) Sabine Sicaud, âgée de 11 ans avait concouru pour le prix du "Jasmin d'Argent " avec le poème " Le petit Cèpe " dont on doutait qu'elle en fut l'auteur.Marcel Prévost, président de la section poésie du Jasmin d'Argent invita Sabine et sa mère et incita la fillette à improviser un poème sur sa chatte Fafou. C'est à la lecture de ce poème, composé de façon impromptue que l'écrivain académicien fut persuadé du génie de la fillette.Il fut alors certain de la sincérité de Sabine qui reçut la deuxième médaille d'argent pour " Le petit Cèpe"

Ah ! Laissez-moi crier

« Ah! Laissez-moi crier, crier, crier …
Crier à m’arracher la gorge!
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier…
Grincer, hurler, râler. Peu me soucie
Que les gens s’en effarent. J’ai besoin
De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier.

Les gens? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin
Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie
Cette douleur qui vous fait seul au monde?
Avec elle on est seul, seul dans sa geôle
Répondre? Non. Je n’attends pas qu’on me réponde.
Je ne sais même pas si j’appelle au secours
Si même j’ai crié, crié comme une folle
Comme un damné toute la nuit et tout le jour
Cette chose inouïe, atroce, qui vous tue
Croyez-vous qu’elle soit
Une chose possible à quoi l’on s’habitue
Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue
Avec quel art cruel de supplice chinois
Elle montait, montait à petits pas sournois
Et nul ne la voyait monter, pas même toi
Confiante santé, ma santé méconnue
C’est vers toi que je crie, ah c’est vers toi, vers toi!
Pourquoi, si tu m’entends n’être pas revenue?
Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi
Ou si c’est ta revanche et parce qu’autrefois
Jamais, simple santé, je ne pensais à toi? »

Aux Médecins Qui Viennent Me Voir


« Je ne peux plus, je ne peux plus, vous voyez bien…
C’est tout ce que je puis.
Et vous me regardez et vous ne faites rien.
Vous dites que je peux, vous dites – aujourd’hui
Comme il y a des jours et des jours – que l’on doit
Lutter quand même et vous ne savez pas
Que j’ai donné toute ma pauvre force, moi,
Tout mon pauvre courage et que j’ai dans mes bras
Tous mes efforts cassés, tous mes efforts trompés
Qui pèsent tant, si vous saviez!

Pourquoi ne pas comprendre? Au bois des Oliviers
Jésus de Nazareth pleurait, enveloppé
D’une moins lourde nuit que celle où je descends.
Il fait noir. Tout est laid, misérable, écœurant, sinistre…
Vainement, vous tentez en passant
Un absurde sourire auquel nul ne se prend.
C’est d’un geste raté, d’une voix sonnant faux
Que vous me promettez un secours pour demain.
Demain! C’est à présent, tout de suite, qu’il faut
Une main secourable dans ma main.

Je suis à bout…
C’est tout ce que je peux souffrir, c’est tout.
Je ne peux plus, je ne crois plus, n’espère plus.
Vous n’avez pas voulu
Pas su comprendre, sans pitié
Vous me laissez souffrir ma souffrance… Au moins
Faites-moi donc mourir comme on est foudroyé
D’un seul coup de couteau, d’un coup de poing
Ou d’un de ces poisons de fakir, vert et or,
Qui vous endorment pour toujours, comme on s’endort
Quand on a tant souffert, tant souffert jour et nuit
Que rien ne compte plus que l’oubli, rien que lui… »

 

 

Carte postale

Quand l’anémone rouge et les jacinthes bleues
Fleurissent les parcs d’Angleterre,
Une petite fille en robe rouge ou bleue
Descend les escaliers de pierre.

De green, les parterres, le lierre,
Les beaux arbres jamais taillés
Et les sous-bois pleins de jacinthes…

En robe rouge ou bleue - anémone ou jacinthe -
Une petite fille est peinte
Dans le printemps vert et mouillé
De la vieille Angleterre.

 

 

Château de Biron

Sur les chemins nus, plus personne.
Couleur de sanguine pâlie
Un horizon de bois frissonne.
De quelle âpre mélancolie
Nous enveloppe ici l’automne?

Un gémissement de poulie
Survit seul en haut du puits rond.
La cour d’honneur et le perron
En vain parleraient d’Italie…
Trop de couloirs sombres relient
Aux salles où nos pas résonnent
Des retraits que nous ignorons.
Trop d’ombre se tasse aux chevrons
Le long de frises abolies.

Feu le duc aux « souliers tout ronds »
A rejoint défunt Bragelonne.
Dans les cuisines, plus personne.
Le soir meurt, plein de moucherons.
Vieux château des Gontaut-Biron
Avec quelle mélancolie
Vous regardez venir l’automne…

 

 

Chemins de l'Est

Quand j’étais Russe, il m’arrivait
de m’appeler Katia, Masha, Tania.
J’avais une niania,
une baba, tout ce qui chante en a
dans les noms russes.
Dans notre isba
Notre-Dame de Portchaïef luisait
comme une étoile et dehors les étoiles
luisaient comme la mosaïque
de notre église à Pâques.
Et sur la terre pâle
de sa pâleur de neige ou rouge
de ses coquelicots, courait comme le vent
mon beau petit cheval de Sibérie.

Traîneaux, bateaux, troupeaux, blanche et rouge Russie,
danses, musique de chez moi, quand j’étais Russe…
Pouvoir de tant souffrir, d’être si vieux, si jeune,
de faire un geste de la main sans pleur ni cri.
J’avais de longues tresses blondes
comme aujourd’hui.

Chemins du Nord

Lorsque « je pâlissais au nom de Vancouver »
et que j’étais du Nord,
trop de froid traversait ma pelisse d’hiver
et mon bonnet de bêtes mortes.
Mes frères chassaient les oursons
jusqu’au fond des grottes de fées;
du sang parlait sous leurs trophées,
les Tomtes se cachaient, le vent hurlait aux portes
et la glace barrait les fjords
lorsque j’étais du Nord.
Murs blancs du froid, prison.
Je ne voyais jamais passer Nils Holgerson.

Selma, Selma, pourquoi m’aviez-vous oubliée?
Il fallait naître à Morbacka, le jour de Pâques.
Je savais bien pourtant que j’étais conviée…

Chemins du Sud

Chemins du Sud avec un nom qui vous fait mal
certains jours
à force de creuser des nostalgies…
Inscrits en rouge ou bleu sur le cristal
de vos grandes agences de voyage,
inscrits sur les navires au mouillage,
sur l’avion postal
ou sur l’oiseau qui craint le froid des jours plus courts,
certains jours - certains jours
comme se fait insidieuse leur magie!

Chemins du Sud - l’odeur du pamplemousse
ou du désert sans oasis
ou de la forêt vierge aux dangereuses nuits.

Pistes de bêtes dans la brousse
ou dans ces mers pleines d’étoiles rousses
dont parlent entre eux les marins.

Soleil du Sud qui fait la peau d’huile et d’ébène,
soirs de villages indigènes,
tam-tam… Plus loin que vous, au Sud,
Boléro de Ravel qui pourtant faites mal
comme ces noms aux tristesses étranges,
bord astral
de ces routes sans ange
où sombre lentement la Croix du Sud…

Demain (Poème inachevé)


Interprété par Ann


Tout voir ---- je vous ai dit que je voulais tout voir,
Tout voir et tout connaître !
Ah ! ne pas seulement le rêver... le pouvoir !

Ne pas se contenter d'une seule fenêtre
Sur un même horizon,
Mais dans chaque pays avoir une maison
Et flâner à son gré de l'une à l'autre ---- ou mieux,
Avoir cette maison roulante,
Cette maison volante d'où les yeux
Peuvent aller plus loin, plus loin toujours ! Attente
D'on ne sait quoi... je veux savoir ce qu'on attend.

Tout savoir, tout savoir de l' univers profond,
Des êtres et des choses,
De la terre est des astres, jusqu'au fond.
Savoir la cause de cet amour qu'on a pour des noms de pays,
Des noms qui chantent à l'oreille avec instance
Comme s'ils appelaient depuis longtemps
Depuis toujours ----- des noms immenses
Dont on est envahi,
Ou des noms tout petits, presque ignorés.

Longs pays blancs du Nord, pays dorés
Du Sud ou du Levant plein de mystère...
Et les jeunes, aux villes claires :
New-York, San-Francisco, Miami, des lumières,
Du bruit, de la vitesse, de l'espace...

Ah ! tout voir, tout savoir des minutes qui passent,
De celles qui viendront...
Demain, comme je t'aime !

Je ne fais qu'entr'ouvrir les yeux, lever le front,
Commencer de comprendre.
Hier, savais-je même
Ce que c'était que respirer dans le jour tendre ?

Bonheur de voir, d'entendre,
Qui vient à nous dans un frisson ;
Tant de beauté, tant de couleur, de sons...
Royaume de la vie !

Les images m'entourent de leur ronde,
La musique est en moi comme une ivresse
Ne suis-je pas cette jeune princesse
Qui s'en allait, suivie de pages ? Rien au monde
Peut-il me cacher ton visage, cher Passant ?

Te voilà... D'où viens-tu ? Quelle est ton âme ?
Es-tu prince ou poète ? Je pressens
Tout ce que tu diras si tu viens de là-bas
Où, pour toi, quelque vieille femme, en son isba,
Implore Notre-Dame,
" Notre-Dame de Potchaïeff, guidez ses pas " !
Tu te nommes Boris ou Michel, n'est-ce pas ?

Non, ? C'est Tommy ? Pardon.
Tu viens du golf et je te sais vainqueur.
Serrons-nous les deux mains, en camarades.

Beppo ? Tu dis Beppo ? C'est donc
La voix de Romeo qui nous parle et son coeur
Que tu m'apportes ? Soit, je suis en promenade
Et nous pouvons causer. De qui ? De Juliette ?
Ou de vous, les Tristan, les Siegfried, les Vincent,
Les Cyrano, les Poliche peut-être...

Oui, ton âme, Poliche, la connaître,
Moi je te comprendrai. Va, si la vie est faite
De telles cruautés, c'est qu'on n'a pas compris.

Tu dis : " On peut comprendre et rester impuissant. "
Qui sait ? Qui sait, Poliche.
Je pense que surtout l'on peut s'être mépris
Et nous ne savons pas de quoi nous sommes riches.
Tous les bonheurs, sait-on jamais leur prix ?
...Sait-on si l'important n'est pas d'aimer quand même,
Fût-ce un rêve toujours fuyant, pourvu qu'on aime...

Diego


Son nom est de là-bas, comme sa race.
L’œil vif, le pas dansant, les cheveux noirs,
C’est un petit cheval des sierras, qui, le soir,
Longtemps, regarde vers le sud, humant l’espace.

Il livre toute sa crinière au vent qui passe
Et, près de son oreille, on cherche le pompon
D’un œillet rouge. Sur son front,
Ses poils frisent, pareils à de la laine.

Rien en lui de ces chevaux minces qui s’entraînent
Le long d’un champ jalonné de poteaux;
Ni rien du lourd cheval né dans les plaines,
Ces plaines grasses et luisantes de canaux
Où des chalands s’en vont avec un bruit de chaînes.

Il ignore le turf, et les charrois et les labours,
Celui dont le pied sûr comme celui des chèvres,
Suivit là-haut les sentiers bleus, dans les genièvres.

Sur ses naseaux, larges ouverts, un frisson court.
Avec d’autres poulains échevelés, il vint, un jour,
De la montagne aux herbes odorantes.
Poussé par des bergers en capes de brigands
Il vint, petit cheval hirsute à crinière flottante…

Il a gardé ses yeux surpris, des yeux d’enfant
Qui fixent loin, comme à travers les choses…
Et parfois on y voit luire un éclair, sans cause.
On dit alors : « Vient-il de Corse? » Mais il a
D’autres regards aussi, pleins de tendresse.
La jument du vieux cheik a de ces regards-là
Pour le maître en burnous qu’elle aime. « Une caresse
Fait l’antilope et le cheval de la maison. »

Pas un tournant d’allée, un morceau de gazon,
Une porte d’ici qu’il ne connaisse…

Et les portes peuvent s’ouvrir imprudemment
Le petit cheval noir y secoue, un moment,
Sa tête qui dit : « Non, pourquoi fuirais-je ? »
Il hennit comme on rit, à mi-voix, en arpège;
Et sa queue, ainsi qu’un éventail,
S’agite avec le bruit de feuillages qu’on traîne.

Il connaît chaque route au-delà du portail,
Et peut-être sait-il où chaque route mène.

Se prêtant au harnais, par jeu, derrière lui
Il a tiré parfois cette chose qui bouge –
Une voiture – et fait tinter le collier rouge
Dont les grelots ont le son de clarines la nuit.

Parfois, comme pris de folie,
On le voit bondissant pour rien, pour un peu d’eau,
Un jet de l’arroseur ou trois gouttes de pluie
Un papier tournoyant, et ses petits sabots
Allument le pavé. Parfois, dans le pré, libre,
Il se met à ruer d’un air farouche, exprès!
Il galope en zigzags, ou, pliant les jarrets,
Se tient debout, nous défiant, en équilibre…

Quand on le mène boire, il saisit, par un coin,
Nos tabliers, nos manches, ce qu’il peut, et nous dirige,
Lui, le petit cheval sans bride. Un brin de foin
Pend de sa lèvre brune – ou quelque tige
Arrachée au vieux mur – et son œil songe, au loin…

Voici longtemps, longtemps, bien des années,
Qu’il est de la maison, le petit cheval noir
Dont le poil, fil à fil, en bouclettes fanées,
S’argente sur le front. Il se plaît à nous voir,
À nous porter, à nous conduire. Il nous appelle
Et nous taquine et reste jeune et reste gai…
Pourtant, quand le vent vient du sud, battant des ailes
Comme un aigle de la Sierra, quand le printemps
A ce parfum de romarin qui nous étonne,
Et tous les soirs, et tous les soirs d’été, d’automne,
Qu’attend-il, mon petit cheval aux yeux d’enfant,
De quoi se souvient-il qui nous étonne,
Quand le vent vient du sud?

 

 

Fafou

Chimère, dromadaire, Kangourou?
Non. Rien que cette ombre chinoise,
Fafou, sur la fenêtre, à contre-jour, Fafou,
Toute seule et pensive… Un fuchsia pavoise
L’écran vert derrière elle, et j’entends, à deux pas,
Des oiseaux qui l’ont vue et s’égosillent.

Fafou se pose en gargouille. Un œil las
Semble à peine s’ouvrir dans son profil où brille,
Cependant, quelque chose, on ne sait quoi d’aigu…
Par là, se cache un nid d’oisillons nus
Pour qui la mère tremble – Fafou songe.

Un tout petit pétale rouge, qui s’allonge,
Marque d’un trait sa gueule fine… Un bâillement.
Puis un autre… Fafou dormait innocemment.
Fafou dormait, vous dis-je! Elle s’étire,
La queue en yatagan,
Puis en cierge; le dos bombé, puis creux. Le pire,
C’est qu’elle n’a pas l’air de voir, s’égosillant,
La mère-oiseau dans l’if si proche…

Une patte en fusil, assise, la voilà
Qui se brosse, candide, et sa robe a l’éclat
D’un beau satin de vieille dame où se raccroche
La lumière du soir.
Une dame? Ou quelque vieux diable en habit noir?

Fafou, je n’aime pas ces yeux d’un autre monde,
Ces yeux de revenant… Tout à l’heure croissants,
Maintenant lunes rondes,
Pourquoi ces trous phosphorescents
Dans cette face obscure? Sur la toile
Qui se fonce, elle aussi – la toile du jardin
Où les pendants des fuchsias sont des étoiles
La robe d’un noir vif s’éteint…

Elle n’est plus qu’un badigeon d’encre ou de suie,
Un pelage sinistre! Où l’as-tu pris
Ce noir d’enseigne de chat noir lavé de pluie?

Chat noir ou lion noir? Chauve-souris,
Chouette, quoi? Je ne sais plus. Sur la fenêtre,
Une tête où l’oreille plate disparaît…
Lézard, couleuvre ou tortue? Ah! Si près,
L’oiseau même ne sait qui redouter, quel être
Fantastique et changeant va ramper cette nuit
Dans le jardin au noir mystère de caverne!

Du noir, du noir… Un point luit,
Deux points… deux vers luisants, vertes lanternes…
Fafou, je ne veux pas!
D’où reviens-tu, démon, de quel sabbat,
De quelle grotte de sorcière,
Lorsque tes yeux me font cette peur, tout à coup?

C’est l’heure des gouttières,
De la jungle! Foulant, d’un piétinement doux,
Une vendange imaginaire, sur la pierre,
Quelle arme aiguises-tu? Je ne veux pas, Fafou!
Viens sous la lampe! Un ruban rose au cou,
Un beau ruban rose de jeune fille, rose pâle,
Je te veux, comme en haut d’une carte postale,

Une petite chatte noire, voilà tout…

L'Heure Du Platane


Sentez-vous cette odeur, cette odeur fauve et rousse
de beau cuir neuf, chauffé par l’automne qui flambe?

Tous les cuirs du Levant sont là, venus ensemble
de souks lointains saturés d’ambre et de santal.
Des huiles et des gommes d’or les éclaboussent.

En de jaunes parfums d’essences et de gousses,
tous les cuirs précieux d’un faste oriental,
cuirs gaufrés et gravés, pointillés de métal,
peints et damasquinés, sont là. Ceux de Cordoue
s’allongent en panneaux où la lumière joue
comme dans l’escalier d’un palacio ducal;
ceux de Russie ont des reflets de pourpre ardente;
ceux de Venise la douceur d’épais velours,
et ceux des Flandres aux blonds rares, aux bruns sourds,
semblent chez le bourgmestre attendre une kermesse.

Quelles mains ont offert à ces livres de messe
la reliure somptueuse qui m’enchante?
Et ce manteau pareil à la robe de Dante,
qui le tailla pour des poètes ignorés?

Beaux livres d’autrefois, je vous aime, dorés
sur un fond de soleil ainsi que des Icones,
et ma bibliothèque est un gala d’automne
ce soir, entre les bras d’un arbre mitré d’or.
La légende se brode à même le décor.
Mes livres, des très vieux aux très jeunes, s’étagent
de branche en branche, à la façon d’oiseaux pensifs,
et par-dessus la mosaïque des massifs
prennent la gamme fauve et rousse du feuillage.

Car ils sont habillés de feuilles, en ce temps
où les platanes roux et fauves se dépouillent.
La vierge, dans l’allée, a filé sa quenouille
afin que chaque page ait un signet flottant.

Vous qui lisez, le front penché, dans une chambre,
ne sentez-vous donc pas qu’au seuil froid de novembre
tout ce maroquin neuf et ces parchemins d’or
sont faits pour que, ce soir,on traduise, dehors,
uniquement, les strophes du platane? Automne,
guilloché de soleil, broché d’insectes jaunes,
plein de miel et de grains, et de cette odeur forte
que promène le vent du sud, de porte en porte;

Automne, qui donc pourrait croire aux feuilles mortes,
croire, ce soir, à la tristesse de la mort?

 

 

La bruyère

Ô bruyère, bruyère,
Je croyais te connaître et je ne savais rien
De cette odeur mêlée à la rumeur légère
Qui vient du fond des pignadas, qui vient
Des longs pays qui sont les tiens, bruyère…

Je connaissais ta petite âme de chez nous,
Ta petite âme éparse au pied de chênes roux
Et de sorbiers déjà couleur d’automne…

Mais ce rose éclatant, ces violets pourprés,
Ces épis de corail aux grains serrés,
Cette lumière en fins grelots qui sonnent,
Les trouve-t-on chez nous, même l’automne?

Ici, les pins tendent si haut leurs parasols
Que les vents de la dune se prélassent
Et que le soleil joue à pile ou face,
Librement, sur tes chauds tapis couvrant le sol…

Et c’est comme une flamme au ras des sables,
Un couchant rouge et mauve interminable
Sous les hauts parasols,
Quand tu fleuris, bruyère…

Tes fleurs…tes fleurs sont le tapis
D’un temple ouvert, bourdonnant de prières…
Entre les piliers bruns, des parfums assoupis
D’encens et de résine,
Des parfums d’immortelle et de mousse marine
Accompagnent le tien, bercé dans l’air…

Et ton âme d’ici, je la découvre
De ce wagon-joujou courant près de la mer,
Au seuil de ces pays roses et verts
Qui s’ouvrent
Sur le vert et le rose argentés de la mer…

 

La Châtaigne

Peut-être
un hérisson qui vient de naître?
Dans la mer, ce serait un oursin, pas bien gros…
Ici, la boule d’un chardon – peut-être
Ou le pompon sournois d’une bardane
Ou d’un cactus? Mais non, dans le bois qui se fane,
Dans le bois sans piquants, moussu, discret et clos,
Cette chose a roulé subitement, d’en-haut,
Comme un défi… parmi les feuilles qui se fanent.

Allez, j’ai bien compris. C’est la saison.
Les geais, à coups de bec, ont travaillé dans l’arbre.
Même les parcs où veillent, tout pensifs, les dieux de marbre,
Ont de ces chutes-là sur leurs gazons.

Marron d’Inde là-bas, châtaigne ici. Châtaigne
Rude et sauvage, verte encore, détachée
Par force de la branche où les grands vents, déjà, l’atteignent
Le vent et les geais ricaneurs, et la nichée
Des écoliers armés de pierres et de gaules.

Comme il faut se défendre! Sur l’épaule
De la douce prairie en pente, l’on pouvait
Glisser un jour, à son heure, qui sait?
Et se blottir dans un coin tiède, pour l’hiver…
Ah! Pourquoi tant d’épines, tant d’aiguilles,
Tant de poignards dressés, pauvre peloton vert?
Une fente… Voici qu’un peu de satin brille
Et le cœur neuf est là, dessous, et rien ne sert
D’être châtaigne obscure, âpre au goût, si menue!
Fendue, on est une châtaigne presque nue…

Et le coup de sabot sur la tête viendra,
Et le couteau pointu, l’eau bouillante, le pot
Qui sue avec de petits rires, des sanglots
Dans les tisons trop rouges; tout sera
Comme il est dit en l’ordinaire histoire des châtaignes.

Et vous ne voudriez pas, quand me renseigne
Dans la ville brumeuse, un cri rauque :
« marrons tout chauds! »
Quand j’aperçois, joufflus, blêmes, sans peau,
Ou craquelés et durs avec des taches de panthère,
Les frères de ma sauvageonne, tous ses frères
Vous ne le voudriez pas, que j’évoque, là-bas,
Un vieil arbre perdant ses feuilles rousses,
Et me souvienne du choc sourd, lourd, lourd comme un glas,
De pauvres fruits tués qui tombent sur la mousse?


La vache s’étire, gourmande,
Vers le champ de trèfle voisin.
Tous les verts bordent le chemin
Du vert acide au vert amande.

Mais c’est un velours trop soigné
Qui s’aligne entre les clôtures…
Dans les ronces, à l’aventure,
La chèvre aime s’égratigner.

Elle aime le vert des broussailles
Où l’ombre devient fauve un peu,
Et ce vert d’arbres presque bleus
Que tous les vents d’orage assaillent.

C’est bien au-delà des sillons
Et des vergers gorgés de sèves,
Que les clochettes de son rêve
Éparpillent leurs carillons…

Parfois, un glas les accompagne…
Mais il fait beau, c’est le matin!
Chevrette de Monsieur Seguin
Ne regardez pas la montagne…

 

Le Camélia rouge


Au milieu des plantes fragiles
qu’une vitre épaisse défend,
plusieurs boutons pointent, fragiles,
un premier cocon vert se fend.

Déjà, le long des pots d’argile,
on devine du bleu, du blanc.
Un cyclamen joue au volant,
- soignez les petits pots d’argile –
mais plus haut, bien plus haut déjà,
vers les branches qui se ravivent
une fée a passé. Déjà
en bouffette de pourpre vive
Le premier cocon se changea.

Cocarde rouge – est-ce un insigne?
Velours sombre jaspé de clair,
dans le sang, deux plumes de cygne…
De quelle infante est-ce l’insigne?

Rose orgueilleuse de l’hiver,
on la sent faite pour des gerbes
qu’on vendra tôt, qu’on vendra cher,
bien avant la saison des gerbes!

Fleurs des sillons, des bois, de l’herbe,
vous n’entendez rien à cela.
C’est pour des doigts trop blancs, trop las,
que l’on cueille ces branches-là.

Branche verte aux feuilles vernies
vous offrant en cérémonie
cette corolle sans parfum…
Vers les boudoirs, vers les palaces,
les rameaux s’en vont un à un.
Dans le cadre des hautes glaces,
saluez la fleur des palaces.

Vous parlez de cette main lasse
de la Dame aux camélias.
Je ne sais pas ce qu’il y a
dans le cœur des camélias;
je n’y cherche ni l’humble grâce
ni l’arôme de tant de fleurs -

De s’ouvrir à la Chandeleur
dans une atmosphère factice,
d’être rare; d’être une fleur
avant que d’autres ne fleurissent,
de tout ce qu’il y a de factice
lui sais-je gré? Je ne sais pas.
Je l’aime à l’abri des frimas
pour tout ce qu’il est ou n’est pas.

Immobile papillon rouge
entre deux feuilles qui ne bougent
il est sous les vitres, là-bas,
le premier camélia rouge.

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Le chemin des Chevaux

N’as-tu pas un cheval blanc
Là-bas dans ton île?
Une herbe sauvage
Croît-elle pour lui?

Ah! comme ses crins flottants
Flottent dans les bras du vent
Quand il se réveille!
Il dort comme un oiseau blanc
Quelque part dans l’île.

J’ai beau marcher dans la rue
Comme tout le monde,
C’est l’herbe, l’herbe inconnue,
Et le cheval chevelu
Couleur de la lune,
Qui sont de chez moi, là-bas,
Dans une île ronde.

Caparaçonnés, au pas, au galop,
Je ne connais pas tes quatre chevaux.

Tu vas à Paris,
La chanson le dit,
Sur ton cheval gris.

Tu vas à La Haye
Sur la jument baie.

Tu vas au manoir
Sur le cheval noir.

Et je ne sais où
Sur le poulain roux.

Mais mon cheval blanc
Nuit et jour m’attend
Au seuil de mon île.

Le Cytise

Non, pas une glycine. Au lieu de grappes mauves,
Ce sont des grappes d’or…
On dirait des pendants d’oreilles de jadis, en bel or fauve…
Ou des pastilles d’ambre, ou les confetti d’or
Qui joncheraient, pour un grand mariage,
Le tout petit sentier… C’est le décor
Où des torches s’allument. Vois flamber le paysage!

Survient le vent.
Et c’est une cascade lumineuse de topazes,
Un long feu d’artifice, un jet d’eau qui s’embrase,
Un quatorze Juillet de mai! Vois, dans le vent,
La joie ardente du printemps!

Pas de canons, d’ailleurs, ni de Bastilles prises.
C’est la fête rustique du Cytise.

En cheveux de soleil,
-Papillotes. Jeune perruque ébouriffée-
Le Cytise s’éveille. Il est pareil
À quelque page blond sortant d’un magique sommeil.

Il fut un arbre mort et le voici pareil
Au Printemps même, secouant sa tête ébouriffée…
Lancés par la main d’un Génie, ou par les fées,
C’est l’éparpillement de petits sabots jaunes, si légers,
Si menus et vernis, qu’ils émerveillent
Le vieux cyprès bourru, chaussé de brun. Et les abeilles
Vont et viennent, avec ce bruit que l’on entend dans les vergers.
Et moi, comme toi, vieux cyprès, je m’émerveille
Longtemps, devant cela, que nul ne semble voir,
-Sauf nous deux - le jeune cytise en fleurs, au bord du soir.

 

Le petit Cèpe

Va, je te reconnais, jeune cèpe des bois...
Au bord du chemin creux, c'est bien toi que je vois
Ouvrant timidement ton parapluie.
A-t-il plu cette nuit sur la ronce et la thuie?
Déjà, le soleil tendre essuie
Les plus hautes feuilles du bois...

Tu voulais garantir les coccinelles?
Il fait beau. Tu seras, jeune cèpe, une ombrelle,
L'ombrelle en satin brun d'un roi de Lilliput!
Ne te montre pas trop, surtout... Le chemin bouge...chut!
Fais vite signe aux coccinelles!

Des gens sont là, dont les grands pieds viennent vers toi.
On te cherche, mon petit cèpe...
Que l'ajonc bourdonnant de guêpes,
Le genièvre et le houx cachent les larges toits

De tes aînés, les frères cèpes,
Car l'un mène vers l'autre et la poêle est au bout!

Voici qu'imprudemment tout un village pousse:
Rouge et couleur de sang, vert et couleur de mousse,
Girolle en bonnet roux,
Chapeaux rouges, verts, blonds, partout,
Les toits d'un rond village poussent!

Depuis l'oronge en oeuf, le frais pâturon blanc
Doublé de crépon rose,
Jusqu'au méchant bolet qu'on appelle Satan,
Je les reconnais tous, les joyeux, les moroses,
Les perfides, les bons, les gris, les noirs, les roses,
Tes cousins de l'humide automne et du printemps...
Mais c'est pour toi, cher petit cèpe, que je tremble!
Tu n'es encore qu'un gros clou bien enfoncé;
Ta tête a le luisant du marron d'Inde et lui ressemble.
Surtout, ne hausse pas au revers du fossé
Ta calotte de moine! on te verrait... je tremble.

Moi, tu le sais, je fermerai les yeux.
Exprès, je t’oublierai sous une feuille sèche.
Je t’oublierai, petit Poucet. Je ne puis, ni ne veux
Être pour toi l’Ogre qui rêve de chair fraîche…
Je passerai, fermant les yeux!

Dans mon panier, j’emporterai quelques fleurs, une fraise…
Rien, peut-être…Mais toi, sur le talus,
À l’heure où les chemins se taisent,
Levant ton capuchon, tu ne nous craindras plus!

Brun et doré, sur le talus,
Tu t’épanouiras en coupole si ronde,
Si large, que la lune en marche - une seconde -
S’arrêtera pour te frôler de son doigt blanc. La nuit
Se fera douce autour de toi, bleue et profonde.
Mignonne hutte de sauvage - table ronde
Pour les rainettes dont l’œil jaune et songeur luit,
Mon cèpe! tu ne seras plus un clou dans l’herbe verte,
Mais un pin-parasol dans l’ombre où se concertent
Les fourmis qui, toujours, s’en vont en longs circuits;
Tu seras une belle tente, grande ouverte,
Où les grillons viendront chanter, la nuit…


(Sabine Sicaud, Poèmes d'enfant, Poitiers, Cahiers de France, 1926) Grâce à ce poème, Sabine Sicaud gagna la deuxième médaille d'argent du Concours du Jasmin d’Argent de 1924, elle n’avait que onze ans! Fondé à Agen en 1920 par Jacques Amblard, le Jasmin d’Argent est un concours littéraire annuel où le lauréat reçoit un jasmin en argent,bijou rappelant la Gascogne, d’où le nom de ce concours.

Le Tamaris

Tout l’hiver, le laurier t’a bravé. Tout l’hiver,
Les deux ifs, s’éventant de leurs franges épaisses,
Tout dit : « N’aimes-tu pas cette fraîcheur de l’air? »

Et le cèdre était vert, le cyprès était vert,
Et les bambous avaient des gestes d’allégresse,
Et le palmier jouait à l’oasis…

Et le lierre en habit vert bouteille, et la mousse
En laine vert grenouille, et l’herbe vert maïs,
Te narguaient, en couvrant le sol brun d’une housse,
Où le givre cousait des boutons de cristal…

Et le magnolia de faïence vernie,
Le fusain compassé, le yucca de métal,
Regardaient avec ironie
Tes rameaux grelottants…Le buis même, le buis
Des bons vieux jardinets de presbytère,
Semblait fat et repu sur un morceau de terre
Large comme la main et l’ « artichaut des puits »
Encadrait le bassin de roses agressives…

Et tous disaient : « Voyez, grâce à nos feuilles vives,
Ce n’est jamais l’hiver, jamais l’hiver! »

Et devant toi, si découvert,
Si nu, si maigre, avec de petits doigts si frêles,
Je m’arrêtais, ne sachant plus…

Mon arbrisseau léger, dont le front chevelu
Frisé par la brise de mer aux tièdes ailes,
Prenait là-bas, dans le soleil, un vert si doux,
Un vert qui se teintait de rose à tous les bouts
Dès que le temps des fleurs ouvrait sa boîte à poudre
Et son étui de rouge parfumé
Faudrait-il se résoudre
À ne plus voir ton fin visage ranimé?

Ah! Qu’ils m’importent peu, les autres, les tenaces,
Les toujours verts, si tu dois rester nu!
Comprendront-ils jamais ce qu’il y a de grâce,
De charme délicat dans tes bourgeons menus
Lorsque tu ressuscites,
Mon tamaris, pour qui l’hiver est bien l’hiver…

D’avoir tremblé pour toi, comme on se penche vite
Sur ce premier duvet imperceptible hier,
Et comme on t’aime pour ce vert, ce tendre vert
Si miraculeusement neuf, d’après l’hiver…

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Les Fontanelles

Ce n’est qu’une maison
blanche entre les arbres…

Petites fontaines… Sans doute
Il fut là parmi les reflets
De sources et de ruisselets
Tous ces bruits charmants qu’on se plaît
À rêver le long d’une route.

Grelots clairs, tendres ou follets,
De sources et de ruisselets,
Mousses fines que juin veloute,
Oasis au bord d’une route.

Un coin vert, des arbres en voûte
Et notre âme s’apaise toute.

Vous qui passez vite arrêtant
Vos yeux pleins de fièvre un instant
Sur cette fraîcheur qui repose,
Puissiez-vous entendre longtemps
Ce petit grelot d’un instant
Au lointain de votre âme close…

Deux gouttes d’eau, si peu de chose
Mais cette fraîcheur qui repose.

Les Charmettes, Milly, Nohant,
Noms qui chantent, noms émouvants
Comme un vieux jardin plein de roses;
Le ruisseau du Cayla jasant;
Arnaga, la vasque où se pose
Le soir basque en robe d’argent…

Un vieux banc, l’allée, une rose,
Tout ce qui survit dans les choses!

Vous qui prononcez à mi-voix,
Tendrement, des noms d’autrefois,
Dites, n’est-il un peu leur frère
Ce diminutif où l’on voit
Courir dans les syllabes claires
Les sourcelettes de nos bois?

Fontanelles… petites voix
Qui dans l’ancien temps nous bercèrent.
Sous la menthe et les capillaires
N’est-ce pas le miroir étroit
Où se penchent les « fatsillères »?
Ici vint Françoun la bergère
Ô chansons, chansons de naguère!

Est-ce un parc, est-ce un petit bois?
De la grande route on ne voit
Qu’un bouquet d’arbres si tranquilles!

Un brouillard léger sur la ville
Estompe le rouge des toits –
Et d’être blanche, d’être là
Sous le ciel qu’eût aimé Virgile,
Toute simple, avec cet éclat
Seulement des fleurs que voilà
Parmi de beaux arbres tranquilles,
Cette maison nous est déjà
Quelque chose comme un asile.

Asile que l’on rêve au bout
D’un chemin battu par l’orage,
Halte claire du paysage.

Vert non pas anglais, vert plus doux
Qu’ont les pelouses de chez nous.
Couchants lilas, baignés de roux,
Volets s’ouvrant dans le feuillage.

Vous qui partez, souvenez-vous.
Ce n’est qu’une maison française.
Des livres, les toiles qui plaisent,
Un intérieur aux tons doux,
Du gris, du rose Louis seize,
Une vieille maison française.

De loin, de près, je ne sais d’où,
Puissiez-vous revoir aux jours tristes
Un petit coin vert de chez nous.

Que sa grâce, un peu vous assiste,
Vous qui partez dans le soir triste.

L’allée des bambous


Je sais un tunnel, un tunnel au porche vert,
Où nul train ne passe…
L’été, le soleil y sème, de place en place,
De petites mosaïques; l’hiver,
La neige le fleurit de blanc; mais il est vert,
Tout vert dessous, et les moineaux s’y tassent,
Chaque soir, en pelotes grises, par milliers.

Est-ce un vrai tunnel? Au bout, je vois la terrasse,
La maison pâle, un massif dépouillé.
C’est l’automne. Le vent pousse des feuilles mortes;
Il les pousse longtemps…
Qu’importe!
Le tunnel s’en moque. J’entends
Remuer ses feuilles vivantes.

Elles disent au vent : « Tu vois;
Nos petites lames tranchantes?
Ce sont des couteaux verts, des sabres que tes doigts
Ne détacheront pas de leur tige. Tu vois,
Nous sommes là depuis les vieilles guerres
Et nous serons
De la prochaine guerre… Vois nos lames claires! »

Et le vent dit : « Les houx eux-mêmes sécheront,
Et l’aloès féroce aux fleurs de braise,
Et l’yucca de métal sombre, et le cactus…
Et vous n’êtes que des roseaux, pas plus. »
Et moi je dis à mon tunnel, pour qu’il se taise :
« Ô beau tunnel, soyez béni d’être en roseaux!
Vous êtes la chapelle verte des oiseaux;
L’allée où, comme une princesse japonaise,
Je me promène sous des palmes, en rêvant.

Pour moi, vos feuilles sont de gais poissons vivants,
Des éventails de soie au long manche de jade,
L’aigrette que portait au front Shéhérazade;
Les oriflammes d’un cortège, les rubans
De la houlette qu’un berger en satin blanc
Oublia hier sous vos arcades.

Vos tiges sont de fines colonnades
Et non l’étui d’un glaive ou de poignards sournois…
Ô couloir de bambous, mystérieux pour moi
Comme une douce nuit profonde et verte,
N’enviez par l’arme qui tue ou blesse, l’arme ouverte
Ou cachée, à l’affût, qui se mouille de sang!... »

Et le beau tunnel vert, dans le soir qui descend,
Me berce d’un bruit d’ailes,
Et c’est comme un grand bois qui s’endort – ou la mer,
Quand la mer nous appelle
De toutes ses petites vagues au front vert,
Des vagues qu’on dirait chuchotantes dans l’air
Et dont chacune aurait des ailes…

 

Maladie ( Fragment )


Filliou…Je veux Filliou. Ne t’en va pas, Filliou.
Ferme la porte.
Sortir? Pour aller où?
Dis? Je ne veux pas que tu sortes!

J’ai tout le temps besoin de toi. Pour tout,
Pour t’avoir là. Reste, Filliou…

Si tu t’en vas, je sonnerai si fort, si fort,
Que les murailles tomberont toutes ensemble.

Ma cloche vient de Chamonix. Elle ressemble
À celle qui chantait, l’été dernier, au bord
De ce vallon près de Ciboure. Tout le port
Y scintillait, tu te souviens? Tout le décor
S’assombrissait vers les montagnes et la cloche
Montait dans le chemin tout proche.
Au cou d’une petite vache rousse
Elle a chanté peut-être aussi
Ma clarine à moi, celle-ci…

Filliou, Filliou, c’est à grandes secousses
Qu’elle se fâche, tu sais bien,
Si tu descends! Reviens…

Lis quelque chose, dis,
Quelque chose de gai…dis, tu n’as rien
De très comique, d’inédit?
Alors, assieds-toi là…Raconte-moi, Filliou,
Raconte…
On ne l’avait jamais fini, ce conte
Qui nous passionnait! Di-le-moi jusqu’au bout…
C’est « Cœur de Nénuphar et Tige de Bambou »,
Tu te souviens? Le soir, tu l’inventais pour nous
Et c’était merveilleux, si merveilleux, Filliou!
Raconte…



"Filliou" était le surnom que Sabine et son frère avaient donné à leur mère. Recueil "Douleur je vous déteste " Poèmes de Sabine Sicaud ( Stock )

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Matin d'Automne


Interprété par
Ann


C’est un matin…non pas un matin de Corot
Avec des arbres et des nymphes sur la terre,
C’est un coin tout petit, entre des murs de pierres
Pas bien hauts…
C’est un matin dans le petit jardin du presbytère.

C’est un matin d’automne :
Vigne rouge, dahlias jaunes
Petits doigts tortillés de chrysanthèmes roux ;
Un tournesol montrant sa face de roi nègre
Sous un vieux diadème de plumes raides, un peu maigres…
Arrosoir vert, près du géranium en pot.
C’est un matin sans nymphes de Corot.

Le curé dort, la maison dort, le chemin dort
Pendant que, doucement, tombent des pièces d’or…

C’est un matin d’automne…
L’aube, qui s’est levée à pas de loup, d’abord frissonne
En peignoir rose…puis se met à rire dans le ciel
Et tout devient rose comme elle, et rit comme elle,
Et ce sont des clartés roses et blondes telles
Que le petit jardin doré semble irréel.
Réveillée en sursaut, dans le clocher, la cloche sonne :
Vite ! Vite ! Levez-vous, bonnes gens
C’est le matin ! C’est le matin d’automne !
Je sonne ! Il fait beau temps !
Entends, vieille servante au bonnet blanc, du presbytère.
C’est l’heure, lève-toi…Lève-toi, vieux curé
Vois les oiseaux, vois la lumière !
Prends ta soutane et ton bonnet carré
Ouvre ta porte et va…l’heure te presse !

L’allée a tous les tons fauves des vieux missels…
Va vite, ne t’attarde pas, sous le grand ciel
Au tout petit jardin plein d’allégresse…
Couleur de feu, couleur de fleurs, couleur de miel.
Il est trop beau ! Tu le prendrais pour un autel.
Tu manquerais la messe…

Médecins

Ne cherchez donc pas dans vos livres!
Est-il si compliqué de vivre?
Quel mal ils m’auront fait, ces tristes médecins…
Je ne dis pas que ce soit à dessein
Et l’on n’est pas toujours exprès des assassins;
Mais tant de drogues, de piqûres,
Et si peu de savoir? Ils me tueront, c’est clair.

Me laisser tant souffrir, souffrir tout un hiver,
Pour jouer ensuite aux Augures!

Je les vois en bouchers me palper tour à tour,
Puis s’enfermer d’un air sinistre
Conseil de guerre? de ministres?
Concile? Ou, verrous clos, sous l’abat-jour,
La conspiration de mélo, dans la cave?
Je rirais bien, si ce n’était beaucoup plus grave.
Mais il s’agit de moi qui ne sais rien
Et de ces gens à qui, dirait-on, j’appartiens,
Parce qu’ils font semblant de savoir quelque chose.

Bouchut en sait mille fois plus, hélas!
Mon vieux Bouchut qui prend son herbe et se la dose
Et toujours se guérit des misères qu’il a
Sans en chercher la cause…

Vieux Bouchut, vieux Bouchut, dans ton bain de soleil,
Tu te moques de leurs remèdes!
Ton ventre est chaud, ton petit nez vermeil.
Tu me suffis, Bouchut. Viens à mon aide…

 

 

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Quand j'habitais Florence

Quand j’habitais Florence avec tous mes parents,
Ma mère, ma grand-mère et l’arrière-grand-mère
Aux longs cheveux d’argent,
J’aimais tant les iris de nos jardins toscans
Et le parfum de leur terre légère...

Ah! le printemps, depuis, n’est plus un vrai printemps!

Il n’a plus la couleur des vitraux, vos couleurs,
Sainte-Marie-des-Fleurs,
Et celles de l’Arno
Sous les ponts recourbés où passait Béatrice.

Le soleil qui baignait les salles des Offices
N’a plus cet or subtil des matins déjà chauds
Le long des murs anciens et des champs de repos.
Les rossignols, depuis, ont tous une voix triste
Et l’aube qui persiste
À l’ombre des cyprès, je ne la connais plus.

Nos jardins d’autrefois, nous les avons perdus.

Thermidor

Des lézards et des chats suis-je la sœur?
D’où me vient cet amour des pierres chaudes
Et de ce plein soleil où rôdent
Comme des taches de rousseur?

Insectes roux, lumière vive
Qui force les yeux à cligner;
Ample été dont on est baigné
Sans qu’un frisson d’air vous arrive!

La pierre brûle sous les doigts. Le sable en feu
Parle d’Afrique à l’herbe sèche.
Une odeur d’encens et de pêche
Parle d’Asie au cèdre bleu.

L’insecte : abeille, moucheron, cétoine,
Puceron fauve, agrion d’or,
Sur chaque brindille s’endort.
Il fait rouge sous les pivoines.

Il fait jaune dans les yeux clairs
Du lézard, mon frère, qui bâille.
Prends garde aux yeux clairs des murailles,
Insecte roux, brun, rouge ou vert!

Et toi, lézard, prends garde aussi… prends garde
Au chat noir qui dort, à l’envers,
Paupière close et poings ouverts,
Une oreille molle en cocarde…

Savons-nous de quoi sont tigrés,
Jaspés, striés, vos regards d’ambre,
Frères dont s’étirent les membres
Sur ma pierre au lichen doré?

Je voudrais que ce soit du soleil en paillettes
Qui flambe seulement dans les petits lacs blonds
De vos yeux somnolents où midi se reflète!

Dans mes yeux qui sont bleus, même un peu gris au fond,
Mes yeux à moi, je sais bien ce que mettent
Les rayons d’un été me traversant le front.

Même les cils rejoints, même faisant de l’ombre
Avec mes doigts serrés devenus transparents,
C’est comme un incendie aux trous d’un rideau sombre!

Tout l’or des joailliers, des princes d’Orient,
Peuple mes yeux fermés d’étoiles qui s’obstinent…

Lézards, mes compagnons, chats dormants qu’hallucine
La ronde du soleil contre le mur ardent,
Me direz-vous jamais ce que voit en dedans
- Ce que voit dans la nuit qui descend en sourdine –
Votre œil clair de chasseurs que juillet hallucine?...

 

Un Médecin ?


Un médecin ? Mais alors qu’il soit beau !
Très beau. D’une beauté non pas majestueuse,
Mais jeune, saine, alerte, heureuse !
Qu’il parle de plein air, non pas trop haut,
Mais assez pour que du soleil entre avec lui.

Qu’il sache rire — tant d’ennui
Bâille aux quatre coins de la chambre —
Et qu’il sache te faire rire, toi, souffrant
De ta souffrance et du mal de Décembre.

Décembre gris, Décembre gris, Noël errant
Sous un ciel de plomb et de cendre.
Un médecin doit bien savoir
D’où ce gris mortel peut descendre ?

Qu’il soit gai pour vaincre le soir
Et les fantômes de la fièvre —
Qu’il dise les mots qu’on attend
Ou qu’on les devine à ses lèvres.

Qu’il soit gai, qu’il soit bien portant,
(Ne faut-il croire à l’équilibre
Qui doit redevenir le nôtre, aux membres libres,
À l’esprit jouant sans efforts ?)
Qu’il soit bien portant, qu’il soit fort — sans insolence,
Avec douceur, contre le sort...
Il nous faut tant de confiance !

Qu’il aime ce que j’aime — J’ai besoin
Qu’il ait cet art de tout comprendre
Et de s’intéresser, non pas de loin,
Mais en ami tout proche, à ce qui m’intéresse.

Qu’il soit bon — nous voulons une indulgence tendre
Pour accepter notre révolte ou nos faiblesses.

De la science ? Il en aura, n’en doutez point,
S’il est ce que je dis, ce que j’exige.

Mais exiger cela, c’est, vous le voyez bien,
Leur demander, quand ils n’y peuvent rien,
Quelque chose comme un prodige !

Lequel, parmi vos diplômés,
Ressemble au médecin qu’espère le malade ?
Lequel, dans tout ce gris tenace, épais, maussade,
Sera celui que moi je vois, les yeux fermés ? ...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ou bien, alors, prenons-le contrefait,
Cagneux, pointu, perclus, minable ;
Qu’il flotte en ses effets
Comme un épouvantail — et semble inguérissable
Des pires maux, connus ou inconnus !

Prenons-le blême et vieux, que son crâne soit nu,
Ses yeux rougis, sa lèvre amère —
Et que rien ne paraisse au monde plus précaire,
Plus laid, plus rechigné que cet être vivant,

Afin que, chaque jour, l’apercevant
Comme un défi, parmi les fleurs venant d’éclore,
Nous pensions, rassurés, soulagés, fiers un peu
De nous sentir si forts par contraste: « Grand Dieu !
Qu’il doit être savant pour vivre encore ! »

Par ahmed bengriche
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 10:20

Poema 1

Esta obra fue escrita por Pablo Neruda Publicada originalmente en Santiago de Chile por Editorial Nascimento © 1924 Pablo Neruda y Herederos de Pablo Neruda

Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l'attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m'envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j'ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah! le vase des seins! Ah! les yeux de l'absence!
ah! roses du pubis! ah! ta voix lente et triste!

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but!
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.

 

 

 

La lumière t'enrobe en sa flamme mortelle.
Et pensive, pâle et dolente, tu t'appuies
contre le crépuscule et ses vieilles hélices
tournant autour de toi.

Muette, mon amie,
à cette heure des morts seule en la solitude,
emplie du feu vivant,
du jour détruit pure héritière.

Sur le noir de ta robe une grappe du jour,
et de la nuit les immenses racines
ont poussé d'un seul coup à partir de ton âme,
ce qui se cache en toi s'en retourne au dehors.
Un peuple pâle et bleu ainsi s'en alimente
et c'est de toi qu'il vient de naître.

Ô grandiose et féconde et magnétique esclave
de ce cercle alternant le noir et le doré
dressée, tente et parfais ta vive création
jusqu'à la mort des fleurs. Qu'en elle tout soit triste.

 

 

Immensité des pins, rumeur brisée des vagues,
contre le crépuscule et ses vieilles hélices
crépuscule tombant sur tes yeux de poupée,
coquillage terrestre, en toi la terre chante!

En toi chantent les fleuves et sur eux fuit mon âme
comme tu le désires et vers où tu le veux.
Trace-moi le chemin sur ton arc d'espérance
que je lâche en délire une volée de flèches.

Je vois autour de moi ta ceinture de brume,
mes heures poursuivies traquées par ton silence,
c'est en toi, en tes bras de pierre transparente
que mes baisers se sont ancrés, au nid de mon désir humide.

Ah! ta voix de mystère que teinte et plie l'amour
au soir retentissant et qui tombe en mourant!
Ainsi à l'heure sombre ai-je vu dans les champs
se plier les épis sous la bouche du vent.

 

 

C'est le matin plein de tempête
au coeur de l'été.

Mouchoirs blancs de l'adieu, les nuages voltigent,
et le vent les secoue de ses mains voyageuses.

Innombrable, le coeur du vent
bat sur notre amoureux silence.

Orchestral et divin, bourdonnant dans les arbres,
comme une langue emplie de guerres et de chants.

Vent, rapide voleur qui enlève les feuilles,
et déviant la flèche battante des oiseaux,

les renverse dans une vague sans écume,
substance devenue sans poids, feux qui s'inclinent.

Volume de baisers englouti et brisé
que le vent de l'été vient combattre à la porte.

 

 

Pour que tu m'entendes
mes mots parfois s'amenuisent
comme la trace des mouettes sur la plage.

Collier, grelot ivre
pour le raisin de tes mains douces.

Mes mots je les regarde et je les vois lointains.
Ils sont à toi bien plus qu'à moi.
Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre.

Ils grimpent sur les murs humides.
Et de ce jeu sanglant tu es seule coupable.

Ils sont en train de fuir de mon repaire obscur.
Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

Ce sont eux qui ont peuplé le vide où tu t'installes,
ma tristesse est à eux plus qu'à toi familière.

Ils diront donc ici ce que je veux te dire,
et entends-les comme je veux que tu m'entendes.

Habituel, un vent angoissé les traîne encore
et parfois l'ouragan des songes les renverse.

Tu entends d'autres voix dans ma voix de douleur.
Pleurs de lèvres anciennes, sang de vieilles suppliques.

Ma compagne, aime-moi. Demeure là. Suis-moi.
Ma compagne, suis-moi, sur la vague d'angoisse.

Pourtant mes mots prennent couleur de ton amour.
Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

Je fais de tous ces mots un collier infini
pour ta main blanche et douce ainsi que les raisins

 

 

Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne:
un simple béret gris avec le coeur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

je sens tes yeux qui vont et l'automne est distant:
béret gris, cris d'oiseau, coeur où l'on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

Le ciel vu d'un bateau. Les champs vus des collines:
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne

Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur tes yeux d'océan.

Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,
ma solitude aux bras battants comme un noyé.

Tes yeux absents, j'y fais des marques rouges
et ils ondoient comme la mer au pied d'un phare.

Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,
de ton regard surgit la côte de l'effroi.

Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur la mer qui secoue tes grands yeux d'océan.

Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles
qui scintillent comme mon âme quand je t'aime.

Et la nuit galopant sur sa sombre jument
éparpille au hasard l'épi bleu sur les champs

 

 

Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,
tu te tords en lentes spirales de fumée.

je suis le désespéré, la parole sans écho,
celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.

Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.
En mon désert tu es la rose ultime.

Ah! silencieuse!

Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.
Ah! dénude ton corps de craintive statue.

Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.
Et de frais bras de fleur et un giron de rose.

Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.
Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.

Ah! silencieuse!

Voici la solitude et tu en es absente.
Il pleut. Le vent de mer chasse d'errantes mouettes.

L'eau marche les pieds nus par les routes mouillées.
Et la feuille de l'arbre geint, comme un malade.

Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.
Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.

Ah! silencieuse!

 

 

Ivre de longs baisers, ivre des térébinthes,
je dirige, estival, le voilier des roses,
me penchant vers la mort de ce jour si ténu,
cimenté dans la frénésie ferme de la mer.

Blafard et amarré à mon eau dévorante
croisant dans l'aigre odeur du climat découvert,
encore revêtu de gris, de sons amers,
et d'un triste cimier d'écume abandonnée.

Je vais, dur, passionné, sur mon unique vague,
lunaire, brusque, ardent et froid, solaire,
et je m'endors d'un bloc sur la gorge des blanches
îles fortunées, douces comme des hanches fraîches.

Mon habit de baisers tremble en la nuit humide
follement agité d'électriques décharges,
d'hébraïque façon divisé par des songes
l'ivresse de la rose en moi s'est déployée.

En remontant les eaux, dans les vagues externes,
ton corps jumeau et qui se soumet dans mes bras
comme un poisson sans fin s'est collé à mon âme
rapide et lent dans cette énergie sous les cieux

 

 

Nous avons encore perdu ce crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les coteaux lointains

Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.

Où étais-tu alors?
Et parmi quelles gens?
Quels mots prononçais-tu?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine?

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

 

 

Presque en dehors du ciel, ancre entre deux montagnes,
le croissant de la lune.
Tournante, errante nuit, terrassière des yeux,
pour compter les étoiles dans la mare, en morceaux.

Elle est la croix de deuil entre mes sourcils, elle fuit.
Forge de métaux bleus, nuits de lutte cachée,
tourne mon coeur, et c'est un volant fou.
Fille venue de loin, apportée de si loin,
son regard est parfois un éclair sous le ciel.
Incessante complainte et tempête tourbillonnant dans sa furie,
au-dessus de mon coeur passe sans t'arrêter.
Détruis, disperse, emporte, ô vent des sépultures, ta racine assoupie.
De l'autre côté d'elle arrache les grands arbres.
Mais toi, épi, question de fumée, fille claire.
La fille née du vent et des feuilles illuminées.
Par-delà les montagnes nocturnes, lis blanc de l'incendie
ah! je ne peux rien dire! De toute chose elle était faite.

Couteau de l'anxiété qui partagea mon coeur
c'est l'heure de cheminer, sur un chemin sans son sourire.
Tempête, fossoyeur des cloches, trouble et nouvel essor de la tourmente,
Pourquoi la toucher, pourquoi l'attrister maintenant.

Ah! suivre le chemin qui s'éloigne de tout,
que ne fermeront pas la mort, l'hiver, l'angoisse
avec leurs yeux ouverts au coeur de la rosée

 

 

À mon coeur suffit ta poitrine,
mes ailes pour ta liberté.
De ma bouche atteindra au ciel
tout ce qui dormait sur ton âme.

En toi l'illusion quotidienne.
Tu viens, rosée sur les corolles.
Absente et creusant l'horizon
Tu t'enfuis, éternelle vague.

je l'ai dit: tu chantais au vent
comme les pins et les mâts des navires.
Tu es haute comme eux et comme eux taciturne.
Tu t'attristes soudain, comme fait un voyage.

Accueillante, pareille à un ancien chemin.
Des échos et des voix nostalgiques te peuplent.
À mon réveil parfois émigrent et s'en vont
des oiseaux qui s'étaient endormis dans ton âme.

 

 

J'ai marqué peu à peu l'atlas blanc de ton corps
avec des croix de flamme.
Ma bouche, une araignée qui traversait, furtive.
En toi, derrière toi, craintive et assoiffée.

Histoires à te raconter sur la berge du crépuscule
douce et triste poupée, pour chasser ta tristesse.
Quelque chose, arbre ou cygne, qui est lointain, joyeux.
Et le temps des raisins, mûr et porteur de fruits.

J'ai vécu dans un port et de là je t'aimais.
Solitude où passaient le songe et le silence.
Enfermé, enfermé entre mer et tristesse.
Silencieux, délirant, entre deux statues de gondoliers.

Entre les lèvres et la voix, quelque chose s'en va mourant.
Ailé comme l'oiseau, c'est angoisse et oubli.
Tout comme les filets ne retiennent pas l'eau.
Il ne reste, poupée, que des gouttes qui tremblent.
Pourtant un chant demeure au coeur des mots fugaces.
Un chant, un chant qui monte à mes lèvres avides.
Pouvoir te célébrer partout les mots de joie.
Chanter, brûler, s'enfuir, comme un clocher aux mains d'un fou.
Que deviens-tu soudain, ô ma triste tendresse?
J'atteins le plus hardi des sommets, le plus froid,
et mon coeur se referme ainsi la fleur nocturne.

 

 

Ton jouet quotidien c'est la clarté du monde.
Visiteuse subtile, venue sur l'eau et sur la fleur.
Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre
entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.

Et depuis mon amour tu es sans ressemblance.
Laisse-moi t'allonger sur des guirlandes jaunes.
Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud?
Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors, quand tu n'existais pas encore.

Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre.
Le ciel est un filet rempli d'obscurs poissons.
Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.
La pluie se déshabille.

Les oiseaux passent en fuyant.
Le vent. Le vent.
Je ne peux que lutter contre la force humaine.
Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres
et détaché toutes les barques qu'hier soir amarra dans le ciel.

Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.
Toi tu me répondras jusqu'à l'ultime cri.
Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.
Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.

Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m'apportes des chèvrefeuilles,
ils parfument jusqu'à tes seins.
Quand le vent triste court en tuant des papillons
moi je t'aime et ma joie mord ta bouche de prune.

Qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.
Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l'étoile
et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.

Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.
Depuis longtemps j'aimai ton corps de nacre et de soleil.
L'univers est à toi, voilà ce que je crois.
Je t'apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués
avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.

Je veux faire de toi
ce que fait le printemps avec les cerisiers.

 

 

J'aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,
et tu m'entends au loin, et ma voix ne t'atteint pas.
On dirait que tes yeux se sont envolés,
et on dirait qu'un baiser t'a clos la bouche

Comme toutes les choses sont remplies de mon âme,
tu émerges des choses pleine de mon âme.
Papillon de rêve, tu ressembles à mon âme
et tu ressembles au mot : mélancolie.

J'aime quand tu te tais et que tu es comme distante.
Et tu es comme plaintive, papillon que l'on berce.
Et tu m'entends au loin, et ma voix ne t'atteint pas:
laisse-moi me taire avec ton silence.

Laisse-moi aussi te parler avec ton silence,
clair comme une lampe, simple comme un anneau.
Tu es comme la nuit, silencieuse et constellée.
Ton silence est d'étoile, si lointain et si simple.

J'aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,
distante et dolente, comme si tu étais morte.
Un mot alors, un sourire suffisent,
et je suis heureux, heureux que ce ne soit pas vrai.

 

 

Paraphrase de Rabindranath Tagore.

Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel,
ta forme, ta couleur sont comme je les veux.
Tu es mienne, tu es mienne, ma femme à la lèvre douce
et mon songe infini s'établit dans ta vie.

La lampe de mon coeur met du rose à tes pieds
et mon vin d'amertume est plus doux sur tes lèvres,
moissonneuse de ma chanson crépusculaire,
tellement mienne dans mes songes solitaires

Tu es mienne, tu es mienne, et je le crie dans la brise
du soir, et le deuil de ma voix s'en va avec le vent.
Au profond de mes yeux tu chasses, ton butin
stagne comme les eaux de ton regard de nuit.

Tu es prise au filet de ma musique, amour,
aux mailles de mon chant larges comme le ciel.
Sur les bords de tes yeux de deuil mon âme est née.
Et le pays du songe avec ces yeux commence.

 

 

En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude profonde.
Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.
Penseur, lâcheur d'oiseaux, images dissipées
et lampes enterrées.
Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut!
Étouffant le gémir,
taciturne meunier de la farine obscure de l'espoir,
la nuit s'en vient à toi, rampant, loin de la ville.

Ta présence a changé et m'est chose étrangère.
Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.
Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.
Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,
en courant libre et fou, dans la buée de la mer.
Cri et triste furie, solitude marine.
Emballé, violent, élancé vers le ciel.

Toi, femme, qu'étais-tu alors? Quelle lame, quelle branche
de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu'à présent.
Incendie dans le bois ! Croix bleues de l'incendie.
Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.
Il s'écroule et crépite. Incendie, incendie.

Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.
Qui appelle? Quel silence peuplé d'échos?
Heure de nostalgie, heure de l'allégresse, heure de solitude,
heure mienne entre toutes!
Trompe qui passe en chantant dans le vent.
Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.

Toutes racines secouées,
toutes les vagues à l'assaut!
Et mon âme roulait, gaie, triste, interminable.

Pensées et lampes enterrées dans la profonde solitude.
Qui es-tu toi, qui es-tu?

 

 

Ici je t'aime.
Dans les pins obscurs le vent se démêle.
La lune resplendit sur les eaux vagabondes.
Des jours égaux marchent et se poursuivent.

Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.
Une mouette d'argent du couchant se décroche.
Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.

Ô la croix noire d'un bateau.
Seul.
Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.
La mer au loin sonne et résonne.
Voici un port.
Ici je t'aime.

Ici je t'aime. En vain te cache l'horizon.
Tu restes mon amour parmi ces froides choses.
Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
qui courent sur la mer au but jamais atteint.

Suis-je oublié déjà comme ces vieilles ancres.
Abordé par le soir le quai devient plus triste.
Et ma vie est lassée de sa faim inutile.
J'aime tout ce que je n'ai pas. Et toi comme tu es loin.

Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
Il vient pourtant la nuit qui chantera pour moi.
La lune fait tourner ses rouages de songe.

Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
Pliés à mon amour, les pins dans le vent veulent
chanter ton nom avec leurs aiguilles de fer

 

 

Fille brune, fille agile, le soleil qui fait les fruits,
qui alourdit les blés et tourmente les algues,
a fait ton corps joyeux et tes yeux lumineux
et ta bouche qui a le sourire de l'eau.

Noir, anxieux, un soleil s'est enroulé aux fils
de ta crinière noire, et toi tu étires les bras.
Et tu joues avec lui comme avec un ruisseau,
qui laisse dans tes yeux deux sombres eaux dormantes.

Fille brune, fille agile, rien ne me rapproche de toi.
Tout m'éloigne de toi, comme du plein midi.
Tu es la délirante enfance de l'abeille,
la force de l'épi, l'ivresse de la vague.

Mon coeur sombre pourtant te cherche,
J'aime ton corps joyeux et ta voix libre et mince.
Ô mon papillon brun, doux et définitif,
tu es blés et soleil eau et coquelicot

 

 

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Écrire, par exemple: "La nuit est étoilée
et les astres d'azur tremblent dans le lointain."

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Je l'aimais, et parfois elle aussi elle m'aima.

Les nuits comme cette nuit, je l'avais entre mes bras.
Je l'embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.

Elle m'aima, et parfois moi aussi je l'ai aimée.
Comment n'aimerait-on pas ses grands yeux fixes.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Penser que je ne l'ai pas. Regretter l'avoir perdue.

Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.
Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans l'herbe.

Qu'importe que mon amour n'ait pas pu la retenir.
La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.

Voilà tout. Au loin on chante. C'est au loin.
Et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

Comme pour la rapprocher, c'est mon regard qui la cherche.
Et mon coeur aussi la cherche, elle n'est pas avec moi.

Et c'est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.
Mais nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les mêmes.

je ne l'aime plus, c'est vrai. Pourtant, combien je l'aimais.
Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.

A un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu'avant mes baisers.
Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.

je ne l'aime plus, c'est vrai, pourtant, peut-être je l'aime.
Il est si bref l'amour et l'oubli est si long.

C'était en des nuits pareilles, je l'avais entre mes bras
et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

Même si cette douleur est la dernière par elle
et même si ce poème est les derniers vers pour elle.

(traduit par André Bonhomme et Jean Marcenac

 

 

La Poésie

Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où
elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence:
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.

Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.

Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.

(Mémorial de l'île Noire, 1964

 

Pauvres gosses

Comme il te faut payer sur cette planète
pour nous aimer en toute tranquillité
tout le monde examine les draps,
tous se préoccupent de ton amour.

Et se racontent des choses terribles
au sujet d'un homme et d'une femme
qui après maintes tergiversations
et maintes considérations
font quelque chose d'unique,
ils se couchent dans un seul lit.

Je me demande si les grenouilles
se surveillent et s'éternuent au nez,
si elles se font des messes basses dans les mares
contre les grenouilles illégitimes,
contre le plaisir des batraciens
Je me demande si les oiseaux
ont des oiseaux ennemis
et si le taureau prête l'oreille aux boeufs
avant de rencontrer la vache.

Déjà les routes ont des yeux,
les parcs ont leur police,
leurs secrets les hôtels,
les fenêtres enregistrent les noms,
s'embarquent troupes et canons
déterminés contre l'amour,
travaillent inlassablement
les gorges et les oreilles,
et un garçon et sa petite amie
se mettent à fleurir
en volant sur une bicyclette.

Traduit par: Gilles de Seze

 

 

Walking Around

Il arrive que je me lasse d'être homme.
Il arrive que j'entre chez les tailleurs et dans les cinémas
fané, impénétrable, comme un cygne de feutre
naviguant sur une eau d'origine et de cendre.

L'odeur des coiffeurs me fait pleurer à cris.
Je ne veux qu'un repos de pierres ou de laine,
je veux seulement ne pas voir d'établissement ni de jardins,
ni de marchandises, ni de lunettes, ni d'ascenseurs.

Il arrive que je me lasse de mes pieds et de mes ongles,
de mes cheveux et de mon ombre.
Il arrive que je me lasse d'être homme.

Il serait cependant délicieux
d'effrayer un notaire avec un lys coupé
ou de donner la mort à une religieuse d'un coup d'oreille.
Il serait beau
d'aller par les rues avec un couteau vert
et en criant jusqu'à mourir de froid.

Je ne veux pas continuer à être une racine dans les ténèbres,
vaccillant, étendu, grelottant de rêve,
en dessous, dans les pisés mouillés de la terre,
absorbant et pensant, mangeant chaque jour.

Je ne veux pas pour moi tant de malheur.
Je ne veux pas continuer avec la racine et la tombe,
avec le souterrain solitaire, avec la cave aux morts
transis, me mourant de chagrin.

Voilà pourquoi le lundi flambe comme le pétrole
lorsqu'il me voit arriver avec ma face de prison,
il aboie dans son parcours comme une roue blessée,
et marche à pas de sang chaud vers la nuit.

Et il me pousse vers certains coins, vers certaines maisons humides,
vers des hôpitaux où les os sortent par la fenêtre,
vers certaines cordonneries à l'odeur de vinaigre,
vers certaines rues effroyables comme des crevasses.

Il y a des oiseaux couleur de soufre et d'horribles intestins
pendant aux portes des maisons que je hais,
il y a des dentiers oubliés dans une cafetière,
il y a des miroirs
qui devraient avoir pleuré de honte et d'épouvante,
il y a de tous côtés des parapluies, et des poisons et des nombrils.

Je me promène paisiblement, avec des yeux, avec des chaussures,
avec fureur, avec oubli,
je passe, je traverse des bureaux et des magasins d'orthopédie
et des cours où il y a des vêtements pendus à un fil de fer:
caleçons, serviettes et chemises qui pleurent
de longues larmes sales

 

 

Fable de la sirène et des ivrognes

Tous ces messieurs étaient là-bas
Lorsqu'elle entra complètement nue
Ils avaient bu et commencèrent à lui cracher dessus
Elle ne comprenait rien, elle sortait à peine du fleuve
C'était une sirène qui s'était égarée
Les insultes couraient sur sa chair lisse
L'immondice couvrait ses seins d'or
Elle ne savait pas pleurer c'est pourquoi elle ne pleurait pas
Elle ne savait pas s'habiller c'est pourquoi elle ne s'habillait pas
Ils la tatouèrent avec des cigarettes et des bouchons brûlés
Et ils riaient jusqu'à tomber sur le sol de la taverne
Elle ne parlait pas car elle ne savait pas parler
Ses yeux étaient couleur d'amour lointain
Ses bras bâtis de topazes jumeaux
Ses lèvres se coupèrent dans la lumière du corail
Et tout à coup elle sortit par cette porte
À peine entra t-elle dans le fleuve qu'elle fut propre
Elle resplendit comme une pierre blanche dans la pluie
Et sans se retourner elle nagea à nouveau
Elle nagea vers jamais plus vers la mort

 

 

Ode à la mer

ICI dans l'île
la mer
et quelle étendue!
sort hors de soi
à chaque instant,
en disant oui, en disant non,
non et non et non,
en disant oui, en bleu,
en écume, en galop,
en disant non, et non.
Elle ne peut rester tranquille,
je me nomme la mer, répète-t-elle
en frappant une pierre
sans arriver à la convaincre,
alors
avec sept langues vertes
de sept chiens verts,
de sept tigres verts,
de sept mers vertes,
elle la parcourt, l'embrasse,
l'humidifie
et elle se frappe la poitrine
en répétant son nom.
ô mer, ainsi te nommes-tu.
ô camarade océan,
ne perds ni temps ni eau,
ne t'agite pas autant,
aide-nous,
nous sommes
les petits pêcheurs,
les hommes du bord,
nous avons froid et faim
tu es notre ennemie,
ne frappe pas aussi fort,
ne crie pas de la sorte,
ouvre ta caisse verte
et laisse dans toutes nos mains
ton cadeau d'argent:
le poisson de chaque jour.


Ici dans chaque maison
on le veut
et même s'il est en argent,
en cristal ou en lune,
il est né pour les pauvres
cuisines de la terre.
Ne le garde pas,
avare,
roulant le froid comme
un éclair mouillé
sous tes vagues.
Viens, maintenant,
ouvre-toi
et laisse-le
près de nos mains,
aide-nous, océan,
père vert et profond,
à finir un jour
la pauvreté terrestre.
Laisse-nous
récolter l'infinie
plantation de tes vies,
tes blés et tes raisins,
tes boeufs, tes métaux,
la splendeur mouillée
et le fruit submergé.

Père océan, nous savons
comment tu t'appelles,
toutes les mouettes distribuent
ton nom dans les sables:
mais sois sage,
n'agite pas ta crinière,
ne menace personne,
ne brise pas contre le ciel
ta belle denture,
oublie pour un moment
les glorieuses histoires,
donne à chaque homme,
à chaque femme
et à chaque enfant,
un poisson grand ou petit
chaque jour.
Sors dans toutes les rues
du monde
distribuer le poisson
et alors
crie,
crie
pour que tous les pauvres
qui travaillent t'entendent
et disent
en regardant au fond
de la mine:
«Voilà la vieille mer
qui distribue du poisson».
Et ils retourneront en bas,
aux ténèbres,
en souriant, et dans les rues
et les bois
les hommes souriront
et la terre
avec un sourire marin.
Mais
si tu ne le veux pas,
si tu n'en as pas envie,
attends,
attends-nous,
nous réfléchirons,
nous allons en premier lieu
arranger les affaires
humaines,
les plus grandes d'abord,
et les autres après,
et alors,
en entrera en toi,
nous couperons les vagues
avec un couteau de feu,
sur un cheval électrique
nous sauterons sur l'écume,
en chantant
nous nous enfoncerons
jusqu'à atteindre le fond
de tes entrailles,
un fil atomique
conservera ta ceinture,
nous planterons
dans ton jardin profond
des plantes
de ciment et d'acier,
nous te ligoterons
les pieds et les mains,
les hommes sur ta peau
se promèneront en crachant
en prenant tes bouquets,
en construisant des harnais,
en te montant et en te domptant,
en te dominant l'âme.
Mais cela arrivera lorsque
nous les hommes
réglerons
notre problème,
le grand,
le grand problème.
Nous résoudrons tout
petit à petit:
nous t'obligerons, mer,
nous t'obligerons, terre,
à faire des miracles,
parce qu'en nous,
dans la lutte,
il y a le poisson, il y a le pain,
il y a le miracle.

 

 

Ode à une Beauté Nue

Avec un coeur chaste
Avec des yeux purs je célèbre ta beauté
Tenant la bride du sang
De sorte qu'il puisse jaillir et tracer ton contour
Où tu es couchée dans mon Ode
Comme dans une terre de forêts ou dans la vague déferlante
Dans le terreau aromatique, ou dans la musique de la mer

Beauté nue
Également beaux tes pieds
Cambrés par le tapement originel du vent ou du son
Tes yeux, légers coquillages
De la splendide mer américaine
Tes seins de plénitude égale
Faite de lumière vivante
Tes paupières de blé qui battent
Qui révèlent ou recèlent
Les deux profonds pays de tes yeux

La ligne que tes épaules ont divisée en pales régions
Se perd et se marie dans les compactes moitiés d'une pomme
Continue pour trancher ta beauté en deux colonnes
D'or brun, de pur albâtre
Pour se perdre en les deux grappes de tes pieds
Où connaît un regain ton arbre double et symétrique,
Et s'élève feu en fleur, lustre ouvert
Un fruit qui se gonfle
Au dessus du pacte de la mer et de la terre


De quelle matière
Agate, quartz, blé,
Ton corps est-il fait?
Enflant comme pain au four
Pour signaler argentées des collines
Le clivage d'un seul pétale
Suaves fruits d'un velours profond
Jusqu'à demeurée seule
Etonnée
La délicate et ferme forme féminine


Ce n'est pas seulement la lumière qui tombe sur le monde
et se répand à l'intérieur de ton corps
Et déjà s'étouffe
Sous tant de clarté
Prenant congé de toi
Comme si tu étais en feu à l'intérieur

La lune vit dans le dessin de ta peau

Version française par: Gilles de Seze

 

 

 

 

Par ahmed bengriche
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 09:49

 

 

SABINE SICAUD   (1913-1928)

 

Chemins de l'ouest

Pour qui vous a-t-on faits, grands chemins de l'Ouest ?
chemins de liberté que l'on suppose tels
et qui mentez sans doute...

Espaces où surgit le Popocatepelt,
où le noir séquoïa cerne d'étranges routes,
où la faune et la flore ont de si vastes ciels
que l'homme ne sait plus à quel étage vivre.
Chemins de liberté que nous supposons libres.

A travers les Pampas court mon cheval sans bride,
mais la ville géante a ses réseaux de feu
et les jeunes mortels faits de toutes les races
ont leurs lassos, leurs murs, leur pères et leurs dieux.
Des " Trois Puntas " à la mer des Sargasses,
Amériques du Sud, du Nord,
pays des toisons d'or, des mines d'or, de l'or
qui fait l'homme libre et l'esclave,
le Pampero peut-être ignore les entraves
et l'aigle boréal, les pièges du chasseur...
Mais, ô ma liberté, plus chère qu'une soeur,
c'est en moi que tu vis, sereine et sédentaire,
pendant que les chemins font le tour de la terre

Douleur, je vous déteste

L'Honneur de souffrir
ANNA DE NOAILLES.

Douleur, je vous déteste ! Ah ! que je vous déteste !
Souffrance, je vous hais, je vous crains, j'ai l'horreur
De votre guet sournois, de ce frisson qui reste
Derrière vous, dans la chair, dans le coeur...

Derrière vous, parfois vous précédant,
J'ai senti cette chose inexprimable, affreuse :
Une bête invisible aux minuscules dents
Qui vient comme la taupe et fouille et mord et creuse
Dans la belle santé confiante - pendant
Que l'air est bleu, le soleil calme, l'eau si fraîche !

Ah ! " l'Honneur de souffrir " ?... Souffrance aux lèvres sèches,
Souffrance laide, quoi qu'on dise, quel que soit
Votre déguisement - Souffrance
Foudroyante ou tenace ou les deux à la fois -

Moi je vous vois comme un péché, comme une offense
A l'allègre douceur de vivre, d'être sain
Parmi des fruits luisants, des feuilles vertes,
Des jardins faisant signe aux fenêtres ouvertes...

De gais canards courent vers les bassins,
Des pigeons nagent sur la ville, fous d'espace.
Nager, courir, lutter avec le vent qui passe,
N'est-ce donc pas mon droit puisque la vie est là
Si simple en apparence... en apparence !

Faut-il être ces corps vaincus, ces esprits las,
Parce qu'on vous rencontre un jour, Souffrance,
Ou croire à cet Honneur de vous appartenir
Et dire qu'il est grand, peut-être, de souffrir ?

Grand ? Qui donc en est sûr et que m'importe !
Que m'importe le nom du mal, grand ou petit,
Si je n'ai plus en moi, candide et forte,
La Joie au clair visage ? Il s'est menti,
Il se ment à lui-même, le poète
Qui, pour vous ennoblir, vous chante... Je vous hais.

Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
Aux pires trahisons ! Je sais
Que vous serez mon ennemie infatigable
Désormais... Désormais, puisqu'il ne se peut pas
Que le plus tendre parc embaumé de lilas,
Le plus secret chemin d'herbe folle ou de sable,
Permettent de vous fuir ou de vous oublier !

Chère ignorance en petit tablier,
Ignorance aux pieds nus, aux bras nus, tête nue
A travers les saisons, ignorance ingénue
Dont le rire tintait si haut. Mon Ignorance,
Celle d'Avant, quand vous m'étiez une inconnue,
Qu'en a-t-on fait, qu'en faites-vous, vieille Souffrance ?

Vous pardonner cela qui me change le monde ?
Je vous hais trop ! Je vous hais trop d'avoir tué
Cette petite fille blonde
Que je vois comme au fond d'un miroir embué...
Une Autre est là, pâle, si différente !

Je ne peux pas, je ne veux pas m'habituer
A vous savoir entre nous deux, toujours présente,
Sinistre Carabosse à qui les jeunes fées
Opposent vainement des Pouvoirs secourables !

Il était une fois...
Il était une fois - pauvres voix étouffées !
Qui les ranimera, qui me rendra la voix
De cette Source, fée entre toutes les fées,
Où tous les maux sont guérissables ?

Jours de fièvre

Ce que je veux ? Une carafe d'eau glacée.
Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
Ruisselle doucement comme d'une fontaine.
Elle est blanche, elle est bleue à force d'être fraîche.
Elle vient de la source ou d'une cruche pleine.
Elle a cet argent flou qui duvête les pêches
Et l'étincellement d'un cristal à facettes.

Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
Au coeur de la carafe, elle rit. Elle perle
Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
Ou n'est qu'un point comme un brillant dans une haie.

Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades...
C'est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
C'est l'eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;

Toute l'eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
Toute l'eau du Rocher de Moïse, l'eau pure
D'une oasis perdue au centre de l'Afrique ;

Toute l'eau qui mugit, toute l'eau qui murmure,
Toute l'eau, toute l'eau du ciel et de la terre,
Toute l'eau concentrée au creux glacé d'un verre !
Je ne demande rien qu'un verre d'eau glacée...

Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
Mes doigts tendus vers l'eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
Sèches comme une plante à la tige cassée ?
La soif qui me torture est celle des grands sables
Où galope toujours le simoun. Je ne pense
Qu'à ce filet d'eau merveilleuse, intarissable,
Où des poissons heureux circulent. Transparence,
Fraîcheur... Est-il rien d'autre au monde que j'implore ?

Alcarazas, alcarazas... un café maure
Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s'attardent,
Un verre débordant parmi les autres verres,
Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire...
Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
Don de l'hiver à ce brasier qui me consume.

Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l'écume,
Au bord d'un gave fou ? J'ai soif de tous les gaves.
Les sabots des mulets, vous souvient-il, s'y lavent,
Les pieds du chemineau s'y délassent. Dieu juste,
Ne puis-je boire au moins comme le pré, l'arbuste,
Le chien de la montagne au fil de l'eau qui court ?
Cette eau... Cette eau qui m'échappe toujours,
Qui, nuit et jour, obsède ma pensée...
Ne m'accorderez-vous deux gouttes d'eau glacée ?

La Grotte des Lépreux

Vallée du Gavaudun.

Ne me parlez ni de la tour,
Ni des belles ruines rousses,
Ni de cette vivante housse
De feuillages en demi-jour.

La gorge est trop fraîche et trop verte ;
La rivière, comme un serpent,
S'y tord, à peine découverte
Sous trop d'herbe où reste en suspens
Le mystère des forêts vierges.

Ne me parlez ni de l'auberge,
Ni des écrevisses qu'on prend
Dans la mousse et les capillaires.

Je n'ai vu, de ce coin de terre,
Ni la paix du soir transparent,
Ni celle des crêtes désertes.
Mais, barrant le ciel, deux rochers
Tout à coup si nus, écorchés,
Avec plusieurs bouches ouvertes !

Vers ces bouches noires, clamant
On ne sait quelle horreur ancienne,
Savez-vous si, furtivement,
De pauvres âmes ne reviennent ?

Où sont-ils, où sont-ils, mon Dieu,
Ces parias vêtus de rouge
Qui, là-haut, guettaient les soirs bleus
Par les trous béants de ce bouge ?

Grotte des Lépreux, seuil maudit
Au bord de la falaise ocreuse...
Il faudrait qu'on ne m'eût pas dit
Quel frisson traversait jadis
Ce décor de feuilles heureuses...

La Solitude

Solitude... Pour vous cela veut dire seul,
Pour moi - qui saura me comprendre ?
Cela veut dire : vert, vert dru, vivace tendre,
Vert platane, vert calycanthe, vert tilleul.

Mot vert. Silence vert. Mains vertes
De grands arbres penchés, d'arbustes fous ;
Doigts mêlés de rosiers, de lauriers, de bambous,
Pieds de cèdres âgés où se concertent
Les bêtes à Bon Dieu ; rondes alertes
De libellules sur l'eau verte...

Dans l'eau, reflets de marronniers,
D'ifs bruns, de vimes blonds, de longues menthes
Et de jeune cresson ; flaques dormantes
Et courants vifs où rament les " meuniers " ;
Rainettes à ressort et carpes vénérables ;
Martin-pêcheur... En mars, étoiles de pruniers,
De poiriers, de pommiers ; grappes d'érables.
En mai, la fête des ciguës,
Celle des boutons d'or : splendeur des prés.
Clochers blancs des yuccas, lances aiguës
Et tiges douces, chèvrefeuille aux brins serrés,
Vigne-vierge aux bras lourds chargés de palmes,
Et toujours, et partout, fraîche, luisante, calme,
L'invasion du lierre à petits flots lustrés
Gagnant le mur des cours, les carreaux des fenêtres,
Les toits des pavillons vainement retondus...
Lierre nouant au front du chêne, au cou du hêtre,
Ses bouquets de grains noirs comme un piège tendu
A la grive hésitante ; vert royaume
Des merles en habit - royaume qui s'étend
Ainsi que dans un parc de Florence ou de Rome
En nappes d'émeraude et cordages flottants...
Lierre de cette allée au porche de lumière
Dont les platanes séculaires, chaque été,
Font une longue cathédrale verte - lierre
De la grotte en rocaille où dorment abrités
Chaque hiver, les callas et les cactus fragiles ;
Housse, que la poussière blanche de la ville
Givre à peine les soirs de très grand vent - pour moi,
Vert obligé des vieilles pierres,
Des arbres vieux, des toits qui penchent, des vieux toits -

Un château ? Non, Madame, une gentilhommière,
Un ermitage vert qui sent les bois, le foin,
Où les bruits dé la route arrivent d'assez loin
Pour n'être plus qu'une musique en demi-teintes.
Un train sur le talus se hâte avec des plaintes,
Mais l'horizon tout rose et mauve qu'il rejoint
Transpose le voyage en couleurs de légende.
On regarde un instant vers ces trains qui s'en vont
Traînant leur barbe grise - et c'est vrai qu'ils répandent
Un peu de nostalgie au fil de l'été blond...

Mais le jazz des moineaux fait rage dans les feuilles,
Les pigeons blancs s'exaltent, le cyprès
Est la tour enchantée où des notes s'effeuillent
Autour du rossignol. Du pré,
Monte la fièvre des grillons, des sauterelles,
Toutes les herbes ont des pattes, ont des ailes -
Et l'Ane et le Cheval de la Fable sont là
Et Chantecler se joue en grand gala
Jour et nuit dans la cour où des plumes voltigent.

Au clair de l'eau, c'est l'éternel prodige
Du têtard de velours devenu crapaud d'or,
De la voix de cristal parmi les râpes neuves
D'innombrables grenouilles. Le chat dort.
Dickette-chien s'affaire - et sur leur tête pleuvent
Des pastilles de lune ou de soleil brûlant.
S'il pleut vraiment, la pluie à pleins seaux ruisselants
S'éparpille de même aux doigts verts qui l'arrêtent.

Un tilleul, des bambous. L'abri vert du poète,
Du vert, comprenez-vous ? Pour qu'aux vieilles maisons
Rien ne blesse les yeux sous leurs paupières lasses.
Douceur de l'arbre, de la mousse, du gazon...
Vous dites : Solitude ? Ah ! dans l'heure qui passe,
Est-il rien de vivant plus vivant qu'un jardin,
De plus mystérieux, parfumé, dru, tenace,
Et peuplé - si peuplé qu'il arrive soudain
Qu'on y discourt avec mille petits génies
Sortis l'on ne sait d'où, comme chez Aladin.

Un mot vert... Qui dira la fraîcheur infinie
D'un mot couleur de sève et de source et de l'air
Qui baigne une maison depuis toujours la vôtre,
Un mot désert peut-être et desséché pour d'autres,
Mais pour soi, familier, si proche, tendre, vert
Comme un îlot, un cher îlot dans l'univers ?...

La vieille femme de la lune

On a beaucoup parlé dans la chambre, ce soir.
Couché, bordé, la lune entrant par la fenêtre,
On évoque à travers un somnolent bien-être,
La vieille qui, là-haut, porte son fagot noir.

Qu'elle doit être lasse et qu'on voudrait connaître
Le crime pour lequel nous pouvons tous la voir
Au long des claires nuits cheminer sans espoir !

Pauvre vieille si vieille, est-ce un vol de bois mort
Qui courbe son vieux dos sur la planète ronde ?
Elle a très froid, qui sait, quand le vent souffle fort.
Va-t-elle donc marcher jusqu'à la fin du monde ?

Et pourquoi dans le ciel la traîner jusqu'au jour !
On dort... Nous fermerons les yeux à double tour...
Lune, laisse-la donc s'asseoir une seconde

Le chemin creux

Le vieux chemin creusé d'ornières ?
Il a trop plu.
Le vieux chemin de la Carrière,
Celui du vieux moulin qui ne moud plus,
Le chemin du Seigneur qui n'a plus de château,
Le chemin du Bourreau,
Le chemin de la malle-poste,
Et ceux qui les croisaient, tous les chemins herbus,
Tous les chemins pleins d'eau,
Tous les chemins perdus...
Entre les ronces hautes,
Les prunelliers, la douce-amère, les bryones,
Le vert était celui des grottes et le jaune
Celui de la mélancolie.
Même le gel craquant sous le pas des brebis
Y devient triste avant la nuit tombée.
Les chemins creux, la pluie,
Le givre gris,
Le dernier scarabée...

Prenons la route neuve
Qui sur un pont solide et neuf passe le fleuve.

Le chemin de crève-coeur

Un seul coeur ? Impossible
Si c'est par lui qu'on souffre et que l'on est heureux.
On dit : coeur douloureux,
Coeur torturé, coeur en lambeaux -
Puis : joyeux et léger comme un oiseau des Iles,
Un coeur si grand, si lourd, si gros
Qu'il n'y a plus de place
Pour rien d'autre que lui dans notre corps humain.
Puis évadé, baigné d'une grâce divine ?
Un coeur si plein
De tout le sang du monde et ne gardant la trace
Que d'une cicatrice fine qui s'efface ?
Impossible ! Il me faut plusieurs coeurs.
Le même ne peut pas oublier dans la joie
Tout ce qu'il a connu de détresse une fois
- Une fois ou plusieurs, chaque fois pour toujours -
Mon coeur se souviendrait qu'il fut un coeur trop lourd
Et ne serait jamais un coeur neuf, sans patrie,
Sans bagage à porter de vie en vie

Le chemin de l'amour

Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d'accent, de coeur et d'âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m'as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant ?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie ?
Quand t'avais-je perdu ? Dans quelle vie ?
Et qu'oserait le ciel contre nous maintenant

Le chemin de sable

Ne pas se rappeler en suivant ce chemin...
Ne pas se rappeler... Je te donnais la main.
Nos pas étaient semblables,
Nos ombres s'accordaient devant nous sur le sable,
Nous regardions très loin ou tout près, simplement.
L'air sentait ce qu'il sent en ce moment.
Le vent ne venait pas de l'Océan. De là
Ni d'ailleurs. Pas de vent. Pas de nuage. Un pin
Dont le jumeau fut coupé dans le temps
Etait seul. Nous parlions ou nous ne parlions pas.
Nous passions, mais si sûrs de la belle heure stable !
Ne te retourne pas sur le chemin de sable.

Premières feuilles

Vous vous tendez vers moi, vertes petites mains des arbres,
Vertes petites mains des arbres du chemin.
Pendant que les vieux murs un peu plus se délabrent,
Que les vieilles maisons montrent leurs plaies,
Vous vous tendez vers moi, bourgeons des haies,
Verts petits doigts.

Petits doigts en coquilles,
Petits doigts jeunes, lumineux, pressés de vivre,
Par-dessus les vieux murs vous vous tendez vers nous.
Le vieux mur dit : " Gare au vent fou,
Gare au soleil trop vif, gare aux nuits qui scintillent,
Gare à la chèvre, à la chenille,
Gare à la vie, ô petits doigts !

Verts petits doigts griffus, bourrus et tendres,
Vous sentez bien pourquoi
Les vieux murs, ce matin, ont la voix de Cassandre.
Petits doigts en papier de soie,
Petits doigts de velours ou d'émail qui chatoie,
Vous savez bien pourquoi
Vous n'écouterez pas les murs couleur de cendre...

Frêles éventails verts, mains du prochain été,
Nous sentons bien pourquoi vous n'écoutez
Ni les vieux murs, ni les toits qui s'affaissent ;
Nous savons bien pourquoi
Par-dessus les vieux murs, de tous vos petits doigts,
Vous faites signe à la jeuness

Printemps

Et puis, c'est oublié.
Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ?
Bon soleil, te voilà
Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier.

Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau - voilà tout.

Je m'étire, j'étends mes bras au bon soleil
Pour qu'il les dore comme avant, qu'ils soient pareils
Aux premiers abricots dans les feuilles de juin.

L'herbe ondule au fil du chemin
Sous le galop du vent qui rit.
Les pâquerettes ont fleuri.

Je viens, je viens ! Mes pieds dansent tout seuls
Comme les pieds du vent rieur,
Comme ceux des moineaux sur les doigts du tilleul.

(Tant de gris au-dehors, de gris intérieur,
De pluie et de brouillard, était-ce donc hier ?)

Ne me rappelez rien. Le ciel est si léger !
Vous ne saurez jamais tout le bonheur que j'ai
A sentir la fraîcheur légère de cet air.

Un rameau vert aux dents comme le " Passeur d'eau " ,
J'ai sans doute ramé bien des nuits, biens des jours...
Ne me rappelez rien. C'est oublié. Je cours
Sur le rivage neuf où pointent les roseaux.

Rameau vert du Passeur ou branche qu'apporta
La colombe de l'Arche, ah ! la verte saveur
Du buisson que tondra la chèvre aux yeux rêveurs !

Etre chèvre sans corde, éblouie à ce tas
De bourgeons lumineux qui mettent un halo
Sur la campagne verte - aller droit devant soi
Dans le bruit de grelots
Du ruisseau vagabond - suivre n'importe quoi,
Sauter absurdement, pour sauter - rire au vent
Pour l'unique raison de rire... Comme Avant !

C'est l'oubli, je vous dis, l'oubli miraculeux.
Votre visage même à qui j'en ai voulu
De trop guetter le mien, je ne m'en souviens plus,
C'est un autre visage - et mes deux chats frileux,
Mon grand Dikette-chien sont d'autres compagnons
Faits pour gens bien portant, nouveaux, ressuscités.

Bon soleil, bon soleil, voici que nous baignons
Dans cette clarté chaude où va blondir l'été.

Hier n'existe plus. Qui donc parlait d'hier ?
Il fait doux, il fait gai sur les bourgeons ouvert

Quand je serai guérie

Filliou*, quand je serai guérie,
Je ne veux voir que des choses très belles...

De somptueuses fleurs, toujours fleuries ;
Des paysages qui toujours se renouvellent,
Des couchers de soleil miraculeux, des villes
Pleines de palais blancs, de ponts, de campaniles
Et de lumières scintillantes... Des visages
Très beaux, très gais ; des danses
Comme dans ces ballets auxquels je pense,
Interprétés par Jean Borlin. Je veux des plages
Au décor de féerie,
Avec des étrangers sportifs aux noms de princes,
Des étrangères en souliers de pierreries
Et de splendides chiens neigeux aux jambes minces.

Je veux, frôlés de Rolls silencieuses,
De longs trottoirs de velours blond. Terrasses,
Orchestres bourdonnant de musiques heureuses...
Vois-tu, Filliou, le Carnaval qui passe ?
La Riviera débordante de roses ?
J'ai besoin de ne voir un instant que ces choses
Quand je serai guérie !

J'aurai ce châle aux éclatantes broderies
Qui fait songer aux courses espagnoles,
Des cheveux courts en auréole
Comme Maë Murray, des yeux qui rient,
Un teint de cuivre et l'air, non pas d'être guérie,
Mais de n'avoir jamais connu de maladie !

J'aurai tous les parfums, " les plus rares qui soient ",
Une chambre moderne aux nuances hardies,
Une piscine rouge et des coussins de soie
Un peu cubistes. J'ai besoin de fantaisie...

J'ai besoin de sorbets et de liqueurs glacées,
De fruits craquants, de raisins doux, d'amandes fraîches.
Peut-être d'ambroisie...
Ou simplement de mordre au coeur neuf d'une pêche ?

J'ai besoin d'oublier tant de sombres pensées,
Tant de bols de tisane et d'heures accablantes !
Il me faudra, vois-tu, des choses si vivantes
Et si belles, Filliou... si belles - ou si gaies !

Nul ne sait à quel point nous sommes fatiguées,
Toutes deux, de ce gris de la tapisserie,
De l'armoire immobile et de ces noires baies
Que le laurier nous tend derrière la fenêtre.

Tant de voyages, dis, de pays à connaître,
De choses qu'on rêvait, qui pourront être
Quand je serai guérie...


(*) petit nom que l'auteur donnait à sa mère

Vigne vierge d'automne

Vous laissez tomber vos mains rouges,
Vigne vierge, vous les laissez tomber
Comme si tout le sang du monde était sur elles.

A leur frisson, toute la balustrade bouge,
Tout le mur saigne,
Ô vigne vierge... Tout le ciel est imbibé
D'une même lumière rouge.

C'est comme un tremblement d'ailes rouges qui tombent,
D'ailes d'oiseaux des îles, d'ailes
Qui saignent. C'est la fin d'un règne -
Ou quelque chose de plus simple infiniment.

Ce sont les pieds palmés de hauts flamants
Ou de fragiles pattes de colombes
Qui marchent dans l'allée.
(Où vont-elles, si rouges ?)
Leurs traces étoilées
Rejoignent l'autre vigne, où l'on vendange.
Si rouge,
Est-ce déjà le sang des cuves pleines ?
Ah ! simplement la fête des vendanges,
Simplement n'est-ce pas ?

Et pourtant, que vos mains sont tremblantes ! Leurs veines
Se rompent une à une... Tant de sang...
Et cette odeur si fade, étrange.
Ces mains qui tombent d'un air las,
Ô vigne vierge, d'un air las et comme absent,
Ces mains abandonnées...

(Lady Macbeth n'eut-elle pas ce geste
Après avoir frotté la tache si longtemps ?)

Mains qui se crispent, mains qui restent
En lambeaux rouges sur octobre palpitant ;
Dites, oh ! dites chaque année
Etes-vous les mains meurtrières de l'Automne ?

Ou chaque année,
Sans rien qui s'en émeuve ni personne,
Des mains assassinées
Qui flottent au fil rouge de l'automne ?

Vous parler ?

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.

Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille.
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient
De n'entendre ce soir nulle parole vaine.

J'attends - comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...

 

 

Par ahmed bengriche
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 09:46

 

 

LE GRAND VIOLON

 

Mon violon est un grand violon-girafe ;
j'en joue à l'escalade,
bondissant dans ses râles,
au galop sur ses cordes sensibles et son ventre affamé aux désirs épais,
que personne jamais ne satisfera,
sur son grand cœur de bois enchagriné,
que personne jamais ne comprendra.
Mon violon-girafe, par nature a la plainte basse et importante, façon tunnel,
l'air accablé et bondé de soi, comme l'ont les gros poissons gloutons des hautes profondeurs, mais avec, au bout, un air de tête et d'espoir quand même,
d'envolée, de flèche, qui ne cèdera jamais.
Rageur, m'engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards,
j'en emporte comme par surprise
tout à coup de tels accents de panique ou de bébé blessé, perçants, déchirants,
que moi-même, ensuite, je me retourne sur lui, inquiet, pris de remords, de désespoir,
et de je ne sais quoi, qui nous unit, tragique, et nous sépare


ON PEUT VOLER

Tandis que je me rasais ce matin, étirant et soulevant un peu mes lèvres pour avoir une surface plus tendue, bien résistante au rasoir, qu'est-ce que je vois ? Trois dents en or ! Moi qui n'ai jamais été chez le dentiste.

Ah ! Ah !

Et pourquoi ?

Pourquoi ? Pour me faire douter de moi, et ensuite me prendre mon nom de Barnabé. Ah ! ils tirent ferme de l'autre coté, ils tirent, ils tirent.

Moi aussi je suis prêt, et je LE retiens. « Barnabé », « Barnabé », dis-je doucement mais fermement ; alors, de leur côté, tous leurs efforts se trouvent réduits à néant


REVE DE MOORE

…Et voyageant ainsi qu'on fait en rêve, elle arrive au milieu d'une peuplade de nègres.

Et là, suivant la coutume qui s'attache aux fils de roi, l'enfant royal est nourri par la mère et par la nourrice. Mais à la nourriture on ne laisse qu'un sein. L'autre est sectionné et la poitrine est plate comme celle d'un homme (sauf le nœud de la cicatrice).

La voyageuse, voyant cela, s'étonne.

Alors le vice-roi : « Vous avez bien remarqué comme tout le monde, n'est-ce pas, que quand l'enfant tette, l'autre mamelle, il la touche constamment et la caresse. C'est ainsi que ça va le mieux.

« Or la nourrice nous en coupons une pour que l'enfant apprenne plus vite à parler. En effet, ce sein absent l'intrigue tellement qu'il n'a de cesse qu'il n'ait pu composer un mot et interroger là-dessus son entourage.

« Et le premier mot qui vient, c'est toujours : abricot. »

 

 

Ma vie s'arrêta

J'étais en plein océan. Nous voguions. Tout à coup le vent tomba. Alors l'océan démasqua sa grandeur, son interminable solitude.

Le vent tomba d'un coup, ma vis fit « toc ». Elle était arrêtée à tout jamais.

Ce fut une après-midi de délire, ce fut après-midi singulière, l'après-midi de « la fiancée se retire ».

Ce fut un moment, un éternel moment, comme la voix de l'homme et sa santé étouffe sans effort les gémissements des microbes affamés, ce fut un moment, et tous les autres moments s'y enfournèrent, s'y envaginèrent, l'un après l'autre, au fur au mesure qu'ils arrivaient, sans fin, sans fin, et je fus roulé dedans, de plus en plus enfoui, sans fin, sans fin.

 

 

UNE VIE DE CHIEN

 

Je me couche toujours très tôt et fourbu, et cependant on ne relève aucun travail fatigant dans ma journée.
Possible qu'on ne relève rien mais moi, ce qui m'étonne, c'est que je puisse tenir bon jusqu'au soir, et que je ne sois pas obligé d'aller me coucher dès les quatre heures de l'après-midi.
Ce qui me fatigue ainsi, ce sont mes interventions continuelles.
J'ai déjà dit que dans la rue je me battais avec tout le monde; je gifle l'un, je prends les seins aux femmes, et me servant de mon pied comme d'un tentacule, je mets la panique dans les voitures du Métropolitain.
Quant aux livres, ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme.
Je l'attrape et, après quelques efforts, je le déracine et le détourne définitivement du troupeau de l'auteur.
Dans un chapitre vous avez tout de suite des milliers de phrases et il faut que je les sabote toutes. Cela m'est nécessaire.
Parfois, certains mots restent comme des tours. Je dois m'y prendre à plusieurs reprises et, déjà bien avant dans mes dévastations, tout à coup au détour d'une idée, je revois cette tour. Je ne l'avais donc pas assez abattue, je dois revenir en arrière et lui trouver son poison, et je passe ainsi un temps interminable.
Et le livre lu en entier, je me lamente, car je n'ai rien compris... naturellement. N'ai pu me grossir de rien. Je reste maigre et sec.
Je pensais, n'est-ce pas , que quand j'aurais tout détruit, j'aurais de l'équilibre. Possible. Mais cela tarde, cela tarde bien

 

 

Un homme perdu

(in Mes propriétés)

En sortant, je m'égarai. Il fut tout de suite trop tard pour reculer. Je me trouvais au milieu d'une plaine. Et partout circulaient de grandes roues. Leur taille était bien cent fois la mienne. Et d'autres étaient plus grandes encore.Pour moi, sans presque les regarder, je chuchotais à leur approche, doucement, comme à moi-même : " Roue, ne m'écrase pas… Roue, je t'en supplie, ne m'écrase pas… Roue, de grâce, ne m'écrase pas. " Elles arrivaient, arrachant un vent puissant, et repartaient. Je titubais. Depuis des mois ainsi : " Roue, ne m'écrase pas… Roue, cette fois-ci, encore, ne m'écrase pas. " Et personne n'intervient ! Et rien ne peut arrêter ça ! Je resterai là jusqu'à ma mort

 

 

 

Je vis un arbre dans un oiseau



Celui-ci le réfléchissait tout entier et une brise infiniment légère en assouplissait seulement l’extrême bord des feuilles.
L’oiseau était immobile et grave.
C’était un matin clair, sans soleil, un matin qui ne dévoile rien encore de la journée à venir, ou très peu. 
 Moi aussi, j’étais calme. 
 L’oiseau et moi, nous nous entendions, mais à distance, comme il convient à des êtres d’espèce animale, ayant eu, sans retour possible, une évolution parfaitement divergente

 

 

La jeune fille de Budapest

Dans la brume tiède d'une haleine de jeune fille, j'ai pris place
Je me suis retiré, je n'ai pas quitté ma place.
Ses bras ne pèsent rien. On les rencontre comme l'eau.
Ce qui est fané disparaît devant elle. Il ne reste que ses yeux.
Longues belles herbes, longues belles fleurs croissaient dans notre champ.
Obstacle si léger sur ma poitrine, comme tu t'appuies maintenant.
Tu t'appuies tellement, maintenant que tu n'es plus

 

M E S  O C C U P A T I O N S

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur. 
Moi non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le décroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: «Mettez-moi donc un verre plus propre.»
Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

 

 

MA VIE

 


 
Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi. 
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
ہ   tant de choses, à presque l'infini...
ہ   cause de ce peu qui manque, que jamais n'apportes.

(Extrait de "La Nuit Remue

 

LE GRAND COMBAT

 

Il l'emparouille et l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupéte jusqu'à son drâle ;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l'écorcobalisse.
L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C'en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s'emmargine... mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs; 
On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

« Papa, fais tousser la baleine », dit l'enfant confiant.
Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l'orage

 

   QU'AS TU FAIT DE TA VIE, PITANCE DE ROI ?

- J'ai vu l'homme.

Je n'ai pas vu l'homme comme la mouette, vague au ventre, qui file rapide sur la mer indéfinie.
J'ai vu l'homme à la torche faible, ployé et qui cherchait. Il avait le sérieux de la puce qui saute, mais son saut était rare et réglementé.
Sa cathédrale avait la flèche molle. Il était préoccupé.

Je n'ai pas entendu l'homme, les yeux humides de piété, dire au serpent qui le pique mortellement: "puisses-tu renaître homme et lire les védas". Mais j'ai entendu l'homme comme un char lourd sur sa lancée écrasant mourants et morts, et il ne se retournait pas.
Son nez était relevé, comme la proue des embarcations vikings, mais il ne regardait pas le ciel, demeure des dieux, il regardait le ciel suspect d'où pouvait sortir à tout instant des machines implacables, porteuses de bombes puissantes.

Il avait plus de cernes que d'yeux, plus de barbe que de peau, plus de boue que de capote, mais son casque était toujours dur.
Sa guerre était grande, avait des avants et des après, avait des avants, et des arrières. Vite partait l'homme, vite partait l'obus. L'obus n'a pas de chez soi, il est pressé quand même.
Je n'ai pas vu paisible, l'homme au fabuleux trésor de chaque soir, pouvoir s'endormir dans le sein de sa fatigue amie. Je l'ai vu agité et sourcilleux. Sa façade de rires et de nerfs était grande, mais elle mentait. Son ornière était tortueuse. Ses soucis étaient ses vrais enfants.
Depuis longtemps, le soleil ne tournait plus autour de la terre. Tout le contraire.
Puis il lui avait encore fallu descendre du singe.
Il continuait à s'agiter comme une flamme brûlante, mais le torse du froid, il était là, sous sa peau.
Je n'ai pas vu l'homme comptant pour homme, j'ai vu, "ici on brise les hommes". Ici, on les brise, là on les coiffe et toujours il sert. Pietiné comme une route, il sert.

Je n'ai pas vu l'homme, recueilli, méditant sur son être admirable. Mais j'ai vu l'homme recueilli comme un crocodile qui, de ses yeux de glace, regarde venir sa proie et, en effet, il l'attendait, bien protégé au bout d'un fusil long. Cependant, les obus qui tombaient autour de lui étaient encore mieux protégés. Ils avaient une coiffe à leur bout, qui avait été spécialement étudiée pour sa dureté, pour sa dureté implacable.

Je n'ai pas vu l'homme répandant autour de lui l'heureuse conscience de la vie. Mais j'ai vu l'homme comme un bon bimoteur de combat, répandant la terreur et les maux atroces.

Il avait, quand je le connus, à peu près cent mille ans et faisait facilement le tour de la terre. Il n'avait pas encore appris à être bon voisin. Il courait parmi eux des vérités locales, des vérités nationales. Mais l'homme vrai, je ne l'ai pas rencontré.
Toutefois, excellent en réflexes, et en somme presque innocent: l'un allume une cigarette, l'autre allume un pétrolier.


Je n'ai pas vu l'homme circulant dans la plaine et les plateaux de son être intérieur, mais je l'ai vu faisant travailler des atomes et de la vapeur d'eau, bombardant des fractions d'atomes qui n'existait peut-être même pas, regardant avec des lunettes, son estomac, sa vessie, les os de son corps, se cherchant en petits morceaux, en réflexes de chien.

Je n'ai pas entendu le chant de l'homme, le chant de la contemplation des mondes, le chant de la sphère, le chant de l'immensité, le chant de l'éternelle attente.
Mais j'ai entendu son chant comme une dérision, comme un spasme, semblable à celle du tigre, lequel se charge en personne de son ravitaillement et s'y met tout entier.
J'ai vu les visages de l'homme. Je n'ai pas vu le visage de l'homme comme un mur blanc qui fait se lever les ombres de la pensée, comme une boule de cristale qui délivre des passages de l'avenir, mais comme une image qui fait peur et inspire la méfiance

 

 

J'ai vu la femme, couveuse d'épines, la femme monotone à l'ennui facile, avec la glande d'un organe honteux faisant le douceur de ses yeux. Les ornements dont elle se couvrait et qu'elle aimait tant disaient "Moi. Moi. Moi." C'était donc bien lui, toujours l'homme, l'homme gonflé de soi, mais pourtant embarrassé et qui veut se parfaire et qui tatonne, essayant de souder son clair et son obscur.

Avec de plus longs cheveux et des façons de liane, c'était toujours le même à la pente funeste, l'homme empiétant, qui médite de peser sur votre destin.

J'ai vu l'époque, l'époque tumultueuse et mauvaise, travaillée par les hormones de la haine et les pulsions de la domination, l'époque destinée à devenir fameuse, à devenir l'Histoire, qui s'y chamarrerait de l'envers de nos misères; mais c'était toujours lui, ça tapait toujours sur le même clou. Des millions de son espèce voués au malheur entraient en indignation au même moment et se sentaient avoir raison avec violence, prêts à soulever le monde, mais c'était pour le soulever sur les épaules brisées d'autres hommes.
La guerre! l'homme, toujours lui, l'homme à la tête de chiffres et de supputations sentant la voûte de sa vie d'adulte sans issue et qui veut se donner un peu d'air, voudrait donner un peu de jeu à ses mouvement étroits, et, voulant se dégager, d'avantage se coince.

La Science, l'homme encore, c'était signé. La Science aime les pigeons décérébrés, les machines nettes et tristes, nettes et tristes comme un thermocautère sectionnant un viscère, tandis que le malade écrasé d'éther gît dans un fond lointain et indifférent.

Et c'étaient les philosophies de l'animal le moins philosophique du monde, des ies et des ismes ensevelissant de jeunes corps dans de vieilles draperies, mais quelque chose d'alerte aussi, et c'était l'homme nouveau, l'homme insatisfait, à la pensée caféinée, infatigablement espérant et qui tendait les bras (vers quoi les bras ne peuvent-ils se tendre?)

Et c'était la paix, la paix assurément, un jour, bientôt, la paix comme il y en eut déjà des millions, une paix d'hommes, une paix qui n'obturerait rien.
Voici que la paix s'avance semblable à un basset pleurétique et l'homme plancton, l'homme plus nombreux que jamais, l'homme un instant excédé, qui attend toujours et voudrait un peu de lumière....

 

 

Il souffle un vent terrible.
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible,
Petit village de Quito, tu n’es pas pour moi.
J’ai besoin de haine, et d’envie, c’est ma santé.
Une grande ville, qu’il me faut.
Une grande consommation d’envie.

Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible,
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi et impuissance,
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons.
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide.
Malédiction sur toute la terre, sur toute la civilisation, sur tous les êtres à la surface de toutes les planètes, à cause de ce vide !
Il a dit, ce monsieur le critique, que je n’avais pas de haine.
Ce vide, voilà ma réponse.
Ah ! Comme on est mal dans ma peau !
J’ai besoin de pleurer sur le pain de luxe, de la domination, et de l’amour, sur le pain de gloire qui est dehors,
J’ai besoin de regarder par le carreau de la fenêtre,
Qui est vide comme moi, qui ne prend rien du tout.
J’ai dit pleurer : non, c’est un forage à froid, qui fore, fore, inlassablement,
Comme sur une solive de hêtre deux cents générations de vers qui se sont légué cet héritage : « Fore... Fore. »
C’est à gauche, mais je ne dis pas que c’est le cœur.
Je dis trou, je ne dis pas plus, c’est de la rage et je ne peux rien.
J’ai sept ou huit sens. Un d’eux : celui du manque.
Je le touche et le palpe comme on palpe du bois.
Mais ce serait plutôt une grande forêt, de celles-là qu’on ne trouve plus en Europe depuis longtemps.
Et c’est ma vie, ma vie par le vide.
S’il disparaît, ce vide, je me cherche, je m’affole et c’est encore pis.
Je me suis bâti sur une colonne absente.
Qu’est-ce que le Christ aurait dit s’il avait été fait ainsi ?
Il y a de ces maladies, si on les guérit, à l’homme il ne reste rien,
Il meurt bientôt, il était trop tard.
Une femme peut-elle se contenter de haine ?
Alors aimez-moi, aimez-moi beaucoup et me le dites,
M’écrivez, quelqu’une de vous.
Mais qu’est-ce que c’est, ce petit être ?
Je ne l’apercevrais pas longtemps.
Ni deux cuisses ni un grand cœur ne peuvent remplir mon vide.
Ni des yeux pleins d’Angleterre et de rêve comme on dit.
Ni une voix chantante qui dirait complétude et chaleur.

Les frissons ont en moi du froid toujours prêt.
Mon vide est un grand mangeur, grand broyeur, grand annihileur.
Mon vide est ouate et silence.
Silence qui arrête tout.
Un silence d’étoiles.
Quoique ce trou soit profond, il n’a aucune forme.
Les mots ne le trouvent pas,
Barbotent autour.
J’ai toujours admiré que des gens qui se croient gens de révolution se sentissent frères.
Ils parlaient l’un de l’autre avec émotion : coulaient comme un potage.
Ce n’est pas de la haine, ça, mes amis, c’est de la gélatine.
La haine est toujours dure,
Frappe les autres,
Mais racle ainsi son homme à l’intérieur continuellement.
C’est l’envers de la haine.
Et point de remède. Point de remède

 

 

 

 

Par ahmed bengriche
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 17:43

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE MEGOT ETEINT DE POPEYE

 

 

 L’homme était là, accroupi, comme un oiseau de nuit, le pantalon retroussé sur les

 

mollets. 

 

Un oiseau siffla dans une branche. Il devait être le milieu de la nuit et la lune, comme en

 

plein jour, illuminait, devant lui, le ruisseau. Une cigarette éteinte à la bouche, il avait les

 

deux mains sur les genoux, on ne pouvait dire s’il souriait.

 

 Sur l’autre berge, la jeune femme enleva son haïk, le plia puis alla le déposer sous le

 

figuier.  

 

Déjà elle revenait avec un baquet  pour le tenir oblique à contre-courant. Puis elle se mit,

 

l’ayant sûrement empli à moitié et posé derrière à un mètre de la Seybouse, à enlever sa

 

robe et ses sous-vêtements. Soudain, elle aperçut dans les fourrés, en face, quelqu’un

 

 qui a du craquer une allumette.

 

 Elle se mit à courir jusqu’à la cabane.

 

-          Réveillez-vous ! réveillez-vous !

 

      -Quoi, fit Rachid ! il était couché contre sa guitare. Il ne releva pas la tête.

 

-          Réveillez-vous !

 

        A la lumière d’une bougie fourrée dans une bouteille de bière vide et dont la flamme était

 

     plus longue que ce qui restait de cire, elle put voir le brasero ainsi que  le narguilé dans un

 

  

 coin. Son père, près de la fenêtre, émettait des glapissements.

 

-          Si Mokhtar a les pieds troués par la foudre ; il faut attendre le jour, dit Rachid…

 

-          Mais il y a quelqu’un du  côté de la rivière !

 

-          Sous le figuier, demanda Rachid ?

 

-          De l’autre coté de la Seybouse, fit Nedjma.

 

- Ne t’en fais pas ; c’est l’ancêtre qui veille au grain ; va prendre ta douche ma petite ;

 

fais comme s’il n’était pas là.

 

-          J’ai entendu un… deux coups de fusil.

 

-          C’est ton père… il avait fait sortir ses pieds nus par la fenêtre  et la foudre les lui a

 

brisés ; ton autre père, Si Ahmed, avait prévu les choses puisqu’il avait déclaré bien avant

 

sa mort que Si Mokhtar est dans le secret d’Achille…

 

     Puis Rachid se tourna vers le mur.

 

   Nedjma sentit que ses deux pieds collaient  à quelque chose de froid et de visqueux : mais

 

son sang coule, il va se dessécher, peut être est-il mort, criait-elle. 

 

-          Non, dit Rachid, d’une voix impassible ; il m’a ordonné de ne rien  entreprendre tant

 

que la nuit est autour de la cabane ; le matin j’irai chercher quelqu’un qui lui jouera du

 

tam-tam.

 

-          Rachid fit Nedjma…

 

-          Oui, murmura Rachid,  comme dans un demi-rêve. Pendant toute la nuit et les nuits

 

précédentes, il n’avait pas arrêté de fumer et de jouer de la guitare.

 

-Rachid, j’ai peur.

 

-C’est rien, va prendre ta douche !

      

      Nedjma  claqua la porte et redescendit le talus.

 

      De l’autre coté de la rivière, l’homme semblait n’avoir pas bougé. Les mains  sur les

 

genoux, accroupi, un mégot éteint  à la bouche.

 

-          Popeye, chuchota Nedjma.

 

-          Nedjma, fit Popeye d’une voix de pleureuse de Madaure.

 

 

 

-          Viens ! souffla-t-elle.

 

-          Il y a la Seybouse entre nous, s’excusa-t-il.

 

-          Viens, c’est Temple qui l’ordonne !

 

-          Non, tu sais bien que c’est impossible.

 

-          Viens, répéta -t-elle  d’une voix lasse, c’est Temple qui l’ordonne !

 

-          Non ; contente-toi de prendre ton bain ; je verrais d’ici ; je me contenterais ; je saurais

 

me contenter.

 

Par ahmed bengriche
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  • ahmed bengriche
  • POEME-TEXTE-TRADUCTION
  • Homme
  • 02/09/1952
  • algerie
  • BENG